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08/05/2007
Sorcières et folie des hommes
1692, Salem, Massachusetts. Deux jeunes filles ont perdu conscience suite à une sortie dans les bois. Le révérend Parris, père de Betty, a retrouvé sa fille et sa nièce Abigail dansant nues avec d’autres filles dans la forêt et prie pour sa fille tandis que les villageois en colère crient à la sorcellerie dans son salon.
Très vite on comprend que les filles ont cherché à jeter un sort sur l’épouse du jeune fermier Proctor afin que celle-ci meure et laisse la place à Abigail. Employée un an auparavant par le couple, Abigail a séduit John Proctor avant d’être renvoyée par son épouse. Cherchant à tout prix la vengeance, elle va lancer avec ses amies la chasse à la sorcière. Les villageois – en particulier le couple Putnam, se lanceront avec joie dans les dénonciations, laissant les vieilles rancunes réapparaître au grand jour.
Dès lors, les jeunes filles s’évanouissent, hurlent ou restent prostrées de terreur en présence de telle ou telle femme. Les accusations de sorcellerie se multiplient. Bientôt, plus de 30 femmes sont arrêtées et envoyées en prison, les fers aux poignets. Parmi elles, la vieille Rebecca Nurse, accusée d’avoir provoqué la mort de sept nouveaux nés malgré sa réputation sans faille à Salem. Puis Elizabeth Proctor, accusée d’avoir jeté un sort à Abigail Nurse en tentant de la tuer à l’aide d’une poupée vaudou.
Tandis que la Justice opère à un rythme infernal, ajoutant foi aux simulations évidentes des enfants, quelques maris désespérés cherchent à sauver leur épouse. Leur intervention auprès du juge Danforth les conduira pourtant à leur perte. Tous sont condamnés comme leurs épouses à la potence. L’un d’entre eux ayant refusé de se confesser mourra sous la torture, condamné à la presse.
La pièce se clôt dans la plus grande confusion. Menacé, craignant pour sa vie, le révérend Parris s’inquiète des soulèvements populaires qui ont lieu près de Salem, où la population finit enfin par rejeter la fièvre qui s’était emparée de la région quelques mois auparavant. Le révérend Hale, qui bien qu’ayant au début suspecté bien des innocents de sorcellerie, avait agi en son âme et conscience et non par fanatisme et intérêt personnel (ce qui est le cas de Parris), cherche en vain à pousser les victimes à se confesser et à admettre leur faux commerce avec le Diable afin de leur éviter la potence. La dernière scène a lieu le jour de l’exécution de John Proctor et de Rebecca Nurse. John retrouve son épouse enceinte et consent finalement à se confesser. Pourtant, au dernier instant, il refuse de voir son nom sali et déchire sa déclaration. Il est alors conduit à la potence devant sa femme en larmes, qui refuse de le ramener à la raison en pensant qu’il est désormais en accord avec lui-même.
The Crucible est avant tout l’allégorie du maccarthisme qui ravage les Etats-Unis dans les années 1950. Arthur Miller a été particulièrement touché par cette vague de suspicion généralisée : convoqué par la Commission des activités non-américaines en 1956, il est accusé d’avoir assisté à des meetings du parti communiste. Miller admet avoir participé à ces réunions et avoir signé des pétitions mais il nie être communiste. A l’instar de John Proctor dans son œuvre, Miller refuse de dénoncer d’autres personnes suspectées d’être sympathisantes de groupes gauchistes. Pour cela, il est déclaré coupable d’outrage au Congrès en 1957 ; sa condamnation est annulée un an plus tard.
The Crucible fait partie de ces œuvres majeures de la littérature américaine qui témoignent avec force des époques les plus noires de l’histoire des Etats-Unis. Bien que fortement ancré dans un contexte historique et politique particulier, cette pièce fait aussi écho à d’autres situations, rappelant que la frontière entre raison et folie, entre justice et fanatisme est parfois facilement franchie. Dans cette œuvre où les justes sont exécutés tandis que les accusateurs sont d’abord encensés avant de fuir comme des lâches, il est difficile de ne pas frémir devant les aberrations qui font loi. La crédulité et la suffisance du juge et du Révérend Parris sont tellement exagérées que la situation paraît totalement improbable. Et pourtant, Arthur Miller n’a rien inventé. Bref, un livre sur lequel il est utile de méditer car, comme Miller le suggère, il est toujours possible de sombrer à nouveau dans l’obscurantisme. Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui me laisse à penser que The Crucible restera malheureusement toujours d’actualité.
126 p
Challenge ABC, lettre M
12:30 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
Commentaires
Cette oeuvre me paraît très intéressante et ta critique me donne envie...
Écrit par : fashion victim | 08/05/2007
Répondre à ce commentaireMERCI! a une époque je me suis passionée pour ces deux périodes... je ne connaissais pas ce livre, je le note!
Écrit par : choupynette | 09/05/2007
Répondre à ce commentaireOn a confirmé dans les années 1950 dans le Gard (à cause du comportement étonnant de chiens) que l'origine de toute cette affaire est à rechercher dans l'ergot de seigle, qu'avaient avalé les huit adolescentes de Salem. Oui, oui, il est vraiment établi que ce petit champignon (qui contient du LSD) a l'aimable vertu de de vous faire danser nue sous la pluie.
A fin de vérification scientifique, je me demande d'ailleurs gravement si je ne vais pas en mêler quelque peu à la nourriture de la cantine du pensionnat de jeunes filles au bout de ma rue, tiens...
Écrit par : delest | 12/05/2007
Répondre à ce commentaireA part ça, je trouve que "20 minutes" est moins insoutenable que "Le Figaro", on meurt nettement plus vite !
Écrit par : delest | 12/05/2007
Répondre à ce commentaireC'est une excellente reconstitution de l'histoire des sorcières de Salem ou de la bêtise humaine.
Pour ma part, je préfère être condamné à lire le figaro, libé ou l'huma, selon les orientations politiques de mes bourreaux ! Au moins, je pourrai rire de la mauvaise foi des journalistes (en particulier avec 2 des 3 quotidiens) !
Écrit par : nicolas | 12/05/2007
Répondre à ce commentaireJe me souviens avoir vu un film traitant de ce sujet. Winona ryder faisait partie du casting avec Daniel day lewis. quoique l'affiche ressemble bigrement à ce que j'ai vu.
Écrit par : Beloved | 14/05/2007
Répondre à ce commentaireConcluante, certes. Les dentelles ont volé. Il faut en moyenne 3 grammes de LSD pour le haut, 7 g pour le bas.
1 g de plus, les demoiselles glapissaient "poupou-pidou", encore 1 g elles se sont ruées derrière moi telles des furies.
Les expériences scientifiques, plus dangereux tu meurs.
Écrit par : delest | 16/05/2007
Répondre à ce commentaireAprès relecture attentive, mon contrat d'assurance vie m'autorise la plongée en apné dans la mer des Sargasses (réputée pour ses requins blancs), et le saut à l'élastique. La lecture régulière du Figaro est totalement exclue.
Les blogs littéraires, à petite dose.
Écrit par : delest | 17/05/2007
Répondre à ce commentaireUn petit coucou en passant pour te souhaiter une bonne soirée ! ;-)
Écrit par : Florinette | 17/05/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai relu il n'y a pas longtemps cette pièce qui avait été éditée en poche sous le titre "les sorcières de Salem". Un film a même été tourné peu de temps après la création française de la pièce avec les deux principaux acteurs, à savoir Yves Montand (Proctor) et Simone Signoret (Elisabeth) ; Nicole Courcel (Abigaïl) faisait partie de la distribution originale. Je crois que le film est signé Raymond Rouleau, le metteur en scène de la création française. Introuvable, hélas, en CD ou DVD.
Écrit par : Porky | 09/05/2008
Répondre à ce commentaire@ Porky : je n'ai jamais vu l'adaptation... peut-être peut-on trouver le DVD en cinémathèque ?
Écrit par : Lou | 09/05/2008
Répondre à ce commentaire






































Écrit par : delest | 08/05/2007
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