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24/04/2017

Masayuki Kusumi & Jirô Taniguchi, Le gourmet solitaire

manga_gourmet solitaire.jpgL'attention portée à l'oeuvre de Taniguchi cette année m'a fait repérer quelques titres prometteurs, moi qui ne connaissais cet auteur que de nom. Je pensais lire Quartier Lointain mais le dernier exemplaire venait de partir et j'ai opté pour Le Gourmet solitaire sur les conseils de la libraire. Je ne regrette pas du tout mon choix !

Le Gourmet solitaire, ce sont 18 chapitres et autant de rencontres gustatives et culturelles. Le personnage principal est un commercial célibataire, un loup solitaire qui, au gré de ses déplacements et sorties, nous fait partager le moment de son repas. Cela pourrait paraître ennuyeux à mourir mais, si vous vous intéressez ne serait-ce qu'un peu au Japon, vous devriez vous régaler avec cet album qui s'adresse beaucoup à nos papilles, mais pas que.

Côté repas, c'est une cuisine simple que l'on découvre, une cuisine du quotidien, souvent traditionnelle mais aussi parfois inspirée par d'autres pays. Des plats goûteux, avec des éléments récurrents (légumes au sel et surtout riz, un incontournable pour le personnage principal). On voit notamment souvent le repas dans son ensemble avec les commentaires qu'il inspire au protagoniste, fin gourmet. Autant vous dire qu'on a envie de déguster la vraie cuisine japonaise après avoir lu cet album !

Mais la cuisine est aussi un bon moyen de découvrir la vie de tous les jours, entre la recherche d'un lieu où manger, la découverte de restaurants et gargotes en tous genres ainsi que la clientèle, observée par notre héros culinaire. Quelques commentaires laissent voir l'abîme entre nos deux cultures, avec un portrait du Japon qui n'est pas toujours flatteur (statuts hommes-femmes, ouverture vis-à-vis des étrangers...).

On ne sait pas grand-chose du personnage principal qui interagit globalement assez peu avec son entourage mais, paradoxalement, il parvient à être assez touchant.

Cet album est un vrai coup de coeur pour moi. Je craignais de ne pas prendre autant de plaisir à la lecture d'autres titres de Taniguchi mais je viens de réaliser qu'il y a une suite au Gourmet solitaire. C'est donc par là que je poursuivrai ma découverte...

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200 p

Masayuki Kusumi & Jirô Taniguchi, Le gourmet solitaire, 1997

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22/04/2017

Kazuyo Toda et Chiaki Okada, Jour de Pluie

album_jour de pluie.jpgEncore une petite pépite dénichée au détour d'un rayon jeunesse, pendant que Petite Lou écoutait un conteur à quelques pas de là.

Dans Jour de Pluie, Akiko s'ennuie ferme, coincée à la maison à cause de la pluie. Elle rouspète jusqu'à ce qu'elle remarque une grenouille à la fenêtre, qui vient lui proposer de la suivre dehors pour s'amuser ensemble. Car quand vient la pluie, c'est la fête pour les batraciens. Akiko la suit, accompagnée de plusieurs doudous et jouets qui s'animent et sont eux aussi ravis de cette activité imprévue.

Une jolie histoire qui plaît beaucoup à ma fille - dont le moment favori reste l'arrivée de petites grenouilles venues se joindre à la fête, et qu'il faut retrouver en regardant attentivement des feuillages verts.

Les illustrations se prêtent très bien à l'univers enfantin décrit. Traits de crayon visibles, tons pastels, de la douceur et du réalisme, voilà qui accompagne à la perfection le récit.

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Une nouvelle délicieuse surprise nippone et une ode à l'imagination, à savourer quelle que soit la météo.

Publié aux Editions Bibi.

Lu dans le cadre de la LC Album jeunesse japonais.

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32 p

Kazuyo Toda et Chiaki Okada, Jour de Pluie, 2017 (édition française)

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17/04/2017

Yoko Ogawa, L'Annulaire

ogawa_annulaire.jpgYoko Ogawa est un auteur que j'affectionne particulièrement. Je l'ai d'abord découverte avec trois textes, un lumineux - La Formule préférée du Professeur, les deux autres plus dérangeants, Le Musée du Silence et L'Annulaire. Les ayant lus avant la naissance de blog, j'ai pensé que cette journée en hommage à Ogawa serait l'occasion de relire un de ces textes qui m'avaient marquée à l'époque.

Mon choix s'est finalement porté sur L'Annulaire, en partie parce que j'en avais un souvenir plus confus, mais aussi, avouons-le, parce que c'est un texte court et que je ne suis pas en avance dans mes chroniques japonaises de ce mois d'avril !

La narratrice, jeune femme d'environ 20 ans, trouve un travail chez M. Deshimaru, dans une impressionnante bâtisse où l'on fait des "spécimens". Les clients trouvent l'endroit sans publicité, lorsqu'ils ont vraiment besoin de faire un enfermer un objet associé à un souvenir particulier. Les spécimens une fois préparés sont stockés sur place et les propriétaires peuvent venir les voir, mais cela n'arrive pratiquement jamais. Tout peut être conservé : objets les plus insolites mais aussi musique ou encore un jour, une cicatrice. Le procédé reste mystérieux car M. Deshimaru n'ouvre pas la porte de son laboratoire à la narratrice, qui ne saura donc pas ce qu'il est advenu de la jeune fille ayant fait cette demande si particulière.

La jeune employée a elle même perdu une partie d'un doigt lors d'un précédent travail à l'usine et cette particularité semble fasciner son employeur, plus âgé, avec qui elle ne tarde pas à avoir une liaison. Entre eux, le rapport des forces est peu équilibré et l'ambiance est paradoxalement calme, apaisée mais aussi parfois malsaine, en raison de l'étrangeté des lieux et du personnage de M. Deshimaru.

Je crois que j'apprécie particulièrement cette facette d'Ogawa car j'avais également beaucoup aimé Le Musée du Silence, un peu dans la même veine. Un texte court qu'on peut volontiers recommander pour découvrir une partie de l'univers d'Ogawa ; rien qu'une partie cependant, car elle s'attache à des thèmes variés et ses textes ne sont pas tous aussi étranges.

Si vous voulez découvrir d'autres sources d'inspiration de cet auteur, voici quelques pistes avec mes précédents articles sur certains de ses romans ou nouvelles : 

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95 p

Yoko Ogawa, L'Annulaire, 1994

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15/04/2017

Ramona Badescu & Chiaki Miyamoto, Mon Panda

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Mon Panda, c'est le doudou perdu d'un enfant qui s'interroge tout au long de cet album sur ce qui a bien pu arriver à sa peluche. Il personnifie son doudou et émet des hypothèses sur ce qu'il a bien pu faire. Du quotidien au poétique en passant par l'humour, l'imagination du jeune narrateur nous fait entrevoir l'attachement qu'il a pour son petit panda.

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C'est un très joli album, original, empreint de douceur et de nostalgie. Les illustrations sobres en noir et blanc piquées de légères touches de couleur sont superbes. Il me semble qu'il a peut-être plus de chances de plaire aux parents qu'aux enfants. Il ne fait pas partie des favoris lors du choix de la lecture du soir en ce moment - mais le deviendra peut-être. Il est d'ores et déjà bien apprécié.

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Si la chute est un peu triste (l'enfant dit clairement que son panda est vieux et usé mais espère le retrouver), l'histoire est intelligemment menée et pourra peut-être rassurer les petits ayant perdu leur doudou favori. Il est préférable de l'imaginer vivant de fabuleuses aventures que perdu sous un banc ou donné à un autre enfant.

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De la tendresse, de la finesse et un graphisme inspiré de l'art traditionnel japonais. Une bien jolie rencontre !

Le site des éditions Belize

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25 p

Ramona Badescu & Chiaki Miyamoto, Mon Panda, 2008

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11/04/2017

Keigo Higashino, La Maison où je suis mort autrefois

higashino-la-maison-ou-je-suis-mort-autrefois-623808-264-432.jpgVoilà ma première expérience de polar japonais, avec ce roman encensé par la critique et récompensé par le Prix du Polar international de Cognac en 2010.

Sayaka sollicite son ex-petit ami (narrateur de cette histoire) afin de l'aider dans une quête personnelle. La jeune femme ne conserve aucun souvenir de ses années précédant l'entrée au primaire. Suite au décès de son père, elle a retrouvé une clef et un plan. Se souvenant que son père disparaissait parfois pendant plusieurs jours d'affilée autrefois, elle décide de retrouver la maison et espère que cela lui permettra de recouvrer la mémoire par la même occasion. 

Près d'un lac, ils découvrent ainsi une construction de style occidental, cachée entre les arbres. Le temps semble s'y être arrêté. Tous les réveils, horloges et montres indiquent la même heure. La poussière s'est déposée en couches épaisses. Une chambre d'écolier semble figée depuis des années. Le journal du petit garçon qui l'occupait s'est arrêté brutalement. La porte d'entrée est condamnée, il faut ainsi passer par une cave obscure pour accéder à la maison.

Qu'est-il arrivé aux occupants, qui semblent avoir disparu brutalement ? Quel lien avec Sayaka ou son père ?

Un roman policier qui sort des sentiers battus. On se prend même à frissonner à moment donné lorsque le soir tombe - a-t-on vraiment envie de passer la nuit là avec les protagonistes ? Difficile d'en dire davantage sans dévoiler l'intrigue mais voilà avant tout un roman à l'ambiance glaçante très réussie.

Lu dans le cadre de la LC : Un roman policier / thriller.

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256 p

Keigo Higashino, La Maison où je suis mort autrefois, 2010 (pour la publication française)

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07/04/2017

Série Midnight 'Diner : Tokyo Stories'

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Pour cette première séance ciné du vendredi consacrée aux séries japonaises, j'ai décidé de mettre à l'honneur Midnight Diner : Tokyo Stories, série diffusée par Netflix.

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Le pitch : dans une ruelle de Tokyo, lorsque le quartier s'endort et que les travailleurs ont terminé leur journée et rentrent chez eux, un patron ouvre sa gargote à partir de minuit, jusqu'au petit matin. Il propose peu de plats mais cuisine tout ce que ses clients lui demandent, à partir du moment où il a les ingrédients requis.

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Entrent des clients, des habitués ou de nouvelles têtes. A chaque nouvel épisode, un plat et un groupe de clients sont mis à l'honneur. On suivra les clients du jour en dehors du restaurant, le temps d'arriver à la chute, qui tient souvent du happy end. Le restaurant est en effet un vrai lieu de vie où échangent les clients et le patron, qu'ils se connaissent bien ou non. 

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Jusque-là, la série paraît plutôt classique. Mais si je vous dis qu'on y croise d'anciens acteurs de série à la Bioman, un fantôme encombrant, une célibataire tricotant pour séduire des hommes qu'elle connaît à peine, un savant fou attachant et bien d'autres personnages hauts en couleur, vous vous douterez bien qu'on ne s'ennuie pas une seconde en mettant les pieds dans ce petit restaurant.

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Une série atypique et un peu barge qui permet une immersion totale dans la culture japonaise, entre la vie nocturne à Tokyo, la cuisine mise à l'honneur ou encore les références à la culture populaire (et j'ai dû passer complètement à côté de nombreux détails). C'est aussi une série feel-good avec une jolie philosophie de la vie.

Le patron observe avec intérêt ou amusement ses clients, échange avec eux mais occupe toujours une place plus en retrait, jusqu'au dernier épisode où enfin une scène nous laisse deviner ce que peut être sa vie personnelle. Un personnage discret et attachant.

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La cuisine mise à l'honneur est une cuisine traditionnelle, simple, sans prétention, mais aussi goûteuse et généreuse. Beaucoup de plats ne manqueront pas de titiller vos papilles !

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Quant à moi, j'ai maintenant une folle envie de me promener de nuit dans cette si jolie ruelle et de pousser la porte de ce 'diner'.

Le billet élogieux d'Umamiam dont j'ai découvert avec plaisir le blog très intéressant, tourné vers le Japon. L'article en anglais de Jonathan Pelz.

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Série Midnight 'Diner : Tokyo Stories', 2009

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05/04/2017

Yana Toboso, Black Butler T3 (manga)

manga_black butler.jpgCeux qui suivent un peu les chroniques de votre fidèle et dévouée se souviendront peut-être de mes avis très mitigés à la découverte de la série Black Butler. Pourtant, de par son cadre d'inspiration victorienne, elle avait tout pour me plaire et me réconcilier avec les mangas, que je lis très peu. Malheureusement, les énormes aberrations historiques avaient eu raison de moi. De même, je n'avais pas du tout adhéré à l'humour, assez caricatural à mon avis. Pourtant, cette série de manque pas d'admirateurs.

Il aura fallu attendre le troisième tome pour que le déclic opère. Si je ne m'étais pas procuré les trois tomes d'emblée, je n'aurais sans doute pas renouvelé l'expérience, mais je suis désormais tentée de poursuivre l'aventure.

Black Butler, c'est l'histoire de ce majordome lié par un pacte diabolique à son maître Ciel, héritier de la maison Phantomhive. Ciel fait partie des chiens de garde de la reine, il doit ainsi veiller aux intérêts du royaume. Son majordome l'assiste dans cette tâche, résistant à l'épreuve des armes - qui ne font qu'abîmer ses vêtements impeccables. Dans le tome 3, Ciel a résolu l'affaire Jack l'Eventreur.

[Spoilers] Il découvre que sa tante est à l'origine des meurtres, assistée de Grell, un ange de la mort.

Sebastian et Grell vont se livrer un combat graphiquement très esthétique (bien que sanglant) tandis que la tante revient sur ses souvenirs. Cette intervention apporte une autre dimension au récit, lui donnant enfin la profondeur qui lui manquait. Peu de scènes à l'humour raté selon moi (malgré une qui m'a fait chercher mes sels en urgence), c'est un titre plus sombre que voilà.

Si je ne fais pas partie des inconditionnels de la série, me voilà prête à tenter le tome 4 !

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192 p

Yana Toboso, Black Butler T3 (manga), 2010

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03/04/2017

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets T1, Tsubaki

shimazaki_tsubaki.jpgCela fait des années que j'avais envie de lire Le Poids des Secrets d'Aki Shimazaki - depuis 2007 si j'en crois ma wish list en ligne ! L'an dernier, les billets de Romanza ont agi comme une petite piqûre de rappel. Je viens donc de lire Tsubaki, premier récit de cette pentalogie.

A sa mort, Yukiko laisse à sa fille deux lettres : l'une destinée à un frère dont on ignorait l'existence, l'autre racontant son adolescence pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Dans ce court roman, Yukiko révèle un secret familial pesant, qui l'a tout autant marquée que l'explosion de la bombe atomique dont elle a été témoin.

Tout en finesse, Tsubaki (Camélia) nous livre les souvenirs d'une femme toute jeune pendant la guerre, travaillant à l'usine pour aider son pays, croisant des prisonniers américains sur son chemin. Une jeune femme également éprise de son voisin, qui a soif de vivre dans un contexte oppressant - car on pressent la défaite du Japon et quant au lecteur, il sait déjà qu'une bombe atomique ravagera la ville quelque temps plus tard.

Ce court récit est un petit bijou, insérant la petite histoire dans la Grande Histoire avec brio. Le contexte historique est au centre du récit ; difficile de rester indifférent aux interrogations du petit-fils de la principale protagoniste : Les victimes étaient pour la plupart des civils innocents. Plus de deux cent mille personnes ont été tuées en quelques semaines ! Quelle est la différence avec l'Holocauste des nazis ? (p11). Malgré tout, l'histoire personnelle de Yukiko est suffisamment intéressante pour toucher le lecteur au-delà de la catastrophe qui s'annonce.

J'ai retrouvé la pudeur et la subtilité des plumes japonaises que je connais. Beaucoup de retenue, une histoire racontée sans détour, sans grands effets ni détournements de notre attention vers d'éventuels détails ou histoires périphériques. La narratrice ne cherche pas non plus à susciter chez nous une émotion particulière : son récit est simple, factuel, sans étalage de sentiments, et pourtant touchant et très humain.

Une belle lecture.

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Le billet de Pasión de la lectura sur les cinq tomes et le billet de Romanza (dont j'aime beaucoup la mise en scène du livre).

Lu dans le cadre de la lecture commune : "Les plumes féminines japonaises à l'honneur".

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115 p

Aki Shimazaki, Le Poids des Secrets, T1, Tsubaki, 1999

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01/04/2017

Mes lectures japonaises & co

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Aujourd'hui commence le Mois au Japon !

Pendant tout le mois d'avril, nous aurons le plaisir de partager avec vous films, lectures, photos et clins d'oeil au pays du soleil levant.

Pour commencer, j'ai décidé de dresser ici un bilan de mes anciennes chroniques sur ce thème, en espérant vous donner envie de découvrir certains de mes coups de coeurs !

Romans japonais :

  

   

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  • Hiraide Takashi, Le Chat qui venait du Ciel : "Petit conte philosophique qui n’est pas sans rappeler les haïkus, ce texte est avant tout poétique. Une écriture agréable s’ajoute à un récit fait d’impressions, d’émotions et de non-dits"
  • Murakami Haruki, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil : "Voilà l’histoire d’un homme ordinaire saisie par une plume sobre et agréable. Un livre apparemment simple pourtant servi par une narration d’une grande justesse, un regard lucide et désillusionné porté sur un personnage désenchanté."
  • Niwa Fumio, L'Age des Méchancetés : "C’est un livre terrible sur la vieillesse. Difficile de choisir entre pitié, compassion ou répulsion. Traité avec brio, le résultat est tout simplement fascinant."
  • Ogawa Yoko, Amours en marge : "Peut-être peut-on considérer qu'il s'agit d'un roman contemplatif. On le lit dans le calme, en se délectant de scènes banales qui, à travers le regard d'Ogawa et sa plune fluide, prennent un sens, une profondeur insoupçonnés."
  • Ogawa Yoko, La Petite Pièce Hexagonale : "Au final, la Petite Pièce Hexagonale est une lecture agréable et facile. La narration semble couler de source, les personnages secondaires manquent de relief mais parviennent ainsi à mettre en avant les préoccupations du personnage principal. On retrouve sans difficulté le style doux et poétique d’Ogawa, qui contraste si bien avec les thèmes dérangeants que cet auteur choisit."
  • Ogawa Yoko, La Piscine, Les Abeilles, La Grossesse : "La Grossesse est le récit le plus connu de Yoko Ogawa. Il lui a valu le prix Akutagawa en 1991. Ces trois textes permettent de découvrir « en douceur » son univers étrange peuplé de personnages insolites. Comme toujours, Ogawa sait décrire le quotidien et ses gestes les plus simples en leur conférant un intérêt tout particulier, parfois élégant, parfois malsain."
  • Ogawa Yoko, Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie : "Yoko Ogawa évoque pour moi la pluie s’écoulant avec régularité, suivant de ses grosses gouttes ma fenêtre embuée, dessinant des formes étranges devant les fleurs accrochées à une petite rambarde à la peinture écaillée. Etrange, beau, doux, triste, vivant, essentiel."
  • Ogawa Yoko, Les Tendres Plaintes : "Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir."
  • Yoshimura, La jeune fille suppliciée sur une étagère : "Beauté et détachement sont les maîtres mots de ces nouvelles traitant avec subtilité d’un thème pourtant grave. Là encore, je suis fascinée par la maîtrise avec laquelle les auteurs japonais font de la mort un sujet envoûtant, nous troublant sans pour autant gâcher le plaisir de la lecture."

Roman d'horreur japonais :

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  • Koji Suzuki, Ring : "Hormis le début angoissant, j'ai trouvé que ce roman s'apparentait davantage à un thriller qu'à un roman d'épouvante, dans un cadre pour le moins mystérieux et inquiétant."

Romans étrangers se déroulant au Japon ou en lien avec l'histoire du Japon :

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  • Lian Hearn, Le Clan des Otoris, Le Silence du Rossignol : "L’histoire est passionnante, bien menée, sans temps morts. ¡L’écriture est très agréable, les descriptions agrémentent le texte en plantant un décor envoûtant, fait de brumes, de montagnes escarpées, de peintures ancestrales et de rumeurs et murmures incessants."
  • Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre : "Oswald Wynd nous projette en Chine et au Japon au tournant du siècle puis à travers la première moitié du XXe, où nous suivons (parfois à distance) les grands évènements qui ont bouleversé l'échiquier politique mondial. L'auteur joue beaucoup sur le non-dit, prête une grande attention aux conventions sociales (anglaises, européennes, chinoises, japonaises), ce qui donne lieu à de remarquables passages tout en délicatesse, parfois remplis d'émotions et pourtant, d'une grande pudeur."
  • Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer : "Julie Otsuka a privilégié une construction de roman audacieuse, prêtant sa plume à de nombreuses voix, celles de toutes ces immigrantes au parcours varié, aux espoirs plus ou moins déçus, aux destins parallèles émaillés de points communs."

Albums :

 

  • Mitsumasa Anno, Le Danemark d'Andersen : On sent que Mitsumasa Anno apprécie vraiment l'oeuvre d'Andersen, qu'il s'est approprié celle-ci et a pris plaisir à créer un univers s'en inspirant. C'est un hommage original qui est ainsi rendu au célèbre auteur. Mais c'est aussi un beau livre en soi, avec des illustrations soignées, qui fourmillent de détails.
  • Rosemary Wells, Yoko : "Un auteur anglo-saxon mais un univers japonisant pour cet album sur la différence, exprimée à travers cette petite Yoko moquée par ses camarades parce qu'elle apporte des sushis pour son déjeuner."
  • Satoshi Iriyama, Petit Ours Blanc a un an : "Par une nuit d'hiver, Ours vert et Ourse rouge ont un Bébé Ours tout blanc. Au fil des saisons, ils vont accompagner leur petit dans les premiers moments importants de sa vie. Beaucoup de tendresse, un coup de coeur."
  • Kazuo Iwamura, L'hiver de la famille Souris : Un bel album sur la famille, l'hiver, le partage et les petits détails qui font de la vie ensemble une réussite.

Mangas :

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  • Tana Toboso, Black Butler, Tomes 1, 2 et 3 (dans les prochains jours) : "Un joli graphisme, une histoire qui pour moi gagne en intérêt au tome 3, mais des libertés historiques qui m'ont vraiment gênée et un humour auquel je n'accroche pas."

               

 . 

  • Kaoru Mori, Emma Tome 1 : Je n'avais pas du tout aimé. Mais alors, pas du tout. "Sans être mortellement ennuyeuse, l’histoire banale n’est pas crédible pour un sou."

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  • Fumiyo Kouno, Le Pays des Cerisiers : "Ce manga traite du bombardement d’Hiroshima à travers le destin de plusieurs personnages. Le récit est assez complexe, mêle présent et passé grâce à de nombreux flash-back et des parties ramenant successivement le lecteur à différentes époques. Les dessins sont très agréables et les traits des personnages particulièrement délicats, tandis que les paysages et les décors sont très fouillés."

Film d'animation

  • Steamboy, film d'animation de Katsuhiro Otomo : Un univers victorien, il avait tout pour me plaire, mais notre rencontre s'est soldée par un échec. "j'ai failli périr étoufée par toute cette vapeur mais c'est victorieuse que je suis sortie de ma lutte contre le sommeil – enfin, il s'en est fallu de peu !"

*****

Voilà a priori tous mes billets consacrés au thème du Japon, ou d'inspiration japonaise. Je compte bien mettre à profit le mois d'avril pour faire de belles découvertes.

Je souhaite à tous les participants du Mois au Japon un excellent challenge !

02/01/2017

Challenge Un mois au Japon

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Logo réalisé à partir d'une photo de Mr Lou

Amis lecteurs, si vous suivez un peu ce qui se passe par ici, vous aurez forcément noté mon goût pour l'Angleterre et l'époque victorienne, mais peut-être pas remarqué mon penchant pour la littérature japonaise. Cela fait un moment que je n'ai pas consacré de billet au Japon malgré une PAL qui s'est agrandie. Le récent voyage de Mr Lou dans ce pays m'a donné envie de me plonger dans cette culture passionnante et, après quelques hésitations et un échange avec mon amie Hilde, elle aussi très attirée par ce pays, j'ai eu envie de vous proposer de vous joindre à nous pour partager ensemble nos découvertes. Suite au mois nordique, puis au mois kiltissime à venir, et toujours dans l'esprit du mois anglais qui bien sûr sera de retour en juin, nous lançons avec grand plaisir et un brin d'excitation le challenge "Un mois au Japon".

Au programme, selon vos envies : billets sur vos lectures, des films, des mangas, mais aussi photos de voyage, beaux livres, essais culinaires, art de vivre japonais... 

Quand ? : au mois d'avril 2017... et qui sait ? nous poursuivrons peut-être l'aventure l'année suivante.

Pour participer ? : Il vous suffit de vous inscrire à la suite de ce billet ou de celui de Hilde, puis de rédiger en avril un billet ou plus si affinités en insérant le logo du challenge.

Si vous le souhaitez, vous pouvez bien entendu relayer ce challenge sur votre blog ou les réseaux sociaux.

Et comme toujours, le plaisir de lire et de faire des découvertes reste le maître mot !

N'hésitez pas à nous rejoindre sur le groupe facebook du challenge.

Nous espérons que ce voyage nippon vous tentera et attendons avec impatience d'échanger avec vous au printemps!

A très bientôt !

03/01/2016

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre

wynd_odeur gigembre.pngJ'envisageais de lire Une Odeur de Gingembre depuis des années et me suis décidée dans le cadre du Mois Kiltissime de Cryssilda. Bien m'en a pris, car c'est un énorme coup de coeur, voire ma lecture de l'année 2015 (même si je l'ai terminé hier) !

En 1903, la jeune Ecossaise Mary Mackenzie embarque pour la Chine où l'attend Richard, son fiancé. Mary n'a jusqu'ici qu'une expérience limitée, ayant vécu une vie simple, voire relativement modeste de jeune fille victorienne avec sa mère. Elle part vers l'inconnu, car non seulement elle entreprend un grand voyage, mais elle s'apprête aussi à retrouver un homme dont elle ne sait finalement pas grand-chose. Le roman s'articule autour de plusieurs parties principales, à travers la longue traversée en bateau, puis les premières années en Chine, suivies d'un départ pour le Japon, où Mary pense s'installer définitivement.

Ce roman est fascinant à de nombreux égards. Tout d'abord grâce à l'héroïne, que l'on suit sur une quarantaine d'années, et que l'on voit mûrir, évoluer, affirmer sa personnalité dans un monde fait pour les hommes, alors qu'elle était vouée à une vie très conventionnelle en Ecosse de par son milieu et son éducation. A travers ce roman, l'auteur s'interroge sur la place de la femme dans la société au sein de différentes cultures, dressant des parallèles très intéressants.

Le récit de Mary est écrit à la première personne, principalement à travers son journal, mais aussi via des lettres à sa mère puis à ses amis ; j'ai été fascinée par la capacité d'Oswald Wynd à rendre la narration crédible et à se projeter avec autant de subtilité dans l'imaginaire d'un personnage féminin.

Le cadre est lui aussi passionnant. Oswald Wynd nous projette en Chine et au Japon au tournant du siècle puis à travers la première moitié du XXe, où nous suivons (parfois à distance) les grands évènements qui ont bouleversé l'échiquier politique mondial. Le lecteur européen habitué à appréhender les conflits mondiaux avec une vision très occidentale se retrouve soudain projeté de l'autre côté du globe, dépaysé par le point de vue et les préoccupations qui diffèrent beaucoup de ce à quoi il est habitué. Mary subit de plein fouet le choc des cultures et, par sa capacité à s'adapter, nous pousse à nous interroger et à remettre en question des valeurs et habitudes qui nous semblent comme allant de soi.

L'auteur joue beaucoup sur le non-dit, prête une grande attention aux conventions sociales (anglaises, européennes, chinoises, japonaises), ce qui donne lieu à de remarquables passages tout en délicatesse, parfois remplis d'émotions et pourtant, d'une grande pudeur (comme cette scène finale sur le bateau).

Un seul aspect m'a parfois étonnée : l'intérêt plus vif que Mary semble porter à son fils plutôt qu'à sa fille, dont la perte semble compensée  par la naissance du petit frère. J'ai ressenti une pointe de frustration lorsque le roman s'est arrêté sur ce bateau, car j'aurais été curieuse de lire le récit des deuxièmes retrouvailles, si elles ont finalement eu lieu (je reste volontairement vague pour ceux qui n'ont pas encore lu ce beau roman).

Cela fait plusieurs mois que je peine à me laisser embarquer par un auteur, à rester concentrée et à terminer mes lectures en cours (même si les raisons sont nombreuses et pour beaucoup étrangères au contenu de ma bibliothèque). J'ai à peine lu cet automne, ce qui ne m'arrive jamais. Une Odeur de Gingembre a été pour moi le déclic me redonnant goût à la lecture. J'espère continuer de nouveau sur cette lancée car je ne suis pas tout à fait moi-même sans mes compagnons de lecture !

D'autres billets : George, Romanza, Yueyin.

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474 p

Oswald Wynd, Une Odeur de Gingembre, 1977

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16/01/2013

Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer

Julie-Otsuka-Certaines-navaient-jamais-vu-la-mer.pngVoilà un roman qui connaît un succès certain en ce moment ! A mon tour de vous parler de Certaines n'avaient jamais vu la mer, beau roman de Julie Otsaka grâce auquel j'ai eu un aperçu d'un pan de l'Histoire qui m'était méconnu.

Au début du XXe, un bateau quitte le Japon pour les Etats-Unis. A son bord, des femmes promises à un mari inconnu et à une vie loin des leurs. Toutes serrent dans leurs mains les portraits et lettres envoyés par leur fiancé. Pleines d'espoir, elles se réjouissent de pouvoir mener une vie meilleure aux côtés d'un homme à qui la réussite tend les bras. A l'arrivée, le constat est tout autre mais il est trop tard pour rebrousser chemin : les photos ont été prises il y a des années, les hommes ont des métiers difficiles, n'ont parfois pas de toit. A la première nuit qui angoissait la plupart (vierges, certaines très jeunes) s'ajoute la perspective d'un métier harassant et d'un avenir plus sombre que celui qui les attendait chez elles. C'est le parcours de ces femmes que nous suivons à travers ce roman, qui fait défiler les années au rythme de quelques chapitres consacrés à une thématique particulière : le voyage, l'arrivée, la maternité puis la menace de la guerre contre le Japon, qui vient bouleverser une fois de plus leur vie, des années après leur arrivée. Dès lors, l'intégration qui n'en était qu'à ses balbutiements n'est plus possible. Bientôt les Japonais ainsi que leurs enfants nés américains sont dans la ligne de mire du gouvernement.


Julie Otsuka a privilégié une construction de roman audacieuse, prêtant sa plume à de nombreuses voix, celles de toutes ces immigrantes au parcours varié, aux espoirs plus ou moins déçus, aux destins parallèles émaillés de points communs. Ainsi, les phrases courtes s'enchaînent ; à chaque nouvelle phrase, une nouvelle narratrice. Le tout s'articulant très bien et formant un ensemble riche, laissant au lecteur de multiples impressions. Quant au sujet, il est en soi passionnant, car il pose les questions de l'intégration et de l'acculturation, de l'appartenance à un pays, souvent complexe. (Je préfère le titre anglais, the Buddha in the Attic, plus évocateur bien que moins poétique – le titre français est extrait du premier chapitre). Sur les camps d'internement japonais voici un article pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus. 

Les billets de Titine, Mrs Figg, Dominique, Malice, Jérôme, Dasola,...

Un grand merci à Bénédicte des Editions Phébus pour cette lecture encore une fois pleine d'intérêt !

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142 p

Julie Otsuka, Certaines n'avaient jamais vu la mer, 2011

14/03/2012

Direction le Japon !

OGAWA-Yoko-Amours-en-marge.gifLorsqu'on me demande quel est mon auteur préféré, je ne pense plus à citer Yoko Ogawa, pourtant elle fait définitivement partie des écrivains que j'admire le plus. Je l'ai découverte à la sortie du Musée du Silence puis me suis régalée avec La Formule préférée du professeur. Depuis l'ouverture de ce blog j'ai chroniqué plusieurs de ses textes mais je ne la lis plus qu'occasionnellement alors que j'ai encore plusieurs de ses romans en attente. Il y a quelques semaines j'ai profité d'un week-end au chaud pour ouvrir enfin Amours en marge, son premier roman.

Ogawa m'a séduite dès la première rencontre par son univers bien particulier, sa façon bien à elle de mettre en avant des fractions de vie ou des rencontres intenses et sans lendemain, plongeant le lecteur dans une réalité fragile, précaire et souvent en décalage avec nos repères occidentaux.

Dans ce roman, la narratrice est atteinte d'une maladie qui lui fait percevoir des bourdonnements et amplifie les sons au point de la faire hospitaliser. Les symptômes se sont déclenchés juste après le départ de son mari, qui l'a quittée pour une autre. Le récit débute avec la participation de la narratrice à une réunion pour un journal médical. D'autres personnes ayant souffert de ce type de troubles sont réunies pour faire part de leur expérience, des premières manifestations de la maladie à la guérison. L'héroïne y fait la connaissance de Y, sténographe, et est de suite fascinée par ses mains et le pouvoir que leur confère la sténographie. Le roman nous fait suivre ces deux personnages pendant quelques mois, à travers les rechutes et guérisons de la narratrice et leurs rencontres régulières.

Plutôt qu'une nouvelle qui aurait pu bien se prêter à cette histoire, Ogawa a préféré s'étendre en écrivant ce roman apaisé où plusieurs sujets et thèmes sont exploités de manière récurrente, avec d'infimes variations. L'héroïne semble ne pas beaucoup évoluer du début à la fin, alors que, symboliquement, sa vie a changé grâce à Y qui a sténographié ses propos le temps d'utiliser un bloc entier de papier épais, couleur crème (le tas diminuant inquiétant la narratrice, qui sent qu'ensuite sa relation avec Y lui échappera). Y semble réel mais, lorsqu'on connaît Ogawa, on se doute bien qu'il est vain d'espérer l'accomplissement d'une histoire d'amour (d'ailleurs, ce sont davantage les mains de Y que le personnage, dont on ne sait pas grand-chose, qui intéressent la jeune femme)... les dernières pages sèment le doute dans l'esprit du lecteur. Y, si disponible, parfois là quand on ne l'attend pas, disparaissant à la fin du roman en laissant une fausse adresse, le lieu en question étant malgré tout lié au personnage par un détail troublant. Peut-être peut-on considérer qu'il s'agit d'un roman contemplatif. On le lit dans le calme, en se délectant de scènes banales qui, à travers le regard d'Ogawa et sa plune fluide, prennent un sens, une profondeur insoupçonnés. Sans être mon texte favori de l'auteur, c'est indéniablement un beau récit dont j'ai beaucoup apprécié la lecture.

Wictoria qui aime elle aussi Ogawa a écrit un billet très intéressant sur ce roman, dans lequel elle relève notamment tous les thèmes récurrents chez cet écrivain (tels l'eau, les entraves, le corps humain...).

Sur ce blog, quelques chroniques de textes d'Ogawa :

Une lecture qui tombe à pic puisque le salon du livre 2012 qui aura lieu la semaine prochaine à Paris  met la littérature japonaise à l'honneur... j'espère en profiter pour découvrir de nouveaux auteurs, même si je suis très déçue qu'Ogawa ne soit pas présente !

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Yoko Ogawa, Amours en marge, 1991

20/11/2010

La forêt gardait le silence

ogawa_tendres_plaintes.gifJ'ai découvert Yoko Ogawa il y a quelques années en tombant par hasard en librairie sur Le Musée du Silence, dont la couverture tout autant que le résumé avaient éveillé mon intérêt. C'était ma première rencontre avec la littérature japonaise et je dois dire que depuis, rares sont les auteurs qui  sont parvenus à me charmer autant que Yoko Ogawa.

Comme d'autres lectures avant, le roman Les Tendres Plaintes m'a donné à la fois l'impression de parcourir un univers bien propre à l'auteur et d'être de nouveau dépaysée. J'ai noté également cette idée chez Loula qui dit avoir finalement du mal à cerner cet auteur. Ayant commencé par lire Le Musée du Silence et L'Annulaire, à la fois mystérieux, magnifiques et morbides, j'ai été étonnée par La Formule Préférée du Professeur dont le sujet était très différent. Et finalement, chaque nouvelle lecture m'a donné l'impression de découvrir une autre facette d'Ogawa, tout en retrouvant avec plaisir certains éléments qui me donnent en quelque sorte l'impression d'être en présence de vieux amis lorsque je lis un de ses textes.

Il est ici question de la calligraphe Ruriko qui, son mariage battant de l'aile, se rend subitement dans le chalet de vacances de sa famille afin de s'éloigner d'un mari violent qui fréquente ouvertement une autre femme. Elle fait la connaissance de Nitta, fabricant de clavecin, et de Kaoru, son assistante. De là naît rapidement une amitié entre la jeune femme et ses voisins qui lui font entrevoir de nouveaux horizons à travers leur passion pour le clavecin. Mais Ruriko s'éprend de Nitta et le trio est mis en péril alors que peu à peu la jalousie l'étreint, lorsqu'elle s'aperçoit que Nitta et Kaoru partagent un monde dont elle ne pourra jamais faire partie.

Sur un rythme lent propre à Ogawa, les tensions finissent par attendre leur point culminant jusqu'à la chute inexorable. Si la psychologie des personnages joue un rôle important avec l'impénétrable Nitta, la tendre Kaoru ou Ruriko, plus torturée, d'autres éléments plus périphériques et souvent descriptifs ont toute leur place dans le récit : la fascination de Ruriko pour la chair tendre d'une voisine bien portante, la façon dont les personnages servent les plats et ce qu'ils mangent, de même que l'histoire parallèle d'une vieille dame anglaise dont Ruriko est chargée de recopier la biographie. On retrouve les belles descriptions de la pluie et des plans d'eau qu'Ogawa semble affectionner tout particulièrement, ainsi qu'un événement qui fait écho à l'Annulaire, à travers un doigt mutilé.

Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir.

Un roman empreint de sensibilité que je conseille à tous ceux qui ont déjà aimé Ogawa. Je sais de moins en moins quel roman recommander à ceux qui ne la connaissent pas, car les sujets varient tellement qu'il est difficile de se décider.

"Les rayons miroitaient à la surface de l'eau. La couleur en était différente à chaque battement de mes paupières. J'ai essayé de concentrer mon regard pour la sonder mais en vain. Je me figurais un fond sableux, des masses compactes d'herbes aquatiques qui ondulaient, mais je ne distinguais que de simples ténèbres" (p209)

De Yoko Ogawa sur ce blog : La Petite Pièce Hexagonale, La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse, Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie. Lus par ailleurs : La Formule préférée du Professeur, L'Annulaire et Le Musée du Silence.

D'autres avis sur Les Tendres Plaintes : Le Globe-Lecteur, Livrogne, Loula, Marie (La Page déchirée)Mirontaine, Mrs Pepys, Pierre C (La Littérature japonaise), Virginie (Perdue dans les Livres)...

Ci-dessous, Les Tendres Plaintes de Rameau.
http://www.youtube.com/watch?v=segCBE0oX9Q
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239 p

Yoko Ogawa, Les Tendres Plaintes, 1996