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11/02/2012
La carte du monde invisible
La Carte du Monde de Tash Aw m'éloigne temporairement de mes promenades anglaises ; c'est même une lecture bien différente des romans vers lesquels je me tourne spontanément et pourtant j'ai passé un excellent moment.
Ce récit nous plonge dans l'Indonésie de 1960, lorsque le jeune Adam voit son père adoptif d'origine hollandaise se faire embarquer par des soldats. En fouillant dans la maison, il trouve la trace d'une certaine Margaret, qui aurait beaucoup compté pour son père ; l'adolescent part à sa recherche en quittant sa petite île pour Jakarta. C'est une ville tentaculaire, fascinante et sordide à la fois, dans laquelle les ressortissants étrangers ne se sentent plus tellement en sécurité, alors que le Président tend à se rapprocher de ses alliés communistes et que les manifestations se multiplient.
Plusieurs voix en alternance retracent l'histoire d'Adam, orphelin, de son frère Johan, adopté en Malaisie, de Karl, le père, amour de jeunesse de Margaret, elle-même enseignante américaine dont le collègue Din est soupçonné d'être à la tête d'un groupe extrémiste. Souvenirs et présent se mêlent, avec en toile de fond un contexte politique agité.
Je ne raffole pas des romans politiques mais cette dimension ne m'a pas du tout gênée et nourrit le récit intelligemment, s'invitant dans l'histoire personnelle des différents protagonistes. Outre la question du régime politique préférable et la perte d'illusions de ceux qui avaient cru à une nouvelle Indonésie, c'est aussi la société qui est dépeinte ici, avec le gouffre séparant les plus riches du reste de la population, presque miséreuse et sans avenir. Comme l'a déjà écrit mon amie Cryssilda, "le texte est en dialogue constant avec lui même" : chaque chapitre fait écho à un autre, les histoires s'entrecroisent et le contexte historique explique le parcours atypique des personnages.
Malgré les apparences, ce roman pose un regard éclairé sur une époque trouble et ne sombre pas dans le pessimisme ; pour preuve la fin plutôt heureuse pour les principaux personnages.
Très agréablement écrit, ce roman offre de beaux tableaux d'un pays qui parviennent à émouvoir le lecteur tout en le mettant mal à l'aise. Il pose aussi la question passionnante de l'identité : Margaret, américaine de nationalité, a bourlingué dans de nombreux coins du monde et a choisi de s'installer à Jakarta, parlant d'ailleurs parfaitement indonésien ; mais lorsque les tensions entre les deux pays montent, Margaret et ses compatriotes ne sont soudain plus les bienvenus. Adam a la peau plus claire que les enfants de l'île dans laquelle il grandit et reste ainsi un peu à part ; fasciné par l'Europe, il aimerait apprendre le néerlandais mais Karl refuse de parler sa langue natale et veut vivre en respectant autant que possible la culture indonésienne, alors qu'il est toujours perçu comme un Hollandais par la population locale. Au final, à quel pays, quelle nation, quelle culture appartenons-nous ? A celle qui figure sur notre passeport, à celle de nos parents ou bien à celle que nous choisissons ?
Un roman vraiment intéressant que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire.
Merci à Christelle des éditions Robert Laffont pour cette belle découverte... je regrette vraiment de ne pas avoir pu assister à la rencontre avec l'auteur, je me serais régalée !
Les avis de Cryssilda, Titine

442 p
Tash Aw, La carte du monde invisible, 2009
22:41 Publié dans Littérature anglo-saxonne, Littérature asiatique | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : tash aw, la carte du monde invisible, indonésie, roman indonésie, éditions robert laffont
Commentaires
un livre interessant surtout quand le pays dans lequel on est né n'est pas celui dont on porte la nationalité par exemple...je le note, très bon billet...
Écrit par : jeneen | 12/02/2012
Répondre à ce commentaireC'est un très beau roman qui nous plonge totalement de l'Indonésie de cette époque, une très belle découverte pour moi aussi.
Écrit par : Titine | 13/02/2012
Répondre à ce commentaireLe titre m'a amenée à ton article et les questions de la fin me font noter ce titre merveilleux! Merci!
Écrit par : Nymphette | 13/02/2012
Répondre à ce commentairebin cela donne envie de creuser..un peu plus....
Écrit par : rachel | 14/02/2012
Répondre à ce commentaireBonne semaine et merci de nous faire un peu rêver... Pascal.
Écrit par : Djemaa | 15/02/2012
Répondre à ce commentaireIntéressant ! Et en effet, des contrées sur lesquelles nous ne lisons quasiment jamais...
Écrit par : Liliba | 18/02/2012
Répondre à ce commentaireOoooh, ça a l'air super bien, ça. Sans ton avis, je ne pense pas que j'aurais pu être tentée! Thanks!
Écrit par : Karine:) | 20/02/2012
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Écrit par : rachel | 11/02/2012
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