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20/11/2010
La forêt gardait le silence
J'ai découvert Yoko Ogawa il y a quelques années en tombant par hasard en librairie sur Le Musée du Silence, dont la couverture tout autant que le résumé avaient éveillé mon intérêt. C'était ma première rencontre avec la littérature japonaise et je dois dire que depuis, rares sont les auteurs qui sont parvenus à me charmer autant que Yoko Ogawa.
Comme d'autres lectures avant, le roman Les Tendres Plaintes m'a donné à la fois l'impression de parcourir un univers bien propre à l'auteur et d'être de nouveau dépaysée. J'ai noté également cette idée chez Loula qui dit avoir finalement du mal à cerner cet auteur. Ayant commencé par lire Le Musée du Silence et L'Annulaire, à la fois mystérieux, magnifiques et morbides, j'ai été étonnée par La Formule Préférée du Professeur dont le sujet était très différent. Et finalement, chaque nouvelle lecture m'a donné l'impression de découvrir une autre facette d'Ogawa, tout en retrouvant avec plaisir certains éléments qui me donnent en quelque sorte l'impression d'être en présence de vieux amis lorsque je lis un de ses textes.
Il est ici question de la calligraphe Ruriko qui, son mariage battant de l'aile, se rend subitement dans le chalet de vacances de sa famille afin de s'éloigner d'un mari violent qui fréquente ouvertement une autre femme. Elle fait la connaissance de Nitta, fabricant de clavecin, et de Kaoru, son assistante. De là naît rapidement une amitié entre la jeune femme et ses voisins qui lui font entrevoir de nouveaux horizons à travers leur passion pour le clavecin. Mais Ruriko s'éprend de Nitta et le trio est mis en péril alors que peu à peu la jalousie l'étreint, lorsqu'elle s'aperçoit que Nitta et Kaoru partagent un monde dont elle ne pourra jamais faire partie.
Sur un rythme lent propre à Ogawa, les tensions finissent par attendre leur point culminant jusqu'à la chute inexorable. Si la psychologie des personnages joue un rôle important avec l'impénétrable Nitta, la tendre Kaoru ou Ruriko, plus torturée, d'autres éléments plus périphériques et souvent descriptifs ont toute leur place dans le récit : la fascination de Ruriko pour la chair tendre d'une voisine bien portante, la façon dont les personnages servent les plats et ce qu'ils mangent, de même que l'histoire parallèle d'une vieille dame anglaise dont Ruriko est chargée de recopier la biographie. On retrouve les belles descriptions de la pluie et des plans d'eau qu'Ogawa semble affectionner tout particulièrement, ainsi qu'un événement qui fait écho à l'Annulaire, à travers un doigt mutilé.
Si les livres de cet auteur ne sont pas toujours gais (celui-là mêlant les moments de plénitude à une histoire au fond plutôt mélancolique), ils parviennent presque toujours à m'arracher au quotidien et à me donner l'impression d'évoluer dans une bulle étrangement calme et bénéfique. Cette fois aussi j'ai vraiment savouré ce plongeon dans ce monde particulier que je quitte à regret, avec l'envie d'ouvrir rapidement les quelques livres d'Ogawa qui me restent à découvrir.
Un roman empreint de sensibilité que je conseille à tous ceux qui ont déjà aimé Ogawa. Je sais de moins en moins quel roman recommander à ceux qui ne la connaissent pas, car les sujets varient tellement qu'il est difficile de se décider.
"Les rayons miroitaient à la surface de l'eau. La couleur en était différente à chaque battement de mes paupières. J'ai essayé de concentrer mon regard pour la sonder mais en vain. Je me figurais un fond sableux, des masses compactes d'herbes aquatiques qui ondulaient, mais je ne distinguais que de simples ténèbres" (p209)
De Yoko Ogawa sur ce blog : La Petite Pièce Hexagonale, La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse, Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie. Lus par ailleurs : La Formule préférée du Professeur, L'Annulaire et Le Musée du Silence.
D'autres avis sur Les Tendres Plaintes : Le Globe-Lecteur, Livrogne, Loula, Marie (La Page déchirée), Mirontaine, Mrs Pepys, Pierre C (La Littérature japonaise), Virginie (Perdue dans les Livres)...
Ci-dessous, Les Tendres Plaintes de Rameau.

239 p
Yoko Ogawa, Les Tendres Plaintes, 1996
20:20 Publié dans Littérature asiatique | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : roman japonais, japon, yoko ogawa, les tendres plaintes, actes sud, rameau, clavecin
Commentaires
Yoko Ogawa est un auteur des plus intéressants. Je n'ai pas encore lu ce roman-là, mais cela ne devrait trop tarder.
Écrit par : Marc | 20/11/2010
Répondre à ce commentaireTu pourras découvrir une autre facette encore avec "Cristallisation secrète", à ce jour mon préféré ! "Les tendres plaintes" est dans ma LAL, bien sûr !
Écrit par : kathel | 21/11/2010
Répondre à ce commentaireL'extrait que tu as posté donne vraiment envie ! Je l'inscris dans mes tablettes !
Écrit par : Emjy | 21/11/2010
Répondre à ce commentaireJe n'ai jamais lu Yoko Ogawa.
Je serais tentée de la découvrir, mais sans doute pas avec ce roman-ci car l'intrigue ne m'inspire pas beaucoup...
Je pense que je découvrirai plus volontiers l'auteure à travers son livre "Cristallisation secrète", dont j'attends impatiemment la parution en poche depuis un petit temps... :)
Écrit par : Reka | 21/11/2010
Répondre à ce commentairetiens, je pensais que j'avais écrit un commentaire : l'aurai-je mal posté ? Bref, je n'aime pas Ogawa même si son écriture est vraiment belle et je ne crois pas que je me relancerai dans un de ses romans : je n'aime pas ses histoires avec des détails malsains !!!!
Écrit par : maggie | 22/11/2010
Répondre à ce commentaireMerci, pour le rappel j'ai tristes revanches qui se morfond dans ma PAL
et je note celui là
Écrit par : Michel | 22/11/2010
Répondre à ce commentaireMerci, pour le rappel j'ai tristes revanches qui se morfond dans ma PAL
et je note celui là
Écrit par : Michel | 22/11/2010
Répondre à ce commentaireConcernant les auteurs japonais, j'ai seulement lu Lézard de Banana Yoshimoto. Ta déscription donne vraiment envie de lire ce livre! Merci :-)
Écrit par : Jacqueline | 23/11/2010
Répondre à ce commentaireJ'avais beaucoup aimé les Abeilles. Elle parvenait à créer un mystère à partir de trois fois rien et faisait régner une certaine angoisse agréable... Je constate que sa bibliographie est déjà bien étoffée !
Écrit par : canthilde | 23/11/2010
Répondre à ce commentaireJ'aime Ogawa, il faut que je m'y replonge.
Écrit par : Stephie | 24/11/2010
Répondre à ce commentaireAvec Ogawa, comme tu le dis très bien, c'est toujours familier et pourtant ré-inventé. Pas encore lu celui-ci mais cela ne tardera pas.
Je te recommande aussi "Cristallisation secrète" et ses nouvelles, notamment les recueils "La mer" (mon préféré) et "Tristes revanches".
Écrit par : Voyelle et Consonne | 25/11/2010
Répondre à ce commentairej'ai beaucoup aimé le musée du silence; amour en marge, parfum de glace.. J'aime ce mélange entre fantastique et réalité. On ne sait plus trop où la frontière se situe. Mais j'ai essayé d'autres romans qui ne m'ont pas plu.
Écrit par : claudialucia ma librairie | 26/11/2010
Répondre à ce commentaireUne lecture que j'ai appréciée...
Merci pour le lien, c'est l'occasion pour moi de découvrir un blog sympa que je ne connaissais pas
Ce billet est très réussi et il m'a fait réfléchir de nouveau sur cette œuvre, sous un angle intéressant encore différent de ce que j'avais ressenti !
Écrit par : noann | 07/01/2011
Répondre à ce commentairejoli billet, j'avais très envie de découvrir d'autres opinions sur ce livre ! Tu en as lu pas mal, tu en connais plus sur son univers: je vais découvrir tes autres billets,
belle journée,
Écrit par : sebastien L | 11/01/2011
Répondre à ce commentaireConcernant les auteurs japonais, j'ai seulement lu Lézard de Banana Yoshimoto. Ta déscription donne vraiment envie de lire ce livre! Merci :-)
Écrit par : Korsika | 11/01/2012
Répondre à ce commentaire






































Écrit par : Sabbio | 20/11/2010
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