29/07/2011

Vampirisme aux Etats-Unis

wharton,lovecraft,brown,éditions folioCeux qui me connaissent savent que j'ai une certaine prédilection pour les vampires de la vieille génération, ceux qui ne portent pas de fond de teint, qui ne vivent pas d'histoires à l'eau de rose avec des mortelles qu'ils viennent espionner la nuit (même si je me suis découvert l'an dernier une passion pour les premières saisons de Buffy). C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu Bloody Tales, les Histoires sanglantes de Wharton, Lovecraft et Brown publiées chez Folio bilingue... si ce n'est que j'ai découvert que j'avais déjà lu les deux premières nouvelles (ce qui est bien avec moi, c'est ma capacité à oublier certaines de mes lectures, si j'étais raisonnable je pourrais presque relire indéfiniment les mêmes livres - peut-être le secret de mes relectures compulsives quand j'étais petite !).

Dans Bewitched, Wharton met en scène un village isolé, lors d'un hiver rude. Une femme fait appel à trois villageois pour l'aider à sauver son mari, ensorcelé par une morte qu'il rencontre régulièrement dans une cabane. Je me souviens que lors de ma première lecture, le climat et l'environnement m'avaient fait anticiper une lecture un peu moins enthousiasmante que mes précédentes rencontres avec Wharton. Mais c'était sans compter sur le génie de cet auteur, dont j'apprécie énormément les textes courts. Une histoire de vampire où la créature n'est jamais directement visible, mais reste constamment présente à l'esprit. A noter que sans verser une goutte de sang, Wharton sait rendre sa morte omniprésente et bien inquiétante.

Je n'aurais peut-être pas classé La Maison maudite de Lovecraft parmi les textes consacrés aux vampires, mais c'est une nouvelle que j'ai adoré lire. Je l'avais déjà découverte l'an dernier, dans le recueil L'Abomination de Dunwich dont je prévois de vous parler depuis ! Un texte fascinant, oppressant aussi, portant sur une maison imposante, vétuste, dont la construction remonte aux origines de la ville. Une maison qui a pour particularité le fort taux de mortalité qui la caractérise. Au final, l'histoire prend un tour davantage proche de la science-fiction, avec une solution à la fois concrète, presque scientifique et une origine fantastique.

Enfin Du Sang de Brown, un texte très court mais efficace où deux vampires fuient dans leur capsule temporelle pour trouver un monde idéal et, à court de carburant, finissent par se poser dans un monde où la seule vie qui règne appartient au monde végétal, avec des personnages-navets.

Un bon choix de textes pour les lecteurs s'intéressant aux vampires et une introduction intéressante à l'oeuvre de Lovecraft et de Wharton.

Merci beaucoup à Constance de Folio pour cette lecture.

Les avis d'Archessia, Malice, Titine...

219 p

Collectif, Bloody Tales

26/10/2009

Dracula vs Wilcox : round 1

colin_vampires_londres.jpgÉtant un brin débordée ces temps-ci, je trouve peu le temps de lire et encore moins celui de blablater par ici. A ma décharge, j'ai été récemment retenue prisonnière par les soeurs Wilcox qui, toutes héroïnes qu'elles sont, portent deux prénoms foncièrement louches (Amber et Luna) qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille quant aux intentions malhonnêtes de ces deux demoiselles.

Remarquez que je ne me plains pas de ce séjour prolongé dans un manoir un brin lugubre certes, mais visiblement conçu spécialement pour moi (ou alors je ne suis pas Lou et mon terrible clavier sévit tout seul ou sous le contrôle d'une influence hautement diabolique, rien de moins !). J'ai donc mis les pieds dans une maison cossue de Londres et, les soeurs Wilcox ne faisant visiblement pas les choses à moitié lorsqu'elles reçoivent, j'ai vécu moult moments palpitants faits pêle-mêle de : XIXe, Queen Victoria, Sherlock Holmes, Dr. Watson, Nosferatu, Dracula, Elisabeth Bathory, créatures magiques, bibliothèque immense et voilà que je perds mon souffle ce qui est bien dommage car ce n'était qu'une accumulation très succincte de mes rencontres diantrement bouleversifiantes !

Ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne pouvais pas résister à l'appel des sirènes qui m'ont proposé un plongeon dans un univers qui rassemble autant de mes sujets de prédilection, entre les vampires, l'époque victorienne et le cadre londonien pour faire au plus simple.

Ce récit constitue pour moi une agréable découverte. J'ai particulièrement apprécié les premiers passages, aussi bien l'introduction que l'atmosphère fantastique bien rendue et ma foi assez crédible. Les aventures des deux sœurs se suivent avec plaisir et conviennent parfaitement aux moments où l'on cherche désespérément un livre qui saura nous détendre et se lire facilement sans pour autant manquer d'intérêt. Un joli roman d'aventures qui devient un peu moins surprenant vers la fin, avec une trame assez classique qui n'est pas sans rappeler d'autres livres pour adulescents (par exemple avec la bagarre qui m'endort inévitablement – X lâche le couteau qu'Y essaie de rattraper mais que Z a réussi à subtiliser pour le donner à A tout en frappant B... hein ? Quoi ? Que ? Pardon, je m'étais assoupie...).

Je compte bien guetter la suite et, en attendant, me pencher sur A vos souhaits que j'hésitais encore à lire.

PS : je n'oublie pas les réponses en retard à vos commentaires !

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284 p

Fabrice Colin, Les Etranges Soeurs Wilcox, T1, Les Vampires de Londres, 2009

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17/09/2009

La fin d'une utopie

bd_phalanstère.jpgImaginez que vos parents, soucieux de votre éducation, vous abandonnent aux portes d'un établissement censé vous former pour les prochaines années. Imaginez maintenant que le pensionnat en question est un mélange d'opherlinat dickensien, de Mervyn Peake, de Tim Burton et de galère grecque. Que 364 jours par an, les eaux recouvrent le seul chemin menant à l'établissement, rendant toute visite ou tentative de fuite impossibles. Que le directeur est un vampire et que les élèves sont habillés dans des pyjamas rayés évoquant davantage le bagne que le système éducatif. Vous aurez une petite idée de ce phalanstère où j'ai traîné mes guêtres le temps d'une lecture.

Voilà un tableau morbide et, je vous l'accorde, l'histoire est dans le fond tout à fait épouvantable. Et pourtant, les monstrueux dessins ajoutent un aspect décalé, grotesque et même parfois comique à ce récit, qui devient une aventure fantastique enthousiasmante. Il s'agit d'un conte judicieusement sombre qui devrait plaire aux amateurs des diverses références citées plus haut. L'intrigue est solide et l'idée originale, tandis que les dessins en noir et blanc servent parfaitement le récit, avec des plans extrêmement bien choisis et quelques contrejours à l'effet intéressant. J'ai savouré cette promenade dans un monde halluciné... d'autres seraient-ils prêts à me suivre dans les couloirs du phalanstère ?

(PS : ce livre n'est pas un livre de vampires à proprement parler mais vu la place qu'occupe finalement cette créature dans le déroulement, j'irai classer cette BD dans mes Chroniques de vampires, toujours accessibles dans la colonne de gauche)

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116 p

Corbeyran et Bouillez, Le Phalanstère du bout du monde, 2001

06/07/2009

My bloody Valentine

curtis klause_solitude 02.gifSuite aux conseils de Laëtitia La Liseuse, j'ai découvert récemment La solitude du buveur de sang d'Annette Curtis Klause. Dans la collection Frissons de Pocket Junior qui a marqué mon année de CM2 et mon entrée en 6e (souvenirs souvenirs), ce roman est celui de Zoé, une adolescente qui rencontre un vampire alors que sa vie semble sur le point de s'écrouler. Entre l'agonie de sa mère à l'hôpital et le déménagement de sa meilleure amie, Zoé est une adolescente en souffrance. Lorsqu'un soir elle voit un étrange garçon dans son parc favori, elle est loin de se douter qu'il s'agit d'un adolescent changé en vampire en Angleterre au XVIIe. A la même époque, une vague d'assassinats sauvages perturbe la tranquillité de la petite ville où vit l'héroïne : des jeunes femmes sont retrouvées la gorge tranchée dans des passages obscurs. Zoé emprunte un soir une ruelle dans laquelle on a retrouvé peu de temps avant le cadavre d'une femme égorgée. Elle y découvre Simon, le vampire, des plumes dans les mains et le visage barbouillé de sang.

Je garde un excellent souvenir de cette collection, qui proposait une large gamme de textes et des histoires très bien menées. Ce titre ne fait pas exception à la règle, même si j'ai été surprise de repérer plusieurs fautes d'orthographe, ce qui me gêne particulièrement dans une édition qui vise un jeune public. Et, si quelques conversations entre Zoé et sa meilleure amie sont peut-être un peu artificielles, j'ai trouvé ce roman plein de qualités. Je l'aurais adoré 15 ans plus tôt. Et, du haut de mes 20 et quelques années, même si j'ai ressenti un certain décalage, j'ai dévoré ce livre, passant un excellent moment en compagnie de Zoé et de Simon.

Ce texte s'appuie finalement beaucoup sur une vision classique du vampire. La transformation se fait par l'échange de sang (c'est le cas curtis klause_solitude buveur 01.jpgdans Anne Rice, en revanche si on repense à LA référence Dracula, toute victime de vampire devient vampire à son tour après sa mort), les croix éblouissent les vampires que l'on peut parfaitement tuer en les transperçant de pieux, ces mêmes vampires qui vivent la nuit, portent avec eux un peu de leur terre natale et brûlent au contact du soleil.

Si j'ai apprécié l'héroïne et suivi avec intérêt ses passages à l'hôpital, les échanges avec sa meilleure amie et autres éléments récurrents de son quotidien, c'est surtout la partie consacrée au vampire qui m'a intéressée. Bien que bref, le récit de la transformation dans l'Angleterre de Cromwell et de Charles II a fait mon bonheur. J'ai trouvé les vampires de ce roman très crédibles, y compris dans leurs échanges avec les mortels et leur intégration dans la société d'une petite ville américaine dans les années 1980-1990.

Et comme je vous aime bien, amis lecteurs, je vous parlerai très certainement bientôt de deux autres romans « jeunesse »* sur le même thème (tant qu'à faire je les lis dans la foulée pour pouvoir comparer). Normal, après la redécouverte de Je m'appelle Dracula, un grand bonheur de lecture à une époque où je portais encore des couettes et gardais dans ma chambre des cassettes de Dorothée, et un plaisir vraiment renouvelé cette année ! Si c'est pas formidouble, ça...

* A ce sujet, je vous invite à lire le très joli billet de Malice qui revient sur la notion maladroite de « littérature jeunesse ».

Et pour le fun, ce montage qui permet à Buffy de tuer Edward et de mettre fin au pire maquillage de l'histoire du cinéma (depuis le film sur Michael Jackson avec un acteur noir maquillé uniquement au visage et ayant en plus l'air gris !).


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214 p

Annette Curtis Klause, La solitude du buveur de sang, 1990

13/05/2009

I only drink wine...

cohen_je m'appelle dracula.JPGAmis blogueurs, chers draculitos et draculettes en devenir, bonsoir !

Parmi les challenges inavoués de cette année 2009 (à part Jane Austen j’ai prévu les grands fantastiques classiques ainsi que Wharton et Wilde), le vampirisme s’est rappelé à moi récemment car je ne me remets toujours pas de ma difficulté à lire plus de quelques pages de Stephenie Meyer qui, à défaut de particulièrement m’enflammer, fait maintenant partie des livres populaires incontournables en la matière. Tout ça pour dire que je ne désespère pas de me faire ma propre opinion un jour mais qu’en attendant, j’ai décidé d’exhumer d’autres titres de ma bibliothèque afin de partager mon intérêt (hautement scientifique, of course !) pour les vampires.

Donc, mes amis, j’ai profité d’un week-end sur la côte atlantique pour farfouiller comme toujours dans ma bibliothèque de petite fille et d’ado, à la recherche de titres à relire ou simplement, à feuilleter. Je suis tombée sur Je m’appelle Dracula d’Olivier Cohen dans la vieille collection Je Bouquine. J’avais complètement oublié l’existence de ce livre que j’avais lu plusieurs fois étant petite et hop ! ni une ni deux, j’ai eu envie de le relire.

Eh bien pour faire court c’est vachement chouette, chers vous tous ! Mais laissez-moi développercohen_je_m_appelle_dracula_lcover2.jpg un peu plus mes propos (et autocensurer mes digressions matinales qui me laissent penser que mon livre de chevet* a une influence pernicieuse et me fait passer trop de temps en compagnie de Miss Bates).

Je m’appelle Dracula est une réponse du comte à la publication de Dracula de Bram « Stocker ». Au passage, cher Monsieur Cohen, je ne sais pas si l’effet était voulu ou non mais Stoker s’écrit normalement sans « c » et, en relisant votre histoire (une de mes favorites lorsque j’étais petite, mais c’est un autre sujet), j’ai commencé à comprendre pourquoi je me suis acharnée sur le nom de ce pauvre Stoker jusqu’à ce qu’un essai sur la condition de la femme dans Dracula me soit rendu avec des corrections à chaque fois qu’apparaissait le nom de l’auteur (thanks by the way, Gregory). Mais plus de détour, promis ! Je vais aller droit au but.

Réfugié dans le Marais à Paris, le comte Dracula écrit son histoire afin de mettre un terme aux accusations portées contre lui dans le livre de « Stocker ». Outré de voir son portrait en couverture, son nom conservé, ses ennemis portés aux nues et toutes ses actions mal interprétées, le comte tient à opposer à ce tissu de mensonges sa propre version des faits. Il revient sur le passage de Harker dans les Carpathes, sa rencontre avec Lucy (Mina est absente en revanche), le bateau fantôme, les caisses de terre, le petite cimetière ou encore Renfield (son vieil oncle devenu fou).

Paris, le 4 novembre 1897. Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre. Quatre mois pendant lesquels j’ai dû me cacher pour fuir la haine d’une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l’acharnement d’une secte bien décidée à me perdre. (p7)

cohen-je mappelle dracula 03.JPGVoilà une lecture très rafraîchissante, bourrée de clins d’œil à Dracula dont j’ai enfin pu profiter (puisque j’ai lu ce roman bien après avoir lu et relu le petit livre d’Olivier Cohen). Pas besoin d’avoir apprécié le livre de Stoker pour s’amuser des inventions d’un comte bien plus proche du dandy que ne l’a jamais été le monstrueux vampire. Les illustrations sont sympathiques, le style alerte et très agréable. Je n’ai d’ailleurs pas observé le décalage que je regrette en général lorsque je lis des romans jeunesse maintenant (par exemple The Graveyard Book, pourtant destiné aux adolescents), ce qui me fait penser que ce court roman peut être lu à n’importe quel âge car il est assez simple pour un public jeune, tout en étant écrit par un narrateur adulte, aux préoccupations et au ton plus proches d’un lectorat plus âgé. Les explications sont relativement crédibles bien que l’auteur laisse finalement planer le doute – dans une fin que j’apprécie particulièrement, car j’aime penser que Dracula reste une créature fantastique.

En somme, un très très bon livre à recommander à tous les amateurs de vampires qui trouveront là un texte divertissant et bien écrit qui s’inspire très bien de l’histoire universellement (mal)connue de Bram Stoker.

 

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75 p

Olivier Cohen, Je m’appelle Dracula, 1993

* Emma de Jane Austen

07/04/2009

Une petite danse ?

BD_ D tome 1 Lord Faureston.jpgAmis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.

Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.

Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.

Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.

Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !

Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.

PS : D, tout simplement pour Drakul ?

62 p

D, Tome 1, Lord Faureston

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18/09/2008

Lectures gothiques & co, la suite !

ponson_terrail_baronne_trepassee.JPGEntre les examens, les vacances et le déménagement de mon cher et tendre, je n’ai pas eu l’occasion de suivre autant que je l’avais prévu les lectures gothiques commencées çà et là par un certain nombre d’entre vous (même si j’ai déjà lu un certain nombre de notes !). Pour mémoire, la note originale sur ce blog est ici ; la liste d’idées de lecture est . Alice a également écrit un billet à ce sujet, étant la première à suggérer une liste de lectures librement inspirées de Pauline d’Alexandre Dumas. Pour mémoire, ce roman faisait allusion à quelques classiques gothiques ainsi qu’aux Confessions d’un Enfant du siècle. Transgressant ces influences (soyons fous !), nous avions proposé de lire les récits en question tout en élargissant la liste des possibles à toute une série d’auteurs gothiques ou inspirés par cette littérature. Bref, tout cela aboutit à un joyeux bordel tournant cela dit autour de thématiques en général proches. L’idée était de lire entre 1 et 3 de ces textes d’ici la fin de l’année (plus bien sûr si vous en avez envie, mais nous ne voulions pas lancer de « défi » à proprement parler afin d’éviter son aspect contraignant). Je me proposais de réunir vos billets dans un document word que chacun d’entre vous pourrait recevoir s’il le souhaite. En théorie, une newsletter devrait également voir le jour très rapidement (malgré quelques petits soucis informatiques).

Encore merci à tous ceux qui suivent ces lectures et à ceux qui me relancent : the gothic spirit is back here, affaire à suivre !

 

Mais entrons dans le vif du sujet, avec un roman judicieusement recommandé par Wunschtraum : La Baronne trépassée de Pierre Alexis Ponson du Terrail. Cet écrivain du XIXe fait partie de ces feuilletonistes à la production gargantuesque, pouvant écrire jusqu’à 40 volumes en une année ! Son œuvre la plus connue est la série Les Exploits de Rocambole ou les drames de Paris (1859-1884). Cependant, d’après la critique, ses écrits sont d’une qualité inégale. L’auteur de la postface dit d’ailleurs à ce sujet que « cette production mammouthesque marie le meilleur et le pire ».

Imaginez un héros fort galant mais sans le sou qui, par ambition, prend pour maîtresse une femme influente. Il s’engage à lui accorder 24h d’esclavage dans le cas où il viendrait à se marier, le mariage (intéressé, bien sûr) dépendant de l’octroi incertain d’une charge importante. Imaginez maintenant que, sachant que sa maîtresse perd subitement son influence, Hector accepte le mariage avec une certaine Hélène, jamais rencontrée – qu’importe ?, puisqu’elle est auréolée d’une dot suffisamment séduisante pour faire oublier tous les éventuels défauts de la fiancée. Le mariage est alors organisé à la hâte pour berner le beau-père qui croit son gendre prêt à occuper un poste prestigieux. La surprise est excellente pour ce cher Hector (un peu fleur bleue, il faut bien l’avouer) : son épouse est aussi belle que charmante. Hector tombe de suite amoureux.

Mais les romans noirs ne donnent l’apparence du conte de fée que pour mieux plonger ensuite dans les affres de l’angoisse. C’est donc pendant la nuit de noce que la maîtresse fera appeler son esclave et le contraindra à rendre leur incartade publique, le forçant même à informer sa femme de sa conduite inconstante par un billet indigne de notre gentleman.

L’éprouvant esclavage ayant pris fin, Hector part rejoindre sa belle. Il la retrouvera dans son château breton, morte par sa faute. Après une période de deuil pénible, Hector s’enrôle dans l’armée et, en Allemagne, est conduit la nuit auprès d’un château sordide occupé par le veneur noir, personnage inquiétant prétendant être le fils du diable. A partir de là suivront de nombreuses péripéties au cours desquelles Hector rencontrera par deux fois les sosies de son épouse. Est-elle morte ? Revient-elle le hanter ? Est-ce un hasard on ne peut plus macabre ? Malgré sa bravoure, Hector est menacé par la folie. Quoi de plus normal quand on rencontre des cadavres éveillés, que l’on est convoité par un vampire et que l’on est la victime de ce qui semble être la plus sordide des machinations… ou la fantastique et terrible réalité.

Publié en 1852, ce roman a tout du bon feuilleton, avec ses rebondissements, ses exagérations, quelques liens grossiers entre les chapitres. C’est un excellent page turner, un bon exemple de littérature populaire, caractérisé par une histoire captivante et totalement rocambolesque. Les excès de passion (combien de fois Hector ne tombe-t-il pas amoureux ?), les drames, les effets d’annonce et le spectaculaire, tout contribue au côté palpitant de l’affaire.

Les monstres sont également de sortie ; c’est cependant le vampirisme qui l’emporte, avec cette figure extraordinaire qui rejoint Hector chaque nuit et semble dominer les autres personnages. Le roman rappelle les classiques du genre, avec son lot de cimetières, de lumière effrayante, de morsures inexpliquées et de cercueils.

On a pourtant plus l’impression d’avoir devant nous un pastiche. Le narrateur joue avec nos nerfs, certes, mais il prend également un malin plaisir à mélanger surnaturel et construction policière, le récit s’achevant par un éclaircissement en bonne et due forme (à la Agatha Christie, avec ce cher Hercule revenant sur chaque événement mystérieux pour arriver à une conclusion retentissante). Malgré l’humour et le côté presque folklorique de cet excès de gothique, certaines questions restent sans réponse et ce qui semblait être une bonne farce garde tout de même sa part de mystère.

La postface de Jean-Baptiste Baronian complète ces impressions de lecture par une analyse courte et intéressante. Baronian souligne la variété de situations de ce roman riche tournant autour du thème du vampirisme et empli de « châteaux mystérieux, pièces d’appartement doubles, décors macabres, hallucinations, apparitions, cauchemars, invocations magique, etc ». Il souligne les influences d’Ann Radcliffe et de Clara Reeves, sans oublier l’audace de Ponson du Terrail, qui s’amuse à jouer avec les codes de l’imaginaire et à mélanger tous les genres dans un joyeux méli-mélo. Ces codes sont d’autant plus brouillés que ce roman est à la fois réaliste et fantastique : en effet, difficile de démêler les deux parfois, même si beaucoup de réponses sont apportées par la suite. Bien que d’inspiration gothique, le roman rappelle le genre policier, avec l’existence d’une énigme et une description détaillée de chaque circonstance et fait troublants. Pour Baronian, l’enjeu du roman est cependant la description du baron et sa réaction face aux événements inattendus dont il est la victime ; il en va de même de sa réaction face aux trois visages d’une même femme, présentés dans trois parties bien distinctes. A cet égard, Ponson du Terrail serait un précurseur.

Quoi qu’il en soit on prend un malin plaisir à découvrir les aventures de ce baron qui a tout d’un valeureux chevalier, prêt à brandir son épée pour sauver son honneur : outrageusement courageux, un peu ridicule en raison de son inclination romanesque et excessive envers la gente féminine, le héros est au final un jeune homme un peu trop lisse mais fort sympathique. La mascarade dont il semble être victime est absolument machiavélique. Le pauvre n’est pas épargné par le narrateur (et sa femme vampire)… mais le lecteur est ravi de se délecter de ses mésaventures ! Un très bon moment de lecture et une découverte sympathique à recommander à tous ceux qui s’intéressent aux vampires et aux romans d’aventure !

Et un petit extrait, gothique comme on les aime :

« L’escalier avait deux cent quatre-vingt-dix-sept marches. Les chevaux les gravirent en dix minutes, et bientôt le baron et ses hôtes se trouvèrent sur une deuxième plate-forme, de laquelle surgissaient les murs du château. C’était un gothique manoir, avec fossés profonds taillés dans le roc vif, tourelles élancées et pointues, sveltes clochetons, ogives nerveuses et fines, créneaux noirs et lourds, beffroi gigantesque, toiture moussue, murs pleurant aux brutales caresses du vent nocturne, écusson gravé sur le fronton de la porte principale, et souterrains longs d’une lieue, creusés à travers la roche et correspondant mystérieusement avec les forêts et les plaines d’alentour. »  (p68)

Idées de lecture pour tous ceux qui sont tentés par l’aventure !

263 p

Pierre Alexis Ponson du Terrail, La Baronne trépassée, 1852

15/04/2007

Superstitions et crucifix

medium_chessex_vampire_ropraz.JPGCurieux ouvrage que ce petit livre de Jacques Chessex.

1903. Un petit village suisse. Une jeune femme à peine enterrée est sauvagement violée et mutilée par un mystérieux inconnu. La légende du vampire de Ropraz est née. Les mois passent et les villageois superstitieux sont brutalement surpris en découvrant coup sur coup les cadavres profanés de deux autres filles dans la fleur de l’âge. Crucifix et gousses d’ail ressortent dans cette région pourtant protestante. Les habitants, brutes épaisses peu recommandables, cherchent en vain le coupable, l’atroce vampire qui est à blâmer pour tous les malheurs qui se sont accumulés dans la région. C’est alors que l’on découvre que le jeune Favez viole et blesse le bétail la nuit venue. Immédiatement, le coupable est trouvé, le vampire maudit et emprisonné. Le récit porte ensuite sur les mois de détention de Favez, sa remise en liberté rapidement interrompue par le viol d’une veuve de cinquante ans. L’histoire se conclut sur la fuite de Favez, son enrôlement dans la légion française auprès de Blaise Cendrars. Sa mort pendant la guerre de 14-18. Et l’auteur de suggérer que le soldat inconnu reposant sous l’Arc de Triomphe n’est autre que Favez, misérable alcoolique violeur de génisses et de veuves.

Ce récit très court se lit rapidement. L’histoire morbide est pour le moins fascinante. L’auteur laisse planer le doute quant à la culpabilité de Favez, à son rôle dans la profanation des trois tombes. L’écriture rapide et saccadée accompagne le style presque journalistique de Jacques Chessex. Un style souvent neutre, froid, clinique.

Chessex a pour mérite de semer le doute. Du fait divers de 1903 aux pulsions étranges de Favez en passant par le soldat inconnu, il est difficile de dissocier le réel du fictif dans ce récit étonnant. C’est sans doute ce qui m’a réellement plu dans Le Vampire de Ropraz. A première vue, il ne s’agit que d’une retranscription de faits peu banals. Dans ce cas, on aurait tendance à regretter l’exposition brute des faits, car cette histoire étrange ferait une merveilleuse trame pour un roman gothique ou psychologique. Cependant, le style choisi par Chessex sème le doute dans l’esprit du lecteur. La rencontre avec Cendrars semble plausible. Mais lorsque l’écrivain suggère que le soldat inconnu pourrait n’être autre que le vampire de Ropraz, le doute s’installe. On s’interroge alors sur les premiers meurtres. On veut se documenter sur les faits réels et la légende née autour de ces profanations choquantes pour mieux comprendre.

Au final, le Vampire de Ropraz m’a intriguée sans me conquérir totalement. Si l’histoire a éveillé mon intérêt, je n’ai pas été particulièrement sensible au style froid et au récit brut des événements. Une curiosité.

108 p

Beloved a aussi lu ce livre.

 

16/02/2007

Chroniqueuse perdue dans les Carpathes

medium_cent_ans_dracula.JPGAvec précaution, j’avance péniblement dans cet affreux escalier en colimaçon qui sent le moisi et deux ou trois autres choses pas très catholiques. Portant une torche dix fois trop lourde pour mes frêles bras de lectrice, je presse contre moi un vieux grimoire, les Cent ans de Dracula, précieux talisman qui, je l’espère, me laissera une chance de sortir de ce fichu château bien vivante et, si possible, sans morsures et autres petits problèmes incommodants. Soudain jaillit devant moi une créature d’une pâleur inconcevable. Je pose mon grimoire, sors mon pieu de mon sac à dos (car, heureusement pour moi, la créature me regarde d’un air perplexe et ne semble pas avoir spécialement envie de me prendre pour dîner). C’est alors que je vois une minuscule araignée sortie de nulle part escalader ma jambe. Hiiiiiii ! Je pousse un cri strident, dévale les escaliers, cours aussi vite que me le permettent mes deux jambes et laisse la porte se refermer sur moi dans un couinement ridicule. Perplexe, la créature monte tranquillement les dernières marches qui la séparent de la tour de guet. De là, elle me voit, sinistre et ridicule petite chose essoufflée qui cherche désespérément son passe Navigo pour quitter au plus vite cet affreux château en ruine. Je le trouve enfin, franchis le petit pont de bois qui enjambe les douves. De là, j’entends des « youhou » joyeux ; je me retourne et vois la créature agiter frénétiquement les bras en guise d’adieu… peut-être ne suis-je pas faite pour la chasse aux vampires, après tout. Je devrais surveiller mes lectures, j’ai peut-être surestimé mes talents d’aventurière !

Maintenant que je me suis remise de mes émotions, je peux vous donner mes quelques impressions de lecture. Les cent ans de Dracula est à mon avis un recueil très divertissant, que l’on s’intéresse aux vampires, au fantastique ou aux grands textes classiques. Composé de huit textes écrits entre 1797 et 1928, ce recueil fait appel à de grands auteurs aux divers degrés de notoriété: Goethe et Gautier pour les plus reconnus ; Stoker et Polidori, classiques incontournables de la littérature vampirique ; Lovecraft, maître du fantastique ; enfin, pour les moins connus : Jean Ray, Crawford et Askew.

J’ai été surprise par la qualité de tous ces textes (hormis celui de Goethe qui m’a déçue, malheureusement tout simplement parce que ses vers sont vraisemblablement intraduisibles en français et doivent regorger de subtilités en allemand). J’ai découvert des récits incroyablement originaux qui ont à leur époque nourri le mythe du vampire en y apportant de nouveaux éclairages. Quelques mots sur les différents textes :

Goethe, la Fiancée de Corinthe (1797)

John William Polidori, Le Vampire (1819) : le jeune Aubrey rencontre Lord Ruthwen, un dandy qui semble causer la perte de nombreuses jeunes filles à marier. Partant avec lui en Grèce pour un voyage initiatique, il prend conscience de la nature monstrueuse de Ruthwen lorsque celui-ci semble responsable du décès d’une jeune Grecque dont il est tombé amoureux. Aubrey rentre alors en Angleterre. C’est alors que Ruthwen refait son apparition et se rapproche de jour en jour de la jeune sœur d’Aubrey… classique, un des textes fondateurs du mythe du vampire.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse (1836) : un jeune homme succombe au regard de braise d’une belle jeune femme au moment où il est ordonné prêtre. En proie à ses propres démons, le prêtre est un jour appelé au chevet d’une mourante. Il s’agit de Clarimonde, la femme aperçue à l’église. Celle-ci revient à la vie et persuade le jeune homme de quitter sa paroisse pour la suivre dans une vie de dépenses et de luxure. Ce texte très bien mené est particulièrement intéressant pour ceux qui souhaitent découvrir des textes non anglo-saxons écrits avant l’âge de gloire du vampire à la fin du XIXe. L’approche du thème du vampire est très différente, ce qui est d’autant plus remarquable que les textes vampiriques les mieux connus sont anglais.

Francis Marion Crawford, Car la Vie est dans le Sang (1880) : deux hommes observent un champ depuis la tour d’une vieille demeure. Lorsque les rayons de lune se posent sur un tertre a priori désert, une forme étrange apparaît, laissant entrevoir un corps allongé sur un tombeau. Pris de curiosité, l’un des deux hommes souhaite se rendre sur place pour mieux observer le phénomène. A quelques mètres de l’objet, il s’arrête : plus rien sur le tertre. De loin, l’autre homme voit le corps se redresser et s’accrocher à son ami. Cette histoire n’est pas ma préférée mais j’apprécie l’atmosphère inquiétante qui l’imprègne ainsi que le caractère hautement fantomatique du vampire. Ici, le vampire n’a pas encore pris ses traits classiques et fait appel aux premiers monstres de notre imaginaire…

Bram Stoker, L’invité de Dracula (1897) : pendant la Walpurgis Nacht, un jeune homme se rend seul dans un village abandonné depuis des siècles, soi-disant en proie à une malédiction. En pleine tempête de neige, il échoue dans un cimetière et trouve refuge dans une tombe. Soudain, il aperçoit une femme près de lui… ce texte gothique à souhait donne un avant-goût de l’incontournable Dracula, qui a définitivement gravé l’image du gentleman vampire dans notre esprit.

Claude Askew, Aylmer Vance et le Vampire (1914) : un jeune sportif dépérit après avoir épousé la descendante d’une femme autrefois présentée comme une sorcière. Deux hommes (qui ne sont pas sans rappeler Jonathan Harker et Van Helsing) accompagnent le jeune marié jusqu’au château des ancêtres de la mariée pour tenter de venir à bout de la malédiction.

Jean Ray, Le Gardien du cimetière (1919) : un homme dans le dénuement le plus total apprend que l’on cherche un gardien pour le cimetière abandonné de la ville. Immédiatement engagé, l’homme finit par s’apercevoir qu’il est retenu contre son grès. J’ai trouvé la narration aussi bien que le vampire originaux ; le texte s’éloigne de la littérature vampirique classique.

Lovecraft, La Maison maudite (1928) : le narrateur souhaite percer le mystère d’une maison où les morts et les cas de démence se sont multipliés au cours des siècles. Très lovecraftien, ce texte fait appel à la tension entre science et surnaturel. Le narrateur se caractérise par son flegme, son caractère méthodique et sa propension à analyser minutieusement chaque détail d’une manifestation pour le moins troublante. Pas de vampire aux dents acérées ici, mais bien une matière visqueuse inconsistante et non identifiable que l’on parvient à éradiquer avec des méthodes pour le moins rationnelles. Encore une allusion au maître Edgar Allan Poe en début de texte. Enfin, une volonté d’ancrer le texte dans la réalité et de présenter ce récit fantastique comme la simple présentation d’un événement vécu. Un résultat pour le moins original… j’ai beaucoup apprécié !

Et pour conclure cette chroniqueuse déjà longue, voici quelques extraits du texte de Jean Ray (peut-être le plus effrayant de tous) :

« Quelle étrange appréhension me fit souhaiter de voir l’espace isolé de la sorte ? Cela me fut très difficile, car la haie était épaisse et chaque feuille de houx était une petite main griffue qui me lacérait la peau. Il n’y avait rien dans l’enclos, si ce n’est huit croix dont la vétusté allait pour ainsi dire en gradation régulière ; ainsi, la première était pourrie et lavée par les pluits, la huitième était toute fraîche… C’était comme des tombes nouvelles… »

« Là, contre la vitre, un visage d’enfer s’est collé. De terribles yeux vitreux, des yeux de cadavre, des cheveux d’un blanc de neige, hérissés comme des lances, et une bouche immense ricanant sur des dents noires, une bouche rouge, rouge comme du feu, ou comme du beau sang qui coule. »

« Je suis retourné à l’enclos des croix. A côté de celle de Brunen S’OUVRE UNE FOSSE FRAÎCHEMENT CREUSEE. C’est ma tombe prochaine. »

« Rapidement, mon revolver cracha ses dernières balles et, avec un grand hoquet qui éclaboussa les murs de sang noir, la vampire s’écroula sur le sol. »

155 p 

05/11/2006

L’ombre du vampire plane sur ma bibliothèque !

medium_dame_pale_dumas.jpgCertains auteurs souffrent de la réputation qui les précède et qui a finalement fait d’eux d’illustres inconnus ou des classiques de troisième zone. C’est le cas de Sheridan le Fanu, Polidori et Bram Stocker, trois écrivains spécialisés dans le roman d’épouvante et fichés d’une étiquette hautement réductrice sur laquelle on peut lire ces trois syllabes : « vam-pi-res ». Si bien qu’on finirait presque par croire que les écrivains de romans et nouvelles fantastiques appartiennent une bonne fois pour toute au Musée des Horreurs, à la clique des vampires et autres monstres, au sabbat et aux feux de Salem… en résumé, des gentlemen bien peu fréquentables et incapables de changer de registre.

C’est en entendant ces gentlemen peu scrupuleux ricaner dans ma bibliothèque que j’ai décidé de leur donner une bonne leçon. D’une main menaçante, je parcours le petit rayon que je réserve à ces vieux poussiéreux ; négligemment, ma main s’accroche au passage… ça y est, je tiens ma victime !

Alexandre Dumas ? Tiens, tiens, je l’aurais plutôt entouré de reines d’une cruauté diabolique et de preuxs chevaliers. Voyons quelles surprises ce petit volume effrayé nous réserve…

L’histoire de la Dame pale est courte, tout au plus une petite centaine de pages et quatre parties. Là encore, Alexandre me surprend, lui qui nous a plus habitués à des romans fleuve d’une longueur plus que respectable !

Pour planter le décor, il suffit d’examiner le titre de trois chapitres : « les Monts Carpathes » ; « le Château des Brancovan » ; « le Monastère de Hango ». Trois endroits gothiques à souhait. Examinons l’histoire ensuite : une belle damoiselle en détresse, un héros amoureux, une créature de la nuit, de mystérieuses marques sur le cou de la jeune femme et pour finir, un vampire à qui il faut enfoncer une épée dans le cœur. Esotérisme et religion sont aussi de mise, avec le recours à l’eau bénite (classique indémodable) et la famille maudite suite à l’assassinat d’un prêtre.

L’histoire est simplissime : piégée dans la forêt alors qu’elle partait se réfugier dans un monastère, Hedwige est enlevée et séquestrée dans le château des Brancovan, deux frères se vouant une haine farouche. Tous deux s’éprennent de la belle puis luttent à mort pour savoir lequel des deux la possèdera. Le plus sympathique l'ayant emporté, on pourrait penser que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Hélas non, notre lecteur effrayé puis ravi va rapidement voir que le frère décédé est revenu à la vie et vient boire chaque nuit le sang d’Hedwige afin de l’attirer avec lui dans la tombe.

Certes, ce n’est pas excessivement nouveau. Nettement moins rythmé que les romans d’aventure de Dumas et bien moins fascinant que l’excellent classique Dracula, la Dame pâle a tout de même su faire preuve d’originalité sur certains points. Tout d’abord, contrairement à bien des classiques dans lesquels le vampire à l’origine du fléau n’apparaît jamais sous des traits humains, ce court récit présente l’homme (si détestable soit-il) qui deviendra par la suite le seul vampire de l’histoire. Ensuite, bon nombre de classiques donnent une image déplorable de la femme, qui devient rapidement une victime consentante. Ici, notre Hedwige nationale est l’image même de la vertu ; tout à fait respectable, elle est même par moment un tantinet trop prude pour être crédible. La lutte fratricide qui conduit à la naissance du vampire et l’impossibilité de le tuer sont aussi une nouveauté.

A mon avis, ce récit est une curiosité qui intéressera les lecteurs de Dumas et les amateurs de roman gothique classique. Cependant, le manque de profondeur des personnages, leurs traits caricaturaux et la simplicité de l’histoire ne m’ont pas convaincue. On se prend à songer à l’atmosphère inquiétante du château de Stocker et à la personnalité complexe de Dracula. Et là, malheureusement, la Dame pâle ne tient pas la comparaison.

Lord Byron aurait-il raison de ricaner bêtement du fond de ma bibliothèque ? Mystère à suivre...