« Et si on plantait un petit crysanthème ? | Page d'accueil | Etudier à Oxford »
13/07/2010
Tiens, et si on faisait un petit tour en Angleterre ?
Ma chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de Testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard*. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence était peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".
Et puis passé les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser. Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle perte de temps ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou va-t-il te tomber des mains ?
Maggie.
Dear Maggie,
C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes et de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée). Je suis donc courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.
Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff).
Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.
Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisserait presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait par le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !
Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah).
PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…
Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,
Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit ( ?!) : tout d’abord je suis ravie de voir que ce livre t’a plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées pas inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !
Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.
Maggie
* Il s'agit du premier roman de l'auteur.
183 p
Jonathan Coe, La Femme de Hasard, 1987

Une lecture partagée avec Maggie (dont les neurones ont visiblement moins souffert de la chaleur que les miens). Et l'avis de Pitou (chez qui j'ai d'ailleurs trouvé la photo de l'auteur).
Et ici, le site et blog de Jonathan Coe.
******
Avis aux amis blogueurs, lecteurs et passants occasionnels :
Je profite de notre fête nationale pour partir quelques jours chez nos amis britanniques. Je serai souvent absente cet été mais je pointerai le bout de mon nez par ici de temps en temps, of course !
En attendant, bonnes vacances à tous ceux et toutes celles qui partent bientôt ! Quant à moi, je prépare maintenant les quelques heures que je passerai demain à Londres avant de partir pour le Yorkshire, aussi folle de joie qu'une petite fille (et plus encore !). Ci-dessous, des photos de lieux que nous envisageons de découvrir si nous avons le temps (Sherwood Forest, Haworth où vécurent les Brontë, la ville de York). Départ à 8h demain !




21:47 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
Commentaires
Je garde un assez bon souvenir de ce roman-là ...
Écrit par : Miss Babooshka | 14/07/2010
Répondre à ce commentaireoh punaise oui lire la vie d'une fille de tous les jours n'est pas si palpitante mais en plus plate...je passe..
et bin bon voyage...hummm ces photos sont sympas bon voyage!...;o)
Écrit par : rachel | 14/07/2010
Répondre à ce commentaireBon voyage !
Les premiers romans de Coe ne sont pas ses meilleurs, même si j'avoue ne pas avoir lu celui-ci encore. Le seul non lu avec son dernier !
Écrit par : Manu | 14/07/2010
Répondre à ce commentairej'ai un roman de jonathan coe dans ma PAL - je confesse à ma grande honte n'avoir jamais rien lu de lui !
je te souhaite un très agréable séjour british !
Écrit par : niki | 14/07/2010
Répondre à ce commentaireBonnes vacances à toi !
Pour ce premier roman de Jonathan Coe, j'avais apprécié même si ce n'est pas son meilleur.
Écrit par : Maeve | 14/07/2010
Répondre à ce commentaireVraiment pas le meilleur Coe, en effet.
Passe de bonnes vacances!
Écrit par : Voyelle et Consonne | 14/07/2010
Répondre à ce commentaireTu ne m'avais pas dit que tu allais faire un tour à Haworth !!!!! Je suis verte de jalousie....je me demande si je ne vais pas bouder...
Sinon toujours aussi amusant vos échanges de mails ! Et là je suis surprise, un Jonathan Coe que je ne connais !!!! Mince moi qui croyait avoir fait le tour de ses romans ! Heureusmeent que vous êtes là pour combler mes manques ! ;-)
Écrit par : Titine | 15/07/2010
Répondre à ce commentaireJ'aime beaucoup la forme de cette note de lecture. Il faut rétablir le style épistolaire ! Et tu as bien de la chance de partir en vacances en Angleterre. Cette destination me semble beaucoup plus fraîche que la mienne.
Écrit par : canthilde | 18/07/2010
Répondre à ce commentaireBonjour Lou, le Yorkshire: mon rêve depuis 25 ans! Rien que pour aller faire une visite dans la région des soeurs Brontë. Bonne balade, bonne visite et des images plein les yeux. Quant au premier roman de J. C, je ne l'ai pas lu. Bonne journée.
Écrit par : dasola | 20/07/2010
Répondre à ce commentaireJe lis ton poste sur La femme de hasard et je ne peux résister .... de te dire qu'il exite un challenge COE lancé par June et Moi.
Si ça t'intéresse de continuer l'aventure COE viens faire un petit tour sur nos blog :D
Écrit par : myrddin | 24/07/2010
Répondre à ce commentairebin je l'espere pour un autre coe...mais bon pour tout te dire...je sais tu vas crier...alors cri...je ne suis pas adepte des lectures type "bridget jones"....
Écrit par : rachel | 25/07/2010
Répondre à ce commentairej'espère que nous aurons le plaisir de quelques photos ?
Écrit par : niki | 25/07/2010
Répondre à ce commentaireooh le rapport que je faisais entre ce livre et celui de bridget...et le cote je raconte la vie de quelqu'un de tous les jours, avec une pointe d'humour, (bon c vraiment un resume)...;o)
Écrit par : rachel | 25/07/2010
Répondre à ce commentaireJ'ai vu ça l'an dernier... que de souvenirs!!! C'est beauuuu l'angleterre! QUant à Coe, je vais le découvrir bieintôt, j'ai reçu un livre de lui à Books !1
Écrit par : Karine:) | 27/07/2010
Répondre à ce commentaireooh okidou, je vois la difference....oui pourquoi pas alors...;o)
Écrit par : rachel | 30/07/2010
Répondre à ce commentaireJ'espère que tu auras/auras eu l'occasion de visiter la cathédrale de York et le musée du 19 et 20e siècle
Écrit par : Tiphanie | 18/08/2010
Répondre à ce commentaireChouette billet ! :)
J'ai beaucoup aimé le rapport philosophique qu'à Maria vis-à-vis de son chat dont tu parles. C'était mon premier Coe mais j'aime déjà donc je pense tous les lire dans l'ordre ou presque !
Écrit par : Morgouille | 03/04/2011
Répondre à ce commentaireSuper ! Je reviendrai les lire plus tard alors ! :)
J'ai Les nains de la mort dans ma PAL donc ce sera certainement mon prochain... Après, j'essayerai de trouver Une touche d'amour et puis je lirai les autres dans l'ordre jusqu'au dernier ! :)
Écrit par : Morgouille | 03/04/2011
Répondre à ce commentaire






































ohhhh ! Ces photos sont tout simplement sublimes ! Bon voyage !
Écrit par : maggie | 13/07/2010
Répondre à ce commentaire