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13/03/2007
Lectrice en transe
Je ne peux que féliciter ma bibliothèque et lui octroyer un A+ pour les progrès formidables réalisés depuis son dernier devoir. Souvenez-vous.
Le petit livre mystérieux s’intitule Beasts. L’auteur, quant à elle, n’est autre que Joyce Carol Oates, qui a fait son entrée au Lou Book, dans ma bibliothèque et dans ma vie au mois de janvier. Joyce Carol Oates à qui je vais bientôt devoir vouer un culte si elle continue à exceller avec la même persévérance déstabilisante. Cela en deviendrait presque agaçant. A quoi bon s’escrimer à écrire lorsque qu’une grande dame de la littérature a tout dit (ou presque) ? Mais je vois que je m’enflamme, ce n’est pas bon pour la popularité de ce blog (qui connaît une forte notoriété avec la gamme « ruptures cinglantes et tonitruantes »). Et au contraire, Joyce Carol Oates a le mérite de lancer un remarquable défi aux auteurs à venir !
Dans la rubrique « lettres d’amour enflammées », nous avons donc aujourd’hui Beasts et une lectrice qui a encore du mal à trouver ses mots après tant d’émotions ! Tâchons donc de rationaliser cette chronique pour le moins chaotique !
L’histoire : une jeune étudiante fait partie d’un atelier d’écriture animé par Andre Harrow, professeur charismatique qui déchaîne les passions parmi ses élèves. La narratrice, Gillian, évoque les quelques mois passés au sein de cet atelier. Solitude, mal-être et rivalités sous-jacentes sont analysés méthodiquement par Gillian, dont les souvenirs d’une précision déconcertante retracent sans retenue ni ostentation les événements marquants et le quotidien de l’année 1975, année ponctuée de fausses alertes au feu et rythmée par la relation que le couple Harrow semble entretenir avec les adolescentes.
On pourrait résumer le fil conducteur de l’histoire à cela : Gillian semble cacher un terrible secret. Quelle a finalement été la nature de sa relation avec le Professeur Harrow et son épouse ? Aurait-elle commis un crime à l’époque ? Ces possibles développements nous sont suggérés dès les premières pages. La construction savamment étudiée conduira le lecteur à travers les souvenirs de Gillian pour le ramener finalement à la scène initiale, avec cette fois-ci quelques éléments de réponse en main. Je vous l’accorde, le fil conducteur a tout du pire roman de gare. Encore une fois, tout n’est qu’apparences avec Joyce Carol Oates.
Hormis la construction parfaite de ce roman (« novella »), impossible de ne pas savourer les subtiles nuances progressivement apportées au tableau finalement assez statique de Catamount College. Les portraits de chaque personnage sont exécutés avec une exquise délicatesse, faisant de Beasts un superbe roman psychologique, passionnant à tous égards. Le tout orchestré d’une main de maître et délicatement saupoudré d’un style d’une simplicité et d’une élégance désarmantes. Progressivement happé par ce court roman, le lecteur est envoûté par la musicalité des phrases qui dansent devant lui. L’écriture est précise, nette et pourtant incroyablement sensuelle et onctueuse. Et je résumerai ma critique avec une image qui m’est venue à l’esprit à plusieurs reprises au cours de cette lecture troublante : Beasts est comme un fruit, une délicieuse pêche que l’on s’apprêterait à goûter. Toute en rondeur mais si délicate, modeste, le parfum très discret, elle n’attend que le moment où on la croquera pour libérer tous ses arômes et la pleine richesse de sa chair.
Que dire de plus ?
138 p
Citation de D.H. Lawrence :
I love you, rotten
Delicious rottenness.
… wonderful are the hellish experiences,
Orphic, delicate
Dyonisos of the Underworld
21:35 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
Commentaires
Félicitations à ta biblio ! :D
Par contre, j'ai testé un JCO il y a quelques années. Je ne me souviens plus du titres mais ce n'est pas du tout ma came si je puis dire. Contente quand même que tu aies passé un bon moment :)
Écrit par : Flo | 14/03/2007
Répondre à ce commentairej'ai de plus en plus envie de lire oates! J'ai repéré 2 titres à la bibliothèque! ils attendent sagement que ma PAL baisse un tantinet ;-)
Écrit par : katell bouali | 14/03/2007
Répondre à ce commentaireMon anglais, Lou, est ridiculement mauvais ;)))
"Middle Age", c'est quoi la traduction en français?
Je ne sais pas si tu as lu "les chutes", si oui, qu'en as-tu pensé? J'imagine que tu as dû aimer, puisque tu es une fan de JCO.
Écrit par : musky | 15/03/2007
Répondre à ce commentaireje n'ai lu que 2 livres de JCO, ils sont en effet totalement différents, "délicieuses pourritures" frise le thriller psychologique ce qui n'est pas du tout le cas dans "les chutes" : ce qui m'a un peu déçu, pensant retrouver une ambiance flippante suite au suicide du début.
Écrit par : pom' | 15/03/2007
Répondre à ce commentaireComme toi j'ai découvert Joyce Carol Oates cette année et j'ai été subjuguée par son style, alors tu penses bien que je ne vais pas m'arrêter là dès que ma PAL aura un tantinet baissée. Maintenant te dire par lequel je commencerais, je ne saurais dire, j'espère trouvée une biblio comme la tienne qui saura me guider ! ;-)
Écrit par : Florinette | 15/03/2007
Répondre à ce commentaireComment ne pas craquer lorsqu'il y a une citation du Maître Lawrence à la fin ? :-)
Écrit par : Thom | 15/03/2007
Répondre à ce commentaireBillet très captivant et convaincant sur la qualité de l'écriture de l'auteur...noté ;o)
Écrit par : Mme patch | 15/03/2007
Répondre à ce commentaireJ'adore les thrillers psychologiques! Pom' et Lou, vous avez su trouver les bons mots pour me donner envie de lire Délicieuses pourritures.
Écrit par : musky | 16/03/2007
Répondre à ce commentairepour la traduction de Beats , je pense que c'est Zombie;
je viens d'emprunter le ravin de JCO, l'as-tu lu?
Écrit par : pom' | 24/03/2007
Répondre à ce commentairej'ai enfin lu le ravin(en anglais the Barrens), un présumé accusé recherche le vrai coupable d'enlèvement, ses pensées sont pas mal bizarres, on connait aussi le coupable et on suit ses délires, du pur J.C.O.
Écrit par : pom' | 24/05/2007
Répondre à ce commentaireAh,je trouve une fan de JCO sur mes blogs favoris!
Pour moi,cette écrivaine mérite le Nobel depuis des lustres même si en effet,aucun livre ne paraît semblable malgré ses "courants" selon les années.
Elle en écrit 2 ou 3 par an et sans faiblir!
Je t'invite Lou,à lire bientôt Les Chutes ,là tu réaliseras l'ampleur et les multiples possibilités de son écriture et de son imagination!
Je comprends que des lectrices aient laissé tombé ce livre au début,il commence comme un roman victorien pour "jeunes filles" et bascule dans une éblouissante vision de l'Amérique des annnées 60.
Je rêve de posséder l'inégrale de JCO mais je dois encore pas mal en acheter,merci pour ton conseil ,tu m'as convaincue pour Délicieuses Pourritures.
Une autre de ses grandes fresques sur l'Amérique ; "Nous étions les Mulvaney ".
Bonne lecture et bravo pour ton commentaire!
Écrit par : carson | 26/11/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai découvert cet auteur il y a trois semaines et j'en ai déjà lu deux. Une formidable rencontre, et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin. Délicieuses pourritures sera peut-être le prochain!
Écrit par : Pimprenelle | 06/03/2009
Répondre à ce commentaireTiens, je viens de laisser un commentaire sur un post plus ancien sur cette auteure!
Les chutes, j'ai adoré, moi, mais c'est vrai que j'ai aussi entendu qu'elle varie très fort les styles et que donc on peut être surpris si on attend la même atmosphère que celle du livre qu'on vient de terminer. Ceci dit, elle écrit si bien que c'est un risque à prendre, non? Et personnellement, je pense que c'est plus rafraichissant d'avoir toujours une vraie nouvelle histoire et ambiance, pas comme Patricia Higgins-Clark qui écrit toujours la même histoire, ou Barbara Cartland ;0... Enfin, il y a longtemps que je ne lis plus ça, depuis que je sais vraiment lire, en fait....
Écrit par : Edmée De Xhavée | 07/06/2009
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Écrit par : musky | 14/03/2007
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