Anne Tyler, Vinegar Girl

Lu au début de l’été, Vinegar Girl est un roman qui me permet de découvrir enfin Anne Tyler, dans une interprétation libre de La Mégère apprivoisée de Shakespeare.

Etats-Unis de nos jours. Le Dr Battista est veuf et vit avec ses deux filles, dans une grande maison gérée par l’aînée, Kate. Celle-ci a abandonné ses études pour un poste modeste dans une école. Elle n’a plus d’ambitions, pas de vie amoureuse et est totalement exploitée par un père égoïste qui se repose sur elle pour tout, des tâches ménagères à la tenue des comptes. La petite soeur, Bunny, est une adolescente jolie et trop gâtée qui n’en fait qu’à sa tête puisque seule sa soeur se soucie de ce qu’elle peut bien fabriquer.

Le docteur consacre toute son énergie à ses recherches et ne désespère pas de faire un jour une grande découverte, à condition d’avoir un assistant à la mesure de ses ambitions. Il pense l’avoir trouvé à travers Pyotr (dont il n’est pas capable de prononcer le nom correctement après des années de collaboration). Malheureusement, le visa de celui-ci arrive à expiration et le docteur voit avec horreur approcher à toute allure la date de son départ.

Il a alors une brillante idée : pourquoi ne pas marier Pyotr à Kate, puisque celle-ci est si accommodante et n’a après tout ni de vie amoureuse, ni de grandes perspectives d’avenir ? Tout le roman va ainsi tourner autour de cet enjeu.

Je me suis régalée avec cette ré-interprétation qui nous livre une satire intéressante de notre époque en revisitant le rôle de la femme au sein de la société américaine. Beaucoup d’humour et d’ironie dans ce texte piquant qui se lit d’une traite.

(Spoilers à suivre) Kate finit par accepter le mariage. On pourrait y voir une capitulation et une soumission inconditionnelle à la volonté de son père, mais j’ai trouvé que Kate est beaucoup plus futée dans sa démarche qu’il n’y parait à première vue. Si elle a un moment de faiblesse et finit par accepter en pensant le faire pour son père, ce n’est pas sans avoir résisté auparavant, et sans y voir finalement son propre intérêt. Sa soeur la met plusieurs fois en garde et c’est en toute connaissance de cause qu’elle prend sa décision. Kate a un caractère bien trempé et face à sa vie actuelle médiocre, elle finit par voir en Pyotr la possibilité d’un changement positif. Elle marque son indépendance vis-à-vis du père vampirique en déménageant (alors qu’il comptait sur elle pour rester sur place et continuer à faire le ménage) et épouse un homme qui, bien qu’intéressé au départ, la respecte et l’incite à reprendre ses études. On comprend ainsi que l’union arrangée a été choisie par les deux conjoints et va permettre à Kate de s’épanouir et de se réaliser professionnellement.  La fin suggère aussi un mariage de raison devenu mariage d’amour, à travers la présence d’un enfant et un moment de complicité entre les deux époux. Une scène m’a marquée lors du mariage, où l’entourage de Kate est particulièrement condescendant ; pour eux, c’est un soulagement de la voir enfin casée car on ne savait pas ce qu’on allait faire d’elle. Pour moi, cette scène est une critique de la société contemporaine qui tend toujours à associer la réalisation des femmes au mariage et la maternité (sur le sujet, j’ai ce livre dont je n’ai lu pour l’instant que certains passages : Spinster : Making a Life of One’s Own). Au final, un roman qui invite à la réflexion.

235 p

Anne Tyler, Vinegar Girl, 2016

3 thoughts on “Anne Tyler, Vinegar Girl

  1. il est dans ma pal aussi celui-ci 😉
    H.S. chouette nouvelle présentation – je n’avais plus ton lien, du coup je n’ai pas pu suivre certaines de tes lectures, sauf via goodreads

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