« Japon, thé et guerriers | Page d'accueil | Un voile de tristesse »
20/09/2007
Avis détourné
Ce soir en rentrant chez moi j’ai été lamentablement vaincue 3 à 0 par ma bibliothèque qui 1) s’est écrasée sur moi de toutes la force de sa PAL monstrueuse ; 2) m’a assené au passage trois bons coups sur la tête en mémoire des livres ouverts puis abandonnés précisément là où l’histoire est sans aucun doute potentiellement plus intéressante ; 3) m’a flanqué une belle baffe aller-retour avec les deux livres qui attendent leur petit moment de gloire depuis quelques jours.
Je le sais autant que vous, ces deux-là se font vraiment des illusions et risquent tout au plus de convaincre deux ou trois lecteurs par le biais de la scène que voici… mais, ne voulant pas risquer de me prendre un coup d’Harry Potter, Tome 7, 650 p sur la tête pour abandon et outrage à roman (avec circonstances aggravantes, je le crains), je vais faire de mon mieux pour mettre ce soir sous les feux de ma modeste rampe la dernière parution de Yoko Ogawa chez Babel. En espérant que la longueur du titre ne découragera pas définitivement les quelques téméraires qui sont encore en train de lire ces (quelques) lignes. Car il s’agit ni plus ni moins du récit au titre périlleux Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, suivi d’une nouvelle à l’air bien plus modeste, il faut l’avouer, Un thé qui ne refroidit pas.
(Je précise que, la paresse aidant, je viens de jeter un œil à mes mails non lus – plus de 1000, un record – jusqu’à ce que je tombe sur un mail en allemand auquel je dois maintenant répondre : mon niveau est tel que la perspective de cette note est bien plus clémente comparée aux deux paragraphes en allemand qui m’attendent et viendront, poussivement, certes, mais inéluctablement).
Rentrons enfin dans le vif du sujet !
Les histoires de ce petit livre paru pour la première fois en 1998 chez Actes Sud :
Dans Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, une jeune femme s’installe dans une petite maison et s’apprête à l’aménager avant de se marier. Un soir, un homme et son fils frappent à sa porte. « Vous ne souffrez pas de détresse ? » De cette question insolite naîtra une relation platonique, déconcertante entre l’héroïne et le père et son fils. Observant un réfectoire à l’heure du nettoyage, les deux adultes discuteront de l’étrange relation entre les réfectoires le soir et les piscines sous la pluie.
Dans Un Thé qui ne refroidit pas, l’héroïne retrouve un camarade de classe suite au décès brutal d’un troisième ancien élève (mort noyé dans sa voiture après un plongeon dans les eaux glacées du port). Les deux survivants décident de se revoir. S’enchaînent alors les visites au domicile de l’ancien camarade et de son épouse, incroyablement belle. D’où la fascination de l’héroïne qui se sent irrésistiblement attirée par l’harmonie et le bonheur tranquille qui règnent sans partage sur ce foyer.
Voilà deux histoires dans la veine d’Ogawa, avec ce style et cette élégance inimitables qui la caractérisent. Les deux textes sont eux-mêmes terriblement typiques de cet auteur : une narratrice à qui l’on pourrait donner entre 15 et 40 ans, des hommes fantomatiques (un futur mari qui apparaît au détour d’un paragraphe pour faire quelques travaux ; un compagnon irritant essentiellement présent par les notes qu’il laisse le soir sur une ardoise). Et des sujets bizarres accompagnant une histoire presque inexistante.
Est-il encore besoin de faire la critique d’un récit de Yoko Ogawa? Invariablement, les mots s’enchaînent avec une facilité navrante tant elle est prévisible.
L’écriture d’Ogawa est d’une subtilité désarmante, ses récits ont un charme désuet dont je ne me lasse pas. Il ne se passe souvent rien ou pas grand-chose. Encore une fois je savais à l’avance comment tout cela allait se terminer. Ou plutôt, « s’inachever » dans un dernier écho de pluie, un dernier souffle, un soupir. Rien de plus. Car Ogawa n’a pas besoin d’écrire des romans ou des nouvelles à l’histoire très structurée, avec un départ, un cheminement plus ou moins tortueux et une chute de rideau sans appel. Peu importe l’issue du récit, l’évolution des relations des uns et des autres. S’il y a mouvement, c’est dans l’incroyable poésie de l’écriture, le flot des mots qui s’égouttent tranquillement, bercent et forment peu à peu une palette de couleurs dont les pastels, les demi-tons et les non-dits font toute la beauté. Présentées avec beaucoup de simplicité, les histoires étranges, parfois malsaines de Yoko Ogawa acquièrent une certaine normalité, peut-être déconcertante, voire dérangeante.
Yoko Ogawa évoque pour moi la pluie s’écoulant avec régularité, suivant de ses grosses gouttes ma fenêtre embuée, dessinant des formes étranges devant les fleurs accrochées à une petite rambarde à la peinture écaillée. Etrange, beau, doux, triste, vivant, essentiel. Tel est son monde à mes yeux. Et si cette note ne rend pas justice à Ogawa, c’est sans doute parce que c’est un écrivain dont j’ai intériorisé l’univers depuis trop longtemps, avec toute sa fragilité et sa beauté douloureuse.
106 p
22:50 Publié dans Japon | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
Commentaires
Si tu as besoin d'aide pour le mail en allemand, n'hésite pas à demander ;).
Les bibliothèques et leurs humeurs... dans ces cas-là je me dis toujours que nous ne faisons que prendre conscience du poids du savoir :).
Je partage complètement ton enthousiasme pour Yoko Ogawa! C'est un de mes auteurs préférés toutes catégories confondues. Je l'avais découverte il y a 5-6 ans avec "La piscine - Les abeiles - La grossesse" et j'y repense tout le temps. Une expérience esthétique très forte. Pour toi aussi apparemment.
Ecrit par : Agnès | 21/09/2007
Répondre à ce commentaireOgawa est un auteur qu'il faut que je découvre, mais, voyant la hauteur de ma PAL, je n'ose pas en rajouter d'autres de peur de vivre la même expérience que toi !! ;-o)
Ecrit par : Florinette | 21/09/2007
Répondre à ce commentaireCe n'est pas ce livre-là qui me réconciliera avec les japonais... je me suis essayée à plusieurs fois à cette littérature, et vraiment j'y reste hermétique. je passe mon tour.
et ne t'inquiètes pas, nous sommes nombreuses a avoir de difficiles relations avec nos bibliothèques... :o)
quant à l'allemand, ach, je te souhaite bon courage!
Ecrit par : Choupynette | 21/09/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai failli l'acheter la semaine dernière ! J'ai découvert Ogawa cette année, avec la Petite pièce hexagonale, et j'ai bien aimé. Tu parles très bien de cet auteur !
PS : désolée, ne compte pas sur moi pour l'allemand... ni sur les 1000 en retard, moi je les excluse au fur et à mesure, c'est moins décourageant ! Courage !
Ecrit par : Tamara | 21/09/2007
Répondre à ce commentairedis donc!
fais attention à toi!! (je parle du mail en allemand, si t'as biblio t'as attaquée, c'est que tu l'as narguée! c'est bien connu, les bibliothèques sont très susceptibles et se multiplient comme des petits pains!
Ecrit par : valeriane | 21/09/2007
Répondre à ce commentaireJ'avais lu, en Mai dernier, les nouvelles suivantes (publiées par Actes Sud elles aussi) :
- Paupières
- La Bénédiction Inattendue.
Mon article ici :
http://entremotsetvous.over-blog.net/article-6552597.html)
Son univers est particulier et j'ai remarqué un réel talent de description chez Yoko OGAWA, très observatrice.
Ecrit par : Marianne | 22/09/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai lu l'age des méchancetés de Fumio Niwa (si tu veux je te l'envoie!) et Cercle de Famille de je-sais-plus-qui. et il y a longtemps j'avais lu encore autre chose mais ps moyen de m'en souvenir si ce n'est que ca ne m'avait pas plu...
Ecrit par : choupynette | 22/09/2007
Répondre à ce commentaireIl se passe des choses bizarres chez toi, c'est comme à Poudlard :)
Ecrit par : anjelica | 22/09/2007
Répondre à ce commentairePourquoi personne ne parle de ce livre exceptionnel de Ogawa pour lequel elle a reçu un prestigieux prix: La formule preferee du professeur, sorti il y a 2 ans je crois, mais vient juste d'être publié en poche! il faut vous jeter dessus, et apres j'espere ne plus lire ici que chez Ogawa il ne se passe rien!
De même que dans son dernier roman "La marche de Mina" que je viens jsute de finir...
Ecrit par : Chelmi | 25/01/2008
Répondre à ce commentaire"le flot des mots qui s’égouttent tranquillement", quelle beauté ! merci Lou d'être (presque) "comme moi" :)
Ecrit par : wictoria | 18/02/2009
Répondre à ce commentaireAprès "L'annulaire" et "La formule préférée du professeur", je vais aller feuilleter ses autres romans mais je pense que je pourrais bien poursuivre avec celui-ci... à moins que tu n'aies un autre conseil à me donner... ;-)
Ecrit par : Naïk | 26/02/2009
Répondre à ce commentaire








































Courage aussi pour le millier de mails en retard (j'avoue que je me sens mieux du coup, je n'en ai que 80 :D).
J'espère que tes relations avec ta biblio redeviennent harmonieuses... Ogawa fait partie de mon challenge 2008 dédié à l'Asie. J'espère ne pas être déçue car j'ai un peu peur de la bizarrerie de cet auteur et en lisant ta note, je pense à Banana Yoshimoto dont je n'ai pu finir "Kitchen" :(( J'ai vraiment du mal avec les Japonais...
Ecrit par : Flo | 21/09/2007
Répondre à ce commentaire