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19/11/2013

Armand Farrachi, Un Amour de Dracula

farrachi_amour dracula.gifQuelle déception que cette lecture ! Et quelle déception d'avoir été déçue... d'autant plus que les quelques critiques lues çà et là sur les autres textes d'Armand Farrachi sont toutes positives : je m'en veux de ne pas avoir adhéré à ce court récit.

Un Amour de Dracula traînait dans ma bibliothèque depuis quelques années, à vrai dire je ne sais même plus comment j'ai un jour croisé ce petit livre bleu au titre si alléchant.

Ce récit m'a d'abord séduite, moi qui aime tant les vampires du XIXe, le roman gothique "classique". Jugez-en par la première phrase qui, bien que nécessitant des heures d'entraînement d'apnée (je l'ai d'ailleurs quelque peu entaillée), avait de quoi faire naître en moi certains espoirs.

Tout de cuivre et de verre qu'il semble pourtant bâti, après l'orage, au dernier feu du crépuscule, sinistre est le château de Bistriz, sombres ses couloirs, profonds ses caveaux, là-bas, dans les Carpates tout étouffés sous le grondement des torrents descendus des sommets et le mugissement du vent qui parcourt les forêts à grands coups de hache, et lourd, bien lourd le sommeil du comte Dracula, car, au plus obscur de ses cryptes, au plus souterrain de ses tombeaux, jour après jour, siècle après siècle, depuis tant de siècles, mains croisées sur le nombril, dans son frac noir et dans son cercueil capitonné de soie blanche quoique jaunie par le temps à défaut de soleil, le comte s'endort chaque matin d'un sommeil sans rêve plus épais que la mort, et chaque soir, la rayon soudain disparu qui éteint parmi le lierre la dernier vitre du château rallume son regard en clouant sur sa face plâtreuse les deux diamants de ses prunelles (...) et chaque soir, donc, des profondeurs moussues où s'enterrent les voûtes, et d'un pas encore pesant, le comte Dracula remonte, marche après marche, époque après époque, la spirale d'un escalier (...) (p7-8).

On ne peut guère faire plus gothique, la plume est tourmentée mais pleine d'humour, la scène très visuelle... et pourtant, ma lecture de ce court roman s'est ensuite avérée poussive, chaotique, faite d'espoirs vains et de bâillements. Malgré la minceur de ce volume, celui-ci m'est resté sur les bras plusieurs semaines et c'est en me faisant violence que j'ai lu les 30 dernières pages pour mettre fin à une expérience malheureuse.

Dracula dépérit (autant que peut le faire un vampire voué à mourir tous les soirs), s'ennuie ferme et les quelques visiteurs dont il se repaît n'apaisent en rien son âme tourmentée. Avec nostalgie, le comte songe à de glorieuses époques, rêvant des merveilleux moments passés par exemple en France lors de la Révolution. C'est ainsi qu'il décide de se rendre de nouveau à Paris et de découvrir ce que la capitale est devenue (ce qui nous vaudra au passage quelques tirades sur la pollution et les constructions modernes épouvantables - difficile d'en tenir rigueur au vampire, ce n'est certes pas la tour Montparnasse qui fait le charme de la ville). Il est accompagné de son fidèle serviteur Cukol, qu'il rabroue mais écoute malgré tout. Cukol s'est beaucoup documenté dans la bibliothèque du comte, il est érudit, adore partager ses connaissances et philosopher à n'en plus finir, quitte à se montrer moralisateur à l'encontre de son maître malgré les menaces de celui-ci.

A Paris, Dracula va rencontrer une jeune fille a priori "pure" (ce qui n'est pas si évident par la suite), Lucie (un nom qui ne vous est pas inconnu...). Il tombe amoureux, pense que la jeune fille est amoureuse. Mais comment conjuguer l'amour et la mort, préserver la jeune Lucie et sa candeur ? Cruel dilemme pour celui qui a vu les siècles passer et continuera encore bien longtemps son voyage nocturne sur cette terre.

Lucie avait attendu son noir visiteur, et l'émotion la tint un instant silencieuse tandis que le comte, figé par une beauté à quoi il ne s'habituait pas, se taisait également, immobile, désemparé et sentant toute résolution fondre devant la jeune fille comme neige ou vampire au soleil (p 76).

Ce livre qui s'annonçait si prometteur m'a fait périr d'ennui, si bien que j'ai éprouvé beaucoup de compassion pour ce pauvre comte que plus rien ne distrait. J'ai apprécié les touches d'humour ("fondre comme vampire au soleil", une scène ou Dracula se fait écraser par deux fois et commence à invectiver les automobilistes catastrophés...), le style qui me faisait penser aux tournures réjouissantes de certains écrits du XVIIIe... mais j'ai trouvé l'histoire plate, convenue, sans surprise aucune. Quant aux longues, très longues tirades de Cukol, elles me faisaient désespérer (le comte aussi d'ailleurs, mais cela n'a pas suffi à y mettre un terme visiblement). Un écrin vide, comme je le disais une déception pour moi donc.

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118 p

Armand Farrachi, Un Amour de Dracula, 1998

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30/10/2013

Le Prince de la Nuit, Tome 1

bd_prince-nuit.jpgJe m'intéresse aux vampires depuis de nombreuses années (davantage à travers les classiques et des auteurs comme Anne Rice), pourtant je ne m'étais encore jamais décidée à découvrir la série BD Le Prince de la Nuit. Je n'étais pas particulièrement séduite par les illustrations et je pense que cela a beaucoup joué car normalement c'est un thème sur lequel je me serais plutôt ruée. Récemment, dans le cadre des Mercredis Fantastiques et du Challenge Halloween, Sharon puis Purple Velvet et FondantOchocolat m'ont remis cette série en mémoire, et leurs billets m'ont donné envie de la lire de suite.

J'ai donc modestement commencé par le tome 1 pour me faire ma petite idée. Et c'est une très bonne surprise !

bd_prince nuitT1bis.jpgUne nuit, une sorte de troubadour arrive dans un château fort dont les habitants périssent d'ennui. Le maître des lieux n'a guère envie de s'encombrer de ce charlatan mais son épouse exige de l'écouter pour se distraire et lui demande de la suivre dans ses appartements, avec sa dame de compagnie. Malgré les mauvais pressentiments de l'homme d'église assis à la table du Seigneur, on se contente simplement d'envoyer un garde près de la porte de la chambre. Entendant un cri, celui-ci entre : la dame de compagnie a eu la gorge tranchée et, les yeux rouges, l'inconnu boit le sang à même la gorge de la châteleine. Peu de temps après, son époux découvre qu'elle se lève de sa tombe chaque nuit pour aller se nourrir du sang d'innocents. Il accepte de mettre un terme à cela en suivant les rites consacrés (pieu, décapitation, purification par le feu...) puis quitte ses terres en faisant jurer à sa maisonnée que, s'il devait lui arriver quoi que ce soit, il compte sur son fils et les générations suivantes pour poursuivre sa quête et anéantir le monstre qui lui a ravi sa femme. Ce premier tome va être consacré à ses recherches et à sa nouvelle vie de chasseur : lieu après lieu, il traque le Prince de la Nuit en interrogeant ses créatures, qu'il supprime moyennant finances. En parallèle, à Paris dans les années 1930, un de ses descendants s'interroge sur l'état dépressif de sa famille et sur le lourd secret qui semble peser sur elle...

Beaucoup d'atouts à cette série qui me semble bien prometteuse ! Tout d'abord le scénario bien ficelé, qui ravira les amateurs d'histoires de vampires classiques en reprenant de nombreux codes, dans un contexte historique (Europe moyenâgeuse) bien rendu. Certes, cette histoire ne sera pas sans évoquer d'autres récits du même genre, mais la mise en parallèle de deux époques ainsi que la personnalité du Prince (plus proche du monstre que du dandy) et du Chasseur rendent cet album intéressant. Le dessin qui ne m'attirait guère est en tout cas très travaillé et rend bien l'atmosphère particulière de ces nuits passées et barbares ainsi que de ces contrées d'autrefois pour le moins inquiétantes. C'est un bel hommage à une certaine littérature gothique, les amateurs de vampires "à l'ancienne" devraient se délecter de cette plongée dans un univers mystérieux. Evidemment, je ne manquerai pas d'emprunter la suite lors de mon prochain passage à la médiathèque...

A noter ici d'autres BD de vampires :


swolfs,le prince de la nuit,challenge halloween,vampires

 

 

 

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48 p

Swolfs, Le Prince de la Nuit, Tome 1, Le Chasseur, 1994

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10/11/2012

Kim Newman, Anno Dracula

newman_anno dracula1.jpegIl y a quelques années, grâce à un de ces petits miracles qui se produisent parfois sur la blogosphère et vous font faire de géniales découvertes, j'ai remarqué la série de Kim Newman débutant par Anno Dracula. Datant du début des années 1990, cette série mettait les vampires à l'honneur bien avant la déferlante de best-sellers sur le sujet mais, en dépit de la qualité de cette oeuvre, les trois romans de Kim Newman étaient épuisés quand je m'y suis intéressée. Aujourd'hui le premier opus, Anno Dracula, est réédité par les éditions Bragelonne, et je ne peux que vous recommander de vous ruer chez un bon libraire pour vous le procurer sans plus attendre. Pas la peine de lire ma modeste chronique, dévorez ce roman !

J'ai un attachement particulier pour la littérature vampirique (j'en ai déjà parlé un peu par ici). Petite puis jeune adolescente j'ai été marquée par quelques textes, comme Je m'appelle Dracula (merci M. Cohen) et à l'adolescence, l'envoûtant Entretien avec un Vampire lu et relu – quel dommage qu'Anne Rice ait bien changé ! Il y a maintenant quelques années, j'ai eu la chance de tomber sur un excellent professeur ayant eu l'idée géniale de proposer un cours en anglais sur les vampires dans la littérature et au cinéma. J'ai découvert avec bonheur de nombreux classiques, rédigé avec un enthousiasme juvénile touchant des essais dont un portant sur les femmes dans la littérature vampirique du XIXe (comme quoi, les Victoriens et moi, c'est une longue histoire). Hormis les lectures obligatoires, j'ai fait quelques découvertes très sympathiques et échangé avec mon professeur devenu un ami ; depuis j'associe toujours mes lectures vampiriques à cette période exaltante et aux discussions passionnantes sur le sujet. J'en garde aussi de la nostalgie pour une certaine approche du mythe du vampire. J'ai toujours eu un faible pour la version romantique du dandy vampire (sans doute une trace de mes lectures d'Anne Rice, qui connaissait ses classiques et savait s'en inspirer) mais je suis surtout fascinée par le fait que ce sujet soit abordé de multiples façons, avec certaines constantes (le pieu, la lumière, l'aïl qui reviennent souvent) mais des variations intéressantes ; beaucoup d'oeuvres ou de navets utilisent le vampire de façon très symbolique (à commencer par la sexualité inhérente au personnage). Quoi qu'il en soit, le mythe du vampire est d'une richesse toute particulière à mes yeux et je regrette de ne pas trouver facilement de textes avec un réel niveau d'exigence depuis la multiplication des romans apparus avec l'arrivée de Twilight. Et lorsque dans la jungle des récits peu ambitieux un livre tel qu'Anno Dracula est réédité, le mérite de la maison d'édition mérite vraiment d'être souligné.

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Anno Dracula avait d'ailleurs tout pour me plaire puisque l'action se situe en 1888 sous le règne de Victoria. Pour les amateurs de l'époque, l'année sera forcément familière puisqu'il s'agit de l'époque des meurtres de Jack l'Eventreur. Kim Newman utilise ainsi les faits divers sordides de l'époque pour reconstruire à sa manière le « mythe » Jack the Ripper tout en offrant à Bram Stoker une suite d'un genre très particulier à son roman Dracula.

kim newman,anno dracula,vampires,angleterre,angleterre victorienne,challenge halloween,londres,londres xixe,londres victorienne,bram stoker,dracula,époque victorienneQuelques mots sur le contexte : la reine s'est remise de la mort du prince Albert et a eu la bien mauvaise idée d'épouser le comte Dracula, que Van Helsing n'est pas parvenu à tuer (avec une lucidité certaine Newman a décidé que Van Helsing ne pouvait pas lutter contre le terrible Karpathe, ainsi sa tête est fichée dans un pieu devant le palais depuis la montée en puissance de Dracula). Même s'il n'est que le prince consort, Dracula a désormais les rennes du pouvoir et fait appliquer sa loi dans les rues de Londres qui deviennent de plus en plus sordides en raison de l'application de decrets moyenâgeux (par exemple ceux consistant à lutter contre l'homosexualité en tirant les « invertis » d'un bordel pour les empaler en plein cœur de la ville au beau milieu de la nuit). La terrifiante garde Karpathe patrouille et terrorise les habitants, les assassinats sont tolérés, la justice expéditive.

Les vampires pouvant vivre désormais librement, sans se cacher, beaucoup de sang-chauds recherchent le baiser des ténèbres en espérant vivre éternellement, et les vampires prolifèrent. La vie après la première mort n'est pas si évidente ; peu expérimentés, beaucoup de ressucités prennent des risques inutiles ; dans les quartiers sordides de l'East End les alcooliques deviennent des vampires en bien mauvaise santé et certains meurent (définitivement) rapidement. Enfin quelques sang-chauds tentent de s'opposer au système et comprennent qu'il y a quelque chose de peu naturel à changer ainsi la société (où les vivants deviennent progressivement du bétail).

Dans cette machine de mieux en mieux huilée, les meurtres de Whitechapel touchant des prostituées vampires viennent mettre quelques grains de sable bien fâcheux. Le pouvoir y voit une offense envers les vampires qui mérite de sévères représailles et la pègre locale est gênée dans ses activités par les trop nombreuses descentes de police. Ainsi beaucoup de personnes sont amenées à enquêter. Parmi elles se trouvent Beauregard, sang-chaud oeuvrant pour une société secrète, et Geneviève, une Ancienne, vampire avant Dracula lui-même (Dracula dont la lignée est dégénérée).

newman_anno dracula.jpeg A partir de là, Anno Dracula est un fabuleux roman mêlant une intrigue habile et pleine de rebondissements à une intertextualité jouissive et délicieusement maîtrisée. L'on croise ainsi le docteur Moreau, le docteur Jekyll, les personnages de Dracula, Joseph Merrick, la police de l'époque... mais aussi des personnages moins connus telle que cette bonne vieille Lady Ducaine. Que dire d'autre, si ce n'est que nous avons là un texte intelligent, riche, passionnant ? Un impératif pour les amoureux de l'époque victorienne ainsi que les amateurs de vampires et un texte fortement recommandé pour les autres. D'ailleurs j'avais tellement envie de vous parler de cet excellent moment de lecture que je ne m'étais pas autant amusée à rédiger un billet depuis longtemps !

C'était ma dernière contribution au Challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie Hilde.

Lu également dans le cadre d'une rencontre des Victorian Frogs, pour le challenge Victorien d'Arieste ainsi que le challenge de Londres de mes amies Maggie et Titine.

Rendez-vous dans quelques jours pour publier le billet récapitulatif du Challenge Halloween 2012, et à l'année prochaine pour la 4e édition du challenge, car si nous avons survécu au périple de l'extrême organisé cette année pour l'occasion, nous survivrons bien à la fin du monde à Noël !

Merci aux éditions Bragelonne et bravo pour cette nouvelle édition !

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381 p

Kim Newman, Anno Dracula, 1992

17/10/2012

Rapaces, tomes 1 à 4

rapaces1.jpgJ'envisage de vous parler de Rapaces depuis le premier challenge Halloween, mais je n'avais jamais eu l'occasion de relire les 4 tomes. Une petite insomnie m'a aidé à mener mon diabolique projet à bien. Cette série d'albums est sortie avant la déferlante Twilight et autres vampires adolescents, quand les monstres suceurs de sang n'avaient pas encore le vent en poupe... et il est certain qu'on est loin ici d'une version édulcorée.

rapaces2.jpgNew York. Une série de meurtres frappent la ville, tous signés du message « Votre règne s'achève ». Les victimes sont vidées de leur sang et toutes présentent un kyste percé derrière l'oreille. Vicky Lenore et Spiaggi mènent l'enquête et vont rapidement être mêlés à une conspiration de grande envergure qui les dépasse : les vampires se sont installés depuis l'Inquisition à des postes clef mais aujourd'hui, alors qu'ils ont pris leur aise et perdu de leur vigueur à force de ne plus se battre, ils sont menacés par de mystérieux vengeurs. Il s'agit de Drago et Camilla, frère et soeur incestueux aux tenues de cuir, prêts à semer la terreur pour instaurer un nouvel ordre et venger par là-même leurs parents. Bien qu'animés par des motifs différents, Vicky et les deux vampires vont servir la même cause : une rencontre qui va changer radicalement la vie de Vicky.

rapaces3.jpgRapaces04.jpgUne série dont je gardais un excellent souvenir et qui a très bien résisté à une deuxième lecture. Le scénario bien ficelé est servi par un esthétisme irréprochable, dans un cadre très urbain et moderne. Une BD sexy (mais pas mièvre) et bouillonnante qui balaie d'un coup les idées reçues sur la question vampirique. Si vous pensiez tout savoir sur nos amis à dents pointues, n'hésitez pas à vous plonger dans cette série. Dépaysement garanti !

Après un vampire végétalien, deux vampires meurtriers pour accompagner le challenge Halloween, co-organisé avec ma comparse Hilde Van Helsing, et pour participer à la BD du mercredi, sous l'égide de notre chef d'orcheste Mango.

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Rapaces, 4 tomes, Dufaux et Marini, (publication de 1998 à 2003)

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12/10/2012

Willis Hall, Le Dernier des Vampires

Hall_dernier des vampires.jpgContrairement à toi, ami lecteur suffisamment intrépide pour naviguer sur ce blog hanté ces derniers temps, la famille Hollins ne savait vraiment pas où elle mettait les pieds en quittant l'Angleterre pour ses vacances. Premières vacances passées à l'étranger, loin de Crabton-sur-Mer et c'est déjà le drame : pas d'étendue d'eau pour indiquer une frontière, il n'en fallait pas plus pour que la famille se perde et ne sache plus dans quel pays elle se trouve (ces continentaux, aussi, ils ne vous faclilitent pas la tâche !). La nuit tombant, la famille cherche en catastrophe un endroit où s'arrêter alors qu'elle progresse sur une route de montagne déserte. Et lorsqu'elle voit un chemin caché dans une forêt sombre, elle n'hésite pas à s'y engager en dépit des ténèbres (impénétrables) et des loups (affamés, que seul le petit garçon Edgar remarque). Arrive enfin une ancienne entrée de domaine manifestement abandonnée et une clairière sur laquelle les Hollins décident de planter leur tente, non loin d'un vieux château qui domine une crête. Quel cadre bucolique !
Mais les vacances seront loin d'être de tout repos : entre le comte Alucard (vampire végétarien), descendant des Dracula, les loups des environs (que Mrs Hollins confond avec de gentils toutous et n'hésite pas à gronder lorsqu'ils montrent leurs crocs) et des villageois bas de plafond, le danger est partout !
Ami lecteur, si tu as toi aussi l'âme de chasseur de vampire, mais aussi un peu d'humanité, fais toi aussi ce voyage désopilant en compagnie des Hollins. Si tu succombes à cette aventure, ce sera sans doute que le comte Alucard t'aura fait mourir, mais de rire !
(Au passage, les illustrations de Babette Cole sont adorables et pleines d'humour, un vrai coup de coeur !)

Billet à haute teneur végétarienne vampirique.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie la très maléfique Hilde

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228 p

Willis Hall, Le Dernier des Vampires, 1982

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08/10/2012

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula

je m'appelle dracula, olivier cohen, dracula, bram stoker, vampires, littérature jeunesse, roman français, paris, venise, je bouquine, la fiancée de dracula, challenge halloweenIl y a trois ans, je relisais avec délectation Je m'appelle Dracula, récit dans lequel le comte rédige ses mémoires afin de réfuter les abominables accusations contenues dans le récit de Bram « Stocker » (au sujet du « c » incongru je vous invite à lire mon billet sur ce premier opus pour me voir pérorer un peu).
Je commandais quelques jours plus tard la suite, « La Fiancée de Dracula » (que je ne pense pas avoir lu dans ma prime jeunesse) et voilà le résultat : il faut attendre la 3e édition du challenge Halloween pour que ce livre sorte de ma PAL !
Toujours réfugié dans le marais, Dracula alias Jacques Dracole (admirez l'art du camouflage) tente de mener une vie normale, si tant est que cela soit possible pour un vampire, et tient une galerie à Paris. Il y fait la rencontre d'Albertine qui semble immédiatement séduite par le sombre et séduisant comte, qui l'invite à dîner dans sa maison du Marais. Tous deux amoureux, Dracole et Albertine se fréquentent régulièrement et multiplient les promenades romantiques, en dépit de la peur que la jeune femme éprouve en présence de son fascinant compagnon.
Malheureusement l'affreux Van Helsing (curieusement ce type-là ne m'a jamais été particulièrement sympathique) poursuit toujours Dracula et convainc la police de l'aider à anéantir le monstre. Pour s'échapper, Dracula n'hésitera pas à s'enfuir avec Albertine à Venise... la suite, vous la connaîtrez si vous vous laissez aussi tenter par cette lecture !
J'ai dévoré ce court roman de jeunesse très agréablement écrit mais il m'a moins séduite que « Je m'appelle Dracula », peut-être parce que j'avais savouré la première fois les nombreux clins d'oeil au roman de Stoker. En tout cas, une lecture bien agréable qui vient à point nommé pour fêter ensemble Halloween.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 organisé ici et chez la diabolique Hilde

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92 p

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula, 1985
(j'ai donc fait une erreur en indiquant la date de publication de « Je m'appelle Dracula », j'ai dû retenir celle de l'édition Je Bouquine).

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29/07/2011

Vampirisme aux Etats-Unis

wharton,lovecraft,brown,éditions folioCeux qui me connaissent savent que j'ai une certaine prédilection pour les vampires de la vieille génération, ceux qui ne portent pas de fond de teint, qui ne vivent pas d'histoires à l'eau de rose avec des mortelles qu'ils viennent espionner la nuit (même si je me suis découvert l'an dernier une passion pour les premières saisons de Buffy). C'est donc avec beaucoup d'intérêt que j'ai lu Bloody Tales, les Histoires sanglantes de Wharton, Lovecraft et Brown publiées chez Folio bilingue... si ce n'est que j'ai découvert que j'avais déjà lu les deux premières nouvelles (ce qui est bien avec moi, c'est ma capacité à oublier certaines de mes lectures, si j'étais raisonnable je pourrais presque relire indéfiniment les mêmes livres - peut-être le secret de mes relectures compulsives quand j'étais petite !).

Dans Bewitched, Wharton met en scène un village isolé, lors d'un hiver rude. Une femme fait appel à trois villageois pour l'aider à sauver son mari, ensorcelé par une morte qu'il rencontre régulièrement dans une cabane. Je me souviens que lors de ma première lecture, le climat et l'environnement m'avaient fait anticiper une lecture un peu moins enthousiasmante que mes précédentes rencontres avec Wharton. Mais c'était sans compter sur le génie de cet auteur, dont j'apprécie énormément les textes courts. Une histoire de vampire où la créature n'est jamais directement visible, mais reste constamment présente à l'esprit. A noter que sans verser une goutte de sang, Wharton sait rendre sa morte omniprésente et bien inquiétante.

Je n'aurais peut-être pas classé La Maison maudite de Lovecraft parmi les textes consacrés aux vampires, mais c'est une nouvelle que j'ai adoré lire. Je l'avais déjà découverte l'an dernier, dans le recueil L'Abomination de Dunwich dont je prévois de vous parler depuis ! Un texte fascinant, oppressant aussi, portant sur une maison imposante, vétuste, dont la construction remonte aux origines de la ville. Une maison qui a pour particularité le fort taux de mortalité qui la caractérise. Au final, l'histoire prend un tour davantage proche de la science-fiction, avec une solution à la fois concrète, presque scientifique et une origine fantastique.

Enfin Du Sang de Brown, un texte très court mais efficace où deux vampires fuient dans leur capsule temporelle pour trouver un monde idéal et, à court de carburant, finissent par se poser dans un monde où la seule vie qui règne appartient au monde végétal, avec des personnages-navets.

Un bon choix de textes pour les lecteurs s'intéressant aux vampires et une introduction intéressante à l'oeuvre de Lovecraft et de Wharton.

Merci beaucoup à Constance de Folio pour cette lecture.

Les avis d'Archessia, Malice, Titine...

219 p

Collectif, Bloody Tales

26/10/2009

Dracula vs Wilcox : round 1

colin_vampires_londres.jpgÉtant un brin débordée ces temps-ci, je trouve peu le temps de lire et encore moins celui de blablater par ici. A ma décharge, j'ai été récemment retenue prisonnière par les soeurs Wilcox qui, toutes héroïnes qu'elles sont, portent deux prénoms foncièrement louches (Amber et Luna) qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille quant aux intentions malhonnêtes de ces deux demoiselles.

Remarquez que je ne me plains pas de ce séjour prolongé dans un manoir un brin lugubre certes, mais visiblement conçu spécialement pour moi (ou alors je ne suis pas Lou et mon terrible clavier sévit tout seul ou sous le contrôle d'une influence hautement diabolique, rien de moins !). J'ai donc mis les pieds dans une maison cossue de Londres et, les soeurs Wilcox ne faisant visiblement pas les choses à moitié lorsqu'elles reçoivent, j'ai vécu moult moments palpitants faits pêle-mêle de : XIXe, Queen Victoria, Sherlock Holmes, Dr. Watson, Nosferatu, Dracula, Elisabeth Bathory, créatures magiques, bibliothèque immense et voilà que je perds mon souffle ce qui est bien dommage car ce n'était qu'une accumulation très succincte de mes rencontres diantrement bouleversifiantes !

Ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne pouvais pas résister à l'appel des sirènes qui m'ont proposé un plongeon dans un univers qui rassemble autant de mes sujets de prédilection, entre les vampires, l'époque victorienne et le cadre londonien pour faire au plus simple.

Ce récit constitue pour moi une agréable découverte. J'ai particulièrement apprécié les premiers passages, aussi bien l'introduction que l'atmosphère fantastique bien rendue et ma foi assez crédible. Les aventures des deux sœurs se suivent avec plaisir et conviennent parfaitement aux moments où l'on cherche désespérément un livre qui saura nous détendre et se lire facilement sans pour autant manquer d'intérêt. Un joli roman d'aventures qui devient un peu moins surprenant vers la fin, avec une trame assez classique qui n'est pas sans rappeler d'autres livres pour adulescents (par exemple avec la bagarre qui m'endort inévitablement – X lâche le couteau qu'Y essaie de rattraper mais que Z a réussi à subtiliser pour le donner à A tout en frappant B... hein ? Quoi ? Que ? Pardon, je m'étais assoupie...).

Je compte bien guetter la suite et, en attendant, me pencher sur A vos souhaits que j'hésitais encore à lire.

PS : je n'oublie pas les réponses en retard à vos commentaires !

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284 p

Fabrice Colin, Les Etranges Soeurs Wilcox, T1, Les Vampires de Londres, 2009

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17/09/2009

La fin d'une utopie

bd_phalanstère.jpgImaginez que vos parents, soucieux de votre éducation, vous abandonnent aux portes d'un établissement censé vous former pour les prochaines années. Imaginez maintenant que le pensionnat en question est un mélange d'opherlinat dickensien, de Mervyn Peake, de Tim Burton et de galère grecque. Que 364 jours par an, les eaux recouvrent le seul chemin menant à l'établissement, rendant toute visite ou tentative de fuite impossibles. Que le directeur est un vampire et que les élèves sont habillés dans des pyjamas rayés évoquant davantage le bagne que le système éducatif. Vous aurez une petite idée de ce phalanstère où j'ai traîné mes guêtres le temps d'une lecture.

Voilà un tableau morbide et, je vous l'accorde, l'histoire est dans le fond tout à fait épouvantable. Et pourtant, les monstrueux dessins ajoutent un aspect décalé, grotesque et même parfois comique à ce récit, qui devient une aventure fantastique enthousiasmante. Il s'agit d'un conte judicieusement sombre qui devrait plaire aux amateurs des diverses références citées plus haut. L'intrigue est solide et l'idée originale, tandis que les dessins en noir et blanc servent parfaitement le récit, avec des plans extrêmement bien choisis et quelques contrejours à l'effet intéressant. J'ai savouré cette promenade dans un monde halluciné... d'autres seraient-ils prêts à me suivre dans les couloirs du phalanstère ?

(PS : ce livre n'est pas un livre de vampires à proprement parler mais vu la place qu'occupe finalement cette créature dans le déroulement, j'irai classer cette BD dans mes Chroniques de vampires, toujours accessibles dans la colonne de gauche)

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116 p

Corbeyran et Bouillez, Le Phalanstère du bout du monde, 2001

06/07/2009

My bloody Valentine

curtis klause_solitude 02.gifSuite aux conseils de Laëtitia La Liseuse, j'ai découvert récemment La solitude du buveur de sang d'Annette Curtis Klause. Dans la collection Frissons de Pocket Junior qui a marqué mon année de CM2 et mon entrée en 6e (souvenirs souvenirs), ce roman est celui de Zoé, une adolescente qui rencontre un vampire alors que sa vie semble sur le point de s'écrouler. Entre l'agonie de sa mère à l'hôpital et le déménagement de sa meilleure amie, Zoé est une adolescente en souffrance. Lorsqu'un soir elle voit un étrange garçon dans son parc favori, elle est loin de se douter qu'il s'agit d'un adolescent changé en vampire en Angleterre au XVIIe. A la même époque, une vague d'assassinats sauvages perturbe la tranquillité de la petite ville où vit l'héroïne : des jeunes femmes sont retrouvées la gorge tranchée dans des passages obscurs. Zoé emprunte un soir une ruelle dans laquelle on a retrouvé peu de temps avant le cadavre d'une femme égorgée. Elle y découvre Simon, le vampire, des plumes dans les mains et le visage barbouillé de sang.

Je garde un excellent souvenir de cette collection, qui proposait une large gamme de textes et des histoires très bien menées. Ce titre ne fait pas exception à la règle, même si j'ai été surprise de repérer plusieurs fautes d'orthographe, ce qui me gêne particulièrement dans une édition qui vise un jeune public. Et, si quelques conversations entre Zoé et sa meilleure amie sont peut-être un peu artificielles, j'ai trouvé ce roman plein de qualités. Je l'aurais adoré 15 ans plus tôt. Et, du haut de mes 20 et quelques années, même si j'ai ressenti un certain décalage, j'ai dévoré ce livre, passant un excellent moment en compagnie de Zoé et de Simon.

Ce texte s'appuie finalement beaucoup sur une vision classique du vampire. La transformation se fait par l'échange de sang (c'est le cas curtis klause_solitude buveur 01.jpgdans Anne Rice, en revanche si on repense à LA référence Dracula, toute victime de vampire devient vampire à son tour après sa mort), les croix éblouissent les vampires que l'on peut parfaitement tuer en les transperçant de pieux, ces mêmes vampires qui vivent la nuit, portent avec eux un peu de leur terre natale et brûlent au contact du soleil.

Si j'ai apprécié l'héroïne et suivi avec intérêt ses passages à l'hôpital, les échanges avec sa meilleure amie et autres éléments récurrents de son quotidien, c'est surtout la partie consacrée au vampire qui m'a intéressée. Bien que bref, le récit de la transformation dans l'Angleterre de Cromwell et de Charles II a fait mon bonheur. J'ai trouvé les vampires de ce roman très crédibles, y compris dans leurs échanges avec les mortels et leur intégration dans la société d'une petite ville américaine dans les années 1980-1990.

Et comme je vous aime bien, amis lecteurs, je vous parlerai très certainement bientôt de deux autres romans « jeunesse »* sur le même thème (tant qu'à faire je les lis dans la foulée pour pouvoir comparer). Normal, après la redécouverte de Je m'appelle Dracula, un grand bonheur de lecture à une époque où je portais encore des couettes et gardais dans ma chambre des cassettes de Dorothée, et un plaisir vraiment renouvelé cette année ! Si c'est pas formidouble, ça...

* A ce sujet, je vous invite à lire le très joli billet de Malice qui revient sur la notion maladroite de « littérature jeunesse ».

Et pour le fun, ce montage qui permet à Buffy de tuer Edward et de mettre fin au pire maquillage de l'histoire du cinéma (depuis le film sur Michael Jackson avec un acteur noir maquillé uniquement au visage et ayant en plus l'air gris !).


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214 p

Annette Curtis Klause, La solitude du buveur de sang, 1990

13/05/2009

I only drink wine...

cohen_je m'appelle dracula.JPGAmis blogueurs, chers draculitos et draculettes en devenir, bonsoir !

Parmi les challenges inavoués de cette année 2009 (à part Jane Austen j’ai prévu les grands fantastiques classiques ainsi que Wharton et Wilde), le vampirisme s’est rappelé à moi récemment car je ne me remets toujours pas de ma difficulté à lire plus de quelques pages de Stephenie Meyer qui, à défaut de particulièrement m’enflammer, fait maintenant partie des livres populaires incontournables en la matière. Tout ça pour dire que je ne désespère pas de me faire ma propre opinion un jour mais qu’en attendant, j’ai décidé d’exhumer d’autres titres de ma bibliothèque afin de partager mon intérêt (hautement scientifique, of course !) pour les vampires.

Donc, mes amis, j’ai profité d’un week-end sur la côte atlantique pour farfouiller comme toujours dans ma bibliothèque de petite fille et d’ado, à la recherche de titres à relire ou simplement, à feuilleter. Je suis tombée sur Je m’appelle Dracula d’Olivier Cohen dans la vieille collection Je Bouquine. J’avais complètement oublié l’existence de ce livre que j’avais lu plusieurs fois étant petite et hop ! ni une ni deux, j’ai eu envie de le relire.

Eh bien pour faire court c’est vachement chouette, chers vous tous ! Mais laissez-moi développercohen_je_m_appelle_dracula_lcover2.jpg un peu plus mes propos (et autocensurer mes digressions matinales qui me laissent penser que mon livre de chevet* a une influence pernicieuse et me fait passer trop de temps en compagnie de Miss Bates).

Je m’appelle Dracula est une réponse du comte à la publication de Dracula de Bram « Stocker ». Au passage, cher Monsieur Cohen, je ne sais pas si l’effet était voulu ou non mais Stoker s’écrit normalement sans « c » et, en relisant votre histoire (une de mes favorites lorsque j’étais petite, mais c’est un autre sujet), j’ai commencé à comprendre pourquoi je me suis acharnée sur le nom de ce pauvre Stoker jusqu’à ce qu’un essai sur la condition de la femme dans Dracula me soit rendu avec des corrections à chaque fois qu’apparaissait le nom de l’auteur (thanks by the way, Gregory). Mais plus de détour, promis ! Je vais aller droit au but.

Réfugié dans le Marais à Paris, le comte Dracula écrit son histoire afin de mettre un terme aux accusations portées contre lui dans le livre de « Stocker ». Outré de voir son portrait en couverture, son nom conservé, ses ennemis portés aux nues et toutes ses actions mal interprétées, le comte tient à opposer à ce tissu de mensonges sa propre version des faits. Il revient sur le passage de Harker dans les Carpathes, sa rencontre avec Lucy (Mina est absente en revanche), le bateau fantôme, les caisses de terre, le petite cimetière ou encore Renfield (son vieil oncle devenu fou).

Paris, le 4 novembre 1897. Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre. Quatre mois pendant lesquels j’ai dû me cacher pour fuir la haine d’une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l’acharnement d’une secte bien décidée à me perdre. (p7)

cohen-je mappelle dracula 03.JPGVoilà une lecture très rafraîchissante, bourrée de clins d’œil à Dracula dont j’ai enfin pu profiter (puisque j’ai lu ce roman bien après avoir lu et relu le petit livre d’Olivier Cohen). Pas besoin d’avoir apprécié le livre de Stoker pour s’amuser des inventions d’un comte bien plus proche du dandy que ne l’a jamais été le monstrueux vampire. Les illustrations sont sympathiques, le style alerte et très agréable. Je n’ai d’ailleurs pas observé le décalage que je regrette en général lorsque je lis des romans jeunesse maintenant (par exemple The Graveyard Book, pourtant destiné aux adolescents), ce qui me fait penser que ce court roman peut être lu à n’importe quel âge car il est assez simple pour un public jeune, tout en étant écrit par un narrateur adulte, aux préoccupations et au ton plus proches d’un lectorat plus âgé. Les explications sont relativement crédibles bien que l’auteur laisse finalement planer le doute – dans une fin que j’apprécie particulièrement, car j’aime penser que Dracula reste une créature fantastique.

En somme, un très très bon livre à recommander à tous les amateurs de vampires qui trouveront là un texte divertissant et bien écrit qui s’inspire très bien de l’histoire universellement (mal)connue de Bram Stoker.

 

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75 p

Olivier Cohen, Je m’appelle Dracula, 1993

* Emma de Jane Austen

07/04/2009

Une petite danse ?

BD_ D tome 1 Lord Faureston.jpgAmis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.

Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.

Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.

Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.

Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !

Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.

PS : D, tout simplement pour Drakul ?

62 p

D, Tome 1, Lord Faureston

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18/09/2008

Lectures gothiques & co, la suite !

ponson_terrail_baronne_trepassee.JPGEntre les examens, les vacances et le déménagement de mon cher et tendre, je n’ai pas eu l’occasion de suivre autant que je l’avais prévu les lectures gothiques commencées çà et là par un certain nombre d’entre vous (même si j’ai déjà lu un certain nombre de notes !). Pour mémoire, la note originale sur ce blog est ici ; la liste d’idées de lecture est . Alice a également écrit un billet à ce sujet, étant la première à suggérer une liste de lectures librement inspirées de Pauline d’Alexandre Dumas. Pour mémoire, ce roman faisait allusion à quelques classiques gothiques ainsi qu’aux Confessions d’un Enfant du siècle. Transgressant ces influences (soyons fous !), nous avions proposé de lire les récits en question tout en élargissant la liste des possibles à toute une série d’auteurs gothiques ou inspirés par cette littérature. Bref, tout cela aboutit à un joyeux bordel tournant cela dit autour de thématiques en général proches. L’idée était de lire entre 1 et 3 de ces textes d’ici la fin de l’année (plus bien sûr si vous en avez envie, mais nous ne voulions pas lancer de « défi » à proprement parler afin d’éviter son aspect contraignant). Je me proposais de réunir vos billets dans un document word que chacun d’entre vous pourrait recevoir s’il le souhaite. En théorie, une newsletter devrait également voir le jour très rapidement (malgré quelques petits soucis informatiques).

Encore merci à tous ceux qui suivent ces lectures et à ceux qui me relancent : the gothic spirit is back here, affaire à suivre !

 

Mais entrons dans le vif du sujet, avec un roman judicieusement recommandé par Wunschtraum : La Baronne trépassée de Pierre Alexis Ponson du Terrail. Cet écrivain du XIXe fait partie de ces feuilletonistes à la production gargantuesque, pouvant écrire jusqu’à 40 volumes en une année ! Son œuvre la plus connue est la série Les Exploits de Rocambole ou les drames de Paris (1859-1884). Cependant, d’après la critique, ses écrits sont d’une qualité inégale. L’auteur de la postface dit d’ailleurs à ce sujet que « cette production mammouthesque marie le meilleur et le pire ».

Imaginez un héros fort galant mais sans le sou qui, par ambition, prend pour maîtresse une femme influente. Il s’engage à lui accorder 24h d’esclavage dans le cas où il viendrait à se marier, le mariage (intéressé, bien sûr) dépendant de l’octroi incertain d’une charge importante. Imaginez maintenant que, sachant que sa maîtresse perd subitement son influence, Hector accepte le mariage avec une certaine Hélène, jamais rencontrée – qu’importe ?, puisqu’elle est auréolée d’une dot suffisamment séduisante pour faire oublier tous les éventuels défauts de la fiancée. Le mariage est alors organisé à la hâte pour berner le beau-père qui croit son gendre prêt à occuper un poste prestigieux. La surprise est excellente pour ce cher Hector (un peu fleur bleue, il faut bien l’avouer) : son épouse est aussi belle que charmante. Hector tombe de suite amoureux.

Mais les romans noirs ne donnent l’apparence du conte de fée que pour mieux plonger ensuite dans les affres de l’angoisse. C’est donc pendant la nuit de noce que la maîtresse fera appeler son esclave et le contraindra à rendre leur incartade publique, le forçant même à informer sa femme de sa conduite inconstante par un billet indigne de notre gentleman.

L’éprouvant esclavage ayant pris fin, Hector part rejoindre sa belle. Il la retrouvera dans son château breton, morte par sa faute. Après une période de deuil pénible, Hector s’enrôle dans l’armée et, en Allemagne, est conduit la nuit auprès d’un château sordide occupé par le veneur noir, personnage inquiétant prétendant être le fils du diable. A partir de là suivront de nombreuses péripéties au cours desquelles Hector rencontrera par deux fois les sosies de son épouse. Est-elle morte ? Revient-elle le hanter ? Est-ce un hasard on ne peut plus macabre ? Malgré sa bravoure, Hector est menacé par la folie. Quoi de plus normal quand on rencontre des cadavres éveillés, que l’on est convoité par un vampire et que l’on est la victime de ce qui semble être la plus sordide des machinations… ou la fantastique et terrible réalité.

Publié en 1852, ce roman a tout du bon feuilleton, avec ses rebondissements, ses exagérations, quelques liens grossiers entre les chapitres. C’est un excellent page turner, un bon exemple de littérature populaire, caractérisé par une histoire captivante et totalement rocambolesque. Les excès de passion (combien de fois Hector ne tombe-t-il pas amoureux ?), les drames, les effets d’annonce et le spectaculaire, tout contribue au côté palpitant de l’affaire.

Les monstres sont également de sortie ; c’est cependant le vampirisme qui l’emporte, avec cette figure extraordinaire qui rejoint Hector chaque nuit et semble dominer les autres personnages. Le roman rappelle les classiques du genre, avec son lot de cimetières, de lumière effrayante, de morsures inexpliquées et de cercueils.

On a pourtant plus l’impression d’avoir devant nous un pastiche. Le narrateur joue avec nos nerfs, certes, mais il prend également un malin plaisir à mélanger surnaturel et construction policière, le récit s’achevant par un éclaircissement en bonne et due forme (à la Agatha Christie, avec ce cher Hercule revenant sur chaque événement mystérieux pour arriver à une conclusion retentissante). Malgré l’humour et le côté presque folklorique de cet excès de gothique, certaines questions restent sans réponse et ce qui semblait être une bonne farce garde tout de même sa part de mystère.

La postface de Jean-Baptiste Baronian complète ces impressions de lecture par une analyse courte et intéressante. Baronian souligne la variété de situations de ce roman riche tournant autour du thème du vampirisme et empli de « châteaux mystérieux, pièces d’appartement doubles, décors macabres, hallucinations, apparitions, cauchemars, invocations magique, etc ». Il souligne les influences d’Ann Radcliffe et de Clara Reeves, sans oublier l’audace de Ponson du Terrail, qui s’amuse à jouer avec les codes de l’imaginaire et à mélanger tous les genres dans un joyeux méli-mélo. Ces codes sont d’autant plus brouillés que ce roman est à la fois réaliste et fantastique : en effet, difficile de démêler les deux parfois, même si beaucoup de réponses sont apportées par la suite. Bien que d’inspiration gothique, le roman rappelle le genre policier, avec l’existence d’une énigme et une description détaillée de chaque circonstance et fait troublants. Pour Baronian, l’enjeu du roman est cependant la description du baron et sa réaction face aux événements inattendus dont il est la victime ; il en va de même de sa réaction face aux trois visages d’une même femme, présentés dans trois parties bien distinctes. A cet égard, Ponson du Terrail serait un précurseur.

Quoi qu’il en soit on prend un malin plaisir à découvrir les aventures de ce baron qui a tout d’un valeureux chevalier, prêt à brandir son épée pour sauver son honneur : outrageusement courageux, un peu ridicule en raison de son inclination romanesque et excessive envers la gente féminine, le héros est au final un jeune homme un peu trop lisse mais fort sympathique. La mascarade dont il semble être victime est absolument machiavélique. Le pauvre n’est pas épargné par le narrateur (et sa femme vampire)… mais le lecteur est ravi de se délecter de ses mésaventures ! Un très bon moment de lecture et une découverte sympathique à recommander à tous ceux qui s’intéressent aux vampires et aux romans d’aventure !

Et un petit extrait, gothique comme on les aime :

« L’escalier avait deux cent quatre-vingt-dix-sept marches. Les chevaux les gravirent en dix minutes, et bientôt le baron et ses hôtes se trouvèrent sur une deuxième plate-forme, de laquelle surgissaient les murs du château. C’était un gothique manoir, avec fossés profonds taillés dans le roc vif, tourelles élancées et pointues, sveltes clochetons, ogives nerveuses et fines, créneaux noirs et lourds, beffroi gigantesque, toiture moussue, murs pleurant aux brutales caresses du vent nocturne, écusson gravé sur le fronton de la porte principale, et souterrains longs d’une lieue, creusés à travers la roche et correspondant mystérieusement avec les forêts et les plaines d’alentour. »  (p68)

Idées de lecture pour tous ceux qui sont tentés par l’aventure !

263 p

Pierre Alexis Ponson du Terrail, La Baronne trépassée, 1852

15/04/2007

Superstitions et crucifix

medium_chessex_vampire_ropraz.JPGCurieux ouvrage que ce petit livre de Jacques Chessex.

1903. Un petit village suisse. Une jeune femme à peine enterrée est sauvagement violée et mutilée par un mystérieux inconnu. La légende du vampire de Ropraz est née. Les mois passent et les villageois superstitieux sont brutalement surpris en découvrant coup sur coup les cadavres profanés de deux autres filles dans la fleur de l’âge. Crucifix et gousses d’ail ressortent dans cette région pourtant protestante. Les habitants, brutes épaisses peu recommandables, cherchent en vain le coupable, l’atroce vampire qui est à blâmer pour tous les malheurs qui se sont accumulés dans la région. C’est alors que l’on découvre que le jeune Favez viole et blesse le bétail la nuit venue. Immédiatement, le coupable est trouvé, le vampire maudit et emprisonné. Le récit porte ensuite sur les mois de détention de Favez, sa remise en liberté rapidement interrompue par le viol d’une veuve de cinquante ans. L’histoire se conclut sur la fuite de Favez, son enrôlement dans la légion française auprès de Blaise Cendrars. Sa mort pendant la guerre de 14-18. Et l’auteur de suggérer que le soldat inconnu reposant sous l’Arc de Triomphe n’est autre que Favez, misérable alcoolique violeur de génisses et de veuves.

Ce récit très court se lit rapidement. L’histoire morbide est pour le moins fascinante. L’auteur laisse planer le doute quant à la culpabilité de Favez, à son rôle dans la profanation des trois tombes. L’écriture rapide et saccadée accompagne le style presque journalistique de Jacques Chessex. Un style souvent neutre, froid, clinique.

Chessex a pour mérite de semer le doute. Du fait divers de 1903 aux pulsions étranges de Favez en passant par le soldat inconnu, il est difficile de dissocier le réel du fictif dans ce récit étonnant. C’est sans doute ce qui m’a réellement plu dans Le Vampire de Ropraz. A première vue, il ne s’agit que d’une retranscription de faits peu banals. Dans ce cas, on aurait tendance à regretter l’exposition brute des faits, car cette histoire étrange ferait une merveilleuse trame pour un roman gothique ou psychologique. Cependant, le style choisi par Chessex sème le doute dans l’esprit du lecteur. La rencontre avec Cendrars semble plausible. Mais lorsque l’écrivain suggère que le soldat inconnu pourrait n’être autre que le vampire de Ropraz, le doute s’installe. On s’interroge alors sur les premiers meurtres. On veut se documenter sur les faits réels et la légende née autour de ces profanations choquantes pour mieux comprendre.

Au final, le Vampire de Ropraz m’a intriguée sans me conquérir totalement. Si l’histoire a éveillé mon intérêt, je n’ai pas été particulièrement sensible au style froid et au récit brut des événements. Une curiosité.

108 p

Beloved a aussi lu ce livre.

 

16/02/2007

Chroniqueuse perdue dans les Carpathes

medium_cent_ans_dracula.JPGAvec précaution, j’avance péniblement dans cet affreux escalier en colimaçon qui sent le moisi et deux ou trois autres choses pas très catholiques. Portant une torche dix fois trop lourde pour mes frêles bras de lectrice, je presse contre moi un vieux grimoire, les Cent ans de Dracula, précieux talisman qui, je l’espère, me laissera une chance de sortir de ce fichu château bien vivante et, si possible, sans morsures et autres petits problèmes incommodants. Soudain jaillit devant moi une créature d’une pâleur inconcevable. Je pose mon grimoire, sors mon pieu de mon sac à dos (car, heureusement pour moi, la créature me regarde d’un air perplexe et ne semble pas avoir spécialement envie de me prendre pour dîner). C’est alors que je vois une minuscule araignée sortie de nulle part escalader ma jambe. Hiiiiiii ! Je pousse un cri strident, dévale les escaliers, cours aussi vite que me le permettent mes deux jambes et laisse la porte se refermer sur moi dans un couinement ridicule. Perplexe, la créature monte tranquillement les dernières marches qui la séparent de la tour de guet. De là, elle me voit, sinistre et ridicule petite chose essoufflée qui cherche désespérément son passe Navigo pour quitter au plus vite cet affreux château en ruine. Je le trouve enfin, franchis le petit pont de bois qui enjambe les douves. De là, j’entends des « youhou » joyeux ; je me retourne et vois la créature agiter frénétiquement les bras en guise d’adieu… peut-être ne suis-je pas faite pour la chasse aux vampires, après tout. Je devrais surveiller mes lectures, j’ai peut-être surestimé mes talents d’aventurière !

Maintenant que je me suis remise de mes émotions, je peux vous donner mes quelques impressions de lecture. Les cent ans de Dracula est à mon avis un recueil très divertissant, que l’on s’intéresse aux vampires, au fantastique ou aux grands textes classiques. Composé de huit textes écrits entre 1797 et 1928, ce recueil fait appel à de grands auteurs aux divers degrés de notoriété: Goethe et Gautier pour les plus reconnus ; Stoker et Polidori, classiques incontournables de la littérature vampirique ; Lovecraft, maître du fantastique ; enfin, pour les moins connus : Jean Ray, Crawford et Askew.

J’ai été surprise par la qualité de tous ces textes (hormis celui de Goethe qui m’a déçue, malheureusement tout simplement parce que ses vers sont vraisemblablement intraduisibles en français et doivent regorger de subtilités en allemand). J’ai découvert des récits incroyablement originaux qui ont à leur époque nourri le mythe du vampire en y apportant de nouveaux éclairages. Quelques mots sur les différents textes :

Goethe, la Fiancée de Corinthe (1797)

John William Polidori, Le Vampire (1819) : le jeune Aubrey rencontre Lord Ruthwen, un dandy qui semble causer la perte de nombreuses jeunes filles à marier. Partant avec lui en Grèce pour un voyage initiatique, il prend conscience de la nature monstrueuse de Ruthwen lorsque celui-ci semble responsable du décès d’une jeune Grecque dont il est tombé amoureux. Aubrey rentre alors en Angleterre. C’est alors que Ruthwen refait son apparition et se rapproche de jour en jour de la jeune sœur d’Aubrey… classique, un des textes fondateurs du mythe du vampire.

Théophile Gautier, La Morte amoureuse (1836) : un jeune homme succombe au regard de braise d’une belle jeune femme au moment où il est ordonné prêtre. En proie à ses propres démons, le prêtre est un jour appelé au chevet d’une mourante. Il s’agit de Clarimonde, la femme aperçue à l’église. Celle-ci revient à la vie et persuade le jeune homme de quitter sa paroisse pour la suivre dans une vie de dépenses et de luxure. Ce texte très bien mené est particulièrement intéressant pour ceux qui souhaitent découvrir des textes non anglo-saxons écrits avant l’âge de gloire du vampire à la fin du XIXe. L’approche du thème du vampire est très différente, ce qui est d’autant plus remarquable que les textes vampiriques les mieux connus sont anglais.

Francis Marion Crawford, Car la Vie est dans le Sang (1880) : deux hommes observent un champ depuis la tour d’une vieille demeure. Lorsque les rayons de lune se posent sur un tertre a priori désert, une forme étrange apparaît, laissant entrevoir un corps allongé sur un tombeau. Pris de curiosité, l’un des deux hommes souhaite se rendre sur place pour mieux observer le phénomène. A quelques mètres de l’objet, il s’arrête : plus rien sur le tertre. De loin, l’autre homme voit le corps se redresser et s’accrocher à son ami. Cette histoire n’est pas ma préférée mais j’apprécie l’atmosphère inquiétante qui l’imprègne ainsi que le caractère hautement fantomatique du vampire. Ici, le vampire n’a pas encore pris ses traits classiques et fait appel aux premiers monstres de notre imaginaire…

Bram Stoker, L’invité de Dracula (1897) : pendant la Walpurgis Nacht, un jeune homme se rend seul dans un village abandonné depuis des siècles, soi-disant en proie à une malédiction. En pleine tempête de neige, il échoue dans un cimetière et trouve refuge dans une tombe. Soudain, il aperçoit une femme près de lui… ce texte gothique à souhait donne un avant-goût de l’incontournable Dracula, qui a définitivement gravé l’image du gentleman vampire dans notre esprit.

Claude Askew, Aylmer Vance et le Vampire (1914) : un jeune sportif dépérit après avoir épousé la descendante d’une femme autrefois présentée comme une sorcière. Deux hommes (qui ne sont pas sans rappeler Jonathan Harker et Van Helsing) accompagnent le jeune marié jusqu’au château des ancêtres de la mariée pour tenter de venir à bout de la malédiction.

Jean Ray, Le Gardien du cimetière (1919) : un homme dans le dénuement le plus total apprend que l’on cherche un gardien pour le cimetière abandonné de la ville. Immédiatement engagé, l’homme finit par s’apercevoir qu’il est retenu contre son grès. J’ai trouvé la narration aussi bien que le vampire originaux ; le texte s’éloigne de la littérature vampirique classique.

Lovecraft, La Maison maudite (1928) : le narrateur souhaite percer le mystère d’une maison où les morts et les cas de démence se sont multipliés au cours des siècles. Très lovecraftien, ce texte fait appel à la tension entre science et surnaturel. Le narrateur se caractérise par son flegme, son caractère méthodique et sa propension à analyser minutieusement chaque détail d’une manifestation pour le moins troublante. Pas de vampire aux dents acérées ici, mais bien une matière visqueuse inconsistante et non identifiable que l’on parvient à éradiquer avec des méthodes pour le moins rationnelles. Encore une allusion au maître Edgar Allan Poe en début de texte. Enfin, une volonté d’ancrer le texte dans la réalité et de présenter ce récit fantastique comme la simple présentation d’un événement vécu. Un résultat pour le moins original… j’ai beaucoup apprécié !

Et pour conclure cette chroniqueuse déjà longue, voici quelques extraits du texte de Jean Ray (peut-être le plus effrayant de tous) :

« Quelle étrange appréhension me fit souhaiter de voir l’espace isolé de la sorte ? Cela me fut très difficile, car la haie était épaisse et chaque feuille de houx était une petite main griffue qui me lacérait la peau. Il n’y avait rien dans l’enclos, si ce n’est huit croix dont la vétusté allait pour ainsi dire en gradation régulière ; ainsi, la première était pourrie et lavée par les pluits, la huitième était toute fraîche… C’était comme des tombes nouvelles… »

« Là, contre la vitre, un visage d’enfer s’est collé. De terribles yeux vitreux, des yeux de cadavre, des cheveux d’un blanc de neige, hérissés comme des lances, et une bouche immense ricanant sur des dents noires, une bouche rouge, rouge comme du feu, ou comme du beau sang qui coule. »

« Je suis retourné à l’enclos des croix. A côté de celle de Brunen S’OUVRE UNE FOSSE FRAÎCHEMENT CREUSEE. C’est ma tombe prochaine. »

« Rapidement, mon revolver cracha ses dernières balles et, avec un grand hoquet qui éclaboussa les murs de sang noir, la vampire s’écroula sur le sol. »

155 p