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10/02/2009
La plus jeune des Brontë
Je n’ai pas toujours bonne mémoire quand il s’agit de livres ou de films – d’où en partie le pourquoi du comment de la genèse de ce blog. Pourtant Les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre des sœurs Brontë m’ont laissé une forte impression et, chose assez rare, je me revois très bien en train de dévorer le roman de Charlotte à l’age de treize ou quartoze ans, vautrée sur le tapis au pied de mon lit à une période de ma vie où je boudais les classiques et les pavés – ce qui concernait à peu près tous les livres de plus de 300 pages ! Comme quoi la littérature victorienne a toujours eu une aura toute particulière dans ma courte vie de lectrice…
Pour en revenir à nos moutons, sur ma wishlist au Père Noël figurait cette année le deuxième tome de la Pléiade consacré à la famille Brontë. Bien qu’un peu ronchon à force trimballer dans sa hotte des produits presque exclusivement victoriens, Papa Noël a donc déposé sous le sapin la bible en question. Et quel bonheur ! Car non contente d’avoir dévoré Agnes Grey, je vais pouvoir me ruer bientôt sur un des trois autres romans figurant dans cet excellent livre – outre la tradition familiale, j’apprécie particulièrement cette collection pour les notes très pertinentes ainsi que l’important travail d’édition et de traduction.
Fille de pasteur, Agnes Grey décide de devenir gouvernante pour aider financièrement sa famille. Elle travaille d’abord pour les Bloomfield, qui l’accablent de reproches tout en l’empêchant d’avoir la moindre autorité sur une bande d’enfants stupides et foncièrement mauvais. Cruels avec les animaux, capricieux, violents, irrespectueux, incapables d’apprendre leurs leçons, les enfants n’ont d’égals que leurs parents, absurdes et condescendants. S’ensuit un séjour de quelques années chez les Murray, dont les filles ne sont pas non plus des élèves modèles. Entre l’aînée, jolie, vaine et trop aguicheuse pour une jeune femme bien élevée, et la plus jeune, garçon manqué jurant comme un charretier, Anne doit une fois encore supporter bien des caprices. Puis elle tombe amoureuse de Mr Weston, homme d’église foncièrement bon et intelligent. Tout pourrait s’arranger, jusqu’au jour où, s’apercevant de ses sentiments et persuadée de pouvoir mettre tous les hommes à ses pieds, Miss Murray entreprend de séduire Mr Weston par jeu, empêchant au passage toute rencontre fortuite entre le suffragant et la gouvernante. Miss Murray, vouée à un mariage d’argent, sera-t-elle heureuse ? Mr Weston succombera-t-il au charme de l’une ou à la sincérité de l’autre ? A vous de le découvrir.
Une fois de plus, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’une des sœurs Brontë, bien que ce livre soit assez différent de mes lectures précédentes. Pas de fantastique ou d’influences gothiques par exemple, aucun mystère et une histoire qui semble à première vue un peu moralisatrice, avec des personnages assez manichéens – à l’exception peut-être de Miss Murray, parfois plus touchante malgré son grand égoïsme. Anne est un paragon de vertu et je dois avouer que sa morale irréprochable de fille de pasteur a parfois un petit côté agaçant, y compris lorsqu’elle se dénigre de façon systématique dès qu’il s’agit de sa possible influence sur Mr Weston. Plus ou moins autobiographique, ce charmant roman d’amour avec l’héroïne la moins romantique qui soit peut cela dit passer un trop rapidement pour un texte un peu austère ou un roman pour fleurs bleues.
Regroupé avec les deux titres les plus connus de ses sœurs lors d’une première édition, Agnes Grey a été rapidement jugé un peu trop traditionnel et inférieur aux romans de ses aînées… tandis que Charlotte elle-même fait un portrait peu flatteur d’Anne, la décrivant comme une jeune fille effacée à qui il manque la fougue d’Emily (cf Dominique Jean). Et pourtant !
Outre des qualités de narration indéniables, la trame du récit très bien construite et un discours sur l’éducation peu ennuyeux car il parsème seulement l’histoire de remarques faisant écho à des scènes mémorables, ce roman est plus impertinent qu’il n’y paraît à première vue. De nombreux signes a priori discrets dénoncent avec sévérité la décadence et l’attitude peu élégante des « parvenus » - bien que les propriétaires terriens finissent également par en prendre eux aussi pour leur grade. Les allusions faites aux termes précieux et ridicules choisis par ses employeurs m’ont beaucoup amusée, meme si je dois avouer que sans les notes de mon édition j’aurais laissé passer un certain nombre de remarques très intéressantes.
Agnes Grey est peut-etre un roman a priori discret et effacé comme son personnage principal et, peut-etre, comme son auteur, si on songe à le comparer aux flamboyants et très romanesques Jane Eyre et Wuthering Heights. C’est cependant un roman passionnant qui, malgré un certain pragmatisme, s’appuie au fond sur une très belle histoire d’amour et des personnages attachants ou détestables qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent. L’écriture, très soignée et travaillée, plutôt sèche et précise, est très agréable. J’aurais tendance à penser que ce livre s’adresse plus à un public féminin.
Lilly et Romanza ont elles aussi beaucoup aimé. Et l'avis de Malice, plutôt positif lui aussi.
298 p (chez Gallimard, collection l’Imaginaire)

Anne Brontë, Agnes Grey, 1847


13:58 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : bronte, agnes grey, roman victorien, littérature anglaise, éducation, amour
Commentaires
Moi aussi j'ai aimé. Pour répondre à Nibelheim, puisque j'ai lu les deux, La Recluse de Wildfell Hall est bien plus fort que Agnès Grey.
Mais j'ai aimé la description d'une pauvre gouvernante par Anne Brontë (plus réaliste que Jane Eyre même si on perd beaucoup de romanesque). C'est fou, tu me donnes une folle envie de m'offrir cette Pléiade qui irait tellement bien avec le tome 2, Jane Eyre + œuvres de jeunesse :-))
Écrit par : Isil | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireJe conserve un excellent souvenir de cette lecture, comme de tout ce qui peut concerner les soeurs Brontë de toute façon ;o)))
Personnellement, je n'aime pas beaucoup La Pléïade. C'est joli, les traductions sont sans aucun doute très bonnes, mais le papier manque de confort je trouve. J'ai préféré acquérir le coffret des Brontë de la Collector's Library.
Écrit par : Lilly | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireoui, c'est vrai, ce billet donne envie d'avoir un livre de la Pleïade, ce que je n'ai pas encore :)
Écrit par : wictoria | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireTu me rappelles que je désire lire ces soeurs Brontë (bien sûr pour Jane Eyre c'est fait). Cela a l'air plaisant et de toute façon j'aime la littérature de cette période.
Écrit par : keisha | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai aussi très envie de le lire, ce roman, comme tous ceux des soeurs Brontë que je n'ai pas encore lus!!!
Les éditions La Pleiade sont vraiment de très belles éditions...
Écrit par : Pimpi | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireMmm ça me donne envie d'ajouter encore un titre à ma liste d'oeuvres victoriennes à lire! Je note, je note!
Écrit par : Keltia | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireLivre lu par moi aussi Madame ! c'est ici :
http://livresdemalice.blogspot.com/2008/12/anne-bront-agns-grey.html#comments
Écrit par : Alice | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireJe compte bien lire ce roman-là, celui de la 3ème sœur. Ton billet attise mon envie en tout cas !
Écrit par : Caro[line] | 10/02/2009
Répondre à ce commentaireJ'avais bien aimé "La recluse de Wildfell Hall", lu l'an dernier et Agnes Grey m'est parvenu par le biais du Victorian Christmas Swap! Reste plus qu'à le lire; j'ai bien hâte de voir ce que ça va donner!
Écrit par : Karine :) | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireJe ne connais pas du tout cette sœur Brontë, mais tout comme toi je me souviens encore précisément de quelle façon j'ai lu "Les Hauts de Hurlevent", à peu près au même âge que toi. Étonnant.
Écrit par : Leiloona | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireUn achat dont je rêve, chaque année je choisis mais quelle torture d'éliminer au moins 4 ou 5 souhaits
Cette année j'ai choisis les Misérables ....et je t'envie.....
Écrit par : Dominique | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireJe n'ai encore jamais lu un seul livre de la famille Brontë....quel dommage, ils ont l'air tellement biens....et malheureusement je n'ai pas eu non plus la chance de découvrir ces classiques lors de mes études. J'aurai dû faire un BAC littéraire au lieu d'un Bac ES!!!!!!! Parce que du coup, j'ai plein de retard...et j'ai trop envie de découvrir tous ces livres!!!!
Écrit par : Jumy | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireC'est un roman que j'ai beaucoup aimé, que j'ai dévoré. Je crois que pour vraiment l'apprécier, il faut oublier Charlotte et Emily et cesser de considérer cette pauvre Anne comme la "troisième soeur":) Agnès est une héroïne attachante, dévouée, et touchante de par la façon assez gauche qu'elle a d'entrer en interaction avec d'autres êtres humains :) Pour moi c'est un roman plein de charme :)
Écrit par : Co | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai depuis fort longtemps une grande passion pour la famille Brontë (avec une préférence pour Emily), j'ai d'ailleurs dans ma PAL "La recluse de Wildfell Hall" que j'ai hâte de lire pour me replonger dans leur univers. ah la littérature victorienne...quelle bonheur!!!
Écrit par : Titine | 11/02/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai très envie d'avoir un bel ouvrage concernant les soeurs Brontë. Peut-être que la Pleïade est indiqué. Merci pour ce billet !
Écrit par : Laetitia la liseuse | 11/02/2009
Répondre à ce commentaire@Lou : je suis restée très classique pour le moment, Jane Eyre, qui restera mon roman préféré à vie, et Les Hauts de Hurle-Vent.
J'ai The Tenant of Wildfell Hall dans ma PAL et j'aimerais bien finir par m'offrir les autres aussi, Villette, The Professor, etc.
Écrit par : Pimpi | 12/02/2009
Répondre à ce commentaireIntéressant et alléchant! Je n'ai aps lu Agnés Grey, sans doute par manque de curiosité à l'adolescence, puis parce que j'avais oublié son existence ni plus ni moins! J'avoue d'ailleurs lorgner sur la Pléiade des Bronte!
Écrit par : chiffonnette | 12/02/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai lu Charlotte, j'ai lu Emily, j'ai lu leur biographie à toutes les 3 et celle de leur frère Branwell mais je n'ai pas encore lu Anne (je suis honteuse !). Voilà qui me confirme que je ois m'y mettre vite. :-)
Écrit par : Cécile | 12/02/2009
Répondre à ce commentaireJe parle de petits livres avec la tranche dorée. Mais ce n'est pas le même papier que la Pléïade, il se froisse beaucoup moins facilement, et on ne voit pas autant au travers.
Écrit par : Lilly | 15/02/2009
Répondre à ce commentaireje dois absolument le lire, il m'attend dans ma PAL!!! j'ai hâte!
Écrit par : Lael | 16/02/2009
Répondre à ce commentaireJe l'ai lu aussi et j'ai beaucoup aimé ce roman qui comme tu le dis est bien plus intéressant et offre une belle critique du genre humain et de la société dans laquelle Agnès évolue. J'ai bien aimé le côté réaliste, Agnès ne vit pas forcément des choses extraordinaire, et le hasard ne la met pas forcément sur le chemin qu'elle espérait. Il ne lui arrive pas les meilleurs choses au meilleurs moment comme dans la vraie vie ce qui renforce ce suspens de savoir comment ça va finir avec Mr weston. de sa soeur j'ai lu Villette et j'ai beaucoup aimé aussi!
Écrit par : Trillian | 16/03/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai lu ce roman il y a longtemps, quand j'étais étudiante, et il a souffert dans mon esprit de la comparaison avec "Les Hauts" ou "Jane Eyre", alors que j'avais beaucoup aimé "Wildfell Hall", plus gothique. Ce que tu dis su la modernité d'Anne Brontë est intéressant, cela rejoint ce que m'a expliqué une traductrice, passionnée comme toi de littérature anglaise.
Écrit par : Schlabaya | 08/09/2009
Répondre à ce commentaire








































Il est vrai que les éditions Pléiades sont une mine d'or quand on souhaite découvrir plus avant un auteur ! Pour ma part, j'ai lu La recluse de Wildfell Hall d'Anne Brontë et bien qu'on le présente également comme moins flamboyant, moins romanesque que Jane Eyre ou Wuthering Heights, il m'avait étonnée par sa force, par ses dénonciations et ses provocations (il est tout de même question d'une femme qui quitte son mari avec son enfant, ce qui est inconcevable à l'époque victorienne) ... Agnès Grey est sur mes étagères, dans une belle édition ... Pas du tout annoté. Je le lirai donc, un de ces jours ... ;)
*Sourires*
Nibel'
Écrit par : Nibelheim | 10/02/2009
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