17/09/2014

Christopher Morley, The Haunted Bookshop

morley_The-Haunted-Bookshop-300dpi.jpgThe Haunted Bookshop fait partie de ces livres qui, dans ma bibliothèque, sont ornés d'innombrables rubans multicolores, placés au fil de la lecture pour marquer un extrait intéressant, une belle phrase ou des références (littéraires, historiques, artistiques...). C'est un livre que je ne manquerai pas de feuilleter à la recherche de passages particuliers, même si je ressors un peu déçue de ma lecture.

The Haunted Bookshop a attiré mon attention dans une belle librairie de Cambridge, alors que je cherchais un refuge contre le froid et me réjouissais d'avoir trouvé un excellent prétexte pour revenir dans cet endroit. Ce roman a tout pour émoustiller les amoureux des livres. Imaginez donc à New York, dans un vieux bâtiment, une librairie d'occasion hantée par les fantômes de la grande littérature et un libraire persuadé de pouvoir soigner les troubles de l'âme en prescrivant les lectures adéquates - tout en ne proposant que des bons livres ("we sell no fakes or trashes" (p 14).

Je me suis régalée avec les cent premières pages, partageant le quotidien du libraire et de ses employés, m'amusant des discours sur les mérites de la lecture, notant divers titres (dont certains m'étaient tout à fait inconnus) et parcourant avec bonheur les rayons de ce lieu merveilleux, presque improbable. Même si je ne fume pas j'ai trouvé terriblement exotique cette invitation à fumer à condition de ne pas faire tomber de cendres, sachant que pour trouver le libraire il convient simplement de chercher l'endroit où la fumée est la plus dense.

Malheureusement, j'ai trouvé que la deuxième partie du livre n'était pas du tout à la hauteur de la première. Un jeune homme ambitieux, courageux (mais un peu lisse) tombe amoureux de la stagiaire tout juste embauchée par le libraire et patatra, le roman bascule dans la romance, en y ajoutant une bonne dose d'espionnage, de mystère et d'action, dans un contexte d'après-guerre (14-18). On perd complètement l'aspect littéraire pour frôler le roman à suspense tout juste divertissant. J'ai bien noté que les aventures de notre valeureux chevalier se voulaient pleines d'humour mais je me suis fermement ennuyée, désespérant de retrouver l'atmosphère cosy de la librairie et des appartements attenants... sans succès.

Je ne regrette pas ma lecture pour les 100 premières pages que je ne manquerai pas de parcourir de nouveau à la recherche de références mais j'en attendais tellement plus... ! Un livre qui ne tient pas vraiment ses promesses.

233 p

Christopher Morley, The Haunted Bookshop, 1919

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14/09/2014

J. P. Donleavy, La dame qui aimait les toilettes propres

donleavy_dametoilettes.jpgAmatrice d'humour à l'anglaise, j'ai été de suite intriguée par le titre de ce court roman américain de J.P. Donleavy, La dame qui aimait les toilettes propres. J'imaginais déjà l'humour pince sans rire dans un cadre new-yorkais et me réjouissais à l'avance. Autant le dire de suite : c'est une vraie déception.

La quarantaine, un physique avantageux, Jocelyn vient de se faire quitter par son mari, parti avec une jeunette. Ses deux enfants adultes ne viennent jamais la voir. Jocelyn mène donc une vie bien morose et tourne en rond dans sa somptueuse maison ancienne. Elle boit comme un trou, fait des signes de la main à une jeune femme menotée et dénudée qui la regarde depuis la maison d'en face (femme qui fait de ponctuelles apparitions mais n'occupera jamais une place plus importante dans le récit, si bien qu'on se demande bien ce qu'elle vient faire là). Un soir déprimant où elle est seule pour son anniversaire, Jocelyn prend son fusil et tire sur sa télé. No comment.

Suite à des soucis divers et variés, notre amie Jocelyn tombe dans une spirale infernale, perd sa maison, sa fortune et dès lors, ses "amis", à l'exception des maris qui semblent trouver normal voire généreux de venir la trouver pour une petite partie de jambes en l'air. Jocelyn se met à travailler, on s'attendrait peut-être à un petit conte moral ou à une prise de conscience et un réveil de notre apathique Jocelyn. Que nenni ! Désagreáble, nombriliste, arrogante, molle, Jocelyn reste de bout en bout un personnage sans intérêt, qui n'évolue pas et semble vivre dans un monde parallèle sans pour autant nous faire rire avec ses quelques excentricités et son obsession des toilettes propres (car c'est une belle du sud et une dame, comme le lui a bien mis en tête sa grand-mère, propriétaire d'une plantation). Aucunement crédible, elle troque son costume de bourgeoise mal dans sa peau pour celui d'une femme vulgaire, parlant de sexe avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Même son amour de l'art et ses fréquentes visites de musée ne sont pas parvenus à la rendre plus intéressante.

A noter quelques touches d'humour. Par exemple "Ô mon Dieu, ce salaud d'ivrogne a percuté le bel érable caché au tournant de l'allée. Oh, nom de Dieu, il est mort. Ou pire, il a massacré l'arbre" (p 83).

Un texte décevant, un style peu agréable (du moins tel qu'il ressort à la traduction puisque je l'ai trouvé dans sa version française). Il se lit vite mais s'oubliera aussi vite ensuite. J'ai néanmoins noté deux titres du même auteur qui m'intriguent. Si je lis de bonnes critiques à leur sujet je tenterai peut-être ma chance : Le Destin de Darcy Danger, Gentleman et Un Conte de Fées new-yorkais.

Manu a beaucoup apprécié la première partie de ce récit mais pas la suite (elle relève également le choix de couverture improbable et il est vrai que je ne vois pas ce que ce tableau de Botero vient faire là-dedans); Metaphore et Tulisquoi n'ont pas aimé.

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138 p

J. P. Donleavy, La Dame qui aimait les Toilettes propres, 1995

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10/09/2014

Patricia MacDonald, La Double Mort de Linda

macdonald_double mort de linda.jpgCet été, j'ai profité d'un passage dans mon ancienne chambre d'adolescente pour farfouiller dans ma vieille bibliothèque à la recherche de titres que j'aimerais relire. J'ai jeté mon dévolu sur La Double Mort de Linda de Patricia MacDonald, lu et adoré au collège quand j'étais en plein dans ma période polars. J'enchaînais à l'époque les Mary Higgins Clarke, quelques Agatha Christie et Patricia MacDonald (je ne me souviens pas des quelques autres lectures qui ne m'ont pas trop marquée).

La Double Mort de Linda commence par la découverte d'un corps d'adolescente abandonné depuis longtemps dans une réserve naturelle. On ne trouve pas son identité et le cas est momentanément abandonné. Puis revient en ville Linda, la trentaine. Disparue depuis son adolescence, Linda est venue après avoir appris la mort de son père. Elle semble décidée à régler des comptes et à faire des révélations scandaleuses qui, on le comprend bien, affecteront la petite communauté. Linda vient aussi retrouver la fille qu'elle a fait adopter il y a des années de cela, bouleversant ainsi la vie des parents adoptifs, les Newhall, qui voient débarquer une mère prodigue alors que leur fille est en pleine crise d'adolescence. Mais Linda va se faire assassiner à peine revenue.

Cette relecture est une bonne surprise. Thriller à l'américaine de facture classique, il offre un bon moment de lecture et suffisamment de suspense pour en faire un page turner. De façon générale j'ai trouvé les personnages assez intéressants et globalement crédibles, malgré quelques dialogues un peu moins réussis que d'autres et une Linda qui, tout de même, est allée toute seule se jeter dans la gueule du loup. L'écriture est tout à fait correcte également. Bref, un polar honnête vraiment parfait pour se détendre ou se changer les idées dans les transports (où j'ai pour ma part du mal à me concentrer entre tous les arrêts, les bousculades, les gens qui racontent leur vie à leur portable). A noter un point qui m'a amusée : ce roman est très marqué par des notions de rôles hommes-femmes un peu datées (l'homme protecteur, le chef de famille...). C'est curieux de voir combien la perception du foyer et des rapports entre les genres peut évoluer en vingt ans. Toujours est-il que je suis tentée par l'idée de relire un des Mary Higgins Clarke que j'avais adorés adolescente (ceux des années 80, voire début des années 90).

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320 p

Patricia MacDonald, La Double Mort de Linda, 1994

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09/09/2014

Bilan de mes lectures de juillet et août

Je suis plongée en ce moment dans mes lectures américaines, avant une nouvelle immersion dans l'univers d'Halloween (eh oui le mois d'octobre approche et le Challenge Halloween pointe de nouveau le bout de son nez !). Mais qu'en est-il de mes lectures de juillet at août ?

N'ayant pas noté au fur et à mesure mes lectures, j'ai un peu de mal à dresser ce nouveau bilan, relativement court car j'ai eu peu de temps pour moi cet été... voyons si je m'y retrouve !

Côté romans :

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Deux très bons moments de lecture anglais et irlandais avec Amsterdam d'Ian McEwan (que j'apprécie de plus en plus), Chasse au Trésor de Molly Keane ainsi que Les Enfants de Dynmouth de William Trevor dont je vous parle ce mois-ci.

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L'Epouse hollandaise d'Eric McCormack m'a fait voyager plus loin et offre un dépaysement garanti.

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Et toujours en littérature anglo-saxonne, mais cette fois-ci du côté des Américains en prévision du Mois Américain : La Double Mort de Linda de Patricia McDonald, Le Mystérieux Mr Kidder de Joyce Carol Oates et The Haunted Bookshop de Christopher Morley.

Entre Histoire et livre éducatif :

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J'ai retrouvé la collection Terrible Times avec Deadly Jobs de Philippa Boston : un excellent moyen d'apprendre l'anglais et / ou d'initier le néophyte aux charmes de la révolution industrielle anglaise.

Côté albums jeunesse :

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Quatre albums adorables de la collection Au bord de la Mer (Christophe Boncens) : des histoires charmantes, des illustrations colorées et pleines d'humour... un vrai bonheur !

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Il était une fois un papillon de Nicolas Gouny : encore une pépite pour les petits. Je vous en parle bientôt !

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Le Bouton de la Sorcière de Rosalinde Bonnet : une excellente idée de lecture pour Halloween. On en reparle en octobre !

 J'espère ne rien avoir oublié mais rien n'est moins sûr !

Et vous, quelles lectures ont égayé votre été ?

07/09/2014

Challenge Halloween 2014

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Le Challenge Halloween revient... et fête ses cinq ans ! Nous espérons que vous serez encore nombreux à embarquer avec nous à bord du Vaisseau Fantôme pour un ou plusieurs billets !

Les dates du Challenge restent identiques: du mercredi 1er octobre au mercredi 5 novembre.

Pour cette édition 2014, Hilde et moi vous réservons quelques surprises démoniaques... mais comme d'habitude, vous pourrez nous parler de films, séries, romans, albums, BD, documentaires envahis par des créatures fantastiques, des citrouilles ou tout simplement effrayants ou gothiques.

Sans oublier pour les plus motivés vos créations d'Halloween très originales (décorations du jardin ou de la maison, thème de blog, déguisements, cuisine, tea time, dessins),  qu'on se fait un plaisir de découvrir.

Nous comptons sur vous pour cette croisière diabolique, nous espérons retrouver les aventuriers de la Maison Hantée et accueillir de nouveaux passagers. Vous pouvez vous inscrire à la suite de ce mail.

Le groupe Facebook est toujours actif,  pour encore plus de partages Halloweenesques.

N'hésitez pas à nous faire part de vos souhaits de billets communs diaboliques et effrayants (lectures communes, mini challenges...), sur nos blogs ou sur le groupe Facebook. Nous avons hâte de retrouver votre enthousiasme halloweenesque des années passées.

Eh oui, voilà presque un an que nous avons rendu les clefs de la maison hantée : vous commenciez à nous manquer !


A très bientôt. N'hésitez-pas à nous rejoindre.

Démoniaquement vôtres,
Hilde et Lou

 

Les participants

(dans l'ordre de prise en compte des inscriptions) :

1/ Hilde, 2/ Lou, 3/ L'Or des Chambres, l'Or Rouge, 4/ Petit Speculoos , 5 / Karine :), 6 / Rachel, 7/ Sharon, 8 /Marjorie - Chroniques littéraires, 9/ Soukee, 10/ SVCath, 11/ Yoda Bor, 12/ Chicky Poo, 13/ Tiphanya, 14/ Acr0, 15/ Valeriane, 16/ Marguerite, 17/ Samlor, 18/ Emma, 19/ Mariejuliet, 20/ Petit_speculoos, 21/ Syl, 22 / Adalana, 23/ Titine, 24/ Simone, 25/ Nahe, 26/ FondantOchocolat, 27 /Mrs Figg, 

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06/09/2014

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder

oates_mysterieux mr kidder.jpgEncore un roman de Joyce Carol Oates pour le moins dérangeant ! Sur les traces de Lolita, Le Mystérieux Mr Kidder met en scène Katya, jeune babysitter qui se laisse embarquer dans une relation dangereuse avec un homme âgé. Elégant, riche, influent, artiste, Mr Kidder aborde l'adolescente alors qu'elle promène les enfants dont elle s'occupe et observe des dessous dans une boutique chic. Ses bonnes manières et son origine sociale rassurent Katya qui accepte de se rendre chez Mr Kidder pour prendre le thé.

Les remarques du vieil homme si poli sont parfois déplacées et créent une ambiance malsaine, amorcée par son premier cadeau : des dessous très affriolants. Leur relation se construit autour d'un équilibre fragile et complexe. Malgré le dégoût qu'il peut légitimement inspirer au lecteur, le vieux Mr Kidder intrigue et campe un séducteur crédible. Quant à Katya, avide d'attentions et de respect, attirée par l'odeur de l'argent, innocente et naïve à d'autres égards, elle pense pouvoir tirer profit de son vieil admirateur. Elle est tour à tour fascinée et écoeurée par ce personnage étrange, répugnant sous des dehors raffinés.

Difficile d'abandonner ce court roman qui se construit autour d'un conte et dont la fin m'a surprise. Curieusement, une partie de mon plaisir de lecture est venu du cadre du récit, Bayhead Harbour, station balnéaire de luxe où les quartiers modernes des parvenus près des canaux peinent à rivaliser avec les demeures prestigieuses des vieux quartiers.

Les avis de Kathel et Mango.

D'autres idées de lecture autour de Joyce Carol Oates :

Merci aux Editions Points pour cette lecture.

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210 p

Joyce Carol Oates, Le Mystérieux Mr Kidder, 2009

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03/09/2014

Harold et Maude, film et roman

higgins_harold et maude.jpgJe n'avais jamais entendu parler de Harold et Maude jusqu'à ce que mon oncle me recommande le film, très drôle et plein d'humour noir (en revanche la pièce sortie peu après à Paris ne m'a pas spécialement tentée). J'ai donc noté le titre dans un coin de ma tête, jusqu'à ce que je tombe par hasard sur un roman du même intitulé à la médiathèque. Ni une, ni deux, j'ai donc emprunté roman et film pour enfin me faire ma propre idée sur ce qui est apparemment un classique américain des années 1970.

Colin Higgins ouvre son roman Harold et Maude avec une citation de Lewis Carroll qui tout de suite donne le ton (décalé) de ce qui va suivre : Je trouve extrêmement vexant, déclara Humpty Dumpty, après un long silence, et sans regarder Alice, oui, extrêmement vexant de s'entendre traiter d'oeuf.

Autant le dire tout de suite à ceux qui connaissent un peu mes goûts et qui eux aussi apprécient l'humour noir absurde, ce roman est en la matière un vrai régal.

higgins_harold maude.jpegHarold est un jeune homme de bonne famille qui vit avec sa mère dans une grande propriété. Alors que sa mère enchaîne sorties mondaines, les rendez-vous chez le coiffeur et autres, Harold soigne son oisiveté en organisant son suicide. Car il en est maintenant à son quinzième suicide approximativement : pendaison, balle dans le crâne, noyade dans la piscine, immolation, toutes les méthodes y passent... devant la plus profonde indifférence de sa mère qui, après les premiers épisodes, a compris que son fils orchestrait soigneusement ses mises en scène sans jamais avoir la moindre intention de mettre fin à ses jours. Ainsi, devant son fils qui se balance mollement au bout de sa corde, la langue pendante, elle se contente de lui demander de faire quelques efforts dans la mesure où des invités sont attendus le soir même. Mais les journées de Harold vont être bousculées par plusieurs événements : lui qui aimait se suicider, assister à des enterrements d'inconnus, voir des démolitions d'immeubles ou des voitures broyées, va être sommé par sa mère de mettre un terme à ses enfantillages et de se marier. Il rencontrera ainsi trois candidates après que sa mère ait rempli pour lui le formulaire de l'agence matrimoniale. C'est sans compter sur Maude, bientôt octogénaire, autre adepte des enterrements. Cette vieille dame va se lier d'amitié avec lui et lui faire partager son quotidien rocambolesque, entre vols de voiture, excès de vitesse, infusions de paille et autres découvertes. Maude, pour qui la vie est en soi une philosophie à part entière, va-t-elle tirer Harold de sa léthargie ?

Une histoire d'amour pour le moins inhabituelle, qui par certains côtés m'a rappelé Le Cher Disparu d'Evelyn Waugh. Beaucoup d'humour, des personnages tous plus étonnants les uns que les autres, mais aussi touchants... et une jolie leçon de vie. Un roman qui se lit tout seul, à savourer lorsque vous avez envie de vous changer un peu les idées.

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155 p

Colin Higgins, Harold et Maude, 1971

*****

film_harold_and_maude.gifLe film est très proche du roman... et pour cause, Higgins a écrit le scénario du film, rédigé le roman ainsi que la pièce de théâtre du même titre !

Dans un sens, il est préférable de ne pas forcément lire le roman et voir le film juste après (comme je l'ai fait) pour pouvoir profiter de l'effet de surprise car je m'attendais à la plupart des scènes. Et pour ceux qui hésiteraient à lire le roman, il me paraît judicieux de commencer par le film qui donne une excellente idée de l'esprit du récit.

Le choix des acteurs est réussi même si je pensais au début que Bud Cort est un peu jeune pour le rôle. En réalité, il incarne à la perfection Harold en retraduisant bien son côté déphasé, amorphe mais aussi malicieux et cynique ! Maude est pétillante, comme il se doit.

La mère est aussi très convaincante et certaines scènes sont excellentes, comme celle où elle décide de se détendre dans leur piscine, met sa petite musique, commence à nager la brasse puis voit à ses côtés le corps de son fils flotter dans l'eau... avant de le dépasser et de faire une nouvelle longueur en passant près de lui sans lui prêter attention. J'ai trouvé malgré tout que le roman retraduisait encore mieux son côté un brin hystérique. Par exemple lorsqu'elle fait les questions et les réponses pour l'agence matrimoniale, je la voyais plus caricaturale. A l'inverse, une autre excellente scène n'apparaît pas dans le roman : Harold a fait un pantin lui ressemblant et, alors qu'il est dans une anti-chambre, il voit sa mère entrer dans sa chambre, s'asseoir devant le pantin et monologuer comme d'habitude sans remarquer la supercherie, pour conclure en lui disant qu'il est tout de même un peu pâle, puis s'en aller.

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Le film est servi par une BO de Cat Stevens très sympathique, qui prend le contrepied des scènes d'enterrement ou de suicide avec des chansons très joyeuses.

Il faisait gris, il faisait froid quand j'ai rencontré ces drôles de personnages... c'était le moment idéal pour découvrir Harold et Maude !

Je vous invite également à consulter l'article wikipedia, qui développe plus longuement les thèmes évoquées, l'accueil du film et de la pièce à l'époque, son influence ensuite.

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Harold et Maude, un film de Hal Ashby, 1971

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01/09/2014

Le Mois américain commence !

Après une petite semaine de vacances je compte continuer à voyager littérairement grâce au Mois Américain organisé pour la 2e fois par Titine. J'ai lu assez peu d'auteurs américains ces dernières années et c'est avec plaisir que je les retrouve pour fêter la nouvelle édition du Festival América !

Quelques billets sont déjà prévus !

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Bonnes lectures à tous !

31/08/2014

Concours Alan Bennett, La Dame à la Camionnette: les résultats

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Bravo à Sylire qui a gagné un exemplaire de La Dame à la Camionnette !

Il ne te reste plus qu'à m'envoyer ton adresse postale !

Bonne lecture et merci aux participants pour leurs propositions originales de débuts de romans ! Ça ne vous donne pas envie d'écrire la suite ?

20/08/2014

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise

mac cormack_epouse hollandaise.jpgJ'ai toujours aimé les romans qui commençaient par s'adresser directement à nous, aimables lecteurs. Cette forme surranée me faisant penser aux bons gros romans du XIXe a toujours le don de me faire soupirer d'aise avant de me blottir confortablement dans mon canapé, prête à suivre l'auteur là où bon lui semblerait. L'Epouse hollandaise fait partie de ces livres aux petits soins avec leurs lecteurs et c'est avec ravissement que j'y ai plongé.

Ecrivain de son métier, le narrateur a décidé de nous raconter une histoire véritable, entendue de la bouche de son voisin. Mais avant de faire la connaissance de Thomas et de son extraordinaire famille, notre narrateur a emménagé dans la maison voisine, dont il nous livre quelques détails : et qui ne voudrait pas la visiter ?

Je suis aussitôt tombé sous le charme de la salle de bains de la chambre principale. Elle était ornée d'un carrelage vert et possédait une de ces luxueuses douches à l'ancienne munie d'une douzaine de jets disposés tout autour des parois pour que l'on soit arrosé de tous les côtés. Même les toilettes étaient spectaculaires: elles trônaient sur une petite estrade entourée d'une balustrade de cuivre.

Curieusement, au-dessus du lavabo vert, une pendule était encastrée dans le mur à hauteur d'yeux. Je n'avais jamais vu de pendule dans une salle de bains. Celle-ci était toute rouillée et ses aiguilles tombées gisaient comme des phasmes à l'abri du verre.

Du palier, nous avons gravi un autre escalier plus petit mais tout aussi de guingois qui menait à un immense grenier plongé dans la pénombre. Dans un coin, on s'apercevait que la tourelle si imposante de la rue n'était en réalité qu'une structure ornementale creuse soutenue par des solives en croix (p19).

"Je la prends, ai-je dit:

- Bien." Victoria avait l'air soulagé. "Je vais faire préparer le bail." A l'instant précis où elle prononça ces mots, un énorme coup de tonnerre retentit dehors et en quelques secondes, une pluie d'été tambourinait contre les vitres (p21).

Un jour, le vieux voisin est hospitalisé et demande au narrateur de lui rendre visite. Malgré la fatigue, il va lui raconter l'histoire de sa mère, qui a un jour trouvé sur le pas de sa porte un inconnu prétendant être son mari et qu'elle a accepté, et surtout l'histoire de Rowland Vanderlinden, autrefois le mari de sa mère, parti aux quatre coins du monde.

Je crois qu'il est préférable de se laisser embarquer par cette histoire rocambolesque sans en savoir beaucoup plus sur les diverses péripéties qui attendent les protagonistes. Préparez-vous à être dépaysés ! Croisant les influences, ce roman qui se déroule au XXe siècle aurait parfois presque l'air d'avoir un pied dans le XIXe, en rappelant les romans d'aventures et récits de voyage de l'époque. On se perd dans le temps mais aussi entre les continents, les mers, les océans. On passe d'une maison bourgeoise du Canada à la traversée de plaines et de montagnes, avant d'embarquer dans un grand bateau puis un vieux raffiot, pour enfin partir à la découverte d'îles peuplées de populations aux rites étranges et d'animaux dangereux. L'Epouse hollandaise sait surprendre son lecteur !

J'avais repéré ce livre grâce aux blogs lors de sa première édition chez Points. Curieusement il y avait eu assez peu de billets à son sujet à l'époque, pourtant ce roman mérite le détour. Récemment, Trillian l'a lu et a eu un coup de coeur.

Merci aux éditions Points pour ce très agréable moment de lecture!

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370 p

Eric McCormack, L'Epouse hollandaise, 2002

16/08/2014

Philippa Boston, Deadly Jobs

boston-deadly-jobs.jpgJe continue à explorer avec plaisir la collection Paper Planes Teens qui a pour objectif de faciliter l'apprentissage de la langue anglaise en proposant des textes stimulants et originaux pour transformer ce qui pourrait être une corvée en un vrai plaisir de lecture.

Je me suis récemment régalée avec Blitz Britain de Philippa Boston, petit ouvrage qui m'a permis de mieux connaître une période de l'Histoire anglaise sur laquelle j'avais des notions assez floues. Je réitère cette fois-ci l'expérience avec Deadly Jobs du même auteur, pour un plongeon au coeur de la révolution industrielle anglaise. Comment ça, encore l'Epoque victorienne ? Je vous assure amis lecteurs, je ne fais aucune fixation sur le XIXe anglais, vous devez être victimes d'une hallucination collective.

De nouveau servi par les judicieuses illustrations à la Quentin Blake de Mark Beech (illustrateur de Blitz Britain), Deadly Jobs est composé de deux parties, l'une historique, l'autre narrative (ce qui était également le schéma de Blitz Britain).

La première partie explique que la révolution industrielle a créé de très nombreux emplois auxquels pouvaient accéder les enfants, dont la petite taille constituait parfois un avantage et dont le salaire était systématiquement plus faible que celui qu'aurait reçu un adulte. Compte tenu des conditions de travail, le taux de mortalité était élevé, avec une chute de la moyenne d'âge à 29 ans dans certaines régions. Sont ensuite présentés différents emplois réservés aux enfants : mineur, ramoneur, ouvrier à l'usine. Il restait également la possibilité de vivre dans une « workhouse » où, pour un abris pour la nuit et une nourriture chiche, il fallait travailler comme une bête de somme, à moins d'être placé en apprentissage – un esclavage déguisé. Pour lutter contre le travail des enfants, plusieurs lois se succèdent pendant des dizaines d'années sans être appliquées au départ. Charles Dickens choisit quant à lui de sensibiliser le public à travers ses romans. Même si je m'intéresse depuis un moment au XIXe anglais, j'ai notamment relevé quelques aspects ou anecdotes que je ne connaissais pas. Par exemple la couleur des vêtements au sein des workhouses, jaune pour différencier les prostituées des autres femmes. Ou encore le fait que la taille moyenne ait baissé en raison des conditions de travail à l'usine, qui entraînaient des déformations physiques.

La deuxième partie s'intitule « The Workhouse boy » et raconte l'histoire d'un garçon placé en apprentissage chez un type alcoolique et monstrueux. J'ai été étonnée par la fin (que je vous laisse le soin de découvrir). Bien entendu, je supposais que l'apprenti tiendrait sa revanche mais je n'aurais jamais pensé qu'elle prendrait cette forme-là.

A ceux qui s'intéressent à l'histoire britannique et à ceux qui veulent apprendre ou enseigner l'anglais en lisant des textes vraiment intéressants, je recommande encore une fois chaudement cette collection !

La suite au prochain numéro puisque j'irai bientôt me promener dans une Angleterre ravagée par la peste !

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44 p

Philippa Boston, Deadly Jobs, 2013

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12/08/2014

Christophe Boncens, Au Bord de la Mer

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Je viens de découvrir pour Baby Lou une collection merveilleuse pour accompagner son été au bord de mer! Publiées aux éditions Beluga, ces "Histoires salées du marchand de sable" de Christophe Boncens initient les petits aux animaux de la mer et à leur environnement naturel à travers de petites histoires amusantes. Il existe deux coffrets de six albums qui se vendent également séparément. C'était le cas dans la librairie où je me suis rendue. Je suis d'abord repartie avec La Méduse Moqueuse, album qui m'a tellement enchantée que ce week-end j'ai également offert à ma fille L'Etoile Menteuse, Le Bigorneau Tricheur et L'Anémone se sent seule.

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Illustration tirée du site de Christophe Boncens

Dans chaque album, une aventure va mettre en avant les défauts ou problèmes des uns et des autres, qui seront reconnus ou compris selon, pour que les choses se passent mieux à l'avenir. Outre la dimension morale propre au conte pour enfants, ces histoires permettent de rencontrer des animaux imparfaits mais très attachants, dans un univers joyeux et coloré qui a visiblement su capter l'attention de la petite Baby Lou. A la fin de chaque album sont prévus quelques jeux ou énigmes puis on apprend à dessiner le héros de l'histoire. Pour les parents lecteurs, c'est un vrai bonheur que de raconter une histoire rigolote en commentant les dessins ou en imitant les personnages: difficile de s'ennuyer avec cette série adorable ! Les textes sont suffisamment longs pour avoir un peu de matière et éviter les platitudes, mais aussi assez courts pour capter l'attention d'un tout petit. Bien sûr, cette série ne serait pas la même sans les charmantes illustrations qui ont d'abord attiré mon attention en librairie ! Bref, une série ludique très réussie, recommandée pour les 3-6 ans mais qu'on peut tout à fait présenter beaucoup plus tôt (d'après mon expérience toute récente). A découvrir, dans l'idéal les pieds dans l'eau !

28 p

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Christophe Boncens, Série Au Bord de la Mer, 2010-2014

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09/08/2014

Concours Alan Bennett

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J'ai le plaisir de vous faire gagner grâce aux éditions Buchet-Chastel un exemplaire de La Dame à La Camionnette d'Alan Bennett, dans le prolongement du Mois Anglais.

Un extrait de mon billet sur ce roman pour résumer l'intrigue : "A travers ce livre, l'auteur nous invite à découvrir Londres dans les années 1970-80, et un quartier, Camden Town, progressivement envahi par une classe moyenne intello progressiste, qui cherche à concilier aisance financière et préoccupations d'ordre social. Alan Bennett fait la connaissance de Miss Sheperd alors qu'elle cherche quelqu'un pour pousser sa camionnette vers un nouvel emplacement. Car Miss Sheperd vit dans sa camionnette jaune, remplie d'affaires sales, de cochoneries accumulées au fil des ans mais aussi d'objets on ne peut plus "classe moyenne" (articles de cuisine notamment), assez incongrus dans cet environnement. Le temps passant, Miss Sheperd se fait agresser à plusieurs reprises et Alan Bennett lui propose de stationner dans son jardin. La situation s'éternisera. Loin de remercier l'auteur, la vieille dame ne le ménagera pas et conservera jusqu'au bout toute son autorité... et ses manières originales."

Pour gagner ce roman, rien de plus simple ! Puisque nous parlons ici d'un auteur à l'humour tellement anglais, je vous propose de participer en imaginant que vous êtes sur le point d'écrire un roman se passant en Angleterre et en nous livrant la toute première phrase de votre oeuvre à venir. Vous pourrez la laisser dans les commentaires à la suite de ce billet.

Vous pouvez aussi bien choisir une phrase humoristique qu'une autre descriptive, extrêmement courte ou longue de trois kilomètres, vous imaginer sur le point d'écrire un roman social, une histoire à l'eau de rose, un thriller, un roman historique : the choice is yours !

Vous avez jusqu'au 20 août pour participer.

Bonne chance à tous !

05/08/2014

Molly Keane, Chasse au Trésor

keane_Chasse-au-tresor_5080.jpegAmateurs de vieilleries, Molly Keane a réuni pour vous de délicieux excentriques coincés quelque part dans un siècle passé, peu résignés à abandonner leurs vêtements poussiéreux et leurs habitudes archaïques... pour votre plus grand plaisir !

De quoi retourne-t-il ? : Le propriétaire du domaine de Ballyroden vient de décéder. Le roman s'ouvre alors que ses proches rentrent à la maison, bien décidés à boire du champagne en l'honneur du défunt. Mais une surprise de taille les attend : ce cher Roddy a dilapidé toute la fortune familiale et ses legs généreux ne sont que de charmantes promesses puisqu'il va falloir maintenant réduire considérablement le train de vie de la maisonnée pour ne pas avoir à céder Ballyroden.

Deux clans se forment d'emblée : d'un côté l'héritier, Philip, ainsi que sa cousine Veronica, tous deux pragmatiques, décidés à se retrousser les manches et à recevoir des hôtes payants pour s'en sortir ; de l'autre, le frère et la soeur de Sir Roderick, Hercules et Consuelo, en aucun cas prêts à renoncer à leurs privilèges et nombreux caprices. Et quelque part ailleurs, l'insaisissable et espiègle tante Anna Rose qui, depuis qu'elle a perdu son cher époux pendant leur voyage de noces, s'imagine parcourir le monde entier en train ou en avion, toujours accompagnée d'un oiseau qui trône sur ses différents chapeaux. Ajoutons à ce petit monde étonnant trois domestiques, chacun particulièrement entiché d'Anna Rose, Hercules ou Consuelo et se souciant peu du bien-être des deux jeunes, beaucoup trop terre-à-terre pour ne pas être jugés terriblement ternes (y compris par leurs aînés).

La rupture avec les fastes passés est vite consommée : Philip alloue à son oncle et à sa tante une modeste somme en guise d'argent de poche (ce qui donne des situations cocaces, comme lors d'un jeu d'argent : « Tu me dois neuf pence, Chaton, je t'assure (p 168) »), l'alcool ne coule plus à flots et le quotidien va être bouleversé par l'arrivée de parvenus anglais décidés à profiter de l'hospitalité irlandaise. Ils ne seront pas déçus du voyage !

J'ai particulièrement apprécié la première partie du roman, construite comme une pièce de théâtre. La première scène s'ouvre sur la présentation d'une pièce vide, la maison attendant le retour des occupants. Puis chaque protagoniste fait une entrée en fanfare dans ladite pièce, avec son lot d'extravagances. Hercules et Consuelo sont croqués avec beaucoup d'humour et, si on ne peut pas vraiment les détester, on ne peut s'empêcher d'être un peu choqué en les considérant à travers le prisme de nos repères modernes. Quelques exemples croustillants :

Les gens sont prêts à risquer leur vie pour nous. C'est tellement gentil (p 27).

En définitive, ça revient toujours moins cher de descendre au Ritz. Et personne ne pourrait m'accuser d'être dépensière – regardez ma pingrerie avec les épingles, les épingles ordinaires ou les épingles de nourrice. Dès que je vois une épingle, je la ramasse, voilà comment je suis. Jamais de ma vie je n'ai acheté une épingle – ce sont mes économies préférées (p 55).

Même si j'ai eu un peu plus de mal à m'intéresser aux visiteurs anglais (du moins à la plus jeune d'entre eux), le regard qu'ils portent sur leurs hôtes (ces deux vieux vestiges inutiles d'extravagances passées (p104)) est on ne peut plus acéré : Mon frère est un fervent collectionneur d'antiquités, dit Dorothy, dont le regard alla ostensiblement se poser sur les gens, pas sur les meubles (p 103).

C'est ma deuxième lecture de Molly Keane et, une fois encore, je suis vraiment séduite par la manière dont elle croque ses personnages, si improbables et pourtant tellement irrésistibles et pleins de vie. Si vous ne la connaissez pas encore je ne peux que vous recommander de la laisser vous présenter ses aristocrates déchus. En n'oubliant pas de vous armer d'une tasse de thé (voire d'un soupçon de brandy) of course !

Merci à Babelio à travers l'Opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Quai Voltaire.

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272 p

Molly Keane, Chasse au Trésor (Treasure Hunt), 1952

 

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01/08/2014

Ian Mc Ewan, Amsterdam

mc ewan_amsterdam.jpgPour cette lecture commune autour de Ian Mc Ewan j'ai choisi de découvrir un livre étrange, Amsterdam.

A l'enterrement de leur amie et ex-maîtresse Molly, Clive et Vernon se retrouvent. La cérémonie impersonnelle a été orchestrée par le veuf, autrefois très possessif. Est également présent Garmony, ministre réactionnaire, autre amant de Molly.

Nostalgiques de leurs jeunes années et de leurs aventures passées, Clive et Vernon sont à un tournant de leur vie : leur obsession pour leur travail, leur étroitesse d'esprit et leur manque de clairvoyance vont bientôt les conduire à leur perte.

Vernon est patron d'un journal dont les ventes s'érodent. Il est alors contacté par le mari de Molly qui lui remet des clichés compromettants du ministre Garmony : voilà qui pourrait permettre au journal de remonter la pente. En bon businessman, Vernon est convaincu de devoir saisir cette opportunité et ne s'embarrasse pas de questions d'éthique, contrairement à Clive choqué par l'attitude de son ami.

Quant à l'artiste Clive, il peine à trouver l'inspiration pour une symphonie du millénaire et s'en va dans la région des Grands Lacs. Lors d'une promenade, il assiste à l'agression d'une femme sans rien faire car il vient de trouver une suite à son oeuvre. Vernon lui apprend plus tard qu'il s'agissait du violeur des Grands Lacs et le somme de se rendre à la police pour témoigner.

En quelques étapes décisives sur lesquelles il ne sera pas possible de revenir, l'amitié entre Clive et Vernon est mise à l'épreuve avant de s'effriter inéluctablement. D'autres pensées l'en distrayaient de temps à autre, et par moments il se mettait à lire, mais tel fut le thème qui accompagna son voyage vers le nord : le long et minutieux réexamen d'une amitié (p 101).

Froidement orchestré autour de personnages « marionnettes », ce roman offre un bien curieux exercice littéraire. Ne vous attendez pas à vous attacher aux personnages, ce n'est pas le propos ici. J'ai pour ma part passé un très bon moment avec ce livre original dans lequel tout un univers s'écroule comme un château de cartes à partir d'une série de choix malheureux. On pourra sans doute reprocher à Ian Mc Ewan d'avoir livré une construction artificielle mais Amsterdam ne manque pas d'intérêt. Malgré quelques maladresses, le récit ne manque pas d'anecdotes marquantes. Un passage m'a notamment interpelée. Alors que Vernon s'apprête à savourer son triomphe la veille de la publication de choc qui devrait signer la fin de la carrière politique de Garmony, le responsable de la rubrique nécrologique lui tend un papier : Il devait s'agir du papier qu'on lui avait demandé de préparer au cas où Garmony se flinguerait (p 161). Et le récit est en effet bien souvent cynique.

Je ne peux que vous recommander de découvrir ce livre original à votre tour. Il me donne envie de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de Mc Ewan, c'est certain !

 

Quelques citations relevées ici ou là :

Il aurait pu couper à ses obligations en évoquant la liberté de l'artiste, mais semblable arrogance lui était odieuse. (…) Ces gens-là – les romanciers étaient de loin les pires – parvenaient à convaincre leur entourage que non seulement leur temps de travail, mais la moindre de leurs siestes et de leurs promenades, leurs accès de mutisme, d'abattement ou d'ivrognerie étaient couverts par l'immunité des grands desseins. Un masque pour la médiocrité, estimait Clive (p 94).

Malgré le froid, il ouvrit grand la fenêtre pour pouvoir respirer, tout en défaisant ses bagages, l'air hivernal caractéristique de la région des lacs – eau de tourbières, roche mouillée, terre moussue (p 101).

Chez ceux qui remâchent une injustice, on voit parfois l'appétit de vengeance se dissimuler ainsi, commodément, sous le sens du devoir (p 213).

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253 p

Ian Mc Ewan, Amsterdam, 1998

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