23/03/2009
Darcy, of course, mais pas seulement !
Je dois atteindre des records dans la blogosphère en matière de challenges totalement râtés et, plutôt que de continuer avec mes voeux pieux, j'ai décidé de ne pas faire de challenge ABC 2009, anglo-saxon ou pas, classique ou pas, comptant seulement suivre mes envies. A savoir pour 2009, plus de classiques et plus de littérature anglo-saxonne. Suivant mes envies depuis janvier, j'ai donc commandé en ligne quelques adaptations de classiques (Wilde, Gaskell, Austen) ainsi que trois Austen dans la collection Red Classics de Penguin, ayant décidé de lire ou relire enfin « our dear Jane » cette année (j'ai craqué pour le format et les couvertures de cette édition). Quelques semaines après surgissait chez Fashion l'idée d'un challenge Jane Austen et, le but étant de se faire plaisir et de suivre ses envies, je me suis inscrite pour une fois sans hésiter ! Je suis depuis plus motivée que jamais et viens donc de relire avec un plaisir infini Pride & Prejudice.
Ce livre est un peu trop souvent réduit à la magnifique histoire d'amour entre Mr Darcy et Elizabeth Bennet.
Parallèlement à l'affection qu'éprouvent immédiatement l'un envers l'autre Jane Bennet et Mr Bingley, l'ami de Darcy, les deux personnages principaux passent par beaucoup d'états avant d'assumer les sentiments qu'ils éprouvent. Leur histoire est la plus belle qui soit à mes yeux et sans doute la seule à m'avoir émue à ce point jusqu'ici (mais sur ce point j'attends beaucoup de North and South depuis que j'ai vu l'adaptation de la BBC). Détestant les tirades dégoulinant de romantisme et les étalages passionnés trop niais, je me réjouis du sens de l'ironie de Jane Austen et de la subtilité avec laquelle elle fait évoluer graduellement la relation entre Darcy et Elizabeth.
Tous deux sont de fortes personnalités. Elevés dans un milieu différent, ils ne partagent à première vue pas les mêmes valeurs et ont bien peu de choses en commun, si ce n'est cet orgueil ou cette fierté si souvent reprochés au premier. Taciturne, critique, Darcy trouve la compagnie des Bennet trop vulgaire à son goût. Elizabeth est enjouée, intelligente et sans aucun doute impertinente, au point de taquiner sans la moindre hésitation des personnes dont le rang est supérieur au sien. Elle ressent toute l'injustice des différences de condition mais reste lucide sur la valeur de chacun indépendamment de sa fortune, ce qui lui permet de porter un regard assez ironique sur ceux qui l'entourent. Malgré sa politesse et ses bonnes manières évidentes, cette indépendance d'esprit lui permet de tenir tête à des personnages aussi imposants que Lady Catherine de Bourgh. Parce qu'elle est vive, spontanée, spirituelle et sincère à la fois, Darcy porte rapidement son attention sur
Elizabeth. Il est pourtant très sollicité par la soeur de Bingley et fiancé depuis le berceau à sa cousine, miss de Bourgh. Extrêmement riche, habitué à fréquenter la meilleure société, Darcy n'approuve pas les manières des habitants de Meryton, pas plus que les déclarations très matérialistes de Mrs Bennet, qui ne cesse de faire étalage de tout ce qu'un bon mariage pourrait apporter à son aînée. Darcy se montre particulièrement désagréable, malgré l'attirance qu'il éprouve très vite pour Elizabeth. Tout l'intérêt du personnage tient aux transformations qui s'opèrent peu à peu en lui lorsque luttent ses sentiments, ses convictions personnelles, son obstination et son orgueil.
Malgré tout, comme je le disais en guise de préambule, Pride & Prejudice ne s'arrête pas à cette histoire, aussi passionnante soit-elle. L'orgueil et les préjugés dirigent la plupart des relations dont il est question, tandis que nombre de personnages éclipsent régulièrement le tandem Darcy-Elizabeth.
Mr Bennet s'est marié en succombant un peu trop facilement au charme d'une jolie femme. D'où cette remarque lorsqu'Elizabeth accepte d'épouser Darcy : « My child, let me not have the grief of seeing you unable to respect your partner in life. You know not what you are about. » Le couple étant très mal assorti, Mr Bennet cherche autant que possible la tranquillité de sa bibliothèque et pose un regard philosophe sur son entourage, à commencer par sa propre famille et ses trois dernières filles, qu'il juge insensées. Presque tout ce qui pourrait le contrarier est source d'amusement pour lui. Cela le rend très drôle mais fait de lui un père assez irresponsable.
Mrs Bennet est irritante, même si son personnage prête plutôt à rire. Très vaine, elle veut à tout prix marier ses filles. Si le souhait est légitime, l'art et la manière lui font défaut et suggèrent au fond son manque d'éducation. A force de se vanter auprès de ses voisines (qui font de même), elle finit par ridiculiser ses filles et à être la première à retarder leur union. Sa grossièreté et sa bêtise la poussent à complimenter un prétendant de manière exagérée ou à parler argent et unions favorables là où l'on risque de répéter rapidement ses propos au principal intéressé. Passant des rires aux larmes facilement, Mrs Bennet réclame l'attention de tous et se donne beaucoup d'importance en son foyer. Alors que son mari ne semble pas lui reprocher le fait de ne pas avoir produit un héritier mâle qui leur permettrait de conserver leur propriété à sa mort (ce qui pourrait sans doute être naturel à l'époque), Mrs Bennet passe son temps à se lamenter sur son sort et à envisager le jour où elle devra survivre à son époux pour être chassée de sa maison. Ce qui donne lieu à un savoureux dialogue :
« Indeed, Mr Bennet », said she, « it is very hard to think that Charlotte Lucas should ever be mistress of this house, that I should be forced to make my way for her, and
live to see her take my place in it! »
« My dear, do not give way to such gloomy thoughts. Let us hope for better things. Let us flatter ourselves that I may be the survivor ».
Très partiale dans son amour maternel, Mrs Bennet est si impressionnée par la valeur de l'argent et des belles propriétés qu'elle finit par se montrer plus affectueuse que jamais envers Elizabeth lors de son mariage particulièrement avantageux, la plaçant au-dessus de ses soeurs alors qu'elle a toujours été l'enfant qu'elle aimait le moins.
Les filles Bennet sont toutes très différentes. Jane, l'aînée, est la plus douce. Lizzie, sa confidente, est la préférée de Mr Bennet. Au milieu, Mary n'est proche d'aucune de ses soeurs et, moins jolie qu'elles, tente désespérément de se mettre en avant en chantant ou en jouant au piano, passant sinon le plus clair de son temps à lire. Ses remarques sont peu nombreuses mais d'une sévérité et d'un recul tels que ce personnage si particulier est un de mes favoris. Viennent enfin Kitty et Lydia, au tempérament très proche de celui de leur mère. Frivoles et stupides, encouragées dans leurs flirts par Mrs Bennet, elles courent après les officiers arrivés récemment à Meryton. Mr Wickam fait partie de ceux-là. Après avoir charmé Elizabeth et dit le plus grand mal de Darcy, il fait à plusieurs reprises l'objet des potins du village.
Citons encore pour le plaisir Mr Collins et son langage obséquieux irrésistiblement drôle ainsi que Charlotte Lucas, l'amie d'enfance d'Elizabeth vieille fille à 27 ans (sans doute le personnage le plus à plaindre de l'histoire).
Tous ces personnages évoluent dans un univers assez impitoyable : les proches sont les premiers à médire, au point de compter les années restant à Mr Bennet avant de mourir et de laisser enfin Mr Collins maître de sa propriété. Conventions et hypocrisie ne sont pas en reste, même si certains sont trop mal élevés ou trop envieux pour se montrer discrets au lieu de clamer leurs aspirations sur tous les toits ou de laisser libre cours à leur jalousie.
La variété des situations et les personnalités si différentes qui se croisent font de Pride & Prejudice un roman d'une richesse incroyable. D'une grande qualité littéraire, écrit avec finesse et beaucoup de sensibilité, ce livre pose un regard critique mais non acerbe sur la société. Du mariage dépend tout l'avenir des femmes ; s'il est essentiel, le chemin vers la félicité conjugale est source de questions. Jane Austen traite de ce thème avec brio, adoptant un ton léger, distant et ironique qui fait tout le charme de son style. Ajoutons à cela la création de deux personnages incontournables qui continuent à nous enchanter près de 200 ans après, et nous voilà en présence d'un chef-d'oeuvre, rien de moins. Une lecture exquise que je renouvèlerai (encore!).
Juste un petit mot sur la traduction : je n'ai jamais lu Austen en français mais j'ai entendu dire récemment que les versions Omnibus et 10-18 sont amputées de quelques passages (vérifié par Isil) ; il paraît aussi que la traduction date et n'est pas très fidèle au texte original. Je n'en ai aucune idée mais au cas où...
NB : pour les photos j'ai choisi quelques acteurs dans chaque "version", parmi mes préférés.
Je parlerai bientôt de l'adaptation de la BBC, de Lost in Austen et de Bride & Prejudice, après mon avis (plutôt) négatif sur le film de Joe Wright. Pour l'instant voici deux liens austenien sur ce blog :
427 p
Jane Austen, Pride & Prejudice, 1813


13:49 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (48) | Envoyer cette note | Tags : jane austen, orgeuil et préjugés, darcy, elizabeth bennet, classiques, roman anglais, roman xix, amour, satire
03/12/2008
Rock the vote : Spooky or so Funny ?
Puisque souffle en ce moment un vent victorien sur la blogosphère, je profite de ma lecture du Crime de Lord Arthur Savile (recueil) pour parler un peu d’Oscar Wilde, personnage fascinant que j’ai toujours associé à James Matthew Barrie et Lewis Carroll, bien plus qu’aux autres monstres de la littérature victorienne que sont Charles Dickens ou Wilkie Collins. Parce qu’il incarne pour moi le dandy dans toute sa splendeur ? Pour son côté mystérieux et les légendes qui courent autour de lui (ses problèmes avec la justice connus de tous, mais très vaguement ; sa mort à la suite d’une méningite, qui a suscité des interrogations chez certains scientifiques) ? Quoi qu’il en soit, Oscar Wilde est un personnage que je connais encore bien mal mais qui me fascine (… au point d’abandonner lâchement cette chronique depuis début novembre, hum !).
Le crime de Lord Arthur Savile est un recueil composé de quatre nouvelles, bien plus passionnantes que ce billet que je n’arrive décidément pas à écrire.
-« Le Fantôme de Canterville, histoire hylo-idéaliste » : découvert en anglais quand j’avais douze ou treize ans, voilà une histoire qui m’a laissé un souvenir pour le moins vague, mais excellent. Au passage je me souviens avoir vu une adaptation télé à cette période. J’ai fait quelques recherches mais les adaptations sont nombreuses et les informations sur le Net assez vagues. Impossible de retrouver celle dont je gardais un bon souvenir, donc, mais j’ai découvert au passage qu’Alyssa Milano avait joué dans une adaptation de 1986. Comme quoi, du fantôme de Wilde aux sorcières de Charmed il n’y a qu’un pas ! A la relecture, j’ai apprécié la légèreté de ce conte qui présente un fantôme affreusement méchant mais follement sympathique, un squelette habitué à effrayer tout le monde depuis sa mort atroce. Mais l’arrivée d’une famille de riches Américains à Canterville Chase annonce le triomphe de la modernité et de la science. A tel point que le revenant, jugé pittoresque, drôle et tellement British (quoiqu’un peu trop bruyant avec ses chaînes mal huilées), manque de sombrer dans la dépression…
-« Le Sphinx sans Secret » : l’histoire d’un homme torturé par les mystères qui entourent la femme qu’il aime. Avec une chute un peu brutale mais une jolie conclusion que je ne dévoilerai bien sûr pas ici.
-« Le Millionnaire modèle » : l’avais-je déjà lue ? Ou avais-je lu une histoire semblable ? Toujours est-il que cette histoire, très plaisante par ailleurs, avait un goût de déjà vu. Elle rappelle Un Pari de Milliardaires de Mark Twain, histoire de deux milliardaires confiant un bon de 5 millions de dollars bien encombrant à un homme sans le sou, qui devra faire preuve de beaucoup d’astuce pour utiliser le bon sans passer pour un voleur. Si les deux histoires sont assez différentes, elles reposent toutes deux sur les extravagances d’un homme fortuné.
-« Le crime de Lord Arthur Savile » : une histoire absolument jubilatoire, savourée de bout en bout par votre chroniqueuse adepte de l’ironie et des situations absurdes qui peuvent l’accompagner. Il s’agit ici d’un jeune homme un peu trop parfait sur le point d’épouser une femme un peu trop parfaite. Jusqu’au jour où, à travers les prédictions d’un chiromancien, il découvre avec horreur qu’il va commettre un crime abject. C’est fort fâcheux pour cet homme qui juge la tâche en question tout à fait déplaisante. Certes. Mais si tel est le destin, alors tel est son devoir, et notre héros n’est pas homme à se dérober devant lui. Tuer après le mariage pouvant fortement compromettre son bonheur conjugal, le voilà qui décide de retarder la cérémonie pour venir à bout au plus vite de l’odieux impératif. Mais qui tuer ? Et comment ? Une nouvelle délicieuse, à savourer en surveillant les gâteaux (empoisonnés ?) offerts par votre voisine ou, peut-être, votre chaîne Hi-Fi (qui cache peut-être une bombe à retardement depuis son séjour chez le réparateur).
Courez donc vous procurer ce fabuleux petit recueil si vous ne l’avez pas encore découvert !

153 p
Oscar Wilde, Le Crime de Lord Arthur Savile, 1891

20:55 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : roman anglais, classique, fantastique, satire, mystère, littérature, romans et nouvelles








































