18/05/2012

L'Observatoire, ex domaine de Tearsham

carey_observatoire.jpgIl suffisait d'un auteur anglais inconnu et d'une allusion à Mervyn Peake pour que je me retrouve embarquée dans une visite pour le moins ubuesque, celle de L'Observatoire d'Edward Carey. 429 pages lues avec avidité, un roman que j'ai trouvé tout à la fois passionnant, intelligent, drôle, cruel, et qui occupera désormais une place de choix dans ma bibliothèque. Pas la peine de lire la suite, n'attendez plus, tentez vous aussi l'aventure !

Le narrateur, Francis Orme, est issu d'une longue lignée de Francis Orme, propriétaires du domaine de Tearsham, peu à peu rattrapé par la modernité et une mauvaise gestion qui lui a valu d'être grignoté par une ville tentaculaire, bien déterminée à ne faire qu'une bouchée de ce bastion d'un autre temps qui lui résiste encore. Le domaine s'appelle désormais l'Observatoire : un manoir amputé de ses dépendances, encerclé d'un ridicule mur d'enceinte, sans jardin, un manoir découpé en appartements.

victor newman.jpgA remonter le fil du temps aux côtés de Francis Orme, on comprend que la transformation du manoir en résidence a été souhaitée par sa mère et incarnait pour elle une nouvelle vie et la modernité. Pourtant, lorsque le récit débute, les appartements ont perdu la fraîcheur des premiers jours ; la plupart des habitants sont morts ou ont quitté les lieux, l'endroit est sale, le rez-de-chaussée envahi par les déchets urbains. Quant aux habitants restants, avec lequel tenterez-vous une collocation ? Claire Higgs, vieille femme scotchée devant sa télé toute la journée, idolâtrant un personnage qui de par sa description, me fait fortement penser à Victor Newman des Feux de l'Amour (remarquez l'étendue surprenante de mes connaissances, je peux ainsi saisir la subtilité de telles influences) ? Peter Bugg, ancien précepteur adepte des coups de règle, suant, transpirant pour expier on ne sait quelle faute ? Numéro 20, la Femme-chien ? Le Portier, qui chuinte au lieu de parler ? Ou bien les Orme ? Le père et la mère, enfermés dans leur silence depuis des années ; le fils, cleptomane, incapable de vivre sans gants blancs et maniaque à leur égard, auteur d'une étonnante et sordide collection (dont vous ne connaîtrez l'Objet, le clou de la collection, qu'à la fin du récit) et vivant de son métier de statue humaine ? Comme tous ceux-là sont assez dérangés, il serait préférable de renoncer à tout emménagement intempestif. Mais voilà qu'une certaine Anna Tapp décide de s'installer dans l'appartement 18. Elle n'est certainement pas la bienvenue, et c'est par sa présence que les souvenirs vont remonter à la surface, troublant puis détruisant le petit équilibre monotone de ces résidents qui avaient renoncé à vivre...

Sur le déclin de l'aristocratie, un passage exquis, sur Lord Pearson, contraint de se séparer de son château pour venir habiter à L'Observatoire : "Lord Pearson aimait inviter chez lui les autres résidants pour leur faire visiter son modeste appartement comme s'il s'agissait d'un château. Il disait : Voici le salon où Lord Pearson regardait la télévision. Voici la salle-de-bains, c'est dans cete baignoire en plastique que Lord Pearson se lavait avec un savon parfumé au citron. Voici la cuisine, c'est à cette table que Lord Pearson buvait son potage. Et ainsi de suite. Lord Pearson s'éteignit après avoir absorbé une dose massive de somnifères. Il n'avait plus un sou. Il ne voyait pas comment il pourrait s'en sortir. Sur son corps élégamment vêtu d'un costume de tweed était épinglée une note : Voici Lord Pearson, Noble vestige du début du siècle. Enterrez-le dans son caveau de famille." (p249-250)

Merci aux éditions Phébus pour cette belle découverte.

4,5coeurs.jpg

 

 

429 p

Edward Carey, L'Observatoire, 2000

09/05/2012

En poussant les grilles de Mansfield Park

austen-mansfield park.jpgMansfield Park est un roman un peu particulier pour moi qui apprécie énormément Jane Austen. C'est le seul que j'aie jamais abandonné en cours de route : peu après avoir dévoré Northanger Abbey, mon tout premier Austen, j'ai eu envie de poursuivre avec un roman plus dense et me suis plongée avec empressement dans Mansfield Park, que j'ai ensuite abandonné au bout d'une centaine de pages. Malgré mes coups de coeur successifs pour tous les autres textes d'Austen lus depuis, je craignais d'apprécier un peu moins ce roman réputé difficile et qui est loin de faire de l'unanimité. Et lorque je l'ai laissé de côté arrivée à la moitié il y a bien six mois, j'ai fini par me dire que j'étais partie pour un nouvel abandon. J'ai finalement eu envie de reprendre ma lecture il y a deux semaines, alors que j'ai enfin retrouvé un peu de temps libre, et bien m'en a pris, car j'ai dévoré les quelques 200 pages qu'il me restait à lire.

Fanny Price est issue d'un milieu plutôt modeste. Sa mère a fait un mariage d'amour dont elle se repend peut-être, sa situation matérielle étant loin d'être confortable. C'est alors que la famille maternelle propose d'élever la petite Fanny. Si sa tante Mrs Norris semble avoir une idée bien arrêtée sur la question et décide de tout, ce sont finalement les Bertram qui accueilleront la petite sous leur toit, Mrs Norris étant bien plus apte à prodiguer des conseils qu'à se rendre elle-même d'une quelconque utilité (tout effort de sa part relevant à ses yeux du sacrifice le plus absolu, le don de chaque objet miteux étant pour elle une preuve de son immense générosité, à étaler devant toute la galerie sans modération).
austen-mp.jpgLa petite Fanny est sans surprise un peu perdue : loin de sa famille et, surtout, de son frère William, l'enfant se retrouve dans une immense propriété bien différente de tout ce qu'elle a connu jusque-là. Ses cousines et le plus âgé des cousins sont informés de leur différence de statut social et ne deviennent pas ses compagnons de jeu, Sir Bertram est beaucoup trop sévère pour susciter son affection, Lady Bertram vit dans un monde bien à elle et ne s'occupe que de son propre comfort, tandis que Mrs Norris passe son temps à rappeler à Fanny combien elle doit à son oncle et ses tantes pour leur immense générosité, tout en la rabrouant constamment de manière à ne pas lui faire oublier son statut social. Heureusement, Fanny trouve un ami en la personne de son cousin Edmund.
La situation change peu lorsque Fanny grandit. On lui a appris à considérer ses jolies cousines comme ses supérieures ; elle craint Sir Bertram et passe son temps à assister Lady Bertram pour qui la moindre activité est une source de fatigue inimaginable. Le temps ayant fait son oeuvre, Fanny est tombée amoureuse d'Edmund, son allié de longue date à Mansfield Park.
Une petite tornade vient bouleverser leur univers lorsque, en l'absence de Sir Thomas parti à Antigua pour la gestion de ses affaires, Henry Crawford et sa soeur Mary viennent rendre visite à leur famille au presbytère adjacent. Henry courtise les cousines de Fanny, en particulier l'aînée, déjà fiancée, tandis qu'Edmund tombe sous le charme de la pétillante et légère Mary. En retrait du petit groupe, Fanny observe les nouveaux venus avec un oeil critique : elle est la seule à voir en ces deux jeunes gens des arrivistes à la morale douteuse.
NewbyHall.jpgCe roman est passionnant, c'est pourtant à mon avis roman exigeant, qui se mérite, dans le sens où il n'est pas facile de l'apprivoiser et de le faire sien. Plus austère que les pétillants Pride and Prejudice ou Northanger Abbey, habité de héros un peu ternes, Mansfield Park est quelque peu moralisateur :  les Crawford, hauts en couleur, sont peu recommandables (alors que par certains aspects, Mary n'est pas sans rappeler Elizabeth Bennet) ; la ville est néfaste, laide, vicieuse, et s'oppose à la pureté et à la beauté de la campagne ; Fanny est plus intègre, plus respectueuse de certaines valeurs car elle a été élevée plus sévèrement, dans un constant rappel de sa basse extraction ; de nombreuses discussions se multiplient au sujet de la profession de pasteur, Edmund voulant porter l'habit et étant appuyé en ce sens par ses proches, tandis que la fougueuse Mary traite avec légèreté et condescendance la profession.

La galerie de personnages est, comme toujours chez Austen, très réussie. Bien entendu on s'attache facilement au cousin Edmund et, pour ma part, j'ai beaucoup apprécié Fanny, certes extrêmement raisonnable, douce, docile (à peu près mon contraire!) mais dont le comportement m'a paru cohérent avec sa situation : vivant dans un petit cercle qui lui a toujours rappelé qu'elle n'était là qu'une invitée et guidée par son cousin Edmund qui a partagé avec elle des principes religieux et moraux stricts, elle réagit en conformité avec ses convictions, avec la liberté qui lui est laissée ou dont elle pense pouvoir profiter. Les Crawford sont bien saisis et parviennent à se rendre attachants en dépit de leurs innombrables faiblesses. Seule la tante Norris est insupportable du début à la fin, mais sa mesquinerie est si bien rendue à l'aide de remarques acerbes que l'on finit par apprécier ses apparitions, qui personnellement savaient m'irriter au plus haut point. Citons encore Sir Bertram, qui éduque ses enfants comme il administre ses biens, finançant puis revenant au bout d'un certain temps pour faire le tour des performances des uns et des autres. Sans être mauvais, Sir Bertram ne parvient pas à voir que ce qui a manqué à ses enfants, c'est l'affection, et non seulement l'absence de principes moraux comme il le pense. Au final, son investissement au départ désintéressé lui rapporte, puisque Fanny devient une fille aimante et attentionnée.
Je ne recommanderais pas ce livre pour découvrir Jane Austen, mais à tous ceux qui l'apprécient déjà, il serait vraiment dommage de ne pas pousser les portes de Mansfield Park.

Mon billet sur l'adaptation du roman en 1999 par Patricia Rozema.

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

D'autres billets sur Mansfield Park : Lilly, Cafebook, Coeur de Camomille, Alice in Wonderland, Pimpi, le forum Boulevard des Passions, Lecture/Ecriture (plusieurs avis), Critiques libres (plusieurs avis)...

Lu dans le cadre du challenge austenien d'Alice, du challenge un classique par mois de Cécile et du défi Je lis en anglais de Miss Bouquinaix.

5coeurs.jpg

492 p

Jane Austen, Mansfield Park, 1814

austen.jpgun classique par mois2.jpgchallenge je lis en anglais.png

05/05/2012

Séjour éprouvant à Mansfield Park

film-mansfield park 1999_04.jpgJe viens tout juste de refermer Mansfield Park de Jane Austen, et j'ai eu envie de voir enfin l'adaptation de Patricia Rozema, qui faisait partie de mes quelques DVD austeniens en attente. J'avais déjà vu il y a trois ans la version d'ITV, quand je passais mes soirées à regarder des adaptations  des romans d'Austen. Cette version d'ITV ne m'a pas laissé une grande impression, si ce n'est que j'avais trouvé Billie Piper hautement improbable dans le rôle de Fanny Price. Je savais que la version de Patricia Rozema n'était pas fidèle au roman et j'ai essayé de ne pas m'attacher à ce point en voyant le film, pour éviter une déception du type Pride and Prejudice de Joe Wright. Bon, il faut bien le dire, c'est un véritable échec, car je me suis franchement ennuyée et suis complètement passée à côté des subtilités de la réalisation.

film-mansfield park 1999_02.jpg

Mais quelques mots sur le sujet : Fanny Price a été recueillie petite fille par son oncle et sa tante Bertram. Cette dernière a fait un mariage plus réussi financièrement que Mrs Price qui, ayant suivi son coeur, se retrouve dans une situation financière peu enviable. Fanny grandit ainsi auprès de ses cousins et tombe amoureuse d'Edmund, qui doit entrer dans les ordres. Le petit cercle est soudain perturbé par l'arrivée dans le voisinage de Mr Henry Crawford et de sa soeur Mary, séduisants, ambitieux, bien décidés à tirer profit de leurs nouvelles connaissances.

film-Mansfield-Park-1999-mansfield-park-14359543-640-480.jpgRepartant sur cette même base, le film n'a malgré tout pas grand-chose en commun avec le roman, si ce n'est le nom des personnages et quelques traits communs, ainsi que l'attachement de la jeune Fanny Price pour son cousin Edmund. Mais je m'y étais préparée et ce n'est pas tant ça qui m'a posé problème.

La réalisation est pour moi complètement décousue : là où Joe Wright (dont les films me font mourir d'ennui) sait exceller en plans de toute beauté, le film est d'un esthétisme douteux, voire franchement décevant, malgré quelques idées sympathiques comme cette caméra qui s'envole à la fin de scène en scène, avec une narration non dénuée d'humour. Quel intérêt y avait-il à multiplier les voix superposées (comme par exemple le sermon de Sir Bertram, dont les échos se perdent de scène en scène) ou les ralentis (danse au bal, ou encore Fanny partie à cheval une nuit sous un orage parce qu'elle n'est pas contente) ? Certaines scènes manquent de crédibilité : Lady Bertram reniflant sa petite fiole (il s'agirait d'opium), Sir Bertram ne réagissant pas franchement à l'annonce de l'échec du mariage de sa fille aînée par la presse, Mary Crawford enlaçant Fanny dans une étreinte sensuelle en répétant une pièce de théâtre ou encore fumant une cigarette, quand elle n'assiste pas aux conseils familiaux des Bertram chez qui décidément, tout le linge sale est lavé en public (à noter ce commentaire fort judicieux « This is 1806 for Heaven's sake ! »). Enfin l'esclavage, l'un des thèmes évoqués car la fortune de la famille en dépend, est introduit à plusieurs reprises mais, à mon avis, sans lien clair avec le reste de l'histoire. Quelques scènes viennent ainsi nous dire que l'esclavage est un commerce monstrueux, ce qui est certes vrai mais ne fait qu'ajouter une dose de bons sentiments au milieu de ce méli-mélo de passages à l'eau de rose, le film étant beaucoup trop fleur bleue pour moi je crois.

film-mansfield park 1999_01.jpgEn tout cas j'aurais eu beaucoup de mal à me laisser tenter par le roman en voyant d'abord ce film, qui me déçoit finalement beaucoup plus que ce que j'avais anticipé. Et c'est vraiment dommage, car je n'avais pas vraiment envie de quitter Mansfield Park ! A noter cependant la bonne prestation de Frances O' Connor qui campe une Fanny très différente de celle du roman, apportant beaucoup de fraîcheur au personnage.

film-mansfield park 1999-03.jpg

Un nouvel article dans le cadre du challenge Back to the Past organisé sur ce blog et avec Maggie, et du challenge Jane Austen judicieusement proposé par Alice de Jane is my Wonderland.

Billets : Peachy Reviews (qui n'est pas tendre avec l'adaptation), et plus positifs Lilly (enthousiaste),  Nataka...

2coeurs.jpg

 



Mansfield Park, un film de Patricia Rozema, 1999

back to the past.jpgausten.jpg

29/04/2012

Harry Potter ne peut rien contre les fantômes anglais

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxeAprès avoir lu le roman de Susan Hill, j'avais très envie de découvrir l'adaptation cinématographique et voir ce que pouvait donner Harry Potter lorsqu'il ne s'agissait pas de sorcellerie. En compagnie de Titine, bien plus résistante que moi à l'épreuve des maisons hantées, j'ai fait la connaissance d'un Arthur Kipps dépressif, dont l'histoire est assez différente de celle que je connaissais déjà.

Contrairement au roman qui fait de Kipps un homme plus âgé et respectable, brusquement rappelé à d'effroyables souvenirs lorsque les enfants du foyer réclament une histoire de fantômes, e film ne nous présente pas Kipps une fois plus âgé... et pour cause.

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

Dans le roman, Kipps est un jeune notaire ambitieux et apprécié de ses supérieurs, fiancé à une charmante jeune femme. C'est alors que la vie lui sourit qu'il part régler la succession d'une vieille femme excentrique au fin fond des marais. Dans la plus pure tradition du roman du XIXe, c'est un homme éclairé, qui fait peu de cas des superstitions qui l'accueillent, et qui sera contraint bien malgré lui de reconnaître l'existence des fantômes et du surnaturel. Dans le film, Kipps a perdu sa femme à la naissance de leur fils. Kipps est donc dépressif, prend une flasque d'alcool en prévision du voyage et au lieu de partir en conquérant, c'est menacé d'être renvoyé par ses supérieurs si son travail laisse encore à désirer que Kipps doit régler la succession. Autre version de l'histoire, qui ceci dit ne gêne pas vraiment et tient la route.

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

Les petites variantes par rapport au roman continuent ensuite, certaines scènes sont supprimées au profit d'autres, plus spectaculaires, dont l'une des toutes premières : des soeurs, enfants, jouent à l'étage lorsque leur attention est attirée par quelqu'un que nous ne voyons pas. Main dans la main, elles se dirigent vers la fenêtre et se suicident. Et en effet, les cas de morts brutales d'enfants se sont multipliés : elles surviennent lorsque l'on a vu La Dame en Noir, qui rôde autour de la maison dans laquelle Kipps doit se rendre.

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

Comme le héros du roman, le Kipps du film est intrépide. Lorsqu'il entend des bruits inquiétants dans la maison, lorsqu'alors que la maison est isolée par la marée des coups brutaux retentissent à la porte d'entrée, le voilà qui sort dehors. Il cherche sous les lits, ouvre les portes de pièces condamnées et n'hésite pas à entrer dans une pièce dans laquelle il entend un bruit retentissant (un fauteuil à bascule se balançant violemment tout seul).

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

Le réalisateur a misé sur une ambiance de film d'horreur et est certainement bien parvenu à créer une atmosphère angoissante déjà présente dans le livre, en y ajoutant nombreuses scènes visant à nous faire sursauter (j'étais crispée toutes les deux minutes dans la salle de cinéma). Le fait d'avoir choisi la chambre de l'enfant et ses horribles jouets était tout indiqué pour moi qui, petite, avais une peur bleue des automates.

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi à mon avis, en raison de cette angoisse permanente que l'on ressent (j'avoue être particulièrement sensible aux histoires de fantômes) mais aussi des décors et costumes très travaillés, un régal pour ceux qui est aiment les films d'époque (période comparable à celle de Downton Abbey).

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe


Malheureusement, James Watkins s'enflamme un peu et finit son film dans une ambiance hollywoodienne assez grotesque : le fantôme est largement mis en scène au lieu de rester présent et invisible ; un cadavre retrouvé dans la boue après cinquante ans est parfaitement conservé et à la fin, nous avons droit à la suite de Ring ; même si Kipps enterre le fils mort dans les sables mouvants avec sa mère (le fantôme), la terrible Dame en Noir n'est toujours pas satisfaite et ne pardonnera jamais. C'est ainsi que, comme on le voyait arriver depuis le début (et plus encore en ayant lu le roman qui annonce la triste fin de la première famille de Kipps), c'est au fils du notaire que la Dame en Noir décide de s'en prendre. Heureusement pour la famille Kipps, passer sous un train leur permettra de retrouver épouse et mère. Finalement, tout va pour le mieux.

Autres avis : Titine, Le passeur critique, Legolegitislegimus, Kecha...

Le roman de Susan Hill dont est tiré le film.

Un film Back to the Past, challenge lancé avec ma chère Maggie.

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

The Woman in Black, un film de James Watkins, 2011

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxe

23/04/2012

Miss Monroe en Angleterre

film-myweekwithmarilyn.JPGJe n'avais pas spécialement envie de voir de biopic sur Marilyn Monroe, mais lorsque j'ai découvert dans la bande-annonce qu'il s'agissait d'un focus sur un instant précis de sa vie, et qu'il avait pour cadre l'Angleterre, j'ai changé d'avis. J'ai ainsi fini par braver la pluie cet après-midi pour voir My Week with Marilyn (je remarque d'ailleurs qu'hier et aujourd'hui il se met à faire soleil peu de temps après mon retour à la maison, c'est assez rageant !).

film-My_Week_with_Marilyn_4.jpg
film-my-week-with-marilyn_2.jpgEn 1956, Marilyn, alors au sommet de sa carrière, mondialement connue, se rend en Angleterre pour tourner dans The Prince and the Showgirl avec le célèbre Laurence Olivier, également réalisateur du film. C'est également avec ce film que le jeune Colin Clark, 23 ans, débute dans l'industrie du cinéma, en tant que 3e assistant, un terme bien pompeux pour désigner l'homme à tout faire. Ce qui devait arriver arrive, Colin Clark tombe sous le charme de la jeune femme, qui l'apprécie également et se rapproche de lui. Le film est tiré d'une histoire réelle, si l'on en croit ce que disait Colin Clark de cette romance.

Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi. Des trois biopics les plus récents My Week with Marilyn, La Dame de Fer et Cloclo, c'est celui qui a sans doute le plus de charme, même si en ce qui me concerne il ne s'agit pas d'un coup de coeur.

film-my_week_with_marilyn.jpgMichelle Williams, bien que ne ressemblant pas spécialement à l'actrice, campe une Marilyn très crédible. Avec beaucoup de finesse elle parvient à restituer différentes facettes de la star, à travers un jeu très expressif parfois assez troublant (certaines scènes rappellent d'ailleurs des photos célèbres, les moindres mimiques de Marilyn étant parfaitement restituées). Un rôle qui lui va à merveille !

L'histoire en elle-même est mignonne. L'actrice, fragile, panique lors du tournage de certaines scènes, est systématiquement en retard, consomme des pilules toute la journée. Lorsqu'elle repère Colin elle en fait son confident et l'abandonnera lors de son retour aux Etats-Unis où l'attend son mari, Arthur Miller. En attendant, leur histoire et le tournage du film forment une parenthèse dans la vie compliquée de Marilyn. A noter que l'on voit également Vivian Leigh, l'épouse de Laurence Olivier.

film-marilyn liehg.jpg

Dommage que le scénario soit parfois un peu mou car le casting est excellent et la mise en scène réussie.

Un film Back to the Past, challenge lancé avec la très baudelairienne Maggie.

3coeurs.jpg

My Week with Marilyn, un film de Simon Curtis, 2012

angleterre, angleterre années 50, marilyn monroe, my week with marilyn, michelle williams, ma semaine avec marilyn

film marilyn vivian leigh.jpg

09/04/2012

Ah, ce major Pettigrew !

simonson_major pettigrew2.jpgCe week-end, je pensais vous laisser en bonne compagnie, en organisant un petit thé dansant avec le major Pettigrew mais le temps m'a manqué et je suis partie en week-end sans avoir rédigé la moindre chronique. Je me suis échappée dans une région où les collines vertes, les nuages bas et les petits villages plein de charme ne m'ont pas trop dépaysée après cette ambiance si cup of tea dans laquelle j'ai baigné le temps de lire avec grand plaisir La Dernière Conquête du Major Pettigrew d'Helen Simonson.

Un peu dans l'esprit cosy et doudou du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patatesmais à mon avis plus intéressant, ce roman a pour personnage le major Pettigrew, retraité vivant dans une charmante maison à Edgecombe St Mary. Lorsque le récit débute, le major vient de perdre son frère ; à la suite de ce décès, une première contrariété vient perturber le pauvre major, qui apprend que contrairement à ce qu'il avait imaginé, son frère ne lui a pas légué dans des termes explicites le fusil qu'il avait reçu à la mort de leur père, fusil jumeau de celui que possède le major. Fils aîné, le major n'a jamais complètement accepté cette séparation des fusils paternels qui dépare son étui, et voilà que les commentaires hargneux de sa nièce lui font voir que ses relations avec son frère était finalement bien plus compliquées qu'il ne l'imaginait. A côté de ça, on voit débarquer son fils, stéréotype du loup de la City, arriviste, matérialiste, imbu de soi-même, obsédé par le choix de ses relations sociales, à l'antipode des valeurs du major Pettrigrew, un brin conservateur mais intègre, très humain et surtout délicieusement pince-sans-rire. Heureusement pour lui, le major est amené à faire plus ample connaissance avec Mme Ali, qui tient la petite boutique du village. Veuve, d'origine pakistanaise, Mme Ali fait partie de ces invisibles auxquels personne ne prête trop attention. Et pourtant, tout comme le major, Mme Ali apprécie la littérature, en particulier Kipling, une première raison de sympathiser. Mais les âmes charitables du coin ne voient pas d'un bon oeil cette nouvelle relation : entre le major, membre du club local, et Mme Ali, épicière d'origine pakistanaise, il existe un fossé infranchissable à leurs yeux généreux.


bisDSC07520.jpgCe roman est un vrai régal, certes léger mais dense malgré tout ; un page-turner plein de rebondissements, parfois triste, souvent amusant, qui traite aussi de mixité sociale, pour reprendre un terme en vogue. Entre les origines de Mme Ali (née en Angleterre pourtant) ou son métier d'épicière, les bonnes gens du village ont du mal à déterminer quelle est la pire des tares. Lorsqu'un médecin d'origine pakistanaise cherche à faire partie du club local, on lui explique que malheureusement la profession est trop représentée et que le club prône une plus grande mixité...

simonson_major pettigrew1.jpgBref, si vous aimez la littérature britannique, ne passez pas à côté du major Pettigrew... une fois que vous l'aurez invité à partager une tasse de thé chez vous, vous aurez bien du mal à le laisser repartir, à moins d'avoir reçu une invitation à passer vos prochaines vacances à Edgecombe St Mary.

Un grand merci à Christelle et aux éditions du Nil pour la découverte en avant-première de ce roman et le thé à déguster !

D'autres avis : JainaXF, Fée Bourbonnaise, Cosy Corner, Lili Galipette, Dominique, Titine...

la derniere conquete du major pettigrew,helen simonson,littérature anglaise,angleterre,angleterre xxe,roman anglais

 

 

492 p

Helen Simonson, La Dernière Conquête du Major Pettigrew, 2010 (édition française avril 2012)

bisDSC07524.jpg

31/03/2012

Sorcellerie et douceurs anglaises

marsh_meurtres manoir.jpgAprès Meurtres entre soeurs, je n'ai pas pu résister au plaisir de lire un deuxième roman de Willa Marsh, petite variation autour du même thème puisque le titre n'est autre que Meurtres au manoir (le genre d'intitulé qui m'interpelle toujours lorsqu'il s'agit d'un manoir anglais). Et que Willa Marsh a l'esprit tordu pour inventer de pareilles situations !

Cette fois-ci, j'ai fait la rencontre de Clarissa, qui travaille et vit seule à Londres dans une petite chambre sans intérêt et se morfond, ennuyant ses amis avec une histoire inventée à propos d'un premier amour tragique. C'est alors qu'un couple d'amis a l'idée de lui présenter Thomas (et non pas Robert comme je voulais l'appeler quand j'ai écrit mon billet), qui vient tout juste de perdre son épouse. Bien malheureux, le veuf se laisse séduire très vite par la vive citadine qui sait se montrer fraîche, innocente et sexy à la fois, un cocktail dévastateur pour cet homme à la morale sévère s'ennuyant quelque peu à vrai dire. Lorsqu'il invite Clarissa pour la première fois chez lui, la jeune femme tombe éperdument amoureuse du manoir de style Tudor et du domaine (vous l'aurez compris, Thomas n'est pas la motivation principale, nous sommes bien loin de Jane Austen ici) ; elle fond aussi pour les tantes, deux adorables vieilles qui gèrent l'intendance. Son choix est fait : elle sera la nouvelle châtelaine. Et il ne lui faut pas longtemps pour précipiter le mariage (le fait d'appeler en urgence sa proie pour lui annoncer que son propriétaire – une petite fille vieille adorable – lui a fait des avances inconvenantes est une action qui s'avère très utile).

Mais Clarissa ne sait vraiment pas où elle met les pieds (la prochaine fois que vous rêverez de séduire un Lord anglais, pensez-y). La famille est issue d'une longue lignée de sorcières qui, depuis l'époque reculée des cultes druidiques, perpétue des traditions oubliées à coup de sacrifices de bestioles en tout genre (bizarrement les chiens du domaine disparaissent fréquemment, mais cela ne semble pas inquiéter le maître des lieux) ; à l'occasion, un auto-stoppeur égaré s'est avéré lui aussi très utile. Les femmes de la lignée se font enterrer dans les bois qui jouxtent le jardin, alors qu'un cercueil rempli de pierres sert de leurre à l'église. Désormais, ce sont les tantes qui respectent la tradition mais elles doivent faire face à un défi de taille : qui va hériter de leur lourde tâche et les enterrer dans le bois ? Car il est évident que la seule fille du châtelain envisage de rentrer dans les ordres et s'oppose aux forces obscures qui hantent la forêt. L'arrivée de Clarissa est donc une bonne chose (d'ailleurs, les tantes n'auraient-elles pas aidé la première femme à mourir après une série de fausses couches désespérante ?). Mais la Londonienne est-elle prête à supporter la présence des nombreux fantômes qui errent dans la maison et la lourde responsabilité qui lui incombe ? Rien n'est moins sûr. Et sa meilleure amie qui s'installe au château quelques mois plus tard pourrait peut-être faciliter leurs plans. Encore que...

the piege.jpgSi Meurtres entre soeurs était déjà assez sordide, ce roman est d'une noirceur impressionnante. Les adorables tantes sont des meurtrières sadiques, le seul prince charmant est un loup sans morale, la meilleure amie de Clarissa prend celle-ci pour une vraie dinde et fait tout pour lui voler son titre de châtelaine. Quant à cet accident de tracteur qui cloue le châtelain sur un fauteuil roulant, le doit-on vraiment au hasard ?

Un roman complètement déjanté et monstrueux, ironique et d'une bassesse infinie, drôle et absolument épouvantable. Vous ne regarderez plus jamais vos proches de la même façon (surtout s'ils aiment les balades nocturnes dans la forêt, dans ce cas fuyez !).

L'avis de Moustafette (chez qui j'ai découvert cette photo de porcelaines tout à fait appropriée que je me suis permis de reproduire ici) et de Cathulu.

3,5coeurs.jpg


Willa Marsh, Meurtres au manoir, 1999

28/03/2012

Un bébé si charmant !

marsh_meurtres entre soeurs.jpgAprès avoir lu Le temps des Métamorphoses, roman traitant d'une histoire familiale lourde et de relations entre soeurs pour le moins particulières, j'ai eu envie de sortir de ma PAL un roman qui y traînait depuis plusieurs mois, Meurtres entre soeurs de Willa Marsh.

Olivia et Emily sont devenues soeurs lors du mariage de leurs parents respectifs, tous deux veufs. Les deux petites s'accommodent rapidement de leur nouvelle vie et deviennent plus proches que ne le sont souvent les soeurs de sang. Leurs parents se plient à tous leurs caprices et il est vrai que les deux petites sont assez douées pour les négociations. Malheureusement pour elles, un heureux événement est bientôt attendu et, comme l'avait prédit leur grand-mère « maternelle », vieille ivrogne cruelle avec sa fille unique mais adorée des enfants, la naissance est vécue comme un drame. Surtout lorsqu'arrive Rosie, seule fille commune du couple, jolie poupée gazouillante qui ressemble à un petit ange et fait fondre les deux parents, d'un seul coup beaucoup moins indulgents envers les deux autres fillettes. A tel point que quelques mois plus tard, le même jour, les deux soeurs essaient de se débarrasser de l'ennuyeuse frangine, l'une lui mettant une baie empoisonnée dans la bouche (malheureusement Rosie la recrache), l'autre essayant de forcer son chat à rester sur le visage de l'enfant (mais le chat tente de s'enfuir en griffant le bébé au visage et n'y gagne qu'une euthanasie).
Les filles grandissent et le clan des deux aînées existe toujours. La petite Rosie est devenue aussi habile qu'elles à manipuler ses parents et parvient toujours à semer la zizanie entre ses soeurs, en volant un objet à l'une, en disant à l'autre que la première l'a critiquée. Mais Rosie n'est pas seulement une petite peste, c'est un véritable monstre, un amas de mesquinerie, un tas de méchanceté sous un visage de blonde angélique. Ainsi, tour à tour, elle arrive à faire rompre ses deux soeurs, en passant un coup de fil anonyme à l'un des prétendants pour déverser un tissu de calomnies, et en faisant croire à sa famille que le deuxième a tenté de la violer. Les deux soeurs n'y voient que du feu et se consolent tant bien que mal, avec un ivrogne imbécile et un homme bien plus vieux. Leur vie est déjà gâchée.
angleterre,roman anglais,willa marsh,meurtres entre soeurs,éditions autrement,angleterre xxe,humour noir,humour anglais,saga familialeDes années plus tard, alors qu'elles ont la cinquantaine et sont revenues vivre avec leur mère dans la maison familiale (avec une petite tendance à lever le coude qui sent l'héritage familial), Rosie revient les tourmenter. Malgré une situation plus que confortable et deux propriétés dont une à Londres, elle est bien décidée à forcer ses deux soeurs à quitter la maison et à la faire raser pour y construire un complexe immobilier. Mais le destin s'en mêle et les retournements ne manquent pas dans cette petite comédie familiale grinçante et sordide. Seul petit bémol, l'écriture de Willa Marsh manque peut-être d'allant. Il s'agit d'une petite écriture sèche, très descriptive... peut-être un peu trop. Mais ce roman m'a suffisamment amusée pour me donner envie de lire un autre Willa Marsh : la suite au prochain épisode !

L'avis de Maggie, Mango, Keisha, Alicia, Ankya, Theoma

3coeurs.jpg

 

 

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs, 1996

24/03/2012

Papillons et manoirs anglais

adams_temps metamorphoses.gifJe suis une lectrice au coeur faible, et lorsque je fais un tour en librairie, il est rare que j'arrive à fuir indemne, sans le moindre petit livre à me mettre sous la dent. Ainsi lorsque je me suis rendue récemment en librairie pour l'anniversaire d'un ami, c'est bien à l'insu de mon plein gré que j'ai cédé aux appels languissants du Temps des Métamorphoses de Poppy Adams, dont la délicate couverture était une bien vile tentatrice. Lorsque j'ai vu qu'à ce délicieux papillon s'ajoutaient d'autres arguments sans appel (roman anglais, mystère familial, manoir perdu dans la campagne), j'ai de suite capitulé car il ne sert à rien de lutter quand la guerre est déjà perdue.

Et j'ai bien fait car j'ai ensuite eu l'idée saugrenue d'aller au cinéma et de me jeter sur le premier film qui passait. Or ce film durait 2h30, ce film s'appelait Le Cheval de Turin et traitait d'un père et de sa fille qui vivent dans une horrible ferme, font six jours de suite la même chose et mangent une patate, le summum de l'action revenant à manger la patate crue car il n'y a plus d'eau pour la cuisson (enfourner la bête en question sur les braises aurait sans doute été plus pertinent mais c'est un fait que n'a pas pris en compte le réalisateur qui, pour communiquer le malheur de ses héros, a fait mon malheur ce jour-là). Bref, pour la première fois de ma vie j'ai essayé de dormir au cinéma (mais le vent en fond sonore me gênait) et, lorsque la lumière le permettait (en fait lorsque la fille allait au puits ou sortait le cheval), j'ai commencé à lire Le Temps des Métamorphoses. Roman que j'ai dévoré par la suite, alors que je lisais autre chose lorsque je l'ai commencé (ce qui explique pourquoi j'ai une vingtaine de romans à moitié lus chez moi).

manoir_m.jpgVirginia Stone vit seule depuis des années dans le manoir familial. Âgée, elle déteste le contact des étrangers, n'a ni la télévision ni la radio et ne fait plus grand-chose, si ce n'est observer les allées et venues des voisins depuis divers postes d'observation. Le récit débute lorsqu'intervient un changement majeur dans la vie de Virginia : sa soeur chérie, Vivien, a annoncé son retour au manoir, évoquant leur vieil âge et son désir de finir leur vie ensemble plutôt que dans la solitude. Cela fait des dizaines d'années que les deux soeurs ne se sont pas revues et c'est avec joie mais aussi une certaine appréhension que Virginia envisage le retour de sa soeur. Dès lors le récit alterne les passages au présent, à savoir le retour d'une soeur ancrée dans la modernité, visiblement aisée et autoritaire, et les souvenirs. Ainsi on découvre que Virginia est une scientifique réputée, spécialisée dans l'étude des papillons, formée par leur père Clive. Bien que l'aînée, Virginia a toujours laissé Vivien mener leur duo. Si la famille semble au début assez idyllique, on découvre petit à petit des failles qui expliquent l'éloignement des deux soeurs : un accident qui a privé Vivien de la possiblité d'enfanter, ce qui aura des conséquences importantes lorsque les deux soeurs deviennent adultes ; un rapport au père et à la mère différent selon les soeurs, Vivien semblant idéaliser leur mère tandis que Virginia a toujours été proche de son père et a souffert de l'alcoolisme de sa mère ; et petit à petit, un portrait moins flatteur de Vivien nous est donné. Celle qui semblait insouciante et un brin égoïste finit par s'avérer finalement beaucoup plus manipulatrice qu'on ne le pensait. Le renversement final intervient enfin et il est difficile de déterminer quelle soeur est la plus à plaindre, entre la peste nombriliste et la bonne pâte plus dérangée qu'on ne le pensait.

papillon.jpgOutre l'histoire des deux soeurs et de leurs proches, très dense en soi, ce roman évoque le monde des insectes et son étude, sujet récurrent qui, loin de m'effrayer, m'a paru bien documenté et intéressant (moi qui n'y connais rien et ne m'intéresse pas à ce domaine).

Une très belle lecture en ce début d'année, qui m'a d'ailleurs un peu fait penser à Diane Setterfield avec le Treizième Conte mais aussi Linda Newberry et Set in Stone (De Pierre et de Cendre).

Le dessin du manoir vient d'un petit jeu en flash assez amusant, où il est question d'un gentleman qui ne peut pas dormir.

poppy adams, le temps des metamorphoses, roman anglais, angleterre, angleterre xxe, papillons, roman à suspense anglais, roman famille, manoir



380 p

Poppy Adams, Le Temps des Métamorphoses, 2008

11/03/2012

La Maison du Marais

warden_maison du marais.gifIl y a quelques mois j'ai lu La Maison du Marais de Florence Warden, dans le cadre du mois anglais. Je n'ai pas pris le temps de faire mon billet et pourtant, voilà encore une lecture avec laquelle je me suis régalée et que je recommande vivement à tout lecteur un tant soit peu épris de littérature victorienne. Ce roman d'amour, de mystère et de mort est fait pour vous (l'effet terriblement mélodramatique est voulu, pour un roman de type populaire aujourd'hui oublié). Le plus terrible avec ce roman, ce qui est vraiment scandaleux, c'est que Warden (un pseudonyme) a complètement disparu des rayons des librairies (y compris anglaises... mes recherches sur le Net ne m'ont d'ailleurs pas appris grand-chose). Comme pour Flora Mayor découverte grâce au même éditeur, voilà un auteur bien sympathique que plus personne ne lisait avant l'intervention des éditions Joëlle Losfeld qui ont souvent la bonne idée de déterrer des textes inconnus pour notre plus grand bonheur (j'aimerais simplement que cette célèbre maison édite plusieurs romans des auteurs en question pour ne pas créer chez moi autant de frustration ; voilà qui n'est pas humain !).

Dans La Maison du Marais, il est question de Miss Violet Christie qui, issue d'une famille anglaise modeste, cherche une place de gouvernante. Ce n'est pas chose aisée au vu de son manque d'expérience et de son jeune âge. C'est alors qu'une annonce attire son attention : on cherche une jeune personne pour un poste de gouvernante, photo exigée. Quelque temps plus tard, ayant été recrutée, Violet se rend dans une région reculée pour occuper son nouveau poste. A la gare, elle fait la connaissance du jeune Laurence qui produit rapidement sur elle une forte impression, mais semble peu apprécier son nouvel employeur, Mr Rayner. Rapidement, Violet verra qu'il n'est pas le seul dans ce cas dans la région. Et son nouveau poste est assez remarquable. Dans la famille je demande la mère, être hagard et fantomatique souvent caché dans sa chambre et dont la moindre apparition vous cause la chair de poule. Les enfants, entre l'aînée, agressive envers son père, et la plus jeune, qui passe ses journées à vagabonder dans le jardin en vraie sauvageonne, à se rouler dans l'herbe ou dans la boue et à se tordre de fureur lorsque le soir une domestique se charge de la faire rentrer, personne ne se préoccupant d'elle le reste du temps. Enfin le père, homme charmant et charmeur, violoniste de talent, qui semble avoir tout sacrifié pour une femme bien égoïste. La maison en elle-même est humide, malsaine. Le jardin un véritable marécage, même s'il revêt un certain charme aux yeux de la jeune citadine lorsqu'elle le découvre pour la première fois. Quant aux voisins, beaucoup semblent lui être hostiles.

Petit à petit, des questions surgissent : où dort son employeur qui, paraît-il, ne reste pas le soir dans cette maison rongée par le salpêtre ? Quels sont les mystérieux visiteurs qui viennent de temps à autre ? Pourquoi la plus ancienne domestique déteste-t-elle à ce point la nouvelle venue, au point de lui faire craindre pour sa vie ? Et que penser de l'humeur lunatique de la maîtresse de maison, écrivain de renom ayant désormais tout abandonné ?

La Maison du Marais ne fait peut-être pas partie de ce que l'on appelle la « belle » ou « vraie » littérature, mais c'est un de ces exquis romans à mystère tels que les écrivains du XIXe savaient les faire, avec une bonne dose de suspense, de délicieux frissons, de lieux inquiétants et toujours, une fraîche héroïne pour laquelle nous devrions trembler. Et contrairement à d'autres oies blanches, notre héroïne est plutôt attachante, en particulier lorsqu'elle oublie la sacro-sainte morale victorienne pour protéger un criminel auquel elle s'est attachée. Un plaisir de lecture dont il serait dommage de se priver !

C'est ma première participation au challenge victorien d'Arieste, que je ne pouvais manquer sous aucun prétexte !

4coeurs.jpg

 


Florence Warden, La Maison du Marais, 1882

logo-challenge-victorien.png

Toutes les notes