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15/05/2009
Des choux et des carottes
Grâce à Lilly qui n’aime pas Barbara Pym et m’a gentiment offert son exemplaire d’Adam et Cassandra, j’ai passé un très bon roman au pays des vieilles filles, des pasteurs célibataires ou non, des veuves et des couples mal assortis. Le tout en Angleterre, of course !
Barbara Pym est souvent comparée à Jane Austen, dont elle serait la digne héritière. Cela me hérisse autant que lorsque je lis une comparaison similaire au sujet d’un roman iranien qui parle d’agences immobilières et de cuisine, ou encore lorsque les éditions de Jane Austen mettent en avant des critiques dignes de The Devil wears Prada, histoire de racoler le lecteur innocent (« tellement drôle », « hilarant », « la meilleure comédie jamais écrite », oui, je vous parle bien de Pride and Prejudice !). Pour en revenir à nos joyeux moutons, comparer Barbara Pym et Jane Austen est bien sûr chose possible, tout comme on peut comparer la carotte au chou-fleur. Ce sont deux légumes, qui peuvent se manger crus ou se déguster à la vapeur, en gratin, en soupe ou que sais-je ? On peut même les combiner dans une même recette, ce qui est beau, avouons-le ! De là à confondre la carotte et le chou-fleur, n’y a-t-il qu’un pas ? Eh bien pour quitter le plan horticole ou légumineux de mon illustration, Barbara Pym et Jane Austen ont elles aussi des points communs : un esprit plus ou moins critique, un ton plus ou moins ironique et moqueur ; une prédilection pour un milieu social qu’elles connaissent bien ; des intrigues de salon (mariage, héritage, bienséance, scandales vite étouffés et tués dans l’œuf) ; et justement, beaucoup de scènes cruciales au sein du foyer, où se nouent beaucoup de petits drames et triomphe la vie en société (avec tous ses commérages). Ajoutons leur nationalité et le fait qu’elles ne se sont jamais mariées, et voilà pour le rapprochement entre ces deux écrivains !
Pym est pour moi comme une petite grand-mère littéraire, dont l’ironie ne va jamais bien loin. Ce serait plutôt une charmante vieille dame au regard malicieux qui aime observer ses congénères et se moquer d’eux sur un ton finalement bienveillant. Les personnages pymiens sont souvent antipathiques car leur créatrice prend un malin plaisir à glisser innocemment quelques commentaires qui ne tardent pas à mettre en valeur les travers de chacun.
Vanité, prétention, ennui, jalousie, voilà les petites faiblesses qui ponctuent tout le récit d’Adam et Cassandra. Adam est un auteur médiocre qui se prend trop au sérieux ; il est choyé par sa tendre épouse, une femme riche et belle qui aimerait parfois que son mari lui accorde un peu plus d'attention. Arrive un jour M. Tilos, Hongrois charmeur qui s’éprend de Cassandra et forme avec le couple un trio qui ne manque pas de faire jaser le voisinage. Malgré les petits rebondissements et les insinuations de Barbara Pym qui laissent entrevoir un minuscule ouragan dans la communauté bien établie d’Up Callow, le retour à la normale semble incontournable (du moins je n’en attendais pas moins après avoir lu deux autres Barbara Pym). Au final, j’ai passé un délicieux moment à savourer ce petit bonbon acidulé, me délectant des remarques amusantes et prenant plaisir à participer à quelques conversations de salon, sans parler d’un petit détour par la Hongrie. Pour en revenir à Jane Austen, il faut se défaire de cette idée d’un lien réel entre ces deux écritures pour aborder sereinement Barbara Pym. La prose de la première est bien plus fine et complexe lorsqu’on prend le temps de la lire attentivement. Les sujets ne sont pas les mêmes car plus d’un siècle sépare ces deux univers et, quoi qu’on en dise, la société a beaucoup évolué depuis le début du XIXe. Ce qui n’enlève pas à Barbara Pym son charme suranné et ses légers traits d’humour. L’état de ma PAL pymesque montre bien que je l’ai placée dans la catégorie suivante : A consommer sans modération !
Encore merci à toi Lilly pour ce roman qui m’a fait passer d’excellents moments le temps d’un week-end du 1er mai bien gris (parfaite excuse pour bouquiner) !
Sur ce blog, j’ai aussi parlé de : Des Femmes remarquables et de Crampton Hodnet (irrésistiblement drôle).
236 p
Barbara Pym, Adam et Cassandra, 1987 (posthume)
08:55 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : barbara pym, adam et cassandra, littérature anglaise, roman anglais, humour anglais, pasteurs, vieilles filles, potins
Commentaires
J'adore Barbara Pym et ses personnages qui foncent sur une tasse de thé pout se réconforter dès qu'ils ont un problème !
Mais tout comme toi je trouve que la comparaison avec Jane Austen n'est pas du tout appropriée.
Et je continue de conseiller de lire "Comme une gazelle apprivoisée", qui reste mon préféré de Barbara Pym !
Ecrit par : Turquoise | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireTu sais que tu me donnerais presque envie de le lire ;o))
Ecrit par : Lilly | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireTiens tiens je viens de finir "Un brin de verdure" où je retrouve le monde pymien que tu décris, et (horreur) l'allusion à Jane Austen dans la quatrième de couverture (mais pas dans mon billet, car je sais faire la part des choses, Jane is the best forever).
Tu me donnes encore plus envie de la relire, idéal quand on veut un peu de charme suranné et d'ironie...
Ecrit par : keisha | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireHeureuse que tu aies persévéré dans la voie pymiemme et que tu aies finalement aimé après une première rencontre dînerlivréchangesque un peu mitigée si mes souvenirs sont bons.
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireje ne connais pas du tout, si c'est drôle, cela peut me plaire, effectivement, j'aime les choses décallées :)
Ecrit par : wictoria | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireBarbara digne héritière de Jane... Ca laisse songeur... Je ne connais pas ce titre, mais j'aime les romans désuets de Pym ! Noté !
Ecrit par : freude | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireNon, je crois que Pym et moi en avons terminé... au moins pour un moment ;o)
Ecrit par : Lilly | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireDésolée pour le temps, c'est ma faute : le week-end dernier je trouvais qu'il commençait à faire beau (pourtant je ne me rappelle que de pluie, mais passons) et je me suis dit qu'à la mi-mai c'était bon et du coup je me suis épilé les jambes pour pouvoir me mettre en jupe... Je suis vraiment désolée;-)
Ecrit par : loula | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireJe suis fan de Barbara Pym. Mais je ne comprends pas non plus pourquoi tout le monde compare la plupart des romancières anglaises à Jane Austen. Raccourci rapide.
Ecrit par : Manu | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireJ'adore la métaphore de la comparaison ! C'est tellement vrai en plus ! :D
Bref, je ne connais pas encore Barbara Pym, mais apparemment ça ne va pas durer !!!
Ecrit par : Restling | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireEt sinon, Jane Austen, c'est plutôt la carotte ou le chou-fleur :) ?
Je note immédiatement Barbara Pym dans ma LAL, c'est typiquement le genre de livres qui peut me plaire !
Ecrit par : Neph | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireet bin punaise...meme si elle arrive derriere JA...hummm cela est quand meme tentant...ah vive l'acide litteraire...;o)
Ecrit par : rachel | 15/05/2009
Répondre à ce commentaireEt voilà l'intérêt des blogs : découvrir des auteurs délicieux ! Merci, je ne connaissais pas cet auteur.
Ecrit par : Leiloona | 16/05/2009
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup ton billet (et la comparaison). Je le note. J'aime beaucoup ce genre d'ambiance.
Ecrit par : Edelwe | 16/05/2009
Répondre à ce commentaireTon parallèle culinaire est parfait ! ;-)
Tu m'as donné envie de découvrir B. Pym, et ayant lu les extraits que tu as mis de "Crampton Hodnet", je pense sérieusement commencer par là, ce genre d'humour me conviendra normalement !
Mais maintenant, une grande question s'impose : Jane incarne la carotte, ou le chou-fleur ?
Ecrit par : erzébeth | 16/05/2009
Répondre à ce commentaireJ'adore la Littérature anglaise et je ne connais pas du tout cette auteure. C'est donc avec joie que je le note dans ma PAL!
Ecrit par : Rory | 16/05/2009
Répondre à ce commentaireJ'allais poser exactement la même question que Neph et Erzébeth: Austen, c'est lequel des deux légumes??? J'ai noté plusieurs titres de Pym, plusieurs sont dans ma wish list mais je n'ai encore jamais essayé! Merci pour le petit rappel en mémoire!!
Ecrit par : Karine :) | 16/05/2009
Répondre à ce commentaireJe n'ai jamais lu Barbara Pym, et encore si peu Jane Austen, que malgré une relativement bonne connaissance des choux fleurs et des carottes, je vais m'abstenir de tout commentaire ;) ! Si je suis ici, c'est plutôt en tant que grande organisatrice du Challence du 1% littéraire 2008, challenge que tu fais "inconsciemment" et que tu as terminé, ayant déjà dépassé le 1%. Mais alors que nous commençons à approcher de la fin de l'année (le challenge s'achèvera fin juillet), je tiens beaucoup à ce qu'aucune challengeuse ne soit lésée. J'ai donc reparcouru ton blog, repêché "Ailleurs" que j'avais oublié et j'en arrive à la liste des 10 titres suivants :
Qui comme Ulysse / Georges Flipo
Qui touche à mon corps je le tue / Valentine Goby
Les maîtres de Glenmarkie / Jean-Pierre Ohl
La fausse veuve / Florence Ben Sadoun
Notre petite vie cernée de rêves / Barbara Wersba
Le chemin des sortilèges / Nathalie Rheims
Et le bébé était cuit à point / Mary Dollinger
Le secret de Noël / Anne Perry (10-18)
Une éducation libertine / Jean-Baptiste Del Amo
Des bibliothèques pleines de fantômes / Jacques Bonnet
Ailleurs / Julia Leigh
Y aurait-il autre chose paru en France entre août et octobre 2008 que tu aurais lu ? Si oui, je complèterai ma page consacrée au challenge. Merci de ton aide !
Ecrit par : levraoueg | 16/05/2009
Répondre à ce commentaire"Qui sait lancer des sortilèges pour faire venir le beau temps ?"
Moi! Mais ça marche, ça marche pas, ça marche, ça marche pas...
;-)
Ecrit par : sibylline | 17/05/2009
Répondre à ce commentaireBon, alors, une nouvelle romancière à lire. Quelle chance!
Ecrit par : mango | 17/05/2009
Répondre à ce commentaireOuah ça sent l'époque, mais la belle époque, à découvrir, encore merci pour ton billet, c'est toujours des billets passionnants....
Ecrit par : Hambre | 18/05/2009
Répondre à ce commentaireDe Jane Austen, je n'ai encore lu qu'Orgueil et préjugés, mais je n'ai pas dit mon dernier mot !
Sinon j'ai complété ma page du Challenge du 1% avec tes informations, sauf que je suis au regret de t'annoncer que je ne peux pas prendre en compte "Petits désordres au château" car d'après mes sources, il serait paru en novembre (or j'ai déjà supprimé de la liste de Fashion des parutions de novembre, car il paraît que la rentrée littéraire va d'août à octobre, il me faut donc être équitable (tu vois comme je prends mon rôle d'organisatrice au sérieux !)). Je t'invite donc à vérifier sur ton exemplaire. C'est important, car grâce aux 2 autres titres ajoutés tu en es à 13, or avec un de plus tu atteindrais les 2% ! Mais enfin 13 c'est déjà très bien !
Ecrit par : levraoueg | 18/05/2009
Répondre à ce commentaireVoilà encore un auteur que je souhaite découvrir, j'ai mis "Crampton Hodnet" dans ma LAL (qui décidément n'en finit plus de s'allonger...). Me conseilles-tu de commencer par là l'oeuvre de Barbara Pym?
Ecrit par : Titine | 21/05/2009
Répondre à ce commentaireIl est vrai que ce que tu appelles"la vacuité" et que je nomerais plutôt le quotidien de gens ordinaires (ou presque) est la base de l'oeuvre de Pym. C'est aussi en partie ce qui la rend délicieuse
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 24/05/2009
Répondre à ce commentaireJe viens de finir mon premier Pym et le commentaire qui va avec . Je ne suis pas déçue de ma lecture! Je compte bien en lire d'autres! Merci à toi, Manu et Keisha qui me l'avez fait découvrir!
Ecrit par : Mango | 01/06/2009
Répondre à ce commentaire








































Ecrit par : Aifelle | 15/05/2009
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