26/10/2009
Dracula vs Wilcox : round 1
Étant un brin débordée ces temps-ci, je trouve peu le temps de lire et encore moins celui de blablater par ici. A ma décharge, j'ai été récemment retenue prisonnière par les soeurs Wilcox qui, toutes héroïnes qu'elles sont, portent deux prénoms foncièrement louches (Amber et Luna) qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille quant aux intentions malhonnêtes de ces deux demoiselles.
Remarquez que je ne me plains pas de ce séjour prolongé dans un manoir un brin lugubre certes, mais visiblement conçu spécialement pour moi (ou alors je ne suis pas Lou et mon terrible clavier sévit tout seul ou sous le contrôle d'une influence hautement diabolique, rien de moins !). J'ai donc mis les pieds dans une maison cossue de Londres et, les soeurs Wilcox ne faisant visiblement pas les choses à moitié lorsqu'elles reçoivent, j'ai vécu moult moments palpitants faits pêle-mêle de : XIXe, Queen Victoria, Sherlock Holmes, Dr. Watson, Nosferatu, Dracula, Elisabeth Bathory, créatures magiques, bibliothèque immense et voilà que je perds mon souffle ce qui est bien dommage car ce n'était qu'une accumulation très succincte de mes rencontres diantrement bouleversifiantes !
Ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne pouvais pas résister à l'appel des sirènes qui m'ont proposé un plongeon dans un univers qui rassemble autant de mes sujets de prédilection, entre les vampires, l'époque victorienne et le cadre londonien pour faire au plus simple.
Ce récit constitue pour moi une agréable découverte. J'ai particulièrement apprécié les premiers passages, aussi bien l'introduction que l'atmosphère fantastique bien rendue et ma foi assez crédible. Les aventures des deux sœurs se suivent avec plaisir et conviennent parfaitement aux moments où l'on cherche désespérément un livre qui saura nous détendre et se lire facilement sans pour autant manquer d'intérêt. Un joli roman d'aventures qui devient un peu moins surprenant vers la fin, avec une trame assez classique qui n'est pas sans rappeler d'autres livres pour adulescents (par exemple avec la bagarre qui m'endort inévitablement – X lâche le couteau qu'Y essaie de rattraper mais que Z a réussi à subtiliser pour le donner à A tout en frappant B... hein ? Quoi ? Que ? Pardon, je m'étais assoupie...).
Je compte bien guetter la suite et, en attendant, me pencher sur A vos souhaits que j'hésitais encore à lire.
PS : je n'oublie pas les réponses en retard à vos commentaires !

284 p
Fabrice Colin, Les Etranges Soeurs Wilcox, T1, Les Vampires de Londres, 2009


21:01 Publié dans Chroniques de vampires | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : vampires, londres, époque victorienne, xixe, dracula, nosferatu, fabrice colin, les vampires de londres, les étranges soeurs wilcox
06/10/2009
Mephisto où es-tu ?
En plein dans les préparatifs du Bloody Swap, j'ai eu envie de profiter de la rentrée du cinéma pour découvrir Les Poupées du Diable de Tod Browning, dont l'affiche m'avait interpelée en passant à proximité du petit cinéma qui diffusait ce film. Une première pour moi qui n'avais jamais vu au cinéma un vieux film en noir et blanc comme celui-ci, qui date de 1936.
De Tod Browning je ne connaissais que l'immortel Dracula, kitsch à souhait mais tellement mythique qu'on lui pardonnerait tout. Pire encore, on en redemande !
Les Poupées du Diable – comme l'a fait remarquer l'une des amies avec qui je l'ai vu – est un film hybride qui semble bizarrement mélanger deux histoires qui n'auraient a priori pas grand-chose à faire l'une avec l'autre en temps normal.
L'histoire débute dans un cadre sombre ; on voit venir le film d'épouvante dans toute sa splendeur, avec tout ce qu'il faut de décors glauques et de mise en situation diantrement dramatique : deux prisonniers du bagne de Devil's Island parviennent à semer les autorités qui sont à leur trousse. Ensemble, ils rejoignent Malita, l'épouse de l'un d'eux. Celle-ci vit dans ce qui ressemble vaguement à une cabane en rondins, perdue au milieu de la forêt et près d'un cours d'eau qui a tout d'un marais, à l'écart de la société. C'est là qu'elle a promis d'attendre son époux emprisonné et de travailler à leur grande entreprise : miniaturiser des êtres vivants en poupées qui s'animent en fonction de la volonté de leurs épouvantables créateurs. Alors qu'il tente une expérience sur la bonne, une jeune femme un peu simple d'esprit, le scientifique fou Marcel succombe à une crise cardiaque aux côtés de son épouse et de son compère Paul Lavond, mis dans la confidence. (Mal)heureusement, Malita est bien décidée à poursuivre l'œuvre de son illustre époux. On s'en doute, elle trouve en Lavond un nouvel allié bien décidé à utiliser cette opportunité pour se venger des escrocs qui l'ont fait condamner alors qu'il était innocent. C'est donc à Paris que les deux complices installent une boutique de poupées pour opérer.
Tout commence donc dans une ambiance parfaitement machiavélique. Pourtant, l'horreur fait bientôt place au suspense puis au drame familial. Paul Lavond est loin d'être un monstre, ce qui donne lieu à certaines scènes dégoulinant de bons sentiments lorsque la famille de Lavond fait son entrée, entre la mère certaine de l'innocence de son petiot, la fille qui déteste son père sans le connaître et l'épouse qui a mis fin à ses jours. Nulle raison de s'inquiéter donc, c'est l'heure de sortir les mouchoirs et de pleurer sur le triste sort des uns et des autres, qui souffrent pour de mauvaises raisons (la première étant que toute leur affaire est décidément très compliquée).
J'ai souvent eu le sourire aux lèvres en découvrant ce film fort sympathique et bien sûr si délicieusement décalé et maladroit. Les effets spéciaux m'ont surprise et m'ont paru plutôt réussis pour un film de cette époque, même si le défaut majeur que l'on pourrait reprocher au montage est de donner l'impression que deux plans différents ont été superposés pour obtenir l'effet voulu : un personnage miniature qui marche sous un fauteuil ou se hisse sur une table.
Ceci dit, ce n'est pas ce qui est le plus amusant parmi tous les éléments qui rendent le film peu crédible. Il y a par exemple ce repère a priori infâme où se terre la femme d'un bandit et qui, une fois qu'on y pénètre, se révèle être une maison confortable et très bien meublée, pourvue de plusieurs pièces et d'un escalier. Il y a aussi cet air de psychopathe de Malita qui prête à sourire, avec ces yeux grands ouverts, ces sourcils arqués et ce regard fixe qui ne la quittent pas. Et puis certaines scènes extrêmement drôles, comme la rencontre entre le père et la fille : le père prétend être un autre, il a à peine changé par rapport à la photo prise lors de son arrestation mais sa fille n'est pas capable de le reconnaître et conclut à la fin : « c'est bizarre, il me dit quelque chose » (en voilà une qui a certainement inventé la poudre !). Ou encore au tout début, la scène de la crise cardiaque qui vaut tout de même son pesant de cacahuètes. Imaginez cette pauvre Malita qui se morfond en attendant son illustre mari puis, lorsque celui-ci meurt sous ses yeux à peine arrivé (précisons qu'elle l'accueille comme s'il rentrait après un petit week-end et non comme l'évadé tant attendu), la voilà qui l'examine et qui constate : « Il est mort ! »(musique ; elle s'agrippe à Paul Lavond) « mais nous devons continuer son œuvre ! ». Tadam ! A ce sujet, la place des femmes est encore bien représentative de l'époque. Si Malita est particulièrement mauvaise (voire maléfique), elle a besoin d'occuper une place de seconde et se soumet à la volonté de Paul Lavond dès que son époux décède. Ce n'est qu'à la fin qu'elle décide de se rebeller, mais son regard psychotique et sa stupidité la trahissent : Paul Lavond évite de justesse d'être transformé en poupée.
A noter l'acteur principal dont le physique et le jeu se prêtent parfaitement au rôle (y compris lorsqu'il se déguise en une inquiétante petite vieille) : Lionel Herbert Blythe, qui a reçu l'oscar du meilleur acteur en 1931 et souvent joué avec Greta Garbo.
Au final j'ai passé un excellent moment en découvrant ce film au charme suranné. Une curiosité (à voir en VO pour les imitations d'accent français) !
Un avis plus éclairé.
Tod Browning, The Devill-Doll / Les Poupées du Diable, 1936
02:59 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : dracula, metro goldwyn mayer, épouvante, lionel herbert blythe, les poupees du diable, tod browning, films classique
13/05/2009
I only drink wine...
Amis blogueurs, chers draculitos et draculettes en devenir, bonsoir !
Parmi les challenges inavoués de cette année 2009 (à part Jane Austen j’ai prévu les grands fantastiques classiques ainsi que Wharton et Wilde), le vampirisme s’est rappelé à moi récemment car je ne me remets toujours pas de ma difficulté à lire plus de quelques pages de Stephenie Meyer qui, à défaut de particulièrement m’enflammer, fait maintenant partie des livres populaires incontournables en la matière. Tout ça pour dire que je ne désespère pas de me faire ma propre opinion un jour mais qu’en attendant, j’ai décidé d’exhumer d’autres titres de ma bibliothèque afin de partager mon intérêt (hautement scientifique, of course !) pour les vampires.
Donc, mes amis, j’ai profité d’un week-end sur la côte atlantique pour farfouiller comme toujours dans ma bibliothèque de petite fille et d’ado, à la recherche de titres à relire ou simplement, à feuilleter. Je suis tombée sur Je m’appelle Dracula d’Olivier Cohen dans la vieille collection Je Bouquine. J’avais complètement oublié l’existence de ce livre que j’avais lu plusieurs fois étant petite et hop ! ni une ni deux, j’ai eu envie de le relire.
Eh bien pour faire court c’est vachement chouette, chers vous tous ! Mais laissez-moi développer
un peu plus mes propos (et autocensurer mes digressions matinales qui me laissent penser que mon livre de chevet* a une influence pernicieuse et me fait passer trop de temps en compagnie de Miss Bates).
Je m’appelle Dracula est une réponse du comte à la publication de Dracula de Bram « Stocker ». Au passage, cher Monsieur Cohen, je ne sais pas si l’effet était voulu ou non mais Stoker s’écrit normalement sans « c » et, en relisant votre histoire (une de mes favorites lorsque j’étais petite, mais c’est un autre sujet), j’ai commencé à comprendre pourquoi je me suis acharnée sur le nom de ce pauvre Stoker jusqu’à ce qu’un essai sur la condition de la femme dans Dracula me soit rendu avec des corrections à chaque fois qu’apparaissait le nom de l’auteur (thanks by the way, Gregory). Mais plus de détour, promis ! Je vais aller droit au but.
Réfugié dans le Marais à Paris, le comte Dracula écrit son histoire afin de mettre un terme aux accusations portées contre lui dans le livre de « Stocker ». Outré de voir son portrait en couverture, son nom conservé, ses ennemis portés aux nues et toutes ses actions mal interprétées, le comte tient à opposer à ce tissu de mensonges sa propre version des faits. Il revient sur le passage de Harker dans les Carpathes, sa rencontre avec Lucy (Mina est absente en revanche), le bateau fantôme, les caisses de terre, le petite cimetière ou encore Renfield (son vieil oncle devenu fou).
Paris, le 4 novembre 1897. Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre. Quatre mois pendant lesquels j’ai dû me cacher pour fuir la haine d’une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l’acharnement d’une secte bien décidée à me perdre. (p7)
Voilà une lecture très rafraîchissante, bourrée de clins d’œil à Dracula dont j’ai enfin pu profiter (puisque j’ai lu ce roman bien après avoir lu et relu le petit livre d’Olivier Cohen). Pas besoin d’avoir apprécié le livre de Stoker pour s’amuser des inventions d’un comte bien plus proche du dandy que ne l’a jamais été le monstrueux vampire. Les illustrations sont sympathiques, le style alerte et très agréable. Je n’ai d’ailleurs pas observé le décalage que je regrette en général lorsque je lis des romans jeunesse maintenant (par exemple The Graveyard Book, pourtant destiné aux adolescents), ce qui me fait penser que ce court roman peut être lu à n’importe quel âge car il est assez simple pour un public jeune, tout en étant écrit par un narrateur adulte, aux préoccupations et au ton plus proches d’un lectorat plus âgé. Les explications sont relativement crédibles bien que l’auteur laisse finalement planer le doute – dans une fin que j’apprécie particulièrement, car j’aime penser que Dracula reste une créature fantastique.
En somme, un très très bon livre à recommander à tous les amateurs de vampires qui trouveront là un texte divertissant et bien écrit qui s’inspire très bien de l’histoire universellement (mal)connue de Bram Stoker.
75 p
Olivier Cohen, Je m’appelle Dracula, 1993
* Emma de Jane Austen
00:09 Publié dans Chroniques de vampires, For kids and kidults ! | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : je m'appelle dracula, olivier cohen, dracula, bram stoker, vampires, littérature jeunesse, paris, londres, roman français, bayard poche, je bouquine
07/04/2009
Une petite danse ?
Amis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.
Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.
Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.
Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.
Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !
Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.
PS : D, tout simplement pour Drakul ?
62 p
D, Tome 1, Lord Faureston



13:52 Publié dans BD & Manga, Chroniques de vampires | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : d, garulfo, lord faureston, vampires, dandy, époque victorienne, vlad tepes, dracula






































