18/05/2013

Pierre Louÿs, Les Soeurs à l'Envers

louys_soeurs a lenvers.gifPoussée par la curiosité, j'ai récemment lu Les Soeurs à l'envers et autres textes inédits de Pierre Louÿs. C'est le troisième livre sulfureux d'auteurs dits classiques à être chroniqué par ici, à la suite de Josefine Mutzenbacher, Histoire d'une fille de Vienne et Oscar Wilde, Teleny.

Né en 1870 (je m'appuie sur la préface de mon édition, par Alexandre Dupouy) dans une famille de magistrats, Louÿs perd sa mère très jeune et voit son éducation confiée à son demi-frère Georges, dont il restera proche toute sa vie. Des doutes subsistent quant à la vraie nature de leur relation : Georges aurait pu être le père de Louÿs, étant d'un âge proche de la mère de celui-ci tandis que le père officiel était beaucoup plus âgé. Louÿs lui dédicace ainsi les Aventures du Roi Pausole en écrivant « Pour Georges. Son fils aîné ». Il connaît le succès à vingt-six ans avec Aphrodite, puis La Femme et le Pantin et Les Aventures du roi Pausole. Puis il s'isole, devient un bibliophile accompli mais y perd tout son argent et meurt à cinquante-cinq ans pauvre, « épuisé par la drogue et la maladie ». C'est le premier à attribuer la paternité de certaines oeuvres de Molière à Corneille. Les succès de l'époque ont été oubliés, mais depuis, ce sont les innombrables textes érotiques voire pornographiques de Louÿs qui ont été découverts (vendus par son épouse et son secrétaire) et que l'on connaît aujourd'hui, du moins de réputation. Sont également découverts ses catalogues (tel celui où il dresse des observations « ethnologiques sur les Parisiennes des classes inférieures » et les classe en diverses catégories selon leurs préférences sexuelles, ou la liste chronologique et détaillée de ses propres exploits).

Les textes contenus dans Les Soeurs à l'envers s'inscrivent dans cette deuxième catégorie de l'oeuvre de Louÿs. Très crus, très explicites et dérangeants (protagonistes particulièrement jeunes, inceste, scatophilie... !), ils se succèdent sous des formes différentes (courtes pièces, catalogues) et sont entrecoupés de photographies érotiques de l'époque. Dans certains cas, l'écriture est soignée, le texte littéraire (« Les Soeurs à l'envers », « Elle savait des raffinements »), dans d'autres, Louÿs emploie un langage populaire et vulgaire, la seule finalité du texte tient au caractère pornographique. Ce qui est certain, c'est qu'en la matière, il est difficile de dépasser en audace et en provocation les auteurs dits « classiques » (Bret Easton Ellis perd tout à coup de son caractère osé et trash) !

Si je n'ai pas adhéré au fond j'ai trouvé que les éditions de la Musardine avaient fait un réel travail pour valoriser ces différents textes, entre la préface et la postface, les notes détaillées sur les diverses publications érotiques de Louÿs, les insertions de photos des manuscrits d'origine et les photographies du XIXe/début XXe.

Merci aux Editions de la Musardine pour cet envoi.

A noter ici un article de Miss Pandora sur Liane de Pougy, que fréquentait Pierre Louÿs.

221 p

Pierre Louÿs, Les Soeurs à l'envers et autres textes inédits.

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07/05/2013

Daniel Pennac, Au Bonheur des Ogres

pennac-au-bonheur-des-ogres.gifDaniel Pennac est un des auteurs qui ont marqué ma folle jeunesse grâce à sa fabuleuse série sur Kamo, lue et relue il y a bien des années. J'ai été heureuse de le retrouver il y a dix ans (déjà!) avec son très sympathique Comme un roman (qui donne encore plus envie de lire au lecteur avide et m'avait en l'occurence remonté le moral un jour où j'étais clouée au lit) et l'amusant La Fée Carabine. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il m'arrive bien souvent de planter là un auteur dont je pense beaucoup de bien pour la bonne raison qu'un livre d'un autre genre pointe le bout de son nez, puis un deuxième, puis un troisième, si bien qu'à la fin les projets de lecture initiaux en sont bouleversés.

Trouvant peu de temps pour moii et constatant ma grande difficulté à me concentrer ces dernières semaines, j'ai fait récemment le pari d'emporter avec moi Au Bonheur des Ogres dans de sauvages contrées (certains sauront reconnaître le lieu en question et en frémiront sans aucun doute). Revenons-en à nos moutons, ou plutôt à nos chiens puants dans le cas précis, le miracle a eu lieu et je suis parvenue à lire en un temps record  pour ma condition actuelle de ramollie du bulbe cet amusant récit.

pennac-au bonheur des ogres.jpgLe personnage principal de ce roman et de  ceux qui suivent est Benjamin Malaussène, affecté au contrôle technique d'un grand magasin, fonction classique qui cache un emploi bien plus ingrat : bouc émissaire. Dans ce charmant magasin parisien, aucun contrôle technique n'est jamais effectué. Ainsi, lorsqu'un réfrigérateur se met à incinérer un repas de Noël et à brûler les sourcils de sa propriétaire ou lorsqu'un lit cède sous le poids d'un colosse à la première utilisation, Malaussène endosse le rôle du contrôle technique tellement pitoyable et râté qu'il parvient à faire retirer la plupart des plaintes des clients. Mais alors qu'il sillonne le magasin en cet hiver particulier, une première explosion se produit, faisant un mort. Elle sera bientôt suivie de plusieurs autres. Benjamin étant toujours  sur les lieux, il est rapidement suspecté. Et franchement, il n'avait pas besoin de cet ennui supplémentaire, entre sa mère toujours partie avec de nouveaux amours, tous ses frères et soeurs à élever (difficile alors que l'une joue les voyantes ou que l'autre dessine des ogres de Noël qui inquiètent l'école et collectionne les photos de travestis à Boulogne), sans parler d'un chien épileptique qui aurait grand besoin d'un bain.

Je suis ravie d'avoir jeté mon dévolu sur ce roman qui a enfin su me happer (ce qui n'était pas évident visiblement car ces derniers temps j'ouvre un livre pour le reposer dix pages plus tard). C'est drôle, les personnages sont hauts en couleur, le héros est décalé... on passe un très bon moment à démasquer le poseur de bombes. Si je suis cette fois-ci mon idée je ne tarderai pas à relire La Fée Carabine et à découvrir enfin La Petite Marchande de Prose, depuis longtemps dans ma PAL et si souvent croisé au CDI du collège ou sur les listes de lectures recommandées à cette tendre époque.

Merci à Lise pour cette découverte faite dans le cadre du challenge du Prix Campus, un partenariat  des éditions Folio avec Cryssilda, Titine et votre fidèle et dévouée dans le cadre duquel nous avons pendant plusieurs mois parlé de moult beaux titres issus de la liste des candidats en lice, à travers les billets du challenge et plusieurs concours. Pour un recap des liens (hors concours et billets de présentation) et si vous cherchez quelques idées de lecture, vous pouvez faire un petit tour par là. J'en profite pour dire un grand merci à  Nathalie, Céline et Maggie qui ont elles aussi contribué aux nombreux billets.

Et c'est une première participation au challenge Daniel Pennac de George... j'ai mis en avant une ancienne couverture car je trouve la nouvelle bien moins réussie.

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01/05/2013

Café littéraire : Shakespeare au XIXe

Le 24 février, j'ai assisté au musée d'Orsay avec Titine et Un Coin de Blog à une conférence sur l'influence de Shakespeare au XIXe. Voici un extrait de mes notes pour partager avec vous ce café littéraire très sympathique.

Shakespeare commence à être connu en France au XIXe à travers les traductions et les nombreuses adaptations. Il devient le porte-parole du Mouvement Romantique, une génération fascinée par le Barde. Ainsi Berlioz dit de lui : "Shakespeare me foudroya". Freud (qui était très présent lors de ce café...) s'est quant à lui rendu deux fois en Angleterre, à 17 ans puis en 1908. Il est fasciné par le portrait de Shakespeare à la National Portrait Gallery et se questionne sur son identité, lui trouvant un air peu anglais.

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Parmi les sujets de prédilection des peintres français au XIXe : Ophélie, dont on connaît davantage les représentations britanniques. Ci-dessous quelques exemples, mais je vous invite à lire l'article merveilleusement illustré Le personnage d'Ophélie à travers les arts.

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Jules Joseph Lefebvre, Ophélie (1890)

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Ernest Hebert, Ophélie (1876)

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Alexandre Cabanel, Ophelia (1883)

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Pascal Dagnan-Bouveret, Ophelia (1900)

Gustave Doré avait quant à lui prévu de dessiner tout Shakespeare, mais il est décédé avant de pouvoir mener son projet à bien.

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Gustave Doré, Les Fées (1873)

Manet choisir quant à lui de peindre Hamlet. Il choisit d'abord pour modèle Philibert Rouvière, mais son tableau est refusé au Salon. Il peint alors Jean-Baptiste Faure en Hamlet. Cette fois-ci la toile est acceptée mais l'objet de vives critiques, on parle ainsi de "pantin désossé" à la "tête de tétard". L'artiste ne trouve pas non plus la toile de Manet à son goût.

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Edouard Manet, L'acteur tragique Rouvière dans le rôle d'Hamlet, (1866)

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Edouard Manet, Jean-Baptiste Faure dans le rôle de Hamlet (1877)

Comme je le disais plus haut, Freud a été très largement cité lors de cette conférence. Il voyait en Shakespeare un maître et s'émerveille de certains traits de son oeuvre. Par exemple, lorsque Shakespeare joue volontairement sur l'utilisation de lapsus, cela prouve pour Freud que le poète savait que l'on s'interdit certaines choses. De même, Macbeth et son épouse représentent les deux faces d'un même personnage, une "double personnalité".  Freud ne comprend pas Lady Macbeth, qui meurt quand elle a tout ; il parle ainsi de "ceux qui échouent quand ils réussissent". C'est la fameuse pièce écossaise qui porte malheur et dont on ne prononce le nom qu'à ses risques et périls.

La mort de Lady Macbeth a cependant peu inspiré les peintres : elle meurt off stage, on apprend sa mort par un discours rapporté. En revanche ses crises de somnambulisme fascinent. Le tableau de Delacroix marque Théophile Gautier, qui le juge "effroyable de vérité". Je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer ici à la version de Sargent, un de mes peintres favoris. Gustave Moreau tire de ce sujet deux versions inachevées, dans lesquelles Lady Macbeth est noyée dans des traces rouges évoquant le sang. Redon choisit le pastel, avec un personnage totalement rouge, aux grands yeux étonnants.

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Eugène Delacroix, Lady Macbeth somnambule (1850)

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John Singer Sargent, Ellen Terry as Lady MacBeth (1889)

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Gustave Moreau, Lady MacBeth

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Odilon Redon, Lady Macbeth (1898)

La peinture dite "shakesperienne" au XIXe ne se limite pas à la représentation des oeuvres de Shakespeare, il s'agit d'un véritable credo. Ainsi "Le Radeau de la Méduse" peut être considéré comme une oeuvre shakesperienne.

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Jean Louis Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse (1819)

Ce café littéraire était dans l'ensemble instructif, bien qu'un peu inégal. Parmi les intervenants, nous avons toutes trouvé la jeune Delphine Gervais de Lafond tout à fait enthousiaste et pertinente. Elle est l'auteur d'une thèse sur "Shakespeare et les peintres du XIXe" et sa prestation nous a donné envie de lire sa thèse : de nombreuses références, un regard intéressant sur les oeuvres décrites... une intervention très enrichissante. Notre grande frustration concernait la littérature, absente à l'exception de Freud et de la psychanalyse - alors que nous espérions une approche bien différente. A noter enfin la présence de la comédienne Dominique Reymond, qui a lu des extraits de diverses pièces : une excellente idée de la part des organisateurs.

Une participation au challenge Shakespeare de Maggie et ClaudiaLucia.

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09/04/2013

Linda Newbery, Graveney Hall

newbery_graveney_hall.jpgGrâce au jetlag, un premier billet très matinal...

Avant de partir vers de lointaines contrées, j'ai posé ma valise pendant quelques jours à Graveney Hall ; une nouvelle escapade anglaise (how suprising!) et une deuxième rencontre avec Linda Newbery, l'auteur de Set in Stone (traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre).

Ce nouveau roman couvre deux époques : de nos jours, mais aussi la première guerre mondiale.

Aujourd'hui, nous faisons la connaissance de Greg, adolescent amateur de photographie. Lors d'une balade à bicyclette, il découvre par hasard un domaine ancien abandonné. La façade est splendide et suggère la splendeur des temps anciens, mais elle n'est qu'une coquille vide qui cache un fatras de poutres et de ruines calcinées. Immense domaine doté de plusieurs annexes, d'un lac et d'une curieuse grotte artificielle, Graveney Hall va fasciner Greg qui décide d'en savoir plus sur Edmund, le fils de la maison, soldat à l'époque mais présumé disparu pendant l'incendie. Il mène l'enquête avec Faith, la fille d'un couple de bénévoles travaillant à réhabiliter le site pour l'ouvrir au public. C'est une période compliquée pour cet adolescent qui se lie d'amitié avec Jordan, un garçon discret et nageur de compétition, la relation entre les deux garçons devenant bientôt plus ambiguë.

En parallèle, Graveney Hall nous ouvre ses porte alors que sa fin approche. Alors que sa famille discute de façon toute théorique sur l'issue de la guerre, Edmund se sent en profond décalage avec le monde dont il est issu alors qu'il revient en permission. Au front, il est tombé fou amoureux d'un autre soldat, Alex. Tous deux forment le projet de s'installer dans une petite ferme en France à la fin de la guerre, afin d'échapper à la tyrannie des convenances qui, en Angleterre, veut que le jeune Edmund se marie et produise un héritier. 

Graveney Hall est loin d'être inintéressant et se lit d'une traite. Les deux histoires parallèles se font judicieusement écho et l'on s'aperçoit que la découverte de sa possible homosexualité trouble fortement Greg, en dépit des années qui ont passé. Au début du XXe, Edmund est sûr de l'authenticité de ses sentiments pour Alex, mais il ne peut concevoir leur histoire dans le cadre de sa vie passée car il est bien conscient de l'impossibilité pour lui de conserver Graveney Hall en choisissant Alex. 

J'ai particulièrement apprécié les parties concernant le jeune Edmund. Pour les passages consacrés à Greg, quelques points ont un peu gêné ma lecture. En premier lieu, certains échanges entre Greg et son entourage m'ont paru manquer de crédibilité en raison essentiellement d'une difficulté à retraduire le langage adolescent (ayant lu la traduction je ne sais pas si le problème se pose en anglais). Par exemple Greg pensant « Minute papillon » (p103), mais surtout ces phrases : « quelle mouche t'a piqué samedi soir, espèce de lombric ? » (p104) ou « on n'est pas des sex machines » (p109). En relisant mes notes je vois aussi une tournure un peu étrange en français : « on a visité un malade » (p188). J'ai aussi été refroidie par les débats religieux entre Greg et Faith qui discutent se savoir si Dieu existe ou non en avançant des arguments très plats, déjà mille fois entendus et qui par conséquent ne méritaient pas à mon sens qu'on leur accorde une si grande importance. Ceci dit, malgré ces quelques bémols, Graveney Hall est une lecture qui m'a dans l'ensemble beaucoup séduite en raison de ses personnages attachants, de sa dimension historique, du mystère associé aux ruines et au nom d'Edmund. Amateurs de romans anglais, ne passez pas à côté ! 

Un grand merci aux Editions Phébus pour ce très agréable moment de lecture.

Le billet de Manu, (n'hésitez à m'indiquer vos billets je me ferai un plaisir de les ajouter, mais là je dois songer à me préparer pour ma journée de travail :)) 

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296 p

Linda Newbery, Graveney Hall (Titre anglais : The Shell House), 2002 (2013 pour la traduction)

08/04/2013

Reste à défaire la valise...

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Oyez oyez, amis lecteurs, amis blogueurs,

C'est après avoir bourlingué dans des terres exotiques et subi un sacré choc thermique aujourd'hui en perdant une trentaine de degrés à la sortie de l'avion que je m'apprête à retrouver mon blog et mes nombreux projets de billets plus ou moins abandonnés faute d'une vie très remplie ces derniers temps.

Encore un petit délai pour remettre en état mon appartement, défaire les valises et récupérer du décalage horaire et je vous parlerai :

D'Entre les Actes de Virginia Woolf, que je n'ai pas pu lire à temps pour la LC du 1er avril, mais je me rattrape rapidement...

De Graveney Hall...

De Shakespeare...

De Mary Elizabeth Braddon et d'Anglais so mystérieux...

D'un projet de thématique estivale pour ce blog, qui, pour une fois, quittera la brume londonienne pour d'autres horizons en juillet-août..

Et vous, quelles lectures envisagez-vous de faire au mois d'avril ?

Merci pour tous les commentaires laissés en mon absence, je vais les lire avec grand plaisir demain soir (premier moment de pause bloguesque parmi d'autres à venir dans la semaine !).

Bonne semaine à tous !

Image : L'express.fr

29/03/2013

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street

perry_etrangleur de cater street.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec les romans d'Anne Perry sur ce blog. Après une découverte délicieuse il y a près de dix ans, j'ai fini par me lasser un peu d'éléments récurrents (les passages un peu moralisateurs sur les différences de classe sociale qui me semblaient copiés d'un livre à l'autre, le rappel constant des origines de Charlotte et Thomas pour ne pas déstabiliser le lecteur qui viendrait à débarquer en plein milieu de la série), puis certaines intrigues m'ont paru franchement légères.

Pourtant ma première lecture, Le Mystère de Callander Square, avait été un petit coup de coeur. J'avais même acheté d'un coup près de dix tomes (!) pour pouvoir me délecter de la suite sans avoir peur de ne plus avoir de Charlotte ou de Thomas Pitt sous la main. L'Etrangleur de Cater Street, lu juste après, m'avait un peu moins conquise en raison de l'intrigue plus simple. Récemment, avec le lancement du challenge British Mysteries, l'envie m'a pris de relire certains des premiers Charlotte et Thomas Pitt et notamment le tout premier, qui est aussi celui de leur rencontre.

Ce roman nous fait pénétrer dans le foyer de la famille Ellison, un couple d'âge mûr, leurs trois filles, Sarah Corde, l'épouse Dominic, ainsi que Charlotte et Emily, en âge d'être mariées. Sans parler de la grand-mère, qui intervient par intermittence. Alors que le récit débute, la bonne des Ellison se fait assassiner ; il s'agit de la dernière victime d'un étrangleur qui commence à vraiment inquiéter ce quartier tranquille, dont les paisibles et respectables habitants ont bient du mal à réaliser que le tueur peut être l'un des leurs et non une personne issue des bas fonds de Londres.

L'intrigue policière n'est pas particulièrement développée, même si je trouve le mobile du meurtrier assez original - l'issue du roman m'avait suffisamment marquée pour que je m'en souvienne, ce qui ne m'arrive pas si souvent. Si j'ai donc apprécié cette lecture, c'est surtout parce qu'elle m'a permis de me remémorer la rencontre des Pitt et leur famille, qui intervient au fil des tomes de cette série. Je me suis trouvé un petit côté fleur bleue car j'ai réalisé que plus les pages défilaient, plus j'attendais le retour de Thomas Pitt dans le cadre de scènes avec sa future épouse !

Les personnages sont assez intéressants, entre une Charlotte au caractère bien trempée, très droite mais trop franche pour trouver un mari de son rang et une Emily extrêmement tactique et froide, mais pourtant sympathique. Sarah, la soeur aînée, manque cependant de relief, si ce n'est que sa vie conjugale compliquée lui fait se tourner vers la religion et l'influence nauséabonde du pasteur très puritain (et très préoccupé par les péchés d'ordre charnel) de Cater Street.

Une lecture vraiment très plaisante, qui m'a d'ailleurs beaucoup plus séduite cette fois-ci, sans doute parce que j'en attendais quelque chose de différent. Certes il ne faut pas espérer lire le thriller du siècle mais c'est un plongeon sympathique dans l'époque victorienne et un passage presque obligé avant de poursuivre avec la série, dans lequel la famille de Charlotte apparaît régulièrement. Mon seul bémol tient aux attitudes un peu caricaturales de certains personnages, telle la vieille Mrs Ellison qui est assez ridicule lorsqu'elle empoisonne la vie de ses proches, ou encore lorsque ses petites filles se mettent à l'insulter et à la traiter d'espèce d'idiote ou je ne sais quel autre nom d'oiseau, ce que j'ai du mal à concevoir lorsqu'on songe à l'époque (1881) et au milieu social décrit.

Les billets d'Emily, George, Asphodèle...

Une LC avec : (j'actualiserai les liens à mon retour de vacances)

Et mes précédents billets sur Anne Perry (beaucoup n'ont pas été chroniqués) :

Une nouvelle participation au challenge British Mysteries organisé avec Hilde et ici-même (je deviens ainsi résidente de Baker Street) et une toute première au challenge Anne Perry de Syl (ça y est j'ai succombé au beau logo !).

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381 p

Anne Perry, L'Etrangleur de Cater Street, 1979

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24/03/2013

Salon du Livre 2013

salon du livre logo.jpgAmis lecteurs,

Cette année mon petit compte-rendu sur le salon du livre sera plus court que d'habitude, et pour cause : je n'y ai passé que quelques heures cet après-midi et voulais juste partager des petites photos avec vous rapidement avant de m'envoler pour ma destination de vacances...

Un salon du livre en demi-teinte car exceptionnellement je n'avais pas eu le temps de m'organiser pour repérer les événement m'intéressant. Certains auteurs que j'aime retrouver régulièrement n'étaient pas présents non plus et j'ai davantage souffert que d'habitude de la foule, qui m'a fait renoncer à profiter du stand Barcelone, en dépit de la présence de Javier Cercas et d'une conférence en cours qui avait l'air intéressante.

J'ai quand même succombé à l'appel des éditions Phébus et Buchet-Chastel (j'avais envie de lire le J.M. Erre depuis longtemps, le Daniel Arsand est une totale découverte et le dernier, une impulsion subite)...

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Puis j'ai profité de la présence de Julie Wolkenstein pour faire dédicacer deux romans que j'ai hâte de lire (depuis le temps que je louche sur L'Excuse, j'ai trouvé le moyen de choisir deux autres titres !). Moment très sympathique avec cet écrivain, j'étais ravie  de ce rapide passage au stand de P.O.L !

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Et j'ai brièvement échangé quelques mots avec Kate Summerscale, dont Mrs Robinson's Disgrace vient de sortir en français. J'avais pris mon exemplaire londonien, qu'il me reste encore à découvrir... j'en profite pour dire ici que dans le cadre du Mois anglais, nous sommes plusieurs à lire son premier ouvrage, L'Affaire de Road Hill House. N'hésitez pas à vous joindre à nous pour nous aider à résoudre cette enquête !

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*****

Je n'aurai pas accès à mon blog (ou très difficilement) pendant quinze jours, à mon retour j'actualiserai les dates des lectures communes dans le cadre du Mois anglais, les billets recap des Challenges British Mysteries et Virginia Woolf et, bien sûr répondrai à vos commentaires et serai heureuse de retrouver enfin de temps pour lire tous les billets en retard (notamment ceux de Cranford !). Je suis très heureuse de partir mais le serai également de vous retrouver. Je publierai aussi rapidement mon billet sur Entre les Actes de Virginia Woolf que je n'ai pas eu le temps de rédiger pour le 1er avril. En attendant, j'ai prévu un petit billet sur Anne Perry dans une semaine...

A très bientôt !

20/03/2013

Le Mois Anglais is back !

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Vous l'avez suivi avec passion et flegme, vous avez sorti vos plus beaux services à thé, passé des soirées délicieuses en compagnie de Thornton et Mr Darcy, fait des expériences culinaires improbables... et depuis, plusieurs d'entre vous nous ont réclamé un nouveau voyage (dés)sorganisé. C'est avec plaisir que nous avons cédé (surtout moi comme le rappelle ma comparse de choc Titine - à qui nous devons ces fabuleux premiers logos) :

Le Mois anglais is Back !

Au mois de juin, nous comptons de nouveau sur vous pour prendre ensemble le ferry en direction des côtes anglaises. Au programme, des lectures, des films, des photos et récits de voyage, des recettes... soyons fous et pleins d'imagination comme nos amis d'Outre-Manche et rendons leur ensemble un hommage enthousiaste et pourquoi pas décalé !

mois anglais, angleterre

Quelques lectures communes sont déjà en prévision, n'hésitez pas à vous joindre à nous si elles vous tentent également :

-Les Forestiers de Thomas Hardy pour Cléanthe et moi

-L’affaire de Road Hill House de Kate Summerscale pour Titine, Miss Léo et  moi-même

-Une autre histoire de Londres de Boris Johnson pour Maggie et Titine

Quelqu'un serait également tenté par "Sense ans Sensibility" de Jane Austen et par Barbara Pym ?

Vous pouvez vous inscrire dans les commentaires chez Titine ou ici et vous pourrez ensuite nous rejoindre pour papoter sur notre groupe facebook.

Enfin j'arrive à écrire mon billet après un début de semaine épique... qui ce soir se solde pas un lancement du Mois anglais et une lecture d'Anne Perry... voilà qui va beaucoup mieux !

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16/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeCranford fait partie de ces livres que je voulais découvrir depuis longtemps et qui dorment paisiblement dans ma bibliothèque. Alors quand la perspective d'une lecture commune s'est profilée à l'horizon, motivée par la lecture réjouissante des Confessions de Mr Harrison, j'ai décidé de faire enfin préparer mes affaires et de prendre la prochaine malle-poste en direction de Cranford, pour une douce et paisible retraite.

Je me suis ainsi retrouvée dans un environnement où les rares hommes se font suffisamment discrets pour ne pas porter ombrage à la gente féminine , dans un monde où le mariage est présenté comme la pire des calamités par les vieilles filles mises en lumière par Mrs Gaskell. Ainsi, lorsqu'un mariage vient finalement perturber le cercle d'amies de la narratrice : « One does not know whose turn may come next. Here, in Cranford, poor Lady Glenmire might have thought herself safe », said Miss Maty, with a gentle pity in her tone. (p 223) 

époque victorienne, lecture commune, elizabeth gaskell, cranford, angleterre, angleterre xixeElizabeth Gaskell s'amuse à dépeindre avec précision un monde qui pourrait paraître quelque peu insignifiant, celui de simples femmes célibataires ou veuves de la société respectable mais parfois peu aisée de Cranford. Ce sont donc les petites économies, les vieilles manies, les mondanités entre voisines ainsi que les bavardages et petits ragots qui sont ici dépeints. Malgré leur vulnérabilité et bien que l'on se prenne parfois d'affection pour elles, on sourit ainsi devant ces femmes : celles qui coupent des carrés de papier journal pour protéger un tapis neuf un jour où elles reçoivent ; celle qui en impose à ses voisines, leur sert leur thé après avoir donné toute la crème du goûter à son chien mais qui n'ose pas sonner son domestique ; et toutes celles qui, sans doute en raison de leur grande solitude, s'imaginent que des bandits dangereux rôdent à partir de quelques menus larcins.

We used to make a regular expedition all round the kitchens and cellars every night, Miss Matty leading the way, armed with the poker, I following with the hearth-brush, and Martha carrying the shovel and fire-irons with which to sound the alarm ; and by the accidental hitting together of them she often frightened us so much that we bolted ouselves up, all three together in the back kitchen, or storeroom, or wherever we happened to be, till, when our affright was over, we recollected ourselves and set out afresh with double valiance. (p175)

I had wondered what we should all do if thus awakened and alarmed, and had proposed to Miss Maty that we should cover up our faces under bedclothes, so that there should be no danger of the robbers thinking that we could identify them ; but Miss Matty, who was trembling very much, scouted this idea, and said we owed it to society to apprehend them, and that she should certainly do her best to lay hold of them and lock them up in the garret till morning. (p182)

Notez que les Français n'ont pas le vent en poupe à Cranford. Ces terrifiants mangeurs de grenouille ne valent pas un Anglais (un des personnages pourrait combattre deux Anglais et quatre Français) mais sont comparés à d'inquiétants Peaux-Rouges, lorsqu'on ne fait pas référence à leurs exécrables habitudes, qu'il s'agisse de leur alimentation ou de leur goût prononcé pour les révolutions.

« I wish he would not go to Paris », said Miss Matilda anxiously: « I don't believe frogs will agree with him, he used to be very careful what he ate, which was curious in so strong-looking a young man. » (p 83)

He might have lived this dozen years if he had not gone to that wicked Paris, where they are always having revolutions. (p86)

Prochain voyage en compagnie de Mrs Gaskell avec l'adaptation de Cranford, et le texte « Lady Ludlow ».

Illustrations photographiées sur mon édition de Cranford, dans la Collector's Library.

Une lecture commune (un peu en retard, j'en suis désolée) avec : George, avec qui nous avons lancé cette idée de lecture commune ; Anis ; ClaudiaLucia ; Emma ; Jelydragon Plumetis Joli ;  Syl. ; Titine Virgule ; Alexandra ; Céline ; Christelle ; Emily ; Paulana ; Sharon ; Solenn ; Valou.

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318 p

Elizabeth Gaskell, Cranford, 1853

15/03/2013

Elizabeth Gaskell, Cranford (LC)

Amis co-lecteurs de Gaskell, pour cause de boulot chronophage et bien malgré moi je n'ai pas réussi à faire mon billet pour le 15 mars... mais il ne saurait tarder ! En attendant j'ai hâte de vous lire !

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Bonne journée sous le signe de Gaskell !

10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

03/03/2013

Un week-end royal / Hyde Park on Hudson

WEEKEND ROYAL_1.jpgBillet mystérieux, tout un tas de modifications faites hier et vues hier  en ligne n'apparaissent plus. J'adore.

J'ai de nouveau beaucoup de billets en retard, très envie de partager avec vous mes dernières lectures, films et pièces vus, je commencerai aujourd'hui par une sortie récente au cinéma.

[Contient des spoilers]

Je voulais faire un billet mensuel sur mes sorties cinéma puisque depuis janvier j'y suis allée régulièrement, mais pour l'instant je me contenterai juste de vous parler d'Un Week-end royal, que j'attendais avec impatience. Comme d'habitude je m'étais contentée de la bande-annonce (parfois je me contente de moins) car j'aime bien me réserver des surprises ; il s'est avéré qu'il y avait cette fois-ci un grand décalage entre l'idée que je m'étais fait de ce film et ce qu'il est en réalité.

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Week-end Royal traite de la venue du couple royal George VI et Elizabeth aux Etats-Unis en 1939. Le roi se connaît peu d'alliés et s'attend à entrer en conflit avec Hitler. Il vient ainsi demander à Roosevelt son assistance en cas de conflit. Alors que beaucoup d'Américains sont hostiles à l'idée d'intervenir dans une nouvelle guerre et que la récession touche toujours sévèrement la population, Roosevelt décide de recevoir le couple dans un cadre moins formel et les invite chez sa mère, à Hyde Park on Hudson (un nom qui perturbe la reine, pour qui Hyde Park est évidemment à Londres). En parallèle de ce week-end politique, Roosevelt se rapproche de sa cousine Daisy, avec qui il entretient une relation très particulière. C'est ainsi Daisy qui sera la narratrice du film.

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Je pense que j'avais en tête Le Discours d'un Roi en allant voir ce film, dont j'attendais une ambiance en partie britannique et des scènes intéressantes entre Roosevelt et George VI, un film traitant essentiellement des subtilités diplomatiques d'un tel week-end. Je ressors de ce film très partagée, même si je ne regrette pas du tout d'être allée le voir.

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Ce film disposait de nombreux atouts grâce au casting brillant : Bill Muray très convaincant en homme politique ; Samuel West (Howards End) fait un excellent George VI et soutient tout à fait la comparaison avec Colin Firth auquel on ne pouvait pas ne pas penser après son interprétation récente du rôle (qui, certaines d'entre vous le savent, est un acteur que j'apprécie énormément) ; Olivia Colman, parfaite en Elisabeth (et pour le coup, bien plus crédible que Helena Bonham Carter qui pour moi constituait un choix discutable). Laura Linney et Olivia Williams incarnent très bien le rôle de la cousine-maîtresse pour l'une et de la femme pour l'autre. Toutes les scènes dans lesquelles interviennent George VI et son épouse sont une réussite et correspondent à ce que j'attendais, si ce n'est que tout est traité avec beaucoup de légèreté et que la diplomatie intervient ici bien peu ; en revanche, le choc des personnalités est intéressant, entre un Roosevelt exubérant, drôle, accessible et qui pourtant domine sans cesse la situation, et un George VI conscient de ne pas avoir été choisi par son peuple, complexé par son bégaiement, régulièrement comparé à son frère par son épouse, et pourtant plein de charme, drôle et très attachant. La reine est d'abord choquée à leur arrivée en découvrant que Madame Roosevelt veut l'appeler Elizabeth, que dans la chambre de son mari figurent des caricatures de soldats anglais et que le lendemain l'attend un pique-nique avec hot dogs et danse indienne. Elle voit dans tous ces signes de l'irrespect et une façon détournée de leur faire sentir qu'ils ne sont pas les bienvenus, quand en réalité leurs hôtes Américains bien moins subtils (mais plus sincères) n'ont vu nulle part la moindre insulte dans leur organisation, si ce n'est peut-être un brin de provocation humoristique.

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S'il n'y avait que ça, j'aurais été absolument conquise mais mon plaisir a été gâché par le fait que plus de la moitié du scénario repose sur les affaires personnelles de Roosevelt. On apprend donc que sa femme était lesbienne et vivait dans une autre maison, qu'il a trois maîtresses en même temps et n'est qu'un beau parleur. Si ce n'était que mentionné au passage cela ne m'aurait pas gênée mais une très grande partie du récit repose sur l'évolution de sa relation avec sa cousine, puis le fait qu'elle découvre qu'il a une autre maîtresse, ne veut plus le voir, etc. Le jour même du pique-nique est en partie consacré aux relations entre Roosevelt et Daisy alors que c'est l'apogée de la rencontre américano-britannique. Enfin la scène de la colline n'apporte rien, 1 mn pour nous faire comprendre que Roosevelt incite sa cousine à lui procurer certaines caresses sur fond de jazz, quel intérêt ? Citons enfin la scène dans laquelle Roosevelt demande à Daisy de mettre de la moutarde sur le hotdog du roi et qu'elle se met à consciencieusement enduire toute la saucisse de moutarde : un mauvais goût absolu !

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Sur Cliomuse, un article intéressant faisant la part entre la réalité et la fiction ; chez The History chef, l'anecdote du hot dog sur le plan historique.

Dans le cadre du challenge Back to the Past, organisé avec  Maggie.

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Week-end Royal / Hyde Park on Hudson, un film de Roger Mitchell, 2012

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23/02/2013

Giambattista Basile, Le Conte des Contes

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Il était une fois le roi d'un royaume appelé Apreroche qui avait pour femme rien moins que la beauté des beautés elle-même. Mais, par malheur, au plus fort de la course des ans, elle tomba du cheval de la santé et se rompit la vie. Avant que l'éteignoir de la destinée ne chût sur la chandelle de son existence, elle fit appeler son mari. (L'Ourse, p 59)

Encore une fois, les éditions Libretto ont donné une nouvelle vie à un texte méconnu du grand public et pourtant passionnant ! L'auteur a été quelque peu oublié par la postérité car il est bien moins connu que ses successeurs Perrault ou encore Grimm. Giambattista Basile était napolitain, il a fallu traduire ses contes en italien (en 1925, soit des siècles plus tard) pour les rendre accessibles au grand public, ce serait une des principales raisons de cet oubli.

Le recueil de Giambattista Basile intitulé Le Conte des Contes (sélection de douze textes tirés d'une oeuvre bien plus conséquente) est venu perturber mes petites habitudes de lecture: d'abord parce que ce texte s'éloigne de mon domaine de prédilection (je découvre totalement l'univers des contes au début du XVIIe en Italie), mais aussi parce que ces textes jubilatoires n'ont rien de conventionnel et n'ont cessé de m'étonner, de m'amuser et finalement de me conquérir !

basile giambattista.jpgLe sujet de prédilection : l'amour et le sexe, souvent associés au mariage, car c'est l'élément déclencheur qui va pousser un tel à fuir son royaume, un autre à faire essayer une chaussure égarée à toutes les jeunes femmes du royaume (tiens tiens, il Signore Basile n'aurait-il pas inspiré quelqu'un ?), à faire appel à des sorciers, tandis que les femmes ne sont pas en reste et n'hésitent pas à suivre leur promis, à manigancer, à corrompre... même si le critère premier pour être épousable est d'être plus belle que toutes les autres femmes, ce qui leur vaut alors des déclarations enflammées pour le moins incongrues : "ô adorable petit bec de pigeon, (...) ô carrosse triomphant, si tu n'as pas les oreilles bouchées par de la bouillie de roseau, si tu n'es pas aveuglée par de la fiente d'hirondelle, je suis sûr que tu entendras et que tu verras les tourments provoqués par ta beauté dans ma poitrine et si mon visage, qui n'est plus que cendre, n'est pas pour toi le signe de la lessive qui bout dans mon coeur (...), comment peux-tu comprendre qu'une corde naît de tes cheveux pour m'enchaîner (...) ?". (p48) Quant à l'ogre et sa dulcinée, un couple qui semble très bien fonctionner, ils se nomment tendrement "mon beau poilu", "ma belle baveuse", "mon carnassier adoré". (p55-56).

naples.jpgComplètement loufoques, portés par un style imagé poussé à l'exaggération, ces contes passent souvent du coq à l'âne et ne sont pas vraisemblables pour un sou, pour notre plus grand plaisir. Un veuf éploré va songer à se remarier sa femme à peine trépassée (mais il aura versé des torrents de larmes au préalable);  une princesse se voit "abandonnée comme une courge" (p70) , une vieille femme voulant faire croire à un roi qu'elle est jeune et séduisante exige de le retrouver la nuit et se noue les rides dans le dos ; une jeune promise habillée en garçon sera repoussée par sa moitié incapable de la reconnaître; alors qu'il a vanté la beauté de sa soeur, un jeune homme voit arriver à sa place sa belle-soeur, fort laide, mais lorsque cette dernière prétend être celle qu'il attendait il ne met pas sa parole en doute ; lorsqu'un sage déclare qu'une femme sera rendue fertile si elle consomme un coeur de monstre marin, ni une ni deux, son mari envoie quelques hommes trouver et tuer la bestiole en question, grâce à laquelle même les meubles du palais deviendront fertiles et enfanteront; de façon tout à fait propice des fées passent au bon moment... le merveilleux est un élément essentiel et apporte une nouvelle dynamique au récit, et surtout, des solutions inespérées aux problèmes les plus insolubles !

Un vrai bonheur que cette lecture étonnante que je ne peux que chaudement vous recommander ! Je ne regrette pas d'avoir succombé à la belle illustration de Rackham en couverture, ni d'avoir de nouveau fait confiance aux éditions Phébus Libretto, auxquelles je sais que je peux me fier les yeux fermés (j'en profite pour remercier à nouveau Bénédicte sans qui je ne me serais dans doute pas aventurée dans ce monde fabuleux !).

Les avis de Nebalia, Les Festins de Pierre.

Nouvelle participation au challenge Il Viaggio, que je poursuis à mon petit rythme (ci-dessous mes précédents billets, n'hésitez pas à aller y piocher quelques idées de voyage...). Je compte bien faire d'autres lectures en vue de mon prochain séjour dans la Sérénissime, que j'ai hâte de voir pour la première fois !

Susan Hill, The Man in the Picture (une histoire effrayante ayant Venise pour cadre)
Accabadora de Michela Murgia (magnifique roman)
Alessandro Baricco, Novecento, pianiste

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119 p

Giambattista Basile, Le Conte des Contes, début XVIIe

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18/02/2013

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford

solomons-le-manoir-de-tyneford.gifUn premier coup de coeur en cette année 2013 grâce à Titine qui connaissant bien mon goût pour ce genre de romans a eu la gentillesse et l'excellente idée de me faire découvrir Le Manoir de Tyneford de Natasha Salomons. De cette jeune femme écrivain j'avais déjà dans ma PAL Jack Rosenblum rêve en anglais, que je compte désormais lire bientôt après une si bonne surprise ! Mais entrons dans le vif du sujet... 

1938. Jeune juive de la bourgeoisie viennoise, Elise Landau vient de publier une annonce afin de proposer ses services pour devenir domestique en Angleterre. C'est bien contre son gré qu'elle envisage de chercher du travail en Angleterre car, même si les rumeurs se multiplient à Vienne, elle n'a pas pleinement conscience de l'imminence du danger qui planne sur elle et ses proches. Dans le grand appartement familial, elle partage quelques moments privilégiés avec son père, écrivain, sa mère, cantatrice et sa soeur, également musicienne et sur le point de partir aux Etats-Unis avec son époux. Lorsqu'un travail lui est proposé en Angleterre, Elise est surprise compte tenu de son manque d'expérience et part à contre-coeur, persuadée que cette étape ne fait que retarder son départ pour les Etats-Unis où elle pourra rejoindre toute sa famille.

La voilà qui arrive en Angleterre et qui, après un très court arrêt à Londres et une expérience humiliante à l'agence de placement – où on lui demande de ressortir pour entrer par la petite porte, Elise arrive à Tyneford. Près de la mer, le domaine a des allures romanesques et un charme historique indéniable. Mais après une jeunesse dorée en Autriche, où elle avait elle aussi une domestique, Elise est brutalement confrontée à son changement de statut : outre ses horaires chargés auxquels l'ont mal préparée des années d'oisiveté, elle doit apprendre à s'effacer complètement, devant quitter discrètement une pièce si les maîtres y entrent et apprendre à voir ses désirs toujours considérés en dernier, lorsqu'on leur accorde une quelconque attention. Sa situation personnelle ne lui vaut pas un traitement de faveur, bien au contraire, puisqu'elle ne peut s'intégrer ni aux domestiques, ni aux maîtres, car venant d'un autre milieu social que les premiers et n'étant qu'une domestique pour les autres.

Mais la position d'Elise est ambiguë : elle se lie rapidement d'amitié avec Kit, l'héritier du domaine, tandis que le maître des lieux, Mr Rivers, rompt à plusieurs reprises le protocole pour adresser la parole à cette fille dont le père n'est autre qu'un de ses écrivains favoris. Au fil des années, nous suivons le parcours d'Elise tandis qu'autour d'elle Tyneford est menacé par la guerre et que les retrouvailles avec sa famille semblent de plus en plus improbables.

Je me suis régalée avec ce roman que j'ai littéralement dévoré. Nathasa Solomons recrée une atmosphère nostalgique en choisissant d'ancrer son récit dans une période charnière de l'histoire de Tyneford, et l'on pressent dès les premiers chapitres que c'est un monde en voie de disparition qui s'offre à nos yeux. C'est aussi un récit dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon : dense, imaginatif, porté par des personnages dotés d'un vrai relief et qu'il est bien difficile de quitter une fois la dernière page tournée. Ce roman est également assez visuel je trouve, dans la mesure où il est aisé de s'imaginer aussi bien les personnages que les lieux-mêmes, qui se sont immédiatement imposés à moi. Cela pourrait faire également un merveilleux film...

J'espère que vous vous laisserez tenter, je doute que vous le regrettiez ! Merci encore Titine (j'en profite pour utiliser mon logo sur mesure de pompom girl de votre challenge I Love London, puisqu'un passage s'y déroule) !

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451 p

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford, 2011

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14/02/2013

Henry James, Les Européens

james_europeens.jpgParmi les romans qui végètent dans ma PAL depuis des années, il y a ceux qui gardent un peu d'espoir, ceux qui n'en ont pratiquement plus... Les Européens d'Henry James oscillait entre ces deux états, certain de mon envie de le lire mais de plus en plus affolé de voir les découvertes plus récentes s'accumuler et le faire progressivement disparaître au fond de ma bibliothèque. Mais c'était un roman que j'avais toujours follement envie de découvrir et j'attendais juste un moment de répit dans ma vie follement trépidante pour le savourer et l'apprécier à sa juste mesure. Les vacances de Noël et la perspective d'un long trajet ont été l'occasion rêvée pour ce tête à tête avec Henry James.

Le récit s'ouvre avec l'arrivée de la baronne Münster et de son frère Félix en Amérique. Ayant épousé un prince contre l'avis des parents dudit mari, la baronne est sur le point d'être répudiée et vient chercher fortune auprès de cousins qu'elle n'a jamais vus. Elle entraîne dans son sillage son frère, qui lui a toujours été fidèle. Européens d'origine américaine par leur mère, tous deux ont beaucoup voyagé en Europe et incarnent le Vieux Monde dans tout ce qu'il a de plus flamboyant aux yeux des cousins américains qu'ils sont venus retrouver. Les deux personnages n'ont rien en commun pourtant : la baronne est une arriviste et une calculatrice, elle a appris dans les milieux mondains européens à jouer la comédie au quotidien afin d'arriver à ses fins. Elle est ainsi charmante, envoûtante même, en dépit d'un physique quelconque, mais l'on sent rapidement qu'il s'agit d'un personnage dangereux. Félix est bien différent, il a conservé l'âme d'un enfant, mené une vie bohème et s'émerveille de tout ; il apprécie sa soeur autant qu'il la craint.

henry james, les europeens, etats-unis, etats-unis xixe, éditions pointsLa rencontre entre les cousins est aussi celle de deux mondes aux systèmes de valeurs très différents. Au badinage et à l'exubérance superficielle des Européens s'oppose l'austérité et la morale rigoureuse des Américains. Pourtant les cousins vont accueillir à bras ouverts Félix et la baronne et les loger à titre gracieux dans la maison qui fait face à leur propriété. C'est l'occasion pour les deux Européens de se mêler à un petit cercle, la baronne entendant en profiter pour trouver un parti intéressant.

[Spoilers à partir de là]

Dans un cadre beaucoup moins citadin que celui auquel je m'attendais avant d'ouvrir ce livre (en réalité j'avais lu deux fois les premières pages qui évoquent un petit hôtel et un cimetière en ville, je m'étais donc fait une image différente du roman à partir de ces premières impressions), ce roman montre avec habileté les différences opposant les deux cercles et au final, James semble plutôt accorder sa préférence aux Américains, à quelques nuances près. Ils sont très puritains, un peu ternes, certes. Cependant, ils sont supérieurs à leurs cousins si inconstants et si égoïstes en raison de l'attention qu'ils portent à la finalité de leurs actions, qui démontre un réel bon fond et non une application bornée de leurs principes religieux, comme on aurait pu s'y attendre. C'est ainsi la baronne qui va pâtir de la rencontre en raison de sa moralité douteuse. Félix, venu avec toute son innocence, va finalement retirer un plus grand bénéfice de la rencontre 

Encore une lecture savoureuse qui me donne envie de lire à nouveau Henry James en 2013.

De Henry James sur ce blog :

Henry James, Les Européens, 1878