Ruth Hogan, Le Gardien des Choses perdues

Lu pendant l’été, Le Gardien des choses perdues est un de mes romans favoris lus en 2019. Il faut dire qu’il avait tout pour me plaire… mais parfois, les bons ingrédients ne suffisent pas pour réussir un plat !

Anthony Peardew, auteur âgé un brin excentrique, a été bouleversé par le décès brutal de sa fiancée dans les années 1970. Un deuil plus difficile encore à vivre pour lui qui a perdu ce jour-là un médaillon que la jeune femme lui avait offert. Depuis, il vit dans une grande maison victorienne et recueille les objets perdus, dont il consigne avec soin toutes les informations à sa disposition : lieu et date de la trouvaille, observations pratiques. Il a engagé la jeune Laura comme assistante. En réalité, Laura n’a pas le droit d’accéder au bureau d’Anthony et ne découvrira que tardivement les trésors qu’ils contiennent. Si elle a tapé pour lui un certain nombre de textes au début, elle s’occupe désormais de la maison : elle la nettoie avec amour, prend soin de chaque pièce et s’emploie à rendre le quotidien d’Anthony plaisant. Laura a eu une mauvaise passe : jeune fille brillante promise à une bourse et de belles études, elle a épousé un bad boy toute jeune. Un mariage qui s’est soldé par un échec, la laissant seule et sans qualifications. Elle a donc trouvé chez Anthony un refuge où se reconstruire.

Au début du roman, Anthony décède. Une mort qu’il a prévue et orchestrée d’une certaine façon. Laura le découvre le lendemain. Surprise, elle apprend également qu’elle a hérité des biens de son ami avec, cependant, une condition à remplir. Elle devra tâcher de rendre le maximum d’objets à leurs propriétaires et tenter de rendre une personne heureuse.

Bien entendu, Laura sera la cible de ragots, l’héritage étant de fait assez lourd à assumer. C’est néanmoins pour elle la chance de changer de vie et d’aller de l’avant. Aidée du jardinier, dont elle est amoureuse, et de Sunshine, une jeune fille atteinte du syndrome de Down (qui se dit très joliment « Dancing Drone »), chacun ayant ses qualités et une approche différente et complémentaire, Laura va progressivement faire ce qu’Anthony attendait d’elle.

Mais au-delà de ces objets qu’elle parvient progressivement à restituer, l’autre tâche qui attend Laura est plus ardue. Non seulement elle ne voit pas comment retrouver le médaillon, mais elle est désormais face à un esprit tourmenté et décidé à exprimer sa colère. En effet, la fiancée d’Anthony, qui semblait planer autour de la maison dans un parfum de roses, n’a visiblement pas retrouvé Anthony à sa mort. Furieuse, elle bloque l’accès à sa chambre, que Laura pensait occuper. Elle fait résonner une chanson, sème des pétales de rose sur son ancienne couverture. Laura finit par comprendre que le médaillon était le dernier lien qui unissait le couple : le retrouver devient essentiel.

En parallèle de cette histoire, nous suivons depuis les années 1970 Eunice, qui découvre le monde de l’édition en travaillant pour Bomber, dont elle tombe amoureuse mais qui, malheureusement pour elle, est homosexuel. Leur amitié indéfectible les accompagnera sur plusieurs décennies, dans des moments de joie et de tristesse qui sont donnés à voir au lecteur. Ces passages sont rafraîchissants, les deux personnages ne manquant pas de piquant et d’humour, tout en étant particulièrement attachants. Depuis le début, on se demande comme les deux histoires pourront se rejoindre – si ce n’est qu’Eunice est passée à proximité d’Anthony le jour de la mort de sa fiancée, et que tous deux ont échangé un sourire.

Un roman anglais comme je les adore. Entre Londres et Brighton, la belle demeure, l’écrivain à la curieuse collection, les manifestations surnaturelles, j’ai trouvé autant de thèmes et de lieux faits pour me plaire. Après un début magistral, pour le moins déroutant, la narration est impeccable et nous entraîne habilement entre passé et présent à travers des histoires croisées. Un vrai page turner mêlant une ambiance cosy au mystère, avec un fantôme d’abord discret puis plus présent qui, s’il ne fait pas peur, donne à l’histoire un caractère plus étrange. L’humour est également souvent présent, avec des moments pleins de légèreté. S’il y avait un bémol ce serait peut-être le personnage de Laura, qui manque un peu de relief à côté d’autres personnages hauts en couleur, notamment Bomber, Eunice, Anthony et Sunshine. Néanmoins, le plaisir de lecture est immense. Un régal !

Présenté dans le cadre de la lecture commune autour de Ruth Hogan pour le challenge Halloween, et du challenge British Mysteries.

349 p

Ruth Hogan, Le Gardien des Choses perdues, 2017

5 thoughts on “Ruth Hogan, Le Gardien des Choses perdues

  1. C’est vrai que Laura m’a par moment un peu agacée. Mais j’ai beaucoup aimé ce roman, même si je n’ai pas été aussi enthousiaste que toi ! C’était une belle découverte, faite grâce à Fondant, qui en parle très bien sur un billet d’il y a quelques temps =)

    Bonne soirée !

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