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12/12/2010
Sur la plage abandonné...
... et pourtant, tout n'avait pas si mal commencé. Vous me ferez également remarquer qu'en ce mois de décembre où neige et verglas sont au rendez-vous, ce pauvre roman ne survivra pas longtemps aux intempéries mais rassurez-vous, il est près de moi et se porte bien, malgré la semaine passée dans mon sac bien encombré.
L'Inconsolé de Kazuo Ishiguro fait près de 900 pages dans l'édition que j'avais. J'ai lu les 460 premières avant de m'avouer vaincue (à ce stade-là j'ai hésité à poursuivre au lieu de m'arrêter après avoir déjà fait tout ce chemin, mais j'avais déjà failli suspendre ma lecture à plusieurs reprises et j'ai considéré qu'il fallait me rendre à l'évidence).
Dans ce roman, il est question de Ryder, pianiste renommé en déplacement dans une ville d'Europe centrale. Dans cet endroit sans intérêt, la venue du célèbre artiste est un événement et dès son arrivée, Ryder est assailli par les requêtes diverses et variées. A son emploi du temps chargé (rencontre avec les journalistes, dîner chez la comtesse, soirée du jeudi...) s'ajoutent des éléments imprévus, lorsque d'illustres inconnus s'adressent à lui pour lui confier leurs problèmes personnels divers et variés : Ryder lira-t-il l'album de coupures de presse que la femme d'untel lui a consacré ? écoutera-t-il tel amateur pour lui donner des conseils sur son jeu au piano ? Discutera-t-il avec la fille du portier pour savoir ce qui la tracasse ? Aidera-t-il le petit Boris à récupérer un jouet dans son ancien appartement ?... et ainsi de suite.
On comprend rapidement que dans cette ville, la population attend énormément de Ryder, à la fois glorifié et utilisé (au point de le réveiller en pleine nuit pour une quelconque demande). C'est l'artiste qui devra aider à rendre à l'endroit un semblant de renommée pour ses réussites sur le plan culturel, mais on sait également que d'autres que lui avaient en principe la même vocation et ont échoué : un vieux chef d'orchestre ridiculisé et désormais exploité et remis sur pied de manière à incarner le représentant par excellence de l'art au sein de la ville, tandis qu'un autre est désavoué après avoir été encensé pendant des années.
L'idée est intéressante et certains passages se lisent avec grand plaisir mais ce roman aurait gagné à être amputé d'au moins 500 pages, si ce n'est plus. Au final, on assiste à une succession de scènes improbables semblant tout droit sorties d'un rêve désagréable. Le héros, privé de sa volonté comme on peut l'être dans nos rêves, semble incapable d'atteindre le but qu'il est fixé, et est sans cesse détourné de ses objectifs par des micro-événements inattendus, des personnages importuns. Au point de se retrouver nu sous une simple robe de chambre lors d'une soirée mondaine, de suivre des escaliers sans fin, de passer de la rase campagne au café du centre-ville qu'il avait quitté en traversant un minable restaurant en bord de route. Les conversations sont faites pour perturber le lecteur d'entrée de jeu, avec des personnages pérorant dans le vide, en décrivant par le menu la façon dont tel repas s'est passé ou tel personne va s'habiller, mettre ses chaussures, faire la boucle de son premier lacet et j'en passe. On ne sait pas non plus quelles sont ses relations avec les gens de la ville, où il retrouve une certaine Sophie qui lui fait des scènes de ménage et une amie d'enfance connue en Angleterre.
Au final, le procédé est extrêmement répétitif et lassant. Quant aux personnages, impossible de s'attacher à eux tant ils manquent de consistance (ce qui là encore rappelle le monde des rêves). Ishiguro est un auteur que j'ai envie de lire depuis très longtemps et il y a beaucoup de matière dans ce roman, mais l'ensemble est trop redondant. Un premier rendez-vous raté (mais il y en aura d'autres).
Merci à Lise des éditions Folio pour cette découverte, malgré cet avis mitigé.

896 p
Kazuo Ishiguro, L'Inconsolé, 1995
11:53 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : kazuo ishiguro, l'inconsolé
Commentaires
C'est un auteur avec qui j'ai des hauts et des bas , j'avais beaucoup aimé "les vestiges du jour" mais par contre j'ai toujours dans ma pal "artiste d'un monde flottant" que j'ai entamé et abandonné par ennui ...
Écrit par : Dominique | 12/12/2010
Répondre à ce commentaireJe l'ai dans ma PAL (comme tous les livres de cet auteur), mais il n'est pas le plus urgent. Je ne sais pas si c'est le meilleur pour commencer à lire cet auteur en fait, je crois que Clarabel l'avait moyennement aimé. N'abandonne surtout pas en tout cas, "Auprès de moi toujours" (dont l'adaptation est prévue pour bientôt), "Les Vestiges du jour" (très anglais) et "Lumière pâle sur les collines" sont de vraies merveilles !
Écrit par : Lilly | 12/12/2010
Répondre à ce commentaireQuel dommage ! J'ai lu trois livres de Ishiguro qui m'ont tous enchantée. Je crois qu'il pourrait raconter n'importe quelle histoire, je me laisserais emporter tant sa musique me plait.
Écrit par : Ys | 12/12/2010
Répondre à ce commentaireJ'allais faire un commentaire similaire à celui d'Ys, j'ai aussi ressenti trois coups de coeur par rapport à ce que j'ai lu de lui. Ce que tu dis de celui-ci me plaît déjà !
Tu devrais peut-être essayer un autre, plus court ? Les vestiges du jour ou Auprès de moi toujours ou encore Quand nous étions orphelins devraient être plus dans tes centres d'intérêt, je pense.
Écrit par : Manu | 12/12/2010
Répondre à ce commentaireamputé de 500 pages..??? j'avais déjà vu 20, 30, voire même 80, mais 500... mais que fait la police des livres, je vous le demande!!!
Écrit par : choupynette | 12/12/2010
Répondre à ce commentairePour se lancer dans 900 pages il faut au moins que ça soit un coup de coeur ! ça ne t'étonnera pas si je te dis que je passe...
Bises
Écrit par : L'or des chambres | 13/12/2010
Répondre à ce commentaireJe n'ai lu qu'un seul livre de cet auteur et c'était "Auprès de moi toujours" que j'avais aimé malgré le manque de surprise (vu que j'avais deviné toute l'histoire à la page 3 ou 4 !). Mais je passe sans regret sur celui que tu viens d'essayer !!!
Écrit par : Joelle | 13/12/2010
Répondre à ce commentaireEn passant, un bilan du challenge, encore 6 mois, ici
http://www.audouchoc.com/article-bilan-2010-challenge-les-coups-de-coeur-de-la-blogosphere-61626842.html
@ bientôt ! ;-)
Écrit par : Theoma | 13/12/2010
Répondre à ce commentaireLe hasard a voulu qu'on publie un billet sur le même livre le même jour ^_^. J'ai été énormément déçue aussi, et je trouve également que ce livre aurait dû être amputé de nombreuses pages (je me demande même si 500 aurait été suffisant comme nombre...)(sérieusement en plus). J'ai l'impression de voir où l'auteur a voulu en venir mais je ne le suis pas sur ce terrain-là.
J'ai maintenant fini d'explorer sa bibliographie et je ne peux que te recommander "Auprès de moi toujours", qui restera d'ailleurs un de mes livres préférés, et "Un artiste du monde flottant", qui se montre délicat et subtil, et beaucoup moins barbant que ce livre-ci.
Écrit par : Cachou | 14/12/2010
Répondre à ce commentaireAttends, je l'ai dans ma pile depuis une éternité... en anglais (520 pages en grand format). Du coup j'ai terriblement, terriblement peur! Mais j'aime beaucoup Ishiguro alors je vais quand même tenter le coup.
Écrit par : Karine:) | 14/12/2010
Répondre à ce commentaireAïe! J'ai deux livres de cet auteur dans ma PAL (pas celui-ci heureusement) mais les commentaires me rassurent un peu. A part ça, je vois que tu t'es lancée pour G&P, et bien moi, c'est sur ce livre que j'aurais volontiers couper plusieurs centaines de pages. Oui, je sais, je vais me faire lyncher sur la place publique ;-)
Écrit par : zarline | 14/12/2010
Répondre à ce commentaireBon je note que pour ma découverte de cet auteur (qui est en attente depuis des années je ne dois pas commencer par celui-là!!
Écrit par : loula | 14/12/2010
Répondre à ce commentaireJ'avais adoré "Quand nous étions orphelins".
Mais là c'est une déception pour moi aussi.
Son écriture est toujours agréable mais on a envie d'accélérer l'intrigue...
Mais il a quelque chose dans l'écriture qui me fera revenir vers lui !
Écrit par : Eugénie | 15/12/2010
Répondre à ce commentaireJe vais passer mon chemin... vu ton avis et le nombre de pages.
Écrit par : Edelwe | 22/12/2010
Répondre à ce commentaire






































Écrit par : George | 12/12/2010
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