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19/11/2013

Armand Farrachi, Un Amour de Dracula

farrachi_amour dracula.gifQuelle déception que cette lecture ! Et quelle déception d'avoir été déçue... d'autant plus que les quelques critiques lues çà et là sur les autres textes d'Armand Farrachi sont toutes positives : je m'en veux de ne pas avoir adhéré à ce court récit.

Un Amour de Dracula traînait dans ma bibliothèque depuis quelques années, à vrai dire je ne sais même plus comment j'ai un jour croisé ce petit livre bleu au titre si alléchant.

Ce récit m'a d'abord séduite, moi qui aime tant les vampires du XIXe, le roman gothique "classique". Jugez-en par la première phrase qui, bien que nécessitant des heures d'entraînement d'apnée (je l'ai d'ailleurs quelque peu entaillée), avait de quoi faire naître en moi certains espoirs.

Tout de cuivre et de verre qu'il semble pourtant bâti, après l'orage, au dernier feu du crépuscule, sinistre est le château de Bistriz, sombres ses couloirs, profonds ses caveaux, là-bas, dans les Carpates tout étouffés sous le grondement des torrents descendus des sommets et le mugissement du vent qui parcourt les forêts à grands coups de hache, et lourd, bien lourd le sommeil du comte Dracula, car, au plus obscur de ses cryptes, au plus souterrain de ses tombeaux, jour après jour, siècle après siècle, depuis tant de siècles, mains croisées sur le nombril, dans son frac noir et dans son cercueil capitonné de soie blanche quoique jaunie par le temps à défaut de soleil, le comte s'endort chaque matin d'un sommeil sans rêve plus épais que la mort, et chaque soir, la rayon soudain disparu qui éteint parmi le lierre la dernier vitre du château rallume son regard en clouant sur sa face plâtreuse les deux diamants de ses prunelles (...) et chaque soir, donc, des profondeurs moussues où s'enterrent les voûtes, et d'un pas encore pesant, le comte Dracula remonte, marche après marche, époque après époque, la spirale d'un escalier (...) (p7-8).

On ne peut guère faire plus gothique, la plume est tourmentée mais pleine d'humour, la scène très visuelle... et pourtant, ma lecture de ce court roman s'est ensuite avérée poussive, chaotique, faite d'espoirs vains et de bâillements. Malgré la minceur de ce volume, celui-ci m'est resté sur les bras plusieurs semaines et c'est en me faisant violence que j'ai lu les 30 dernières pages pour mettre fin à une expérience malheureuse.

Dracula dépérit (autant que peut le faire un vampire voué à mourir tous les soirs), s'ennuie ferme et les quelques visiteurs dont il se repaît n'apaisent en rien son âme tourmentée. Avec nostalgie, le comte songe à de glorieuses époques, rêvant des merveilleux moments passés par exemple en France lors de la Révolution. C'est ainsi qu'il décide de se rendre de nouveau à Paris et de découvrir ce que la capitale est devenue (ce qui nous vaudra au passage quelques tirades sur la pollution et les constructions modernes épouvantables - difficile d'en tenir rigueur au vampire, ce n'est certes pas la tour Montparnasse qui fait le charme de la ville). Il est accompagné de son fidèle serviteur Cukol, qu'il rabroue mais écoute malgré tout. Cukol s'est beaucoup documenté dans la bibliothèque du comte, il est érudit, adore partager ses connaissances et philosopher à n'en plus finir, quitte à se montrer moralisateur à l'encontre de son maître malgré les menaces de celui-ci.

A Paris, Dracula va rencontrer une jeune fille a priori "pure" (ce qui n'est pas si évident par la suite), Lucie (un nom qui ne vous est pas inconnu...). Il tombe amoureux, pense que la jeune fille est amoureuse. Mais comment conjuguer l'amour et la mort, préserver la jeune Lucie et sa candeur ? Cruel dilemme pour celui qui a vu les siècles passer et continuera encore bien longtemps son voyage nocturne sur cette terre.

Lucie avait attendu son noir visiteur, et l'émotion la tint un instant silencieuse tandis que le comte, figé par une beauté à quoi il ne s'habituait pas, se taisait également, immobile, désemparé et sentant toute résolution fondre devant la jeune fille comme neige ou vampire au soleil (p 76).

Ce livre qui s'annonçait si prometteur m'a fait périr d'ennui, si bien que j'ai éprouvé beaucoup de compassion pour ce pauvre comte que plus rien ne distrait. J'ai apprécié les touches d'humour ("fondre comme vampire au soleil", une scène ou Dracula se fait écraser par deux fois et commence à invectiver les automobilistes catastrophés...), le style qui me faisait penser aux tournures réjouissantes de certains écrits du XVIIIe... mais j'ai trouvé l'histoire plate, convenue, sans surprise aucune. Quant aux longues, très longues tirades de Cukol, elles me faisaient désespérer (le comte aussi d'ailleurs, mais cela n'a pas suffi à y mettre un terme visiblement). Un écrin vide, comme je le disais une déception pour moi donc.

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118 p

Armand Farrachi, Un Amour de Dracula, 1998

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10/11/2012

Kim Newman, Anno Dracula

newman_anno dracula1.jpegIl y a quelques années, grâce à un de ces petits miracles qui se produisent parfois sur la blogosphère et vous font faire de géniales découvertes, j'ai remarqué la série de Kim Newman débutant par Anno Dracula. Datant du début des années 1990, cette série mettait les vampires à l'honneur bien avant la déferlante de best-sellers sur le sujet mais, en dépit de la qualité de cette oeuvre, les trois romans de Kim Newman étaient épuisés quand je m'y suis intéressée. Aujourd'hui le premier opus, Anno Dracula, est réédité par les éditions Bragelonne, et je ne peux que vous recommander de vous ruer chez un bon libraire pour vous le procurer sans plus attendre. Pas la peine de lire ma modeste chronique, dévorez ce roman !

J'ai un attachement particulier pour la littérature vampirique (j'en ai déjà parlé un peu par ici). Petite puis jeune adolescente j'ai été marquée par quelques textes, comme Je m'appelle Dracula (merci M. Cohen) et à l'adolescence, l'envoûtant Entretien avec un Vampire lu et relu – quel dommage qu'Anne Rice ait bien changé ! Il y a maintenant quelques années, j'ai eu la chance de tomber sur un excellent professeur ayant eu l'idée géniale de proposer un cours en anglais sur les vampires dans la littérature et au cinéma. J'ai découvert avec bonheur de nombreux classiques, rédigé avec un enthousiasme juvénile touchant des essais dont un portant sur les femmes dans la littérature vampirique du XIXe (comme quoi, les Victoriens et moi, c'est une longue histoire). Hormis les lectures obligatoires, j'ai fait quelques découvertes très sympathiques et échangé avec mon professeur devenu un ami ; depuis j'associe toujours mes lectures vampiriques à cette période exaltante et aux discussions passionnantes sur le sujet. J'en garde aussi de la nostalgie pour une certaine approche du mythe du vampire. J'ai toujours eu un faible pour la version romantique du dandy vampire (sans doute une trace de mes lectures d'Anne Rice, qui connaissait ses classiques et savait s'en inspirer) mais je suis surtout fascinée par le fait que ce sujet soit abordé de multiples façons, avec certaines constantes (le pieu, la lumière, l'aïl qui reviennent souvent) mais des variations intéressantes ; beaucoup d'oeuvres ou de navets utilisent le vampire de façon très symbolique (à commencer par la sexualité inhérente au personnage). Quoi qu'il en soit, le mythe du vampire est d'une richesse toute particulière à mes yeux et je regrette de ne pas trouver facilement de textes avec un réel niveau d'exigence depuis la multiplication des romans apparus avec l'arrivée de Twilight. Et lorsque dans la jungle des récits peu ambitieux un livre tel qu'Anno Dracula est réédité, le mérite de la maison d'édition mérite vraiment d'être souligné.

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Anno Dracula avait d'ailleurs tout pour me plaire puisque l'action se situe en 1888 sous le règne de Victoria. Pour les amateurs de l'époque, l'année sera forcément familière puisqu'il s'agit de l'époque des meurtres de Jack l'Eventreur. Kim Newman utilise ainsi les faits divers sordides de l'époque pour reconstruire à sa manière le « mythe » Jack the Ripper tout en offrant à Bram Stoker une suite d'un genre très particulier à son roman Dracula.

kim newman,anno dracula,vampires,angleterre,angleterre victorienne,challenge halloween,londres,londres xixe,londres victorienne,bram stoker,dracula,époque victorienneQuelques mots sur le contexte : la reine s'est remise de la mort du prince Albert et a eu la bien mauvaise idée d'épouser le comte Dracula, que Van Helsing n'est pas parvenu à tuer (avec une lucidité certaine Newman a décidé que Van Helsing ne pouvait pas lutter contre le terrible Karpathe, ainsi sa tête est fichée dans un pieu devant le palais depuis la montée en puissance de Dracula). Même s'il n'est que le prince consort, Dracula a désormais les rennes du pouvoir et fait appliquer sa loi dans les rues de Londres qui deviennent de plus en plus sordides en raison de l'application de decrets moyenâgeux (par exemple ceux consistant à lutter contre l'homosexualité en tirant les « invertis » d'un bordel pour les empaler en plein cœur de la ville au beau milieu de la nuit). La terrifiante garde Karpathe patrouille et terrorise les habitants, les assassinats sont tolérés, la justice expéditive.

Les vampires pouvant vivre désormais librement, sans se cacher, beaucoup de sang-chauds recherchent le baiser des ténèbres en espérant vivre éternellement, et les vampires prolifèrent. La vie après la première mort n'est pas si évidente ; peu expérimentés, beaucoup de ressucités prennent des risques inutiles ; dans les quartiers sordides de l'East End les alcooliques deviennent des vampires en bien mauvaise santé et certains meurent (définitivement) rapidement. Enfin quelques sang-chauds tentent de s'opposer au système et comprennent qu'il y a quelque chose de peu naturel à changer ainsi la société (où les vivants deviennent progressivement du bétail).

Dans cette machine de mieux en mieux huilée, les meurtres de Whitechapel touchant des prostituées vampires viennent mettre quelques grains de sable bien fâcheux. Le pouvoir y voit une offense envers les vampires qui mérite de sévères représailles et la pègre locale est gênée dans ses activités par les trop nombreuses descentes de police. Ainsi beaucoup de personnes sont amenées à enquêter. Parmi elles se trouvent Beauregard, sang-chaud oeuvrant pour une société secrète, et Geneviève, une Ancienne, vampire avant Dracula lui-même (Dracula dont la lignée est dégénérée).

newman_anno dracula.jpeg A partir de là, Anno Dracula est un fabuleux roman mêlant une intrigue habile et pleine de rebondissements à une intertextualité jouissive et délicieusement maîtrisée. L'on croise ainsi le docteur Moreau, le docteur Jekyll, les personnages de Dracula, Joseph Merrick, la police de l'époque... mais aussi des personnages moins connus telle que cette bonne vieille Lady Ducaine. Que dire d'autre, si ce n'est que nous avons là un texte intelligent, riche, passionnant ? Un impératif pour les amoureux de l'époque victorienne ainsi que les amateurs de vampires et un texte fortement recommandé pour les autres. D'ailleurs j'avais tellement envie de vous parler de cet excellent moment de lecture que je ne m'étais pas autant amusée à rédiger un billet depuis longtemps !

C'était ma dernière contribution au Challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie Hilde.

Lu également dans le cadre d'une rencontre des Victorian Frogs, pour le challenge Victorien d'Arieste ainsi que le challenge de Londres de mes amies Maggie et Titine.

Rendez-vous dans quelques jours pour publier le billet récapitulatif du Challenge Halloween 2012, et à l'année prochaine pour la 4e édition du challenge, car si nous avons survécu au périple de l'extrême organisé cette année pour l'occasion, nous survivrons bien à la fin du monde à Noël !

Merci aux éditions Bragelonne et bravo pour cette nouvelle édition !

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381 p

Kim Newman, Anno Dracula, 1992

12/10/2012

Willis Hall, Le Dernier des Vampires

Hall_dernier des vampires.jpgContrairement à toi, ami lecteur suffisamment intrépide pour naviguer sur ce blog hanté ces derniers temps, la famille Hollins ne savait vraiment pas où elle mettait les pieds en quittant l'Angleterre pour ses vacances. Premières vacances passées à l'étranger, loin de Crabton-sur-Mer et c'est déjà le drame : pas d'étendue d'eau pour indiquer une frontière, il n'en fallait pas plus pour que la famille se perde et ne sache plus dans quel pays elle se trouve (ces continentaux, aussi, ils ne vous faclilitent pas la tâche !). La nuit tombant, la famille cherche en catastrophe un endroit où s'arrêter alors qu'elle progresse sur une route de montagne déserte. Et lorsqu'elle voit un chemin caché dans une forêt sombre, elle n'hésite pas à s'y engager en dépit des ténèbres (impénétrables) et des loups (affamés, que seul le petit garçon Edgar remarque). Arrive enfin une ancienne entrée de domaine manifestement abandonnée et une clairière sur laquelle les Hollins décident de planter leur tente, non loin d'un vieux château qui domine une crête. Quel cadre bucolique !
Mais les vacances seront loin d'être de tout repos : entre le comte Alucard (vampire végétarien), descendant des Dracula, les loups des environs (que Mrs Hollins confond avec de gentils toutous et n'hésite pas à gronder lorsqu'ils montrent leurs crocs) et des villageois bas de plafond, le danger est partout !
Ami lecteur, si tu as toi aussi l'âme de chasseur de vampire, mais aussi un peu d'humanité, fais toi aussi ce voyage désopilant en compagnie des Hollins. Si tu succombes à cette aventure, ce sera sans doute que le comte Alucard t'aura fait mourir, mais de rire !
(Au passage, les illustrations de Babette Cole sont adorables et pleines d'humour, un vrai coup de coeur !)

Billet à haute teneur végétarienne vampirique.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 co-organisé avec mon amie la très maléfique Hilde

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228 p

Willis Hall, Le Dernier des Vampires, 1982

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08/10/2012

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula

je m'appelle dracula, olivier cohen, dracula, bram stoker, vampires, littérature jeunesse, roman français, paris, venise, je bouquine, la fiancée de dracula, challenge halloweenIl y a trois ans, je relisais avec délectation Je m'appelle Dracula, récit dans lequel le comte rédige ses mémoires afin de réfuter les abominables accusations contenues dans le récit de Bram « Stocker » (au sujet du « c » incongru je vous invite à lire mon billet sur ce premier opus pour me voir pérorer un peu).
Je commandais quelques jours plus tard la suite, « La Fiancée de Dracula » (que je ne pense pas avoir lu dans ma prime jeunesse) et voilà le résultat : il faut attendre la 3e édition du challenge Halloween pour que ce livre sorte de ma PAL !
Toujours réfugié dans le marais, Dracula alias Jacques Dracole (admirez l'art du camouflage) tente de mener une vie normale, si tant est que cela soit possible pour un vampire, et tient une galerie à Paris. Il y fait la rencontre d'Albertine qui semble immédiatement séduite par le sombre et séduisant comte, qui l'invite à dîner dans sa maison du Marais. Tous deux amoureux, Dracole et Albertine se fréquentent régulièrement et multiplient les promenades romantiques, en dépit de la peur que la jeune femme éprouve en présence de son fascinant compagnon.
Malheureusement l'affreux Van Helsing (curieusement ce type-là ne m'a jamais été particulièrement sympathique) poursuit toujours Dracula et convainc la police de l'aider à anéantir le monstre. Pour s'échapper, Dracula n'hésitera pas à s'enfuir avec Albertine à Venise... la suite, vous la connaîtrez si vous vous laissez aussi tenter par cette lecture !
J'ai dévoré ce court roman de jeunesse très agréablement écrit mais il m'a moins séduite que « Je m'appelle Dracula », peut-être parce que j'avais savouré la première fois les nombreux clins d'oeil au roman de Stoker. En tout cas, une lecture bien agréable qui vient à point nommé pour fêter ensemble Halloween.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 organisé ici et chez la diabolique Hilde

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92 p

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula, 1985
(j'ai donc fait une erreur en indiquant la date de publication de « Je m'appelle Dracula », j'ai dû retenir celle de l'édition Je Bouquine).

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26/10/2009

Dracula vs Wilcox : round 1

colin_vampires_londres.jpgÉtant un brin débordée ces temps-ci, je trouve peu le temps de lire et encore moins celui de blablater par ici. A ma décharge, j'ai été récemment retenue prisonnière par les soeurs Wilcox qui, toutes héroïnes qu'elles sont, portent deux prénoms foncièrement louches (Amber et Luna) qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille quant aux intentions malhonnêtes de ces deux demoiselles.

Remarquez que je ne me plains pas de ce séjour prolongé dans un manoir un brin lugubre certes, mais visiblement conçu spécialement pour moi (ou alors je ne suis pas Lou et mon terrible clavier sévit tout seul ou sous le contrôle d'une influence hautement diabolique, rien de moins !). J'ai donc mis les pieds dans une maison cossue de Londres et, les soeurs Wilcox ne faisant visiblement pas les choses à moitié lorsqu'elles reçoivent, j'ai vécu moult moments palpitants faits pêle-mêle de : XIXe, Queen Victoria, Sherlock Holmes, Dr. Watson, Nosferatu, Dracula, Elisabeth Bathory, créatures magiques, bibliothèque immense et voilà que je perds mon souffle ce qui est bien dommage car ce n'était qu'une accumulation très succincte de mes rencontres diantrement bouleversifiantes !

Ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne pouvais pas résister à l'appel des sirènes qui m'ont proposé un plongeon dans un univers qui rassemble autant de mes sujets de prédilection, entre les vampires, l'époque victorienne et le cadre londonien pour faire au plus simple.

Ce récit constitue pour moi une agréable découverte. J'ai particulièrement apprécié les premiers passages, aussi bien l'introduction que l'atmosphère fantastique bien rendue et ma foi assez crédible. Les aventures des deux sœurs se suivent avec plaisir et conviennent parfaitement aux moments où l'on cherche désespérément un livre qui saura nous détendre et se lire facilement sans pour autant manquer d'intérêt. Un joli roman d'aventures qui devient un peu moins surprenant vers la fin, avec une trame assez classique qui n'est pas sans rappeler d'autres livres pour adulescents (par exemple avec la bagarre qui m'endort inévitablement – X lâche le couteau qu'Y essaie de rattraper mais que Z a réussi à subtiliser pour le donner à A tout en frappant B... hein ? Quoi ? Que ? Pardon, je m'étais assoupie...).

Je compte bien guetter la suite et, en attendant, me pencher sur A vos souhaits que j'hésitais encore à lire.

PS : je n'oublie pas les réponses en retard à vos commentaires !

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284 p

Fabrice Colin, Les Etranges Soeurs Wilcox, T1, Les Vampires de Londres, 2009

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06/10/2009

Mephisto où es-tu ?

les_poupees_du_diable 00.jpgEn plein dans les préparatifs du Bloody Swap, j'ai eu envie de profiter de la rentrée du cinéma pour découvrir Les Poupées du Diable de Tod Browning, dont l'affiche m'avait interpelée en passant à proximité du petit cinéma qui diffusait ce film. Une première pour moi qui n'avais jamais vu au cinéma un vieux film en noir et blanc comme celui-ci, qui date de 1936.

De Tod Browning je ne connaissais que l'immortel Dracula, kitsch à souhait mais tellement mythique qu'on lui pardonnerait tout. Pire encore, on en redemande !

les_poupees_du_diable 03.jpgLes Poupées du Diable – comme l'a fait remarquer l'une des amies avec qui je l'ai vu – est un film hybride qui semble bizarrement mélanger deux histoires qui n'auraient a priori pas grand-chose à faire l'une avec l'autre en temps normal.

les_poupees_du_diable 04.jpgL'histoire débute dans un cadre sombre ; on voit venir le film d'épouvante dans toute sa splendeur, avec tout ce qu'il faut de décors glauques et de mise en situation diantrement dramatique : deux prisonniers du bagne de Devil's Island parviennent à semer les autorités qui sont à leur trousse. Ensemble, ils rejoignent Malita, l'épouse de l'un d'eux. Celle-ci vit dans ce qui ressemble vaguement à une cabane en rondins, perdue au milieu de la forêt et près d'un cours d'eau qui a tout d'un marais, à l'écart de la société. C'est là qu'elle a promis d'attendre son époux emprisonné et de travailler à leur grande entreprise : miniaturiser des êtres vivants en poupées qui s'animent en fonction de la volonté de leurs épouvantables créateurs. Alors qu'il tente une expérience sur la bonne, une jeune femme un peu simple d'esprit, le scientifique fou Marcel succombe à une crise cardiaque aux côtés de son épouse et de son compère Paul Lavond, mis dans la confidence. (Mal)heureusement, Malita est bien décidée à poursuivre l'œuvre de son illustre époux. On s'en doute, elle trouve en Lavond un nouvel allié bien décidé à utiliser cette opportunité pour se venger des escrocs qui l'ont fait condamner alors qu'il était innocent. C'est donc à Paris que les deux complices installent une boutique de poupées pour opérer.

les_poupees_du_diable 05.jpgTout commence donc dans une ambiance parfaitement machiavélique. Pourtant, l'horreur fait bientôt place au suspense puis au drame familial. Paul Lavond est loin d'être un monstre, ce qui donne lieu à certaines scènes dégoulinant de bons sentiments lorsque la famille de Lavond fait son entrée, entre la mère certaine de l'innocence de son petiot, la fille qui déteste son père sans le connaître et l'épouse qui a mis fin à ses jours. Nulle raison de s'inquiéter donc, c'est l'heure de sortir les mouchoirs et de pleurer sur le triste sort des uns et des autres, qui souffrent pour de mauvaises raisons (la première étant que toute leur affaire est décidément très compliquée).

les_poupees_du_diable 02.jpgJ'ai souvent eu le sourire aux lèvres en découvrant ce film fort sympathique et bien sûr si délicieusement décalé et maladroit. Les effets spéciaux m'ont surprise et m'ont paru plutôt réussis pour un film de cette époque, même si le défaut majeur que l'on pourrait reprocher au montage est de donner l'impression que deux plans différents ont été superposés pour obtenir l'effet voulu : un personnage miniature qui marche sous un fauteuil ou se hisse sur une table.

les_poupees_du_diable 01.jpgCeci dit, ce n'est pas ce qui est le plus amusant parmi tous les éléments qui rendent le film peu crédible. Il y a par exemple ce repère a priori infâme où se terre la femme d'un bandit et qui, une fois qu'on y pénètre, se révèle être une maison confortable et très bien meublée, pourvue de plusieurs pièces et d'un escalier. Il y a aussi cet air de psychopathe de Malita qui prête à sourire, avec ces yeux grands ouverts, ces sourcils arqués et ce regard fixe qui ne la quittent pas. Et puis certaines scènes extrêmement drôles, comme la rencontre entre le père et la fille : le père prétend être un autre, il a à peine changé par rapport à la photo prise lors de son arrestation mais sa fille n'est pas capable de le reconnaître et conclut à la fin : « c'est bizarre, il me dit quelque chose » (en voilà une qui a certainement inventé la poudre !). Ou encore au tout début, la scène de la crise cardiaque qui vaut tout de même son pesant de cacahuètes. Imaginez cette pauvre Malita qui se morfond en attendant son illustre mari puis, lorsque celui-ci meurt sous ses yeux à peine arrivé (précisons qu'elle l'accueille comme s'il rentrait après un petit week-end et non comme l'évadé tant attendu), la voilà qui l'examine et qui constate : « Il est mort ! »(musique ; elle s'agrippe à Paul Lavond) « mais nous devons continuer son œuvre ! ». Tadam ! A ce sujet, la place des femmes est encore bien représentative de l'époque. Si Malita est particulièrement mauvaise (voire maléfique), elle a besoin d'occuper une place de seconde et se soumet à la volonté de Paul Lavond dès que son époux décède. Ce n'est qu'à la fin qu'elle décide de se rebeller, mais son regard psychotique et sa stupidité la trahissent : Paul Lavond évite de justesse d'être transformé en poupée.

les_poupees_du_diable 06.jpgA noter l'acteur principal dont le physique et le jeu se prêtent parfaitement au rôle (y compris lorsqu'il se déguise en une inquiétante petite vieille) : Lionel Herbert Blythe, qui a reçu l'oscar du meilleur acteur en 1931 et souvent joué avec Greta Garbo.

Au final j'ai passé un excellent moment en découvrant ce film au charme suranné. Une curiosité (à voir en VO pour les imitations d'accent français) !

Un avis plus éclairé.

Tod Browning, The Devill-Doll / Les Poupées du Diable, 1936

13/05/2009

I only drink wine...

cohen_je m'appelle dracula.JPGAmis blogueurs, chers draculitos et draculettes en devenir, bonsoir !

Parmi les challenges inavoués de cette année 2009 (à part Jane Austen j’ai prévu les grands fantastiques classiques ainsi que Wharton et Wilde), le vampirisme s’est rappelé à moi récemment car je ne me remets toujours pas de ma difficulté à lire plus de quelques pages de Stephenie Meyer qui, à défaut de particulièrement m’enflammer, fait maintenant partie des livres populaires incontournables en la matière. Tout ça pour dire que je ne désespère pas de me faire ma propre opinion un jour mais qu’en attendant, j’ai décidé d’exhumer d’autres titres de ma bibliothèque afin de partager mon intérêt (hautement scientifique, of course !) pour les vampires.

Donc, mes amis, j’ai profité d’un week-end sur la côte atlantique pour farfouiller comme toujours dans ma bibliothèque de petite fille et d’ado, à la recherche de titres à relire ou simplement, à feuilleter. Je suis tombée sur Je m’appelle Dracula d’Olivier Cohen dans la vieille collection Je Bouquine. J’avais complètement oublié l’existence de ce livre que j’avais lu plusieurs fois étant petite et hop ! ni une ni deux, j’ai eu envie de le relire.

Eh bien pour faire court c’est vachement chouette, chers vous tous ! Mais laissez-moi développercohen_je_m_appelle_dracula_lcover2.jpg un peu plus mes propos (et autocensurer mes digressions matinales qui me laissent penser que mon livre de chevet* a une influence pernicieuse et me fait passer trop de temps en compagnie de Miss Bates).

Je m’appelle Dracula est une réponse du comte à la publication de Dracula de Bram « Stocker ». Au passage, cher Monsieur Cohen, je ne sais pas si l’effet était voulu ou non mais Stoker s’écrit normalement sans « c » et, en relisant votre histoire (une de mes favorites lorsque j’étais petite, mais c’est un autre sujet), j’ai commencé à comprendre pourquoi je me suis acharnée sur le nom de ce pauvre Stoker jusqu’à ce qu’un essai sur la condition de la femme dans Dracula me soit rendu avec des corrections à chaque fois qu’apparaissait le nom de l’auteur (thanks by the way, Gregory). Mais plus de détour, promis ! Je vais aller droit au but.

Réfugié dans le Marais à Paris, le comte Dracula écrit son histoire afin de mettre un terme aux accusations portées contre lui dans le livre de « Stocker ». Outré de voir son portrait en couverture, son nom conservé, ses ennemis portés aux nues et toutes ses actions mal interprétées, le comte tient à opposer à ce tissu de mensonges sa propre version des faits. Il revient sur le passage de Harker dans les Carpathes, sa rencontre avec Lucy (Mina est absente en revanche), le bateau fantôme, les caisses de terre, le petite cimetière ou encore Renfield (son vieil oncle devenu fou).

Paris, le 4 novembre 1897. Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre. Quatre mois pendant lesquels j’ai dû me cacher pour fuir la haine d’une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l’acharnement d’une secte bien décidée à me perdre. (p7)

cohen-je mappelle dracula 03.JPGVoilà une lecture très rafraîchissante, bourrée de clins d’œil à Dracula dont j’ai enfin pu profiter (puisque j’ai lu ce roman bien après avoir lu et relu le petit livre d’Olivier Cohen). Pas besoin d’avoir apprécié le livre de Stoker pour s’amuser des inventions d’un comte bien plus proche du dandy que ne l’a jamais été le monstrueux vampire. Les illustrations sont sympathiques, le style alerte et très agréable. Je n’ai d’ailleurs pas observé le décalage que je regrette en général lorsque je lis des romans jeunesse maintenant (par exemple The Graveyard Book, pourtant destiné aux adolescents), ce qui me fait penser que ce court roman peut être lu à n’importe quel âge car il est assez simple pour un public jeune, tout en étant écrit par un narrateur adulte, aux préoccupations et au ton plus proches d’un lectorat plus âgé. Les explications sont relativement crédibles bien que l’auteur laisse finalement planer le doute – dans une fin que j’apprécie particulièrement, car j’aime penser que Dracula reste une créature fantastique.

En somme, un très très bon livre à recommander à tous les amateurs de vampires qui trouveront là un texte divertissant et bien écrit qui s’inspire très bien de l’histoire universellement (mal)connue de Bram Stoker.

 

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75 p

Olivier Cohen, Je m’appelle Dracula, 1993

* Emma de Jane Austen

07/04/2009

Une petite danse ?

BD_ D tome 1 Lord Faureston.jpgAmis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.

Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.

Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.

Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.

Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !

Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.

PS : D, tout simplement pour Drakul ?

62 p

D, Tome 1, Lord Faureston

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