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08/05/2010
Aux sombres héros de l'amer
Un petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou ! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, La Chasse au Snark de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.

La chasse au Snark va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin en un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocace dans laquelle se trouvent embourbés les personnages ! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir !
Ainsi pour réanimer le boulanger :
"The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)
Ou encore :
"And the Bellman cried "Silence ! Not even a shriek !" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri ! / excité et faisant sonner sa cloche).

A noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose :
« J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »
La Chasse au Snark est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans Through the Looking Glass), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).
J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original : C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).
Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark !
Les avis d'Alice (qui a beaucoup parlé de Lewis Carroll sur son blog où Tenniel est lui aussi très présent), Cryssilda, Lilly, Maggie, Mélisendre, Praline, Tortoise,
Encore merci à Lise !

132 p
Lewis Carroll, La chasse au Snark, 1876
* Pourquoi ce titre ? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense !


11:36 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : lewis carroll, époque victorienne, angleterre xixe, xixe, la chasse au snark, alice au pays des merveilles, jabberwocky
Commentaires
J'ai aussi beaucoup aimé et le jeu des traductions est en effet excellent !
Écrit par : praline | 08/05/2010
Répondre à ce commentaireoooh alice l'a remis au gout du jour....ooooh excellent la loufoquerie...c genial!
Écrit par : rachel | 08/05/2010
Répondre à ce commentaireTon titre est parfaitement bien trouvé en effet!
Ton billet me rappelle que je l'ai également reçu et que je l'avais oublié!
Le voilà près de moi maintenant!
Écrit par : Mango | 08/05/2010
Répondre à ce commentairej'ai eu exactement la même réaction au titre pour "le sombre héros de l'amer" :o)
Écrit par : niki | 08/05/2010
Répondre à ce commentaireMerci pour le clin d'œil c'est vraiment sympa ;-)
Écrit par : Alice | 08/05/2010
Répondre à ce commentaireHum... en lisant ton astérisque, je... enfin bref, sache que certains sont encore plus longs à la détente que toi... ;o)
Écrit par : Lilly | 08/05/2010
Répondre à ce commentaireLol! Moi j'avais compris, Aux sombres héros de la mer...Un titre qui pose problème!
Écrit par : Edelwe | 09/05/2010
Répondre à ce commentaireUn titre qui me tente beaucoup, Lewis Caroll et le non sens bien sûr ! Avec une édition bilingue (si je lis bien) qui va certainement m'aider dans ma reconquête de l'anglais après tant d'années !!
Écrit par : Pickwick | 09/05/2010
Répondre à ce commentairePurée, tueuse d'illusions, je viens de passer de la phase 2 à la phase 3 en à peine quelques heures... Cela dit, c'est vrai que la phase 1 n'a aucun sens... Quant à la phase 2, il me semblait même qu'il y avait un rapport avec la Bretagne, donc j'en étais encore à la mer...
Écrit par : Lilly | 09/05/2010
Répondre à ce commentaireoooh j'y vais dimanche prochain..ne sort que cette semaine au chili...alors avec pas mal de critiques negatives, je ne pourrais qu'aimer...;o)
Écrit par : rachel | 09/05/2010
Répondre à ce commentaireah effectivement...lala c irrecuperable...
Écrit par : rachel | 10/05/2010
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup Noir Désir, que j'ai vu en concert à 15 ans... Et j'adooore cette idée de sombrero bien jaune et mexicain qui voguerait gaiment sur les flots... très drôle ! Tu as gardé "la mer" mais ça aurait pu être "la mère" ou bien de "l'amer" !!!!
"au sombrero de la mère"... Carroll nous a emmené bien loin...
Écrit par : maggie | 10/05/2010
Répondre à ce commentaireJe ne connaissais pas du tout ces "Snark". Tu titilles ma curiosité, j'irai regarder de quoi il retourne!!
Écrit par : lancellau | 10/05/2010
Répondre à ce commentaireLu aussi... et j'ai bien aimé! Un moment agréable de grand n'importe quoi!
Écrit par : Karine:) | 12/05/2010
Répondre à ce commentaireMoi aussi j'ai profité de ce partenariat pour découvrir ce roman d'un auteur que j'apprécie profondément. Une petite merveille. Et en passant, j'aime beaucoup ton billet merveilleusement illustré :)
Écrit par : GeishaNellie | 12/05/2010
Répondre à ce commentaireC'est vrai, comme le cloporte de Kafka, que ce sont des créatures qu'il ne faut surtout pas tenter de dessiner! Ce serait tout abîmer. Et puis "un être entre le requin et l'escargot"... bon courage au dessinateur!
;-)
Écrit par : Sibylline | 12/05/2010
Répondre à ce commentaire






































Écrit par : maggie | 08/05/2010
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