14/11/2010

La marque du baiser de Judas

collectif-femmes-vampires.jpgPour le challenge Halloween proposé le mois dernier avec Hilde, j'ai sorti de mon étagère une acquisition plutôt récente : Les Femmes Vampires, recueil collectif publié chez José Corti. Un livre acheté à Montparnasse en compagnie de Titine et auquel je pouvais difficilement résister :

- les vampires sont un de mes thèmes de prédilection, en particulier dans les textes plus classiques qui n'avaient pas du vampire une vision aussi glamour que ce qu'on peut voir aujourd'hui en bit lit ou sur grand écran, même si, en recoupant des textes assez différents, on retrouve un certain nombre d'éléments qui inspirent largement les auteurs plus contemporains (d'ailleurs en parlant de glamour, Carmilla de Le Fanu incarne déjà un vampire sensuel un brin sulfureux si l'on songe que ce texte a été écrit à l'époque victorienne, où le saphisme n'était pas vraiment dans le ton des valeurs morales - en partie de façade, mais c'est une autre histoire - de l'époque).

- J'ai une confiance aveugle dès que je vois qu'un livre est édité par José Corti (un peu comme avec Phébus), qui par ailleurs publie beaucoup de classiques anglo-saxons oubliés - un éditeur qui ne passe pas inaperçu pour moi lorsque je vais en librairie.

- Enfin, voilà une bonne façon de poursuivre mon challenge Mary Elizabeth Braddon, dont la nouvelle est sans doute la plus inattendue au sein de ce recueil.

Ce recueil comporte cinq récits :

Ernst Raupach, Laisse dormir les Morts ("Lasst die Toten ruhen") - 1823 :

Un jeune châtelain pleure sur le tombeau de Brunehilde, sa première épouse au caractère affirmé, dont le souvenir le hante depuis qu'il s'est lassé de la douceur et de la gentillesse de sa nouvelle femme. Il finit par rencontrer un homme capable de faire revenir les morts à la vie et décide de retrouver ainsi sa chère défunte. Cependant celle-ci a ses exigences et l'oblige à répudier son épouse de manière à ne pas être simplement sa maîtresse. Après son arrivée au château, des morts suspectes se produisent parmi la jeunesse du pays. Aveugle à tout, envoûté, le héros ne voit rien jusqu'à ce que ses propres enfants soient tués par Brunehilde qui s'alimente du sang des personnes en bonne santé. Et lorsqu'il tente de s'en débarrasser, c'est pour s'apercevoir qu'un acte contre nature tel que celui qu'il a commis ne se défait pas facilement.

Un texte agréable à lire mais qui présente une vision assez surannée du vampire et des personnages féminins, avec un héros un peu fade, tandis que le déroulement du récit même est assez conventionnel - ceci dit c'est là le texte le plus ancien.

Anne Crawford, Baronne Von Rabe, Un Mystère de la Campagne Romaine ("A Mystery of the Campagna") - 1887

Plusieurs voix se mêlent pour raconter l'histoire de Marcello, artiste de la villa Médicis qui décide de s'installer dans une maison isolée pour composer un opéra. Un de ses amis s'inquiète immédiatement et sans raison apparente après l'avoir laissé dans la maison en question. Il finit par tomber lui-même malade et à imaginer dans son délire que de terribles choses arrivent à Marcello. Envoyé sur place, un ami commun découvre ainsi que Marcello semble avoir une maîtresse qu'il rejoint une nuit dans son jardin, avant de disparaître sous terre dans ce qui semble être des catacombes romaines. Pourtant, peu de temps après, en revenant sur place, on découvre le corps de Marcello qui est bizarrement vidé de son sang.

Une nouvelle intéressante dans la mesure où elle comporte également une autre dimension fantastique, l'ami du mourant communiquant avec lui par la pensée, tandis que la vampire est finalement peu présente. Malgré tout j'ai trouvé quelques longueurs au texte, qui est sans doute celui qui m'a le moins plu.

X.L. : Le Baiser de Judas ("A Kiss of Judas") - 1893 :

Un homme voyageant à bord d'un steamer (le lieutenant-colonel Rowan) cherche à se renseigner auprès du capitaine après avoir aperçu un curieux passager, au souffle d'asthmatique, le visage toujours caché par ses vêtements. Suite à cette discussion, le passager concerné qui a eu vent des questions posées à son sujet vient menacer le premier voyageur, faisant preuve d'une hargne et d'une vulgarité étonnantes. A cette occasion son foulard glisse un peu et le héros aperçoit un visage d'une laideur effrayante. 

Peu de temps après, arrivé chez ses amis, Rowan entend parler du baiser de Judas, qui voudrait que des créatures repoussantes soient à même de servir Satan en se donnant volontairement la mort pour revenir sous des traits beaucoup moins reconnaissables afin de frapper les vivants par toute sorte de fléau. Les victimes de ces serviteurs du diable se trouvent marqués d'une petite croix. Suite à cette histoire, Rowan revoit le passager qui l'a suivi pour l'assassiner et qui, n'y parvenant pas, se tue d'un coup de poignard en promettant de revenir...

Cette nouvelle qui mêle légendes, folklore et vampirisme est très originale. Non seulement le récit est bien mené mais le monstre-vampire est fascinant, très différent de ce que l'on a l'habitude de croiser dans la littérature vampirique. Je ne saurais dire pourquoi mais il m'évoquait l'expressionnisme de Nosferatu.

Mary Elizabeth Braddon, La Bonne Lady Ducayne ("Good Lady Ducayne") - 1896

Une jeune femme entre au service d'une vieille dame aisée qui l'emmène avec elle en Italie, avec un salaire dépassant toutes ses espérances. Eclatante de santé, Bella (notre héroïne) devient curieusement de plus en plus faible, sans en comprendre la raison, hormis les petites plaies qu'elle découvre parfois sur sa peau à son réveil. Le médecin personnel de son employeuse, Lady Ducayne, lui assure qu'il s'agit de piqûres, mais lorsqu'elle les montre à un jeune médecin anglais avec qui elle a sympathisé, celui-ci est persuadé que des saignées ont été pratiquées sur la jeune femme à son insu.

Voilà le deuxième texte qui m'a particulièrement séduite dans ce recueil (normal, c'est Mary Elizabeth qui l'a écrit - dit-elle en toute objectivité !). Ni sensuelle, ni surnaturelle, la vampire évoque davantage cette Landlady a priori sympathique qui empoisonnait ses jeunes pensionnaires dans le texte de Roald Dahl. Le vampirisme prend ici une tournure plus médicale, à travers la transfusion. Un récit finalement moderne qui se lit avec plaisir.

Francis Marion Crawford, Car la Vie est dans le Sang ("For the Blood is the Life") - 1905

J'en avais parlé (mais j'avais oublié que je l'avais déjà lu). Et je disais donc : deux hommes observent un champ depuis la tour d’une vieille demeure. Lorsque les rayons de lune se posent sur un tertre a priori désert, une forme étrange apparaît, laissant entrevoir un corps allongé sur un tombeau. Pris de curiosité, l’un des deux hommes souhaite se rendre sur place pour mieux observer le phénomène. A quelques mètres de l’objet, il s’arrête : plus rien sur le tertre. De loin, l’autre homme voit le corps se redresser et s’accrocher à son ami. Cette histoire n’est pas ma préférée mais j’apprécie l’atmosphère inquiétante qui l’imprègne ainsi que le caractère hautement fantomatique du vampire. Ici, le vampire n’a pas encore pris ses traits classiques et fait appel aux premiers monstres de notre imaginaire…

 

Sur ce blog, quelques liens piochés dans les Chroniques de Vampires (toujours à gauche dans mes listes de livres lus - pas tout à fait actualisées) : Les cent ans de Dracula (Goethe, Polidori, Crawford, Gautier, Stoker, Askew, Ray, Lovecraft), La Dame pâle d'Alexandre Dumas, et une très bonne surprise : La Baronne Trépassée de Pierre Alexis Ponson du Terrail (roman populaire du XIXe).

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213 p

Anthologie, Les Femmes Vampires, de 1823 à 1905

dark side challenge.jpgchallenge-mary-elizabeth-braddon.gifChallenge Mary Elizabeth Braddon

Le challenge Mary Elizabeth Braddon prenant fin au 31 décembre 2010, je vous propose une lecture commune pour le 20 décembre : Le Secret de la Ferme grise (un de ses textes les plus courts, idéal pour un petit plaisir avant la fin du challenge ), La Bonne Lady Ducayne (nouvelle vampirique citée plus haut) ou, pour ceux qui chercheraient un roman plus conséquent, Henry Dunbar (avec lequel j'ai passé un très bon moment).

LECTURE COMMUNE 20 DECEMBRE 2010, 3 TEXTES AU CHOIX  :

Le Secret de la Ferme Grise : disponible d'occasion (facile à trouver). Pour en savoir plus sur le sujet voir les liens ci-dessous.

Good Lady Ducayne : nouvelle disponible gratuitement en anglais ici / en français dans Les Femmes Vampires, José Corti. 

Henry Dunbar : publié chez Labyrinthes.

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challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : CécileLoula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Bonne Lady Ducayne : Lou,

Lady Isle : Cécile

La Ferme grise : Cécile, George Sand et moiMaggie, Manu, Sabbio, Titine,

Le Secret de Lady Audley : Cécile, ClaudiaLucia, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette, ClaudiaLucia,

26/10/2009

Dracula vs Wilcox : round 1

colin_vampires_londres.jpgÉtant un brin débordée ces temps-ci, je trouve peu le temps de lire et encore moins celui de blablater par ici. A ma décharge, j'ai été récemment retenue prisonnière par les soeurs Wilcox qui, toutes héroïnes qu'elles sont, portent deux prénoms foncièrement louches (Amber et Luna) qui auraient dû me mettre la puce à l'oreille quant aux intentions malhonnêtes de ces deux demoiselles.

Remarquez que je ne me plains pas de ce séjour prolongé dans un manoir un brin lugubre certes, mais visiblement conçu spécialement pour moi (ou alors je ne suis pas Lou et mon terrible clavier sévit tout seul ou sous le contrôle d'une influence hautement diabolique, rien de moins !). J'ai donc mis les pieds dans une maison cossue de Londres et, les soeurs Wilcox ne faisant visiblement pas les choses à moitié lorsqu'elles reçoivent, j'ai vécu moult moments palpitants faits pêle-mêle de : XIXe, Queen Victoria, Sherlock Holmes, Dr. Watson, Nosferatu, Dracula, Elisabeth Bathory, créatures magiques, bibliothèque immense et voilà que je perds mon souffle ce qui est bien dommage car ce n'était qu'une accumulation très succincte de mes rencontres diantrement bouleversifiantes !

Ceux qui me connaissent un peu se doutent bien que je ne pouvais pas résister à l'appel des sirènes qui m'ont proposé un plongeon dans un univers qui rassemble autant de mes sujets de prédilection, entre les vampires, l'époque victorienne et le cadre londonien pour faire au plus simple.

Ce récit constitue pour moi une agréable découverte. J'ai particulièrement apprécié les premiers passages, aussi bien l'introduction que l'atmosphère fantastique bien rendue et ma foi assez crédible. Les aventures des deux sœurs se suivent avec plaisir et conviennent parfaitement aux moments où l'on cherche désespérément un livre qui saura nous détendre et se lire facilement sans pour autant manquer d'intérêt. Un joli roman d'aventures qui devient un peu moins surprenant vers la fin, avec une trame assez classique qui n'est pas sans rappeler d'autres livres pour adulescents (par exemple avec la bagarre qui m'endort inévitablement – X lâche le couteau qu'Y essaie de rattraper mais que Z a réussi à subtiliser pour le donner à A tout en frappant B... hein ? Quoi ? Que ? Pardon, je m'étais assoupie...).

Je compte bien guetter la suite et, en attendant, me pencher sur A vos souhaits que j'hésitais encore à lire.

PS : je n'oublie pas les réponses en retard à vos commentaires !

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284 p

Fabrice Colin, Les Etranges Soeurs Wilcox, T1, Les Vampires de Londres, 2009

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08/10/2009

Halloween for kids

surget_grande_peur_halloween.jpgContinuons donc avec les lectures autour du Bloody Swap, de Halloween et des créatures de la nuit qui vont bientôt investir les demeures des irréductibles participants.

Au programme, deux lectures jeunesse toutes deux assez légères pour que je préfère en parler dans un seul billet.

Première découverte avec La Grande Peur d'Halloween d'Alain Surget chez Cascade, une collection qui me rappelle de délicieux moments de lecture il y a quelques années.

Le soir d'Halloween, trois frères et sœurs accompagnés de plusieurs camarades font la tournée des maisons, réclamant des bonbons sous leurs costumes traditionnels (le palmarès revenant au terrifiant vampire qui zozotte avec ses dents en plastique). Mais devant la maison d'une vieille dame charmante qu'on a vu acheter beaucoup de friandises à la boulangerie, une citrouille inquiétante les guette. Serait-ce la maison d'une sorcière ?

Cette histoire s'adresse aux tout-petits ou aux jeunes lecteurs de 7-8 ans. Pour les adultes, ce sera seulement un livre mignonnet, divertissant et très vite lu. Les illustrations ajoutent d'ailleurs au charme de ce court roman. Pour les jeunes lecteurs, j'ai trouvé le dossier de la fin très bien fait : avec beaucoup de simplicité, on parle aux enfants d'Halloween, de citrouilles ou de jack-o-lanterns. Avis aux parents qui cherchent un livre sympathique sur ce sujet !

Ne vous mettez pas en retard. Et n'oubliez pas de dire aux gens « Trick or treat ! » sinon vous n'aurez pas de friandises.

-Trico trit, répète Sophie.

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91 p

Alain Surget, La Grande Peur d'Halloween, 1999


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Je poursuis avec un livre croisé par hasard à la bibliothèque, Dans les forêts de la nuit, livre rédigé par Amelia Atwater-Rhodes à l'âge de treize ans. Écrit à la première personne, ce roman suit les pas d'une jeune femme transformée en vampire aux Etats-Unis à la fin du XVIIe. Alternant des chapitres sur son quotidien et sur son passé, le récit se décline autour de quelques thèmes clefs : souvenirs d'un bonheur familial détruit, désir de vengeance à l'encontre d'un autre vampire, le tout dans un cadre puritain ma foi assez bien rendu par la narratrice.

Ce roman est sympathique et agréable à lire. Le fait de choisir pour cadre Concord et une époque troublée par la chasse aux sorcières et l'extrémisme religieux ajoute une dimension intéressante au traitement assez classique du vampire. Ce n'est pas un coup de cœur, sans doute parce que la trame du récit est un brin simpliste ; c'est tout de même un livre à recommander aux amateurs du genre car il ne manque pas de qualités.

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153 p

Amelia Atwater-Rhodes, Dans les forêts de la nuit, 1999

06/07/2009

My bloody Valentine

curtis klause_solitude 02.gifSuite aux conseils de Laëtitia La Liseuse, j'ai découvert récemment La solitude du buveur de sang d'Annette Curtis Klause. Dans la collection Frissons de Pocket Junior qui a marqué mon année de CM2 et mon entrée en 6e (souvenirs souvenirs), ce roman est celui de Zoé, une adolescente qui rencontre un vampire alors que sa vie semble sur le point de s'écrouler. Entre l'agonie de sa mère à l'hôpital et le déménagement de sa meilleure amie, Zoé est une adolescente en souffrance. Lorsqu'un soir elle voit un étrange garçon dans son parc favori, elle est loin de se douter qu'il s'agit d'un adolescent changé en vampire en Angleterre au XVIIe. A la même époque, une vague d'assassinats sauvages perturbe la tranquillité de la petite ville où vit l'héroïne : des jeunes femmes sont retrouvées la gorge tranchée dans des passages obscurs. Zoé emprunte un soir une ruelle dans laquelle on a retrouvé peu de temps avant le cadavre d'une femme égorgée. Elle y découvre Simon, le vampire, des plumes dans les mains et le visage barbouillé de sang.

Je garde un excellent souvenir de cette collection, qui proposait une large gamme de textes et des histoires très bien menées. Ce titre ne fait pas exception à la règle, même si j'ai été surprise de repérer plusieurs fautes d'orthographe, ce qui me gêne particulièrement dans une édition qui vise un jeune public. Et, si quelques conversations entre Zoé et sa meilleure amie sont peut-être un peu artificielles, j'ai trouvé ce roman plein de qualités. Je l'aurais adoré 15 ans plus tôt. Et, du haut de mes 20 et quelques années, même si j'ai ressenti un certain décalage, j'ai dévoré ce livre, passant un excellent moment en compagnie de Zoé et de Simon.

Ce texte s'appuie finalement beaucoup sur une vision classique du vampire. La transformation se fait par l'échange de sang (c'est le cas curtis klause_solitude buveur 01.jpgdans Anne Rice, en revanche si on repense à LA référence Dracula, toute victime de vampire devient vampire à son tour après sa mort), les croix éblouissent les vampires que l'on peut parfaitement tuer en les transperçant de pieux, ces mêmes vampires qui vivent la nuit, portent avec eux un peu de leur terre natale et brûlent au contact du soleil.

Si j'ai apprécié l'héroïne et suivi avec intérêt ses passages à l'hôpital, les échanges avec sa meilleure amie et autres éléments récurrents de son quotidien, c'est surtout la partie consacrée au vampire qui m'a intéressée. Bien que bref, le récit de la transformation dans l'Angleterre de Cromwell et de Charles II a fait mon bonheur. J'ai trouvé les vampires de ce roman très crédibles, y compris dans leurs échanges avec les mortels et leur intégration dans la société d'une petite ville américaine dans les années 1980-1990.

Et comme je vous aime bien, amis lecteurs, je vous parlerai très certainement bientôt de deux autres romans « jeunesse »* sur le même thème (tant qu'à faire je les lis dans la foulée pour pouvoir comparer). Normal, après la redécouverte de Je m'appelle Dracula, un grand bonheur de lecture à une époque où je portais encore des couettes et gardais dans ma chambre des cassettes de Dorothée, et un plaisir vraiment renouvelé cette année ! Si c'est pas formidouble, ça...

* A ce sujet, je vous invite à lire le très joli billet de Malice qui revient sur la notion maladroite de « littérature jeunesse ».

Et pour le fun, ce montage qui permet à Buffy de tuer Edward et de mettre fin au pire maquillage de l'histoire du cinéma (depuis le film sur Michael Jackson avec un acteur noir maquillé uniquement au visage et ayant en plus l'air gris !).


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214 p

Annette Curtis Klause, La solitude du buveur de sang, 1990

13/05/2009

I only drink wine...

cohen_je m'appelle dracula.JPGAmis blogueurs, chers draculitos et draculettes en devenir, bonsoir !

Parmi les challenges inavoués de cette année 2009 (à part Jane Austen j’ai prévu les grands fantastiques classiques ainsi que Wharton et Wilde), le vampirisme s’est rappelé à moi récemment car je ne me remets toujours pas de ma difficulté à lire plus de quelques pages de Stephenie Meyer qui, à défaut de particulièrement m’enflammer, fait maintenant partie des livres populaires incontournables en la matière. Tout ça pour dire que je ne désespère pas de me faire ma propre opinion un jour mais qu’en attendant, j’ai décidé d’exhumer d’autres titres de ma bibliothèque afin de partager mon intérêt (hautement scientifique, of course !) pour les vampires.

Donc, mes amis, j’ai profité d’un week-end sur la côte atlantique pour farfouiller comme toujours dans ma bibliothèque de petite fille et d’ado, à la recherche de titres à relire ou simplement, à feuilleter. Je suis tombée sur Je m’appelle Dracula d’Olivier Cohen dans la vieille collection Je Bouquine. J’avais complètement oublié l’existence de ce livre que j’avais lu plusieurs fois étant petite et hop ! ni une ni deux, j’ai eu envie de le relire.

Eh bien pour faire court c’est vachement chouette, chers vous tous ! Mais laissez-moi développercohen_je_m_appelle_dracula_lcover2.jpg un peu plus mes propos (et autocensurer mes digressions matinales qui me laissent penser que mon livre de chevet* a une influence pernicieuse et me fait passer trop de temps en compagnie de Miss Bates).

Je m’appelle Dracula est une réponse du comte à la publication de Dracula de Bram « Stocker ». Au passage, cher Monsieur Cohen, je ne sais pas si l’effet était voulu ou non mais Stoker s’écrit normalement sans « c » et, en relisant votre histoire (une de mes favorites lorsque j’étais petite, mais c’est un autre sujet), j’ai commencé à comprendre pourquoi je me suis acharnée sur le nom de ce pauvre Stoker jusqu’à ce qu’un essai sur la condition de la femme dans Dracula me soit rendu avec des corrections à chaque fois qu’apparaissait le nom de l’auteur (thanks by the way, Gregory). Mais plus de détour, promis ! Je vais aller droit au but.

Réfugié dans le Marais à Paris, le comte Dracula écrit son histoire afin de mettre un terme aux accusations portées contre lui dans le livre de « Stocker ». Outré de voir son portrait en couverture, son nom conservé, ses ennemis portés aux nues et toutes ses actions mal interprétées, le comte tient à opposer à ce tissu de mensonges sa propre version des faits. Il revient sur le passage de Harker dans les Carpathes, sa rencontre avec Lucy (Mina est absente en revanche), le bateau fantôme, les caisses de terre, le petite cimetière ou encore Renfield (son vieil oncle devenu fou).

Paris, le 4 novembre 1897. Quatre mois se sont écoulés depuis la parution de cet abominable livre. Quatre mois pendant lesquels j’ai dû me cacher pour fuir la haine d’une populace excitée par le scandale, la curiosité des journalistes et l’acharnement d’une secte bien décidée à me perdre. (p7)

cohen-je mappelle dracula 03.JPGVoilà une lecture très rafraîchissante, bourrée de clins d’œil à Dracula dont j’ai enfin pu profiter (puisque j’ai lu ce roman bien après avoir lu et relu le petit livre d’Olivier Cohen). Pas besoin d’avoir apprécié le livre de Stoker pour s’amuser des inventions d’un comte bien plus proche du dandy que ne l’a jamais été le monstrueux vampire. Les illustrations sont sympathiques, le style alerte et très agréable. Je n’ai d’ailleurs pas observé le décalage que je regrette en général lorsque je lis des romans jeunesse maintenant (par exemple The Graveyard Book, pourtant destiné aux adolescents), ce qui me fait penser que ce court roman peut être lu à n’importe quel âge car il est assez simple pour un public jeune, tout en étant écrit par un narrateur adulte, aux préoccupations et au ton plus proches d’un lectorat plus âgé. Les explications sont relativement crédibles bien que l’auteur laisse finalement planer le doute – dans une fin que j’apprécie particulièrement, car j’aime penser que Dracula reste une créature fantastique.

En somme, un très très bon livre à recommander à tous les amateurs de vampires qui trouveront là un texte divertissant et bien écrit qui s’inspire très bien de l’histoire universellement (mal)connue de Bram Stoker.

 

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75 p

Olivier Cohen, Je m’appelle Dracula, 1993

* Emma de Jane Austen

07/04/2009

Une petite danse ?

BD_ D tome 1 Lord Faureston.jpgAmis lecteurs, si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous aurez peut-être remarqué le « sort of » challenge gothique lancé l’an dernier ici (lamentablement suivi par mes soins et que je voudrais relancer cette année) tout comme la section « Chroniques de Vampires » dans la colonne de gauche, très peu alimentée malgré tout. Et pour cause : j’ai lu beaucoup de classiques vampiriques avant d’ouvrir ce blog et n’ai pas eu d’envie subite de morsures et de gousses d’ail récemment. Si je ne désespère pas de revenir ici sur les incontournables du genre, je me contenterai pour l’instant de parler de la nouvelle série D, et de son tome 1, Lord Faureston.

Explorateur connu pour ses récits de voyage, Richard Drake est de retour dans les soirées et clubs londoniens le temps d’organiser un nouveau périple et de chercher un financement. Il s’éprend de la jeune Catherine Lacombe, une jolie fille qui n’a pas sa langue dans sa poche. C’est pourtant l’énigmatique Lord Faureston qui a la préférence des parents de la belle, qui ne voient certainement pas en Drake un bon parti. Noble, voué à hériter un jour de sa tante richissime, Faureston présente de nombreux atouts et s’intéresse à Miss Lacombe, à laquelle il envoie des bouquets de rose chaque jour. Mais Faureston est loin d’être un gentleman comme les autres et l’on a tôt fait de voir en lui un démon pour le moins inquiétant.

Cet album m’a beaucoup plu et ce pour de nombreuses raisons. Outre l’intrigue bien menée, les personnages variés, les belles illustrations (dessins et couleurs), les costumes et décors très travaillés, cette bande dessinée reprend les éléments qui me fascinent le plus dans le mythe du vampire, optant pour un personnage classique, monstrueux et sensuel, proche des dandys à la Dracula chez lesquels on perçoit cette même dualité.

Vampire séducteur et cruel aux cheveux blonds, Faureston rappelle un peu le Lestat d’Anne Rice, même s’il est à mon avis plus bestial qu’esthétique. Imitant d’ailleurs l’exemple du comte Dracula, Faureston a ses quartiers dans une maison londonienne lugubre. Comme beaucoup de ses congénères littéraires, il est doté d’une force surhumaine et d’une capacité à défier les lois de la gravité mais, plus intéressant encore, son histoire renvoie à l’origine sans doute la plus connue du mythe : Vlad Tepes – une piste qui sera vraisemblablement développée par la suite. Quant aux victimes, elles ne sont pas sans rappeler quelques personnages. Catherine Lacombe fait un peu penser à Mina, hésitant entre le vaillant Jonathan Harker et le terrible comte, aux approches nocturnes enivrantes et à la sexualité explicite, tandis que la première victime du vampire est consentante et réclame l’immortalité, comme les mortels inconscients qui assistent aux représentations du Théâtre des Vampires dans Interview with the vampire.

Au final ce premier tome met en place une intrigue solide et laisse la porte ouverte à bien des développements, d’autant plus qu’on ne sait pour l’instant pratiquement rien de Lord Faureston. En attendant de retrouver les Carpathes et l’Angleterre victorienne, je vous souhaite à tous bon appétit !

Et pour découvrir quelques textes classiques sur le thème des vampires, voici un petit Librio incontournable.

PS : D, tout simplement pour Drakul ?

62 p

D, Tome 1, Lord Faureston

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