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18/09/2011
Qu'il faisait doux au matin de ma mort !
En raison de mon vieil esprit de contradiction, j'ai tendance à fuir les livres qui font l'objet d'un enthousiasme collectif, incroyable, en somme louche (oui je sais)... je me réjouis donc d'avoir lu le dernier Carole Martinez avant que ne fleurissent 150 articles à son sujet - et déjà, en faisant ma modeste chronique, je vois que ce roman sera de ceux qui marqueront la rentrée (si ce n'est les esprits, du moins en s'illustrant par la quantité de fois où ce titre surgira devant les yeux du lecteur vierge et innocent, animal fantastique qui, d'ailleurs, n'existe pas). Le livre de Carole Martinez est déjà très présent en tête de gondole, dans les relais H et autres instruments et lieux merveilleux de notre formidable époque où l'on prend souvent le lecteur pour un mouton sans cervelle qu'il convient de guider sur la route difficile menant aux bonheurs de la lecture. Heureusement pour l'innocent lecteur achetant rapidement sa nourriture spirituelle hebdomadaire dans ces antres de la culture moderne, Du Domaine des Murmures est un roman ma foi très agréable à lire et, s'il sert d'alternative aux derniers crocodiles de Londres et autres spectres omniprésents dans les transports en commun (quand ils ne hantent pas les serviettes de plage), je me réjouirai personnellement. N'allez pas croire que j'aie quoi que ce soit contre les lecteurs de best-sellers (il y a d'ailleurs de bons best-sellers et certains de mes chers classiques ont cartonné à leur époque!) mais vous n'imaginez pas comme une année entourée par Katherine Pancol dans le bus peut nuire à la santé mentale !
Deuxième roman de Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (puisque c'est bien de lui que je voulais parler) a éveillé mon intérêt en raison de l'époque dont il traite : le Moyen-Âge. N'ayant rien d'autre en tête en ouvrant ce livre, j'ai donc éprouvé le plaisir de me laisser entraîner dans une histoire très curieuse, où le merveilleux n'est jamais loin.
Promise à Lothaire, jeune homme belliqueux violant régulièrement les paysannes du domaine, la jeune Esclarmonde se refuse à lui le jour de leur mariage ; se tranchant l'oreille, elle demande à être emmurée vivante dans une chapelle, afin de se consacrer jusqu'à sa mort à Dieu. Si la foi de la jeune femme est sincère, sa décision a priori terrible est aussi motivée par un puissant désir de liberté : se consacrer à Dieu, s'isoler à jamais, c'est aussi se refuser aux hommes et ne pas dépendre du bon vouloir d'un mari après avoir longtemps obéi à un père aimant mais exigeant. Enfermée entre quatre murs, Esclarmonde apprendra à se connaître et à dépasser ses propres limites : un tombeau à ses yeux salvateur. Mais le jour où elle doit être enfermée, la jeune femme est violée à l'orée du bois, lors d'une dernière promenade libératrice.
De ce drame caché puis quelque peu oublié naîtra neuf mois plus tard un enfant, alors qu'Esclardmonde est désormais enfermée. Les gens des environs choisissent de croire au miracle, mais la position de la jeune sainte reste précaire.
J'ai été séduite par le souffle romanesque qui porte ce récit : avec un véritable talent de conteuse, Carole Martinez nous entraîne à sa suite dans cette forêt, aux abords de ce château en ruine. C'est avec grand plaisir qu'on écoute avec elle les pierres murmurer l'histoire d'Esclarmonde, de son père devenu fou, d'un homme qui l'a tendrement aimée, d'un fée verte et de nombreux fantômes qui revivent le temps d'une lecture. Sa réflexion sur la place faite aux femmes en ce lieu dominé par les hommes est intéressante et la prophétesse n'est pas la seule à influencer la population (citons déjà celle qui, par ses formes rondes, sait mener les hommes par le bout du nez).
N'étant pas moi-même historienne, je ne sais pas à quel point ce récit est fidèle à l'époque décrite ; il m'a paru parfois assez moderne, mais je dirais que cela n'a pas grande importance, l'essentiel étant de se laisser porter par le récit et de croire aux légendes si séduisantes qui sont présentées. Assez réfractaire aux textes excessivement mystiques, je n'ai pas été gênée un instant par les interrogations d'Esclarmonde, ses accès de foi, sa communion secrète avec son père parti guerroyer en terre sainte.
Voilà in fine un très joli roman qui saura vous emporter le temps d'une pause, un texte que l'on savoure et que l'on regrette un peu d'avoir ensuite derrière soi.
Les nombreux avis de : Antigone, La petite marchande d'histoires, Clara, Bricabook, Kathel, Pierre Jourde, Là où les livres sont chez eux, Aifelle, Isabelle, Emeraude
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201 p
Carole Martinez, Du Domaine des Murmures, 2011

13:53 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : carole martinez, rentrée littéraire 2011, du domaine des murmures, gallimard, roman, roman francais, moyen-âge
Commentaires
bin j'ai le meme probleme que toi avec les best-sellers...ce qui fait que c pas facile de discuter lecture avec pas mal de gens...;o)..
didonc un sacre livre...l'idee de lire sur un femme emmuree pendant X pages ne me tentait pas....mais la suite si...;o)
Écrit par : rachel | 18/09/2011
Répondre à ce commentaireJe me remets tout doucement à lire des billets et je ne regrette pas d'avoir lu celui-là :)
Effectivement, je n'ai rien contre Katherine Pancol mais... quelle omniprésence !
Je note en tout cas ce titre, l'histoire me paraît assez originale ! Et puis en ce moment j'ai envie de littérature française...
Écrit par : cocola | 18/09/2011
Répondre à ce commentaireJe l'ai fini cet aprem et ce fut un super bon moment malgré quelques mini-bémols
Écrit par : Stephie | 18/09/2011
Répondre à ce commentaireUn joli billet ! Et je partage complètement tes a priori sur les best-sellers ; heureusement, j'ai un peu dérogé à ma règle et lu deux des dits livres ; et je les ai vraiment apprécié (La délicatesse et Le gout des pépins de pomme) mais les classiques restent incomparables. J'ai aussi essayé K.Pancol, mais vite abandonné, ma santé mentale était en train de souffrir.
Mais pour revenir à ton livre, il est très tentant ; cette époque est si intéressante (.... elles le sont toutes en fait ^^').
Écrit par : Perrine | 18/09/2011
Répondre à ce commentairePourquoi pas je note ! Surtout que je ne connais rien de l'auteur ! Je viens d elire un best seller plutôt prenant de Zafon mais j'avoue que Pancol m'est tombé des mains au bout de 30 pages... il en faut pour tous les goûts !
Écrit par : maggie | 18/09/2011
Répondre à ce commentaireJe ne suis pas best sellers pour un sou, (ou avant tout le monde, sans faire exprès, et à contrario, après tout le monde quand l'effet mode s'est tassé). Celui là me tente bien grâce à ton billet, je note, en attendant de tomber dessus un jour par hasard !
Écrit par : Eiluned | 18/09/2011
Répondre à ce commentaireIl est vrai que de lire si souvent des avis sur le même livre, aussi excellent soit il, tue parfois le désir de le lire. C'est ce qui m'est arrivé pour "le coeur cousu" que je n'ai toujours pas ouvert, bien qu'il soit sur mes étagères depuis très longtemps. "Du domaine des murmures" a aussi attiré mon attention et me tente beaucoup. Je le garde en mémoire pour un peu plus tard, quand j'aurai lu les quelques romans sur lesquels j'ai jeté mon dévolu ces derniers jours.
Écrit par : virginie | 19/09/2011
Répondre à ce commentaireLes avis sont assez unanimes et j'aime énormément Moyen-Age. Mais il semble que l'auteure a une façon bien à elle d'insérer du merveilleux dans ses histoires (je n'ai pas lu son premier roman mais il a été amplement chroniqué à mon club lecture) alors, dans le doute, je vais me contenter d'un emprunt à la biblio (au cas où je n'adhèrerai pas au style !)
Écrit par : Joelle | 19/09/2011
Répondre à ce commentaireTout comme toi, j'ai du mal avec les ouvrages qui font le buzz... Pourtant, sur ce titre, je pense que je vais craquer, j'attends le week-end prochain pour rencontrer l'auteur qui doit venir aux Mots Doubs à Besançon, mais il sera rapidement lu je pense !
Écrit par : Miss Alfie | 19/09/2011
Répondre à ce commentaireJe connais cette auteure de nom seulement, mais le sujet me tente bien.
Écrit par : maijo | 19/09/2011
Répondre à ce commentaireMoi aussi j'ai trouvé que l'héroïne avait des traits modernes, mais cela ne m'a pas plus dérangée que cela.
Sinon, je crois que l'auteur s'est pas mal documentée sur cette période et ces emmurées.
Écrit par : Leiloona | 20/09/2011
Répondre à ce commentaireWaouh !! Même si "Le Coeur cousu" est toujours dans ma PAL, ton commentaire me donne énormément envie de découvrir ce nouveau roman de Carole Martinez ...
Écrit par : Mrs Figg | 21/09/2011
Répondre à ce commentaireBonsoir Lou, très beau roman en effet car l'écriture est magnifique. C'est du grand art. A posteriori, Carole Martinez fait parler une jeune fille de 15 ans, on se demande si elle aurait pu employer une langue aussi belle. Mais c'est un défaut mineur. Bonne soirée.
Écrit par : dasola | 21/09/2011
Répondre à ce commentaireVoilà un billet très tentateur ! Je ne me serais pas penchée sur cette histoire sans ton billet. Je m'empresse de noter ce titre !!
Écrit par : vilvirt | 21/09/2011
Répondre à ce commentaireJe l'ai acheté le jour de sa sortie pour ne pas être polluée du tout par les critiques. Il m'a fait deux jours, j'ai été emportée par cette histoire et l'écriture, encore plus que pour le coeur cousu.
Écrit par : Aifelle | 22/09/2011
Répondre à ce commentaireAyant apprécié son premier, je lirai avec plaisir ce second roman!!!!
Écrit par : Le Journal de Chrys | 22/09/2011
Répondre à ce commentaireMoi aussi je fais de la résistance . Le coeur cousu pas encore lu! mais ce petit dernier je ne crois pas que j'y résisterai longtemps parce que le sujet me plaît tellement à priori! Et tu confirmes sa valeur.
Écrit par : claudialucia ma librairie | 22/09/2011
Répondre à ce commentaireTout livre contenant une Esclarmonde se doit d'être lu :-) Blague à part, le début me fait penser au (assez mauvais) "Bal des Louves" de Mireille Calmel... (Belle jeune fille qui se refuse au méchant de la place, mais qui finit par se faire violer). Bon, je ne mets pas les deux dans le même paquet, car Mireille Calmel, c'était assez poche, mais ça a quand même fait un lien dans mon cerveau :-)
Écrit par : melodie | 23/09/2011
Répondre à ce commentaireEt bien je dois avouer que tu es la première à me donner envie de lire ce livre... J'ai aimé "Le coeur cousu" terriblement... Follement même.... Mais même si j'attendais la sortie de son nouveau livre avec impatience, je ne sais pas, mais le sujet sans doute, enfin bref, sa lecture ne me disait rien du tout... J'avais l'impression de quelque chose de trop figé, de trop mystique pour moi... Mais là, franchement, tu as réussi à aiguiser ma curiosité... Je sens qu'à ma prochaine visite à ma librairie chérie je me pencherais sur ce livre avec beaucoup d'attention : Merci :0)
Écrit par : L'or des chambres | 23/09/2011
Répondre à ce commentaireet bin il semble qu'elle a bien reussi..;O)
Écrit par : rachel | 25/09/2011
Répondre à ce commentairePlus je lis d'articles sur ce livre et plus l'envie de le lire s'attise.
Écrit par : Yv | 26/09/2011
Répondre à ce commentaireJe suis justement plongée dedans et je ne regrette pas ! ;o)
Écrit par : sandy | 05/10/2011
Répondre à ce commentaireC'Est l'un de ceux de la rentrée qui me tentent énormément. Bon, tu diras qu'il y en a de plus en plus mais quand même! J'avais tellement aimé Le coeur cousu (je suis over originale, je sais... )
Écrit par : Karine:) | 07/10/2011
Répondre à ce commentaireJe n'avais pas éprouvé le même coup de cœur que beaucoup pour "Le cœur cousu", et j'ai du mal à me sentir concerné par ce livre. Déjà, j'ai du mal avec les romans qui se déroulent au Moyen-Âge, sur la condition des femmes. C'est un peu du vu et revu, et pas toujours du réussi ("La Passion selon Juette" m'est resté en travers de la gorge). Et puis, je crois que ce que tu as anticipté s'est produit : j'ai trop vu ce livre partout pour l'instant...
Écrit par : Lilly | 12/10/2011
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Écrit par : keisha | 18/09/2011
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