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05/10/2012

Les Fantômes des Victoriens

collectif_Fantomes-des-victoriens--cover.jpgJe crois que je compte vous parler de ce livre depuis le premier Challenge Halloween en 2010, mais longtemps il a résisté ! Il faut dire qu'une nouvelle de Dickens m'a donné du fil à retordre l'an dernier et m'a fait passer l'envie de poursuivre ma promenade en territoire victorien. Mais cette année, voyant notre première étape irlando-grande-bretonne (!) approcher à toute allure et mon roman de 700 pages avancer bien moins vite, j'ai opté pour une stratégie de repli visiblement hautement efficace puisque, aujourd'hui, pour mon plus grand bonheur, j'arrive enfin à vous parler du recueil Les Fantômes des Victoriens publié par les excellentes éditions José Corti (qui comme Phébus ont le don d'exhumer de vrais petits bijoux).

Beaucoup de grands écrivains victoriens dans ce recueil, mais aussi quelques-uns que je ne connaissais que vaguement de nom, encore moins de réputation. Cela donne une suite de nouvelles très variées, pour tous les goûts !

Wilkie Collins, « Neuf heures ! » : pendant la révolution française, des hommes attendant leur exécution dans une prison festoient pour la dernière fois et s'interrogent sur l'heure à laquelle ils approcheront de la guillotine. L'un d'eux confie à un autre qu'il sait qu'il mourra à neuf heures le matin... et c'est bien ce qui arrivera. Une nouvelle concise qui frappe l'esprit (la preuve c'est que j'en parle un an après sa lecture et que je garde encore le souvenir d'un texte glaçant et très précis).

Charles Dickens, « Le Fantôme dans la Chambre de la Mariée » : un mari attend avec impatience le décès de sa femme et lui intime de mourir... j'avais lu ce texte l'an dernier mais il ne m'avait pas vraiment plu à l'époque et je n'ai pas eu envie de le relire. Tant pis !

Patrick Kennedy, « Les Fantômes et la partie de Football » : un fantôme cherche à réparer ses erreurs passées mais lorsqu'il propose une partie de foot à ses hôtes ceux-ci sont bien incapables de lui adresser la parole. Difficile dans ce cas de passer le message !

Anonyme, « Le Spectre de la Visiteuse » : un jeune homme à la vie dissolue vient mourir chez ses parents. Dans la pièce isolée et lugubre qu'il occupe, une étrange femme apparaît chaque nuit, causant au mourant un profond trouble... son comportement scandaleux semblerait l'avoir rattrapé.

Joseph Sheridan Le Fanu, « Le Fantôme et le Rebouteux » : Ce n'est pas le meilleur Le Fanu mais malgré tout cette nouvelle est bien sympathique. Un rebouteux est forcé de passer la nuit dans un château réputé hanté. On s'en doute, le redouté fantôme sortira de son tableau pour venir taquiner notre héros... A noter que le récit débute par une parenthèse historique ; autrefois, certains Irlandais pensaient que la dernière personne enterrée dans un lieu était obligée d'aller chercher de l'eau pour tous les autres habitants des lieux, pour étancher leur terrible soif ; par conséquent si deux enterrements se suivaient les cortèges faisaient la course pour mettre en terre leur mort en premier, au point d'aller jusqu'à jeter le cercueil par dessus le mur pour éviter de faire un détour par le portail !

Sir Arthur Conan Doyle, « Comment c'est arrivé » : un accident de voiture qui se finit mal (très court mais très bien mené).

Vincent O' Sullivan, « Quand j'étais mort » : Un jeune homme décède et se retrouve fantôme dans sa propre maison, incapable de se faire entendre de ses domestiques affolés ou éplorés selon les cas.

Bernard Capes, « La Maison qui s'est évanouie » : Dans le froid des musiciens gelés décident de jouer pour se réchauffer. Apparaît alors une maison et une jeune femme leur propose une étrange boisson... mais mieux vaudrait s'abstenir !

Arthur Quiller-Couch, « La Chance du Laird » : une nouvelle un peu plus longue, à la construction classique mais efficace. Un jeune homme tombé pendant les guerres napoléoniennes fait l'objet de mémoires et d'une étrange histoire. Juste avant sa mort on l'a soupçonné de tricher aux cartes (et comme au XIXe on ne plaisantait pas avec ça c'est son honneur qui est mis en cause, une affaire qui devait briser sa carrière et sa vie, voire se solder par un duel !). Vous vous en doutez bien, c'est un petit lutin qui a fait le coup ! J'ai beaucoup aimé le coup classique du Victorien sérieux et respectable (ici dans l'armée qui plus est) capable de gober avec facilité toutes les histoires de fantômes les plus abracadabrantes... c'est ça qui fait le charme de l'époque !

George Moore, « Un Théâtre dans la Lande » : aussitôt lu, aussitôt oublié, c'est fâcheux ! J'ai été assez réfractaire au style, d'où un intérêt modéré pour le contenu. A la campagne, une mère règle de façon expéditive l'accouchement honteux de sa fille, dont l'enfant hantera la lande.

E.M. Forster, « L'Omnibus Céleste » : un omnibus conduit par d'illustres cochers (tel  Dante) amène ses occupants dans un au-delà merveilleux... mais tout le monde n'en revient pas indemne. Une histoire qui relève davantage du merveilleux que de l'épouvante, malgré une fin pour le moins sombre.

2341141959.jpgUn très bon recueil, certaines nouvelles m'ont davantage plu que d'autres mais avec autant d'auteurs et d'approches différentes, ce n'est pas étonnant ! Chaudement recommandé pour les arrêts  en territoire maléfique !

Et je poursuis mon voyage anglais en compagnie des Radley...

Etape 1 du voyage d'Halloween : UK et Irlande

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie la redoutable sorcière Hilde, et du challenge victorien d'Arieste

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201 p

Collectif, Les Fantômes des Victoriens, XIXe
Halloweem 2012.jpglogo-challenge-victorien.png

24/08/2012

Anthony Trollope, Aaron Trow

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowAprès une magnifique série de rencontres victoriennes au sommet au cours desquelles nous avions toutes fait nos devoirs, la séance Trollope a marqué un petit ralentissement. Je faisais partie des deux mauvaises élèves... Cryssilda avait lu 69% de son roman (eh oui elle en est même venue à calculer de tête son rendement victorien mensuel). Quant à moi, j'avais deux lectures en cours : le début de Miss Mackenzie et, comme je voyais que Miss Mackenzie n'aurait pas le temps de se marier avant la prochaine rencontre des frogs, j'ai jeté mon dévolu sur Aaron Tarow Trow (oui, notre rencontre dans le métro fut brève et intense, mais pas assez pour me permettre de me souvenir de son nom lorsque, attablée devant ma Caledonian, j'ai dû parler de lui). Je suis heureuse de dire qu'après avoir réalisé que je n'avais que la moitié du texte dans la version que j'avais trouvée, puis attendu quelques mois histoire de tout oublier j'ai finalement relu le texte en entier grâce à mon Reader tout beau tout neuf .

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowBref, de quoi parle cette nouvelle ? Comme vous ne la lirez pas, je ne vais pas y aller par quatre chemins, sachez que ce billet est 100% spoiler (décidément ça fait beaucoup de calculs aujourd'hui, mais rassurez-vous mon cerveau ne tiendra pas longtemps à ce rythme).

 



bermuda.jpgAaron Trow (et non Tarow) est un ouvrier et père de famille anglais. Malheureusement, dans une ville industrielle sympathique comme l'Angleterre savait les faire au XIXe, Aaron est à l'origine d'une émeute au cours de laquelle il tue un policier. “At a period of great distress in a manufacturing town he had led men on to riot, and with his own hand had slain the first constable who had endeavoured to do his duty against him”. Il est ainsi banni et envoyé aux Bermudes. Comme ce père de famille est très malheureux de son sort, il finit par s'enfuir. Avec quelques autres, mais seul Aaron disparaît pour de bon. Qu'il est doué cet Aaron.

En parallèle, Anastasia Bergen vit avec son père, trop égoïste pour la laisser se marier. La voilà donc empêtrée dans de longues fiançailles. Mais ce n'est pas tant ce qui nous intéresse ici. Car Anastasia est souvent laissée seule la nuit dans la maison familiale et ce qui devait arriver arriva : Aaron arrive.

Anthony_Trollope.jpgLà où j'ai été surprise, c'est que j'attendais quelque chose de classique : elle tombe amoureuse de lui ou l'aide de suite, le cachant et le nourrissant par pure charité chrétienne. Aaron est bon, il ne fait que subir l'injustice de la société victorienne. En réalité, Aaron est un type toujours follement sympathique, qui la menace, la prive de son dîner (en même temps ce qui l'attendait n'était pas folichon, je peux déja vous dire qu'elle ne râte pas grand-chose), lui vole son brandy. Pour finir, il menace de la tuer à moins qu'elle ne lui donne de l'argent. “Murder you, yes ; why not ? I cannot be worse than I am, were I to murder you ten times over. But with money I may possibly be better.” Et là, manque de chance, Anastasia n'a pas la somme requise et Aaron, le fourbe, refuse de la croire puis menace d'attenter à sa vertu. Heureusement pour elle, Anastasia n'est pas de ces Victoriennes pleurnicheuses qui sanglotent en attendant l'intervention d'un mâle plus qualifié pour gérer ce genre de situation. Mais si la jeune femme réussit à se sauver, Aaron Trow n'aura pas la même chance. Le texte finit ainsi sur ces mots : “That the ghost of Aaron Trow may be seen there and round the little rocky inlet of the sea is part of the creed of every young woman in Bermuda.”

Bref. C'était ma première rencontre avec Trollope ; dans la foulée j'ai découvert The Château of Prince Polignac. La prochaine concernera peut-être une vieille fille devenue subitement plus attirante après un héritage conséquent.

Lu dans le cadre du challenge Trollope d'Urgonthe et du challenge victorien d'Arieste

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Environ 50 p

Anthony Trollope, Aaron Trow, Originally published in Public Opinion, December 1861.victorian frogs.jpgchallenge_trollope.jpg

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17/08/2012

Shocking ! Les filles Darcy risquent leur vertu à Londres

aston-les-filles-de-mr-darcy.jpgChère Lady Ludlow,

Ma chère amie, je viens de recevoir votre lettre envoyée le mois dernier depuis Cadix. Il faut croire que le courrier s'achemine de plus en plus mal car je suis certaine que lorsque Sir Edward et moi nous sommes rendus en Espagne il n'y a pas plus de cinq ans, je recevais si rapidement vos réponses à mes lettres que je n'avais guère le temps de me languir dans ce pays peu civilisé, sans la moindre modiste digne de ce nom – si bien que comme vous j'avais fini par faire venir ma couturière sur place pour plus de simplicité.
J'espère que vous ne vous ennuyez pas à mourir. Il est vrai que Cadiz est une ville bien plus petite que Madrid où je déplorais déjà le peu d'activités, mais vous appréciez tellement tous ces livres aux titres compliqués que je suis persuadée que vous êtes ravie de ce séjour, et je m'en réjouis. J'ose espérer toutefois que les quelques nouvelles de Londres que j'ai à vous communiquer sauront vous divertir, d'autant plus que vous ne pouvez pas rentrer sans connaître les derniers événements, sans quoi vous passeriez pour une excentrique !

Vous vous souvenez bien sûr du mauvais mariage qu'a fait Fitzwilliam Darcy, de Pemberley, et du scandale qu'a causé cette mésalliance. Alors qu'il aurait pu épouser n'importe quelle jeune femme de haut rang, voilà qu'il avait préféré une fille quelconque sans titre ni fortune, dont les manières laissaient qui plus est à désirer (je tiens cette dernière information d'une amie intime de ma tante, Lady Catherine, qui a eu bien des raisons de regretter cette triste affaire).

Vous savez aussi que les Darcy ont eu cinq filles : vous ne serez pas étonnée de savoir que la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre ! L'aînée était fiancée à un jeune homme de bonne famille, bien que sa famille soit assez peu connue dans nos cercles, mais il a disparu au cours d'une bataille. On dit que depuis la jeune femme jouait les veuves éplorées (ce qui a beaucoup fait rire par ici) et pour l'avoir rencontrée j'ai bien constaté que c'était l'héritière la plus assommante qui soit. Eh bien figurez-vous que son cher fiancé est réapparu, qui plus est marié ! Il prétend l'amnésie mais personne ici n'est dupe et, après avoir échangé quelques mots avec elle, tout le monde s'accorde à s'amuser de la présence d'esprit du fiancé et de la façon dont il a su se tirer de ce mauvais pas !

Mais je gardais le meilleur pour la fin : la deuxième fille, qui ressemble paraît-il à sa mère comme deux gouttes d'eau, s'est éprise de Sir Sidney, qui avait fait fuir sa dernière fiancée peu avant de la conduire à l'autel, Sir Sidney dont le statut de célibataire endurci commençait à se confirmer. A peine arrivée à Londres, cette demoiselle Darcy a manifesté son intérêt pour Sir Sidney sans la moindre discrétion, pour le rejeter publiquement après la demande en mariage que personne n'osait imaginer ! Vous vous doutez que ce petit scandale a alimenté toutes les conversations, mais à peine la nouvelle avait-elle fait le tour de Londres que le pot aux roses était découvert : Sir Sidney est (j'ose à peine l'écrire et il n'y a bien qu'avec vous que je peux permettre de divulguer aussi clairement une telle nouvelle sans passer pour une bavarde indiscrète) un sodomite, parti avec son valet favori à l'étranger qui plus est !

Ma chère amie, je tremble à l'idée de vous annoncer de tristes événements dans les missives à venir mais je crains que Fitzwilliam Darcy et son épouse n'aient de bien mauvaises nouvelles en guise d'accueil à leur retour de ce voyage en Perse ou en Turquie (un pays de ce genre). Il est évident que leurs filles ont été confiées à des mains bien peu expérimentées pour les accompagner pendant ce séjour londonien et leur entrée dans le monde. Mais lorsqu'on  laisse ses filles quitter le confort d'une propriété campagnarde pour les bals de Londres sans les surveiller de près, on peut s'estimer heureux s'il ne leur arrive rien de fâcheux !

Donnez-moi des nouvelles de vous ou parlez-moi de vos arides lectures si vous n'avez rien d'autre à me communiquer, j'en déduirai que vous vous ennuyez à mourir et veillerai à vous écrire aussi souvent que possible pour vous tenir informée des incontournables de cette saison ! Certes mes lettres ne valent pas vos lectures favorites, mais j'espère qu'elles auront au moins le mérite de constituer pour vous un agréable divertissement !

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice3coeurs.jpg

 

 

475 p

Elizabeth Aston, Les filles de Mr Darcy, 2003

(2012 pour la parution française)

austen.jpg Oui je ne suis pas trop présente sur mon blog en ce moment : mariage, voyages, travail, j'ai un peu de mal à tout suivre mais je continue à lire et prévois des billets pour la rentrée et surtout, pour le challenge Halloween. A très vite !

04/02/2012

Holmes ? Such nonsense !

Sherlock Holmes 2 Film.jpgJe voulais parler ici de meurtres entre soeurs anglaises, lire enfin le roman de Tash Aw, passer des heures à me prélasser sur mon canapé, mon pc sur les genoux et une delicious cup of tea à portée de main, mais le manque de temps me fait privilégier les sorties cinéma de week-end et parler de films hautement intellectuels.

Sherlock Holmes 2 Film5.jpgPour lutter contre le froid, j'ai opté cet après-midi pour une petite escapade en compagnie de Guy Ritchie et de son nouveau Sherlock Holmes, A Game of Shadows. La semaine dernière j'avais déjà passé un moment assez improbable en compagnie de William Shakespeare, mais je vous raconterai ça d'ici quelques jours. Cette fois-ci, comme le titre le journal Marianne (article croisé sur le Net), j'ai vu Sherlock Holmes version grosse baston ou, ajouterais-je, version tout et n'importe quoi (et surtout n'importe quoi). J'avais été très bon public lors de la sortie du premier Sherlock, ne connaissant de Ritchie que son video clip publicitaire avec Madonna. J'espérais une suite un peu originale mais j'ai l'impression d'avoir vu une version infiniment plus caricaturale, définitivement moins subtile et positivement grotesque du premier opus (pour ceux qui ont déjà frémi la première fois, je conçois le caractère quelque peu inquiétant de mes propos). Pour résumer, c'est la même chose, sans beaucoup d'inventivité, le tout assaisonné d'un humour bien lourd.

Sherlock Holmes 2 Film2.jpgOn retrouve les ressorts de tout bon “navet d'action”. Sherlock sauve son ami, évite une guerre mondiale, saute dans des chutes d'eau mais ne meurt pas, suivant un scénario servi par la grâce exquise du réalisateur. Réalisateur qui ne peut s'empêcher de ressortir de son placard les ralentis avant vraie castagne. Mais si je me suis un peu ennuyée pendant ces passages (oui encore une fois je trouve ce type de scène follement soporifique), je n'ai pas été déçue du voyage...

Sherlock Holmes 2 Film6.jpgJ'ai ainsi découvert : que Sherlock avait un penchant pour les vêtements féminins et le maquillage (la question de la nature de sa relation avec Watson étant évoquée avec beaucoup de finesse) ; que lorsqu'il ne pouvait pas s'habiller en femme il adorait les déguisements ridicules (notamment longue barbiche et grosses barbes – Shakespeare et son faux nez à moustache est en comparaison la discrétion même dans Anonymous) ; qu'il buvait du formol (rien de plus naturel) et mettait des combinaisons de camouflage entre sous-vêtements victoriens et pyjama moulant. Quant à Stephen Fry, vous ne le verrez plus du même oeil après l'avoir découvert (tout nu) en Mycroft Holmes. On ne mentionnera pas la liste complète des aberrations et scènes peu crédibles, il faudrait pour ça copier presque intégralement le scénario ici. Les décors (Paris, Londres, Strasbourg...) et les acteurs sont exquis, mais ce film montre bien l'importance du réalisateur, sans qui les meilleurs ingrédients peuvent se transformer en plat bien fade.

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(Voilà qui peut compter pour la prochaine séance des Victorian frogs, au cas où j'aurais besoin d'un plan B)

Sur ce blog : le premier Sherlock Holmes de Ritchie. Une autre version hallucinée de Holmes dans L'Instinct de l'Equarrisseur de Thomas Day. Et de Doyle : Le Pacte des Quatre.

Vu dans le cadre du challenge Back to the Past organisé avec Maggie.

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Sherlock Holmes A game of Shadows, un film de Guy Ritchie (2011)

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08/01/2012

Hôtel hanté à Venise

collins hotel hante.jpgAujourd'hui notre ami Wilkie fête ses 188 ans... c'était donc l'occasion de lui consacrer un nouveau billet. J'hésitais à sortir de ma PAL ses romans les plus longs mais j'ai réalisé que je n'avais jamais parlé de L'Hôtel hanté, lu et adoré il y a environ deux ans. J'étais incapable de m'en souvenir avec précision, je l'ai donc relu car Wilkie au mois de janvier, vodka rhum toute l'année (oui ça n'a aucun sens, mais Wilkie était assez festif donc je me suis dit que ça lui irait bien).

De quoi s'agit-il ? D'une comtesse étrange, aux cheveux sombres, au visage pâle et fascinant, mélange de beauté et de laideur. De son frère, le baron, qui l'accompagne à travers toute l'Europe, semant sur leur passage le scandale et la disgrâce. De Lord Montbarry, ramolli du bulbe qui abandonne Agnès, exemple même de l'Anglaise idéale, bonne, douce et patiente, même dans le scandale.

Fiancé à Agnès, Lord Montbarry s'éprend de la comtesse Narona et demande celle-ci en mariage. Alors que la famille du lord s'y oppose et que les cancans vont bon train,  le couple marié à la sauvette se rend sur le continent et finit par s'installer dans un vieux palais délabré de Venise. Rejoint par le baron, frère de Lady Montbarry, le couple n'a pour entourage qu'une servante qui donne rapidement sa démission ainsi qu'un messager, Ferraris. La première partie se déroule cependant en Angleterre, essentiellement à travers les échanges entre Agnès, Henry – frère de Montbarry et amoureux de la jeune femme, ainsi que Mrs Ferraris. Celle-ci, ne recevant plus de nouvelles  de son époux, s'inquiète de son sort, jusqu'au jour où elle reçoit 1000 livres et un billet bien court : “ pour vous consoler de la perte de votre mari”. Pour elle, les choses sont claires : son mari a été assassiné. Mais un autre événement survient : Lord Montbarry meurt des suites d'une bronchite, faisant bénéficier son épouse d'une assurance vie montant à 10 000 livres, contractée à la demande du baron. Le roman suivra les pas de Henry et d'Agnes qui, petit à petit, seront amenés à se rendre à Venise et à découvrir ce qui est réellement arrivé dans le palais désormais transformé en hôtel et visiblement hanté.

wilkie-collins.jpgComme lors de ma première lecture, je me suis régalée avec ce roman de Wilkie Collins qui est peut-être celui qui m'a procuré le plus de plaisir jusqu'ici. On sent que ce roman n'est pas le plus abouti au monde, avec un narrateur qui finit souvent ses chapitres en nous lançant “mais que va-t-il se passer ? Vous verrez que l'on découvre l'explication dans le chapitre suivant, qu'on en apprend un peu plus dans le chapitre suivant, qu'il se passe des choses au chapitre suivant”. Je ne sais pas si ce texte a été publié sous forme de feuilleton mais cela pourrait expliquer ces clins d'oeil répétés.

Les traits d'humour si chers à l'auteur ne manquent pas, de ses commentaires sur les Français délurés à quelques passages joyeusement ironiques, tels ceux-ci :

Sur un médecin que demande à voir une patiente à la fin de ses consultations : Un coup d'oeil à une montre lui rappela qu'il fallait bientôt commencer sa tournée chez ses malades. Il se décida donc à prendre le parti le plus sage : fuir (p10).

Il fut un temps où l'homme, à l'affût de toutes les médisances, recherchait la société des femmes. Maintenant, l'homme fait mieux : il va à son cercle et entre dans le fumoir (p27).

Finalement, les personnages féminins ne sont pas si stétéotypés que ce qu'on pourrait imaginer pour un roman victorien. Certes, les deux amours de Montbarry incarnent deux idées bien distinctes de la femme : d'un côté la blonde fraîche et aimante, de l'autre la brune fascinante et perfide. Malgré tout, la comtesse est assez complexe et, consultant un docteur avant son mariage pour connaître son avis sur sa santé mentale, elle peut en quelque sorte obtenir le bénéfice du doute : est-elle si mauvaise que cela ? Ne doit-on pas la plaindre ? Quant à la blonde abandonnée, elle est assez fine pour conseiller Mrs Ferraris, manifeste parfois sa mauvaise humeur et cherche à reconstruire sa vie en dépit des trente ans qui s'approchent à grands pas et sonneront le glas de sa jeunesse déclinante. Les rôles secondaires masculins et féminins sont répartis de manière équilibrée et, si les hommes prennent encore les décisions, les femmes usent de leur pouvoir d'influence avec efficacité et en toute connaissance de cause.

Et cerise sur le gâteau, il s'agit également d'une histoire de fantôme victorienne car au mystère de la disparition du messager et de la mort du Lord s'ajoutent les étranges manifestations dont sont victimes les membres de la famille à Venise.

Que demander de plus ? Un délicieux divertissement populaire à l'anglaise !

Cryssilda n'aime pas ce texte, mais je soupçonne quand même sa mauvaise édition d'y être pour quelque chose... et pour fêter l'anniversaire de notre ami commun, Titine a lu Mari et Femme.

Et de Wilkie Collins sur ce blog :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé avec les délicieuses  Cryssilda et Titine et ici sur ce blog. Lu également pour le challenge God Save the Livre !

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284 p

Wilkie Collins, L'Hôtel hanté, 1878

 

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27/12/2011

Merry Victorian Christmas !

perry_revelation noel.jpgBonnes fêtes de fin d'année à tous !

Et quoi de plus sympathique en cette période qu'un bon petit polar au coin du feu ? C'est ce qu'a bien compris l'agent d'Anne Perry qui l'incite sans doute très fortement à pondre tous les ans un nouvel opus de Noël histoire de faire un peu de chiffre en fin d'année. Quoi qu'il en soit, ces petites bluettes de saison conviennent en général parfaitement aux trajets précédent mon réveillon. Et mes neurones apprécient le ronron bien huilé des enquêtes victoriennes des proches de Thomas et Charlotte Pitt.

Les enquêtes de Noël sont particulièrement légères : plus courtes, elles accordent souvent plus d'importance au contexte et aux personnages qu'à l'intrigue elle-même, qui en général ne casse pas trois pattes à un canard.

La Révélation de Noël n'échappe pas à la règle et ne risque pas de bouleverser le monde de la littérature policière, mais il m'a fait passer un bon moment.

Puisqu´enquête il y a, il fallait bien un meurtre (vieux de sept ans) et donc, un assassin. Le mobile est plutôt tiré par les cheveux (et surtout la façon assez improbable dont la victime avait découvert un secret concernant le meurtrier). Bien entendu, on suspecte à peu près tout le monde en imaginant des mobiles tout à fait plausibles ; c'est bien sûr l'un des personnages les moins concernés qui s'avère avoir un “squelette” dans son placard...

C'est cette fois-ci Emily qui joue les détectives amateurs... Emily, la soeur de Charlotte Pitt, cette jolie femme assez superficielle qui doit quitter Londres en période de fêtes pour se rendre dans un village perdu en Irlande, auprès d'une tante agonisante dont elle n'a que faire. Elle y découvre des Irlandais plutôt accueillants (malgré leur inimitié envers les Anglais) mais visiblement troublés plus que de raison à l'approche d'une tempête. Et lorsqu'un navire fait naufrage, le malaise s'accentue. Je vous laisserai apporter seuls une réponse (ou pas) à ce suspense quasi insoutenable.

Outre l'histoire sympathique parfaite pour se délasser, j'ai apprécié le cadre différent et j'ai été agréablement surprise par les jolies descriptions de la mer et des paysages sauvages de l'Irlande. Une lecture reposante qui m'a fait voyager (et m'a donné envie de faire mes valises). Voilà en somme une agréable surprise !

Si vous n'avez jamais lu Anne Perry ne commencez pas par ses histoires de Noël mais pour les amateurs du genre, [cet avant-]dernier cru devrait vous plaire.

(Lu et chroniqué l'an dernier, mais je n'avais pas publié mon billet !)

Dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine.

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184 p

Anne Perry, La Révélation de Noël, 2008

logo mois anglais2.jpgvictorian frogs and ladies.jpgChallenge-god save the livre.jpg

22/12/2011

Au bout du chemin, pas grand-chose

collins_en-quete-du-rien.gifAvec enthousiasme, je me suis précipitée sur En Quête du rien, nouvelle inédite de Wilkie Collins publiée en octobre par les Editions du Sonneur. In fine je ressors un peu mitigée de cette lecture. Précisons tout de même que je n'ai pas lu ce texte dans de très bonnes conditions, puisque j'attendais que Mr Lou et Papa Lou se décident sur le choix d'une perceuse chez Mr Bricolage. Après Wilkie, j'ai également eu le temps de faire le tour des décorations de Noël et de feuilleter tous les livres de cuisine avant de quitter enfin les lieux, mais nous sommes partis munis d'une perceuse qui devrait en principe fonctionner et les deux heures passées chez Mr Bricolage étaient sans aucun doute justifiées.

Bien que mes séances de shopping soient follement intéressantes, c'est plutôt des aventures fort ennuyeuses du héros d'En Quête du Rien dont j'ai décidé de vous parler.

Le narrateur, surmené, se voit prescrire un repos absolu par son médecin : pas d'écriture, pas de lecture, rien qui pourrait troubler sa tranquillité. Il est heureusement appuyé par sa femme à "l'esprit pratique", qui écrit ainsi pour résumer : "règles pour le rétablissement de mon cher William. Pas de lecture. Pas d'écriture. Éviter excitation, contrariétés, angoisses, pensées. Fortifiant. Grandes joies déconseillées. Bons petits repas. Éviter aussi états mélancoliques. Autres recommandations à mon bien-aimé : courtes promenades (avec moi). Se coucher tôt. Se lever tôt. Nota bene : assurer sa tranquillé. Très important : veiller à ce qu'il ne fasse rien." (p9)

[spoilers]

[Partageant l'opinion de sa digne épouse, le héros se rend dans un village charmant et isolé afin de se reposer. Manque de chance, les bruits ne manquent pas, le couple est sans cesse dérangé, jusqu'à ne pas pouvoir dormir à cause de villageois jurant comme des charretiers. "Onze heures, me répond-il. Inutile de dire que ma femme et moi ne prenons pas le risque de nous coucher avant ce terme ; nous nous retirons alors dans notre chambre, trempés des pieds à la tête, si je puis dire, par cette giboulée d'obscénités." (p23)

Suivant de nouveau l'avis de sa femme, le héros quitte donc le terrible village pour un lieu plus propice à sa cure. "Ce dont je suis sûr à présent, c'est qu'un village isolé est sans doute le dernier endroit où chercher (le silence). Lecteurs, vous que vos pas guident vers ce but qui a nom tranquillité, évitez, je vous en conjure, la campagne anglaise." (p27)

Millais_Wilkie_Collins.jpgMais en bord de mer, notre cher William commence à songer que finalement l'oisiveté peut être une sorte de torture. Il contemple ainsi la mer : toujours les mêmes bâteaux à l'horizon. Il consacre un moment à l'observation des tableaux qui sont dans sa chambre d'hôtel, histoire de gagner du temps. Il admire un bienheureux pêcheur à qui il faut plus d'un quart d'heure pour redresser un clou - quel homme bienheureux qui ne pourra jamais s'ennuyer ! Quant aux heures des repas, elles n'arrivent jamais assez vite ! "Novice que je suis en oisiveté, comment puis-je espérer imiter quelque jour cet artiste consommé ?" (p38) Finalement, notre héros désespère : il ne peut travailler et ne peut paresser... quel dilemme !]

J'ai lu ce texte dans d'assez mauvaises conditions et il ne m'a laissé dans un premier temps qu'un souvenir plus que confus. En le feuilletant pour écrire mon billet, je souris davantage aux traits d'humour. Cette nouvelle n'est certainement pas un coup de coeur, j'ai trouvé certains passages assez drôles mais on voit très vite venir la suite et curieusement, cette nouvelle m'a presque paru un peu lassante. Pourtant, beaucoup de scènes sont savoureuses et dans l'ensemble ce texte très léger est agréable à lire... d'ailleurs je l'ai lu avec curiosité et sans ennui, y compris cette première fois qui m'a laissé si peu de souvenirs. Bref, une petite friandise sympathique, qui pourrait amuser ceux qui souhaitent découvrir Wilkie Collins sans commencer par un de ses longs romans.

Sur ce blog également :

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine, qui ont toutes deux beaucoup apprécié cette lecture. Lu également pour le challenge God Save The Livre !

Lecture commune autour de Wilkie Collins

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46 p

William Wilkie Collins, En quête du rien, 1857

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23/11/2011

Boston, Aggie et Margaret

ferdjoukh_aggie change de vie.gifJ'avais très envie de faire la connaissance des Quatre Soeurs de Malika Ferdjoukh, mais c'est finalement Aggie que j'ai décidé de suivre dans son ascension, des bas quartiers aux maisons chics de Boston. Et quel délicieux bonbon que ce court roman ! Je me suis régalée du début à la fin et j'ai passé un si bon moment que c'est le genre de livre que je ne doute pas de relire à l'occasion avec plaisir.

Si la couverture exquise et ses paper dolls ne suffisent pas à vous tenter, peut-être qu'un petit aperçu de l'histoire achèvera de vous convaincre ? Nous voilà à Boston, dans un environnement qui n'est pas sans rappeler Dickens et ses pauvres orphelins. Aggie vit chez un couple peu recommandable qui l'envoie détrousser les gentlemen en pleine nuit, la petite empruntant les égouts de la ville pour s'acquitter de sa tâche. Mais un soir, celui qu'elle prend pour un pigeon comme un autre n'est pas celui qu'elle croyait : c'est ainsi qu'elle sera arrachée à sa misérable existence et présentée à une famille qui n'a plus vu une nièce chérie depuis des années. Mais avant de se faire passer pour une demoiselle comme il faut, Aggie aura du boulot !

Tout est bon dans ce petit livre : l'ambiance très XIXe, les personnages attachants, les références littéraires, l'écriture si agréable et une intrigue qui nous tient en haleine. N'hésitez plus, lisez-le (au passage, si vous avez une petite fille dans votre entourage je ne peux que vous recommander chaudement ce récit pour les fêtes de Noël à venir, car il me semble parfait pour une lecture auprès de la cheminée). 

D'autres avis : Malice qui me l'a recommandé, mais aussi Rory, Allie, Bouma, Roudoudou, Sharon, Marie, S'il était encore une fois, Ricochet, Le forum Whoopsy Daisy.

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94 p

Malika Ferdjoukh, Aggie change de vie, 2009

21/09/2011

L'homme qui n'aimait pas les armes à feu

bd du mercredi,l'homme qui n'aimait pas les armes à feu,far west,western,bande dessinée,xixeVous n'aimez pas les Western ? Peu importe, vous vous laisserez emporter par l'album L'homme qui n'aimait pas les armes à feu et son premier volet "Chili Con Carnage", dont le titre annonce déjà la couleur : une bande-dessinée qui allie l'action et un cadre tout droit sorti du Far West à une bonne dose d'humour. 

bd du mercredi,l'homme qui n'aimait pas les armes à feu,far west,western,bande dessinée,xixeTout commence avec deux excentriques gentlemen trimballant dans leur carriole un otage qui, rapidement mort, sera tout aussi vite expédié dans un canyon. Deux hommes qui semblent motivés par la vengeance et sont sur les traces de la belle Margot, jeune femme de la haute sur le point d'être détroussée lorsque des bandits mexicains s'attaquent à son train. Mais ce serait mal connaître la belle, qui a plus d'une corde à son arc et parvient à convaincre le chef de s'associer à elle pour détrousser les (mal)honnêtes gens  de leurs titres d'actions et autres papiers précieux. Ajoutons à cela un employé de la gare, tombé sous son charme et bien décidé à la sauver, et vous aurez devant vous les ingrédients de ce melting-pot réjouissant, dont on attend la suite avec impatience !

Un premier opus prometteur, qui séduira les amoureux de l'époque mais aussi ceux qui, comme moi,  bâillent à la simple annonce du nom de Clint Eastwood et n'aiment les Westerns que lorsqu'ils sont bien dépoussiérés...

Le site consacré à l'album.

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47 p

L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu, 2011

Lu dans le cadre de la BD du mercredi de Mango.

16/06/2011

Trop de raison - et c'est l'extrême folie

ofarrell_etrange disparition esme lennox.gif Tiens, tiens, voilà un livre qui devait traîner depuis deux ans dans ma bibliothèque, qui avait vraiment suscité ma curiosité quand il était sorti en poche, puis que j'avais remarquablement négligé. Et mal m'en a pris car, amis lecteurs, ce roman est un petit bijou que je ne peux que vous recommander. Il s'agit d'une de mes meilleures surprises de ces derniers mois en matière de littérature anglo-saxonne, mon pếché mignon.

Edimbourg, de nos jours. Iris tient une boutique de vêtements d'occasion, vit dans un petit appartement situé dans l'ancienne maison de sa grand-mère, depuis scindée en plusieurs logements. Iris a un amant mais est amoureuse d'Alex, son "presque" frère, le fils de son ex-beau-père. Sa vie se complique un peu plus lorsqu'elle reçoit l'appel d'un asile sur le point de fermer ses portes : on lui annonce qu'elle a une grand-tante (première nouvelle) enfermée à l'asile (une nouvelle de plus ou de moins...). D'abord méfiante, Iris va se prendre d'intérêt pour Esme, cette parente récemment rencontrée. C'est ainsi que l'histoire d'Esme est dévoilée petit à petit, grâce à la petite enquête menée par Iris, les pensées chaotiques d'Esme et les réminiscences de sa soeur souffrant d'alzheimer.

Enfermée depuis son adolescence, Esme a passé sa vie dans cet hôpital psychiatrique lugubre qui n'a malheureusement rien à envier aux asiles victoriens de si triste réputation. Enfermée parce qu'elle était un peu originale et se souciait peu des conventions, Esme fait partie de ces filles écartées facilement à l'aide d'un médecin par des familles peu désireuses de s'encombrer de femmes trop indépendantes pour ne pas sembler dangereuses.

asile-psychiatrique.jpgCe récit extrêmement bien construit croise les pensées et expériences de plusieurs personnages et ne dévoile le fin mot de l'histoire qu'à la fin (même si le doute plane bien avant), tenant ainsi le lecteur en haleine. Une réussite sur le plan romanesque, certes, mais pas seulement. S'ajoute à cela l'éclairage porté sur une époque : le début du XXe, la transition poussive vers la modernité dans une famille encore marquée par les codes victoriens, la condition féminine ; c'est aussi le portrait d'une famille écossaise ayant vécu des années en Inde et devant se réadapter à une vie bien différente en retrouvant la mère patrie - les enfants n'étant pas épargnés par les quolibets à leur retour.

Un roman tout en finesse qui traverse le XXe siècle en dressant le portrait de deux femmes de caractère, libres à leur façon (car pour Esme, les années d'enfermement n'ont finalement fait qu'exacerber sa tendance à s'évader grâce à une imagination fertile).

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femme chapeau.jpegEt en repensant à cette lecture, je fais un rapprochement avec une de mes lectures en cours, L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks (un billet ici, où j'ai également repris l'illustration), livre extrêmement intéressant portant sur les comportements étranges observés par un médecin, cas illustrant les liens étroits entre neurologie et psychiatrie.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda, qui commence aujourd'hui et prendra fin le 15 juillet.

La première photo est celle d'un asile psychiatrique russe abandonné, issu de ce site sur lequel figurent de nombreuses photos du lieu (y compris des photos d'intérieur).

La deuxième est celle de Bass Rock (évoqué dans le roman) et provient de ce site.

Titre extrait d'un poème d'Emily Dickinson.

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232 p

Maggie O'Farrell, L'Etrange disparition d'Esme Lennox, 2006

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 6 livres lus... Après avoir atteint la catégorie Prince Charles (5 livres lus), j'entame la catégorie Prince William (10 livres lus).

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29/05/2011

Notre rose et notre orgueuil

hansen_exils.jpgRécemment j'ai été amenée à ranger de nouveau toutes mes bibliothèques et croyez-moi, mes amis, ce n'est pas le genre de petite tâche ménagère pliée en moins de deux (surtout quand les cinq étagères sont pleines à craquer !). J'ai donc été interpelée à cette occasion par Exils de Ron Hansen, qui criait son désespoir en pensant que je l'avais oublié définitivement et trépignait (d'impatience ou de rage, je ne saurais vous le dire) en attendant que je daigne m'emparer de lui. Comme la lamentation du livre oublié est de loin le hululement le plus angoissant qu'on puisse imaginer (surtout de nuit où il devient indispensable de se munir d'écouteurs et de musique zen pour ne pas sombrer dans la dépression avant l'aube), j'ai renoncé à énumérer à ce coquin toutes les raisons qui m'avaient fait le négliger et je me suis emparée de lui afin de le lire et, une bonne fois pour toutes, lui régler son compte.

Et ma foi, j'ai beaucoup apprécié ce roman qui met en scène en parallèle le naufrage du Deutschland en 1875 et le destin du poète jésuite Gerard Manley Hopkins qui, bouleversé par la mort de cinq nonnes ayant péri dans le naufrage, décida de rédiger un poème à ce sujet.

gerardmanleyhopkins.jpgDe famille anglicane, Hopkins suscite la désapprobation en se convertissant au catholicisme, avant de devenir finalement séminariste jésuite, au grand dam de ses parents. Hopkins choisit une confrérie particulièrement stricte, vivant dans des conditions spartiates puis, une fois ordonné, se voit muté régulièrement d'un endroit à l'autre par une hiérarchie peu soucieuse de son bien-être et de sa santé. Il décèdera encore jeune, à la suite d'une maladie éprouvante (une péritonite est évoquée et il finit par mourir de la fièvre typhoïde). Le roman montre un Hopkins profondément pieux, plein d'abnégation mais qui doutera parfois et traversera des périodes d'angoisses. He is thought to have suffered throughout his life from what today might be diagnosed as either bipolar disorder or chronic unipolar depression, and battled a deep sense of melancholic anguish (Wikipedia).

C'est aussi un Hopkins attachant, à la fois intelligent et plein d'humour, mais aussi vulnérable que dépeint Hansen.

Il ne jouissait pas d'une semblable protection en tant qu'enseignant. En cette époque où les enfants passaient pour les ennemis jurés du savoir, les directeurs n'avaient de cesse de rouspéter contre la gentillesse de Hopkins à l'égard de ses élèves, à qui il accordait autant de liberté qu'à de studieux étudiants d'Oxford, latitude dont ses potaches abusaient en le sifflant et en le chahutant ; un jour, quand il s'était retourné, Hopkins s'était ainsi retrouvé encerclé, car toute la classe avait rapproché ses putitres pendant qu'il écrivait au tableau.

"Je dois avouer que votre vif intérêt pour l'ablatif latin me touche beaucoup", avait-il lâché de sa voix de ténor haut perchée. (p194)

deutschland.jpegQuant aux soeurs naufragées, on relate leur conversion puis leurs derniers instants lors du naufrage avec une certaine économie de moyens. Avouons-le, je m'attendais sans doute à une fin particulièrement glauque ou très favorable à l'industrie du mouchoir mais c'est avec un style sobre que Ron Hansen achève son récit. Son écriture est presque clinique et ce roman s'apparente parfois à un documentaire.

Un livre qui apporte un éclairage intéressant sur les tensions religieuses du XIXe (aussi bien en Angleterre qu'en Allemagne, à travers le rejet du catholicisme) et met à l'honneur un poète anglais méconnu du public français. Et comme je raffole des romans inspirés de faits historiques, mais aussi de ceux ayant pour cadre le Royaume-Uni ou mettant en avant une figure littéraire, j'ai bien évidemment trouvé Exils particulièrement intéressant. Il m'a d'ailleurs donné envie de lire ses deux romans ayant pour sujet les Etats-Unis au XIXe.

A noter que cette édition inclut le poème "le Naufrage du Deutschland" de Hopkins.

Un très grand merci aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture !

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277 p

Ron Hansen, Exils, 2008

16/03/2011

Beware : highly addictive

jackson-jardin-derniers-plaisirs.jpgJe ne sais pas si c'est le fait d'avoir récemment exhumé des livres jusque-là cachés chez moi, mais j'ai subitement éprouvé une folle envie de lire un polar historique... et tant qu'à faire, un polar victorien (sans surprise pour ceux qui commencent à me connaître).

Mon choix s'est porté sur l'un des deux romans de Lee Jackson qui attendaient sagement leur tour sur mon étagère. Pour ceux qui n'étaient pas passés par ici à l'époque, j'avais été complètement transportée par cette série qui avaient su me faire passer d'excellents moments à Londres, au XIXe of course.

JACKSON-CHELSEA 01.jpgTroisième volet des enquêtes de Decimus Webb, Le Jardin des Derniers Plaisirs commence avec un banal fait divers : un homme s'amuse à couper les mèches de femmes dans les jardins de Cremorne, dont la réputation légère n'est pas pour plaire au quartier plutôt huppé de Chelsea. Tandis que Rose, fille de bonne famille, prépare son entrée dans le monde, que son père se rend à la City, que sa mère reçoit ses voisines au thé et que le révérend Featherstone milite pour l'éradication du vice, de nombreux fêtards londoniens se rendent chaque soir aux jardins afin de danser et d'assister aux diverses attractions. Mais bientôt a lieu un premier meurtre, lorsqu'une servante est retrouvée morte, brûlée vive dans la cuisine du révérend. George Nelson, tout juste sorti de prison, est bien évidemment soupçonné... si ce n'est que ses alibis semblent tenir la route.

JACKSON-CHELSEA 03.jpgJe ne sais pas si cette impression est due au fait que je n'ai pas lu de roman de Lee Jackson depuis deux ou trois ans, mais je me suis particulièrement régalée avec ce récit très bien mené : les différentes histoires s'entrecroisent pour notre plus grand plaisir, les personnages ont tous quelque chose à se reprocher et le cadre est passionnant pour quelqu'un qui comme moi s'intéresse de près à l'époque victorienne. Certes, les enquêteurs ne sont pas particulièrement attachants, ni mis en avant, mais c'est un parti pris qui me sied tout à fait. Bref, je me régale avec Lee Jackson, et maintenant que j'ai lu celui-ci, je n'ai qu'une envie : boire une tasse de thé (et surveiller mes arrières) en ouvrant un autre livre de son cru !

Encore bravo aux éditions 10/18 pour les couvertures très réussies de cette série (je ne m'en lasse pas).

D'autres idées de lecture ? Régalez-vous avec : Les Secrets de Londres, et les deux premiers tomes de la série de l'inspecteur Decimus Webb, Le Cadavre du Métropolitain et Les Bienfaits de la Mort.

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314 p

Lee Jackson, Le Jardin des Derniers Plaisirs, 2006

lee jackson,le jardin des derniers plaisirs,10-18,polar 10-18,roman policier,xixe,policier xixe,londres,londres xixe,époque victorienne,angleterre victorienne,cremorne,chelsealee jackson,le jardin des derniers plaisirs,10-18,polar 10-18,roman policier,xixe,policier xixe,londres,londres xixe,époque victorienne,angleterre victorienne,cremorne,chelseaCatégorie Prince Charles : 2 books out of 5 !

16/09/2010

Héroïne, quand tu nous tiens !

braddon-lady-audley.jpgIl y a un an, j'ai lancé un challenge Braddon qui n'a de challenge que le nom, puisqu'il suffit de lire un roman de cette chère Mary Elizabeth d'ici la fin de l'année, et qu'il n'est pas obligatoire de s'inscrire à l'avance pour participer (en résumé : vous avez envie de lire un Braddon d'ici la fin de l'année ? Vous vous décidez en novembre et m'indiquez votre participation au moment de la publication de votre billet ? Voilà, vous avez participé au challenge !). J'avais envie de découvrir et de faire découvrir cet auteur victorien un peu oublié - voire totalement inconnu la plupart du temps.

Hier, sous le coup de ma fiévreuse passion pour Lady Audley (le livre, et non le personnage), je suis allée faire un tour en librairie, histoire de dénicher un Braddon susceptible de me rendre lui aussi insomniaque. N'en voyant pas, je demande à la libraire si par hasard ils en ont un, et on me répond "Mary Elizabeth Braddon ? Je ne vois pas... ah si !" et, ajoute-t-elle avec une flexion du genou et un léger haussement d'épaules évoquant le sautillement, "les petites Anglaises, c'est ça ?". J'ai sans doute dû avoir l'air un peu décontenancé, mais après coup, je me suis surtout dit que la libraire ne savait pas qu'aucune description ne pouvait plus mal convenir à Mary Elizabeth Braddon, à moins que les petites Anglaises qui sautillent en riant (et qu'on imagine bien en train de ricaner bêtement en secouant leurs boucles blondes et en plissant leur nez en trompette) permettent de se faire une idée précise d'une femme qui à l'époque victorienne où le puritanisme de façade était de mise, a décidé d'écrire un roman feuilleton sur une bigame qui cherche à tuer au moins un de ses époux, met le feu à un bâtiment habité et abandonne son enfant.

Autant vous le dire : si vous attendez du Secret de Lady Audley une construction de type classique, avec un coupable à démasquer à la fin, ce livre n'est pas pour vous. Dès les premiers chapitres, on sait que lady Audley est bigame et a vraisemblablement assassiné son premier mari, moins riche que le deuxième. (Aucun spoiler ici donc).

Plus que le roman policier, ce livre évoque le roman feuilleton "à sensation", avec ses rebondissements en fin de chapitre, ses effets d'annonce, son style parfois un peu emberlificoté et, à l'occasion, quelques oublis ou abandons d'une piste qu'on s'attendait à voir développer.

Mary Elizabeth Braddon n'est sans doute pas un très grand écrivain, mais elle excelle dans le roman populaire dont elle maîtrise tous les ressorts, qu'elle emploie sans modération. Vous aimez Dumas, Le Fanu, Wilkie Collins ? Vous devriez vous régaler avec cet auteur dont le roman phare m'a complètement emportée. Pour ma part, outre le fait que j'ai dévoré ce roman,  ce qui montre déjà à quel point il m'a plu, j'ajouterais que Mary Elizabeth Braddon a su me surprendre, là où je n'attendais que des petits chamboulements. Le retournement de situation final me paraissait si peu crédible que je ne l'envisageais pas - j'imaginais plutôt un nouveau développement concernant Lady Audley. J'étais également étonnée de voir l'histoire se poursuivre après les aveux de la coupable, qui mettent en général un point final aux histoires de ce genre. Le tout dernier chapitre est un peu niais (imaginez Pride and Prejudice s'achevant sur un dernier chapitre "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Lizzie faisait de la broderie pendant que Mr Darcy chassait. Ils voyaient souvent les Bingley qui avaient l'habitude de loger chez eux plusieurs mois chaque année"). Mais je chipote un peu, car ce roman à sensation remplit pleinement sa mission. Plus encore, il vient de créer chez moi une addiction à Miss Braddon. Rendez-vous au prochain numéro !

Voici ce que dit mon Oxford Companion to English literature: "The bigamous pretty blonde heroine (...) shocked Mrs Oliphant (que je veux lire depuis au moins un siècle) who credited Miss Braddon as the inventor of the fairhaired demon of modern fiction. (M.E. Bradon) was often attacked for corrupting young minds by making crime and violence attractive, but she won some notable admirers including Bulwer Lytton, Hardy, Stevenson and Thackeray).

Merci beaucoup à Hilde pour ce cadeau !

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474 p

Mary Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley, 1862


challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Ferme Grise : Maggie,

Lady Isle : Cécile

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Karine, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Triomphe d'Eleanor : DViolante,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

 

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J'ai choisi ce billet pour le challenge "On veut de l'Héroïne" de Pickwick et d'Emma.

Je me suis dit qu'on attendait plus pour ce challenge des sortes de Cats Eyes ou autres héroïnes des temps modernes mais finalement je trouve que Lady Audley remplit très bien son rôle en la matière. Pourquoi Lady Audley est plus forte que Bella ?

- Au lieu de fantasmer sur un type mort dont le fond de teint excessif révèle des tendances psychopathes, elle épouse un type plus riche qu'elle et, pragmatique, quand l'occasion se présente, change de nom et épouse un type encore plus riche (qui avec un peu de chance décèdera rapidement vu qu'il est nettement plus âgé qu'elle).

- Au lieu de raconter des niaiseries et avec seulement trois ou quatre ans de plus que Bella, lady Audley est une femme d'action : elle tue son premier mari, commence à empoisonner le deuxième et met le feu à une auberge pour se débarrasser d'un ennemi. Pour une nunuche élevée à l'époque victorienne, c'est un sacré palmarès !

- Enfin parce qu'elle ne se drogue pas à l'héroïne mais n'hésite pas à prendre quelques gouttes d'opium à l'occasion.

Comme quoi, même les Victoriennes sont moins ringardes que Bella !

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08/05/2010

Aux sombres héros de l'amer

carroll_chasse_snark3.jpgUn petit livre oublié est en train de faire son chemin sur la blogosphère grâce aux éditions Folio, qui une fois encore ont remis au goût du jour un vrai petit bijou ! Ecrit en 1876, onze ans après le première Alice, La Chasse au Snark de Lewis Carroll est un exemple typique de "nonsense", ce que s'emploie à illustrer la présente édition à travers une série de commentaires pertinents et une documentation bien fournie.

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La chasse au Snark va embarquer des individus plus farfelus les uns que les autres à la recherche de cet être sans doute à mi-chemin en un requin et un escargot (snark était le mot-valise de "shark" et de "snail"), une créature que personne n'a par ailleurs jamais vue. Le capitaine donne des ordres contradictoires, le castor fait de la dentelle, arrive un boucher qui ne tue que les castors... voilà qui pourra déjà vous donner une idée de la situation absurde et cocace dans laquelle se trouvent embourbés les personnages ! Le texte est ici en version bilingue et est absolument à découvrir, ne serait-ce que pour l'humour qui s'en dégage, au-delà de la langue, Carroll se jouant des mots avec plaisir !

Ainsi pour réanimer le boulanger :

"The roused him with muffins - they roused him with ice..." (Ils le ranimèrent avec des muffins, ils le ranimèrent avec de la glace)

Ou encore :

"And the Bellman cried "Silence ! Not even a shriek !" / and excitedly tingled his bell" (Et l'homme à la cloche cria silence, pas même un cri ! / excité et faisant sonner sa cloche).

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carroll_Snark_cover.pngA noter l'introduction intéressante qui revient sur le parcours de Lewis Carroll, mathématicien; sa technique est annonciatrice de l'Oulipo, dont fait partie le traducteur de cette édition (les traductions ne manquant pas, et nous devons l'une d'elles à Aragon).

On y apprend que Carroll avait refusé de laisser l'illustrateur représenter le snark, ce qui m'a rappelé Kafka et La Métamorphose :

« J’ai pensé, comme Starke va faire l’illustration, qu’il pouvait peut-être vouloir dessiner l’insecte. Non pas cela, par pitié, pas cela ! L’insecte, il ne faut pas le dessiner. On ne peut même pas l’ébaucher. Si je pouvais me permettre de suggérer une illustration, je choisirais des scènes comme par exemple : les parents et le fondé de pouvoir devant la porte fermée ou encore mieux, les parents et la sœur dans la pièce éclairée tandis que la porte donnant sur la petite chambre obscure reste ouverte. »

carroll_jabberwocky-1.jpgLa Chasse au Snark est suivie par le Jabberwocky (poème découvert par Alice dans Through the Looking Glass), fait de mots inventés par Carroll. Plusieurs traductions sont proposées, assorties des commentaires de Bernard Cerquiglini qui sont finalement ce qui m'a le plus passionnée lors de cette lecture. On y voit ainsi plusieurs versions qui n'ont pas grand-chose en commun, ni le fond ni la forme (en particulier en termes de sonorités, l'effet rendu est radicalement différent d'une traduction à l'autre).

J'ai bien ri en lisant celle d'Henriette Rouillard qui ne s'est pas donné de mal mais a le mérite de rester très fidèle au texte original : C'est brillig et le slithy toves / gyre et gimble dans le wabe / Mimsy sont tous les borogoves / et les mome raths outgrabe (ça me rappelle les traductions automatiques sur internet).

Bref, amusez-vous bien et partez vous aussi à la chasse au snark !

Les avis d'Alice (qui a beaucoup parlé de Lewis Carroll sur son blog où Tenniel est lui aussi très présent), Cryssilda, Lilly, Maggie, Mélisendre, Praline, Tortoise,

Encore merci à Lise !

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132 p

Lewis Carroll, La chasse au Snark, 1876

* Pourquoi ce titre ? Parce qu'il m'a rappelé un grand moment d'absurdité, puisque petite j'étais persuadée que le titre était en réalité "au sombrero de la mer" (titre ma foi fort intrigant) et que cette confession me paraît parfaite dans le cadre de ce petit billet sur le nonsense !

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26/02/2010

Et mon 400ème billet sera victorien !

collins_belle canaile.jpg... si ce n'est pas beau ça !

Continuons donc avec Wilkie Collins et Une belle Canaille, recommandé par Cryssilda et lu d'une traite en décembre.

Un roman d'un genre très différent, beaucoup plus marqué par les traits d'humour et le ton ironique du narrateur. On y découvre les mémoires de Frank Softly, la belle canaille prête à faire notre bonheur avec le récit très divertissant de ses frasques diverses et variées. Si je m'attendais à un personnage sombre, j'ai plutôt rencontré un fils de bonne famille trop enclin à gaspiller l'argent et à s'amuser pour suivre les traces de son père médecin. Un jeune homme au final prêt à tout pour gagner son pain quotidien (où devrais-je dire, ses loisirs quotidiens), à commencer par se lancer dans la caricature et profiter du salon de sa grand-mère pour croquer les invités et son aïeule à leur insu.

Son parcours mouvementé lui vaut un petit séjour en prison jusqu'à ce que, après quelques menus tracas, Frank soit contraint d'aider un faux-monnayeur sous la menace.

Curieusement, malgré mon enthousiasme premier, ce court roman ne m'a pas particulièrement marquée et je m'arrache un peu les cheveux pour me souvenir de certains passages. Ceci dit, c'est une lecture que j'ai particulièrement appréciée. J'ai aimé le ton irrespectueux du narrateur, son comportement provocateur au sein d'une société victorienne où il était de bon ton d'afficher une morale en apparence irréprochable. Ce roman qui fait écho à Barry Lyndon est un joli pied de nez aux contemporains de Wilkie Collins, avec cet anti-héros qui s'amuse de ses frasques, tourne en dérision les conventions respectées par son honorable famille et finit riche et heureux en amour, en récompense de son parcours de coquin. Je regrette en revanche la chute à mon avis un peu rapide et, pour être honnête, j'ai davantage goûté la première partie, plus savoureuse et impertinente à mes yeux.

Toujours est-il que c'est en quelque sorte ce livre qui a vraiment créé un déclic chez moi et m'a donné envie de lire, que dis-je, de dévorer les romans de Wilkie. Un roman très léger, écrit en grande partie à Paris, pendant une joyeuse période de débauche en compagnie de Charles Dickens (d'après l'éditeur). Si vous aimez l'humour anglais, le ton railleur de ce narrateur loufoque risque bien de faire votre bonheur !

D'autres avis : Cryssilda, Schlabaya

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174 p

Wilkie Collins, Une belle canaille, 1856 (année de rédaction)

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