15/04/2012
Cent ans après le naufrage du Titanic
Il y a cent ans jour pour jour sombrait « l'insubmersible » Titanic, parti de Southampton pour New-York, qu'il ne devait jamais atteindre. Les séries et documentaires ne manquent pas ces derniers temps, mais c'est d'un roman que j'ai choisi de parler en cette date anniversaire de la tragédie.
Raconté par la fille d'un survivant du Titanic, Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic mélange la petite histoire à la plus grande, en s'attachant à suivre le parcours de Lolo et Monmon, surnommés les orphelins de l'abîme.
Couturier d'un certain renom, Michel Navratil a vendu sa maison de couture niçoise récemment, suite à sa séparation avec sa femme Marcelle qui l'a trompé, lui faisant perdre toute envie de s'investir dans son affaire jusqu'ici florissante. A l'issue d'un déjeuner chez son meilleur ami avec les petits Lolo et Monmon (Lolo est le père de l'auteur), Michel emprunte le passeport de son ami, Hoffmann, et enlève les petits pour débuter une nouvelle vie outre-Atlantique. La famille embarquera à bord du Titanic, pour son voyage inaugural.
J'ai toujours éprouvé de l'intérêt pour cette affaire, découverte quand j'étais enfant (je repense notamment à l'arrivée du Titanic dans SOS Fantômes, mon film favori à l'époque)!. C'est donc avec curiosité que j'ai ouvert le roman d'Elisabeth Navratil. J'ai eu un peu de mal à m'immerger dans ce texte au début, mais c'est au final une lecture au bilan très positif. Malgré quelques réserves (un hommage familial avant tout, avec quelques maladresses à mes yeux), j'ai beaucoup apprécié cette lecture documentée et très émouvante. Le récit débute avec l'embarquement des Navratil, leur découverte du bateau (un tiers du roman environ) puis le naufrage et enfin, l'arrivée du Carpathia pour sauver les naufragés encore en vie et le court passage de Lolo et Monmon aux Etats-Unis : ayant perdu leur père dans le naufrage, les deux enfants font l'objet de toutes les attentions médiatiques, tandis que l'on cherche à retrouver leur mère.
La description du naufrage est dans l'ensemble très réussie ; chaque étape est décrite en mettant en avant les divers personnages qui nous ont été présentés depuis le départ du bateau. C'est ainsi que l'on vit les tragédies personnelles, les actes de courage ou de folie avec beaucoup d'intensité, à travers plusieurs passages très émouvants.
Bien qu'inspiré librement de l'histoire familiale Navratil, ce roman est une mine d'informations pour qui n'a qu'une connaissance superficielle du naufrage. Il soutient la thèse selon laquelle le drame a été le fruit de l'arrogance des dirigeants de la compagnie de la White Star Line, qui n'a choisi d'équiper le bateau que de la moitié des canaux nécessaires et qui préfère courir des risques en approchant des icebergs plutôt que de dévier plus tôt sa route, quitte à arriver un peu moins vite à New-York pour ce voyage inaugural. Le manque total d'organisation lors de la mise à l'eau des canaux est aussi longuement mis en avant. Un drame qui, d'après l'auteur, aurait pu être évité.
Un roman qui m'a en tout cas donné envie de me documenter davantage sur le Titanic ; j'ai d'ailleurs découvert en faisant quelques recherches un blog très intéressant si les épaves mystérieuses vous attirent.
L'image des deux enfants ci-dessus représente Lolo et Monmon. Cette photo a été prise à New York, avant diffusion dans les journaux lorsque l'on cherchait leur mère. Cette photo est à mes yeux particulièrement touchante car à côté des enfants se trouvent deux jouets offerts par la compagnie à l'embarquement : une très belle voiture et un modèle réduit du navire.
Un article sur les deux orphelins ; un autre très intéressant sur Il était une fois le Titanic. L'mage ci-dessous est tirée de Ghostbusters : le Titanic vient juste d'arriver.

340 p
Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic, 2012 (nouvelle édition)
27/02/2012
La dame de fer
Je l'attendais depuis plusieurs mois, je me suis précipitée pour le voir à sa sortie... et je ressors un peu partagée.
Comme vous le savez déjà (ce film ayant bénéficié d'une bonne couverture médiatique, il serait difficile de passer à côté), il s'agit d'une biopic consacrée à la très controversée Margaret Thatcher, ancien premier ministre anglais conservateur ayant marqué les années 80 par sa politique dure, dans un contexte difficile (crise économique, attentats de l'IRA...).
Comme on pouvait s'y attendre Meryl Streep incarne presque à la perfection Margaret Thatcher. La transformation physique est très réussie, les mimiques, l'attitude – et les tailleurs - sont là. Et même si on parle moins d'elle, on peut tout autant saluer Alexandra Roach, qui incarne Thatcher dans ses jeunes années (pendant les bombardements de Londres puis ses premières campagnes politiques). Malgré tout, au-delà de la performance personnelle, le scénario m'a semblé un peu fragile et j'ai trouvé que ce film s'essoufflait rapidement.

Au lieu de suivre par exemple un ordre chronologique plus classique, le film se construit autour du présent, avec une Thatcher âgée qui n'a plus toute sa tête. Elle se souvient de certains événements et c'est donc essentiellement par le biais de flash backs que nous découvrons son ascension politique. Cette construction ne m'a pas gênée en soi ; le principe me semblait plutôt intéressant. Cependant, la réalisation reste assez maladroite, accordant à mon sens trop de place à la Margaret d'aujourd'hui, au détriment des autres séquences.
La vie de Thatcher est abordée dans les grandes lignes, à travers un portrait plutôt flatteur : la jeune femme courageuse qui va remettre une cloche à beurre à sa place pendant un bombardement, au lieu de rester cachée ; l'influence de ce père épicier très engagé, qui lui inculque le sens de la réussite individuelle ; ses premiers pas de candidate au niveau local, alors que les femmes sont exclues du débat politique ; la belle histoire d'amour ; la réussite et l'accession au poste de premier ministre ; et de ces années, on retient quelques événements, telle la guerre des Malouines, la fermeté face aux grèves, l'attentat à la bombe et une attitude dominatrice vis-à-vis de ses collaborateurs, qui sera l'une des causes de son déclin.

Les réformes mis en place sont peu abordées et les quelques décisions polémiques portées à l'écran sont traitées de façon assez superficielle : les collaborateurs contestant ses choix ne le font pas avec fermeté et les arguments qu'ils avancent ne sont pas forcément convaincants. Ce qui fait qu'in fine, hormis son caractère trop autoritaire, on finit presque par sortir en se demandant ce qu'on pouvait bien reprocher à cette femme de caractère, fidèles à ses opinions, ayant dû faire preuve de beaucoup de courage pour s'imposer pendant toute sa vie. Autant je n'aurais pas apprécié à l'inverse un film « anti Thatcher » cherchant à montrer à quel point cette femme était épouvantable, autant je regrette beaucoup que les choix politiques de Thatcher et les débats qu'ils ont suscité n'aient pas été abordés avec plus de sérieux, afin d'avoir un rôle informatif, voire engagé, avec des questionnements permettant par exemple d'apporter un éclairage intéressant sur des thématiques actuelles.
Autre point qui m'a gênée : pour traiter de Thatcher aujourd'hui et de sa maladie d'alzheimer, on voit régulièrement le fantôme de son mari, qui lui rend souvent visite et qu'elle est la seule à voir. J'ai trouvé qu'un peu plus de subtilité aurait largement suffi à nous faire comprendre que l'ex premier ministre est aujourd'hui complètement sénile... alors que le reste du film manque d'engagement lorsqu'il s'agit de politique, ces séquences actuelles se complaisent dans un portrait niais et dégradant de Thatcher. Qu'avons-nous besoin de la voir marmonner toute seule toutes les vingt minutes ? Est-ce vraiment là un aspect important à aborder de manière récurrente lorsqu'on évoque la vie d'un chef d'Etat ou d'un leader ayant marqué son parti et son pays, au point de survoler ses années d'exercice ? Paradoxalement, alors qu'on sent la fascination de Phyllida Lloyd pour Thatcher, je crois qu'elle n'aurait pas pu livrer un portrait plus humiliant de l'ex premier ministre.
Certes, le film ne tient pas toutes ses promesses, mais je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. J'ai passé un très bon moment (mais le fait que l'action se déroule en Angleterre a peut-être joué pour beaucoup), j'ai apprécié de très nombreuses scènes et le reverrai volontiers à l'occasion... mais ce n'est pas non plus le coup de coeur que j'espérais, d'autant plus que j'ai été à deux doigts de m'ennuyer à une ou deux reprises. Je conseillerais ce film :
- Aux admirateurs de Meryl Streep
- Aux personnes faisant une légère fixation sur l'Angleterre (je ne fais pas du tout partie de cette dernière catégorie, n'essayez pas de m'accuser, je vous vois venir)
- Avec plus de réserves : à ceux qui veulent découvrir Margaret Thatcher à travers ce film : compte tenu des nombreuses lacunes et du parti pris ce film vous servira tout juste d'introduction mais vous n'en saurez pas beaucoup plus après qu'avant.

The Iron Lady, 2012, un film de Phyllida Lloyd
20:13 Publié dans Film, Histoire et société | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : dame de fer, the iron lady, margaret thatcher, meryl streep, alexandra roach, film, angleterre, angleterre années 80
10/10/2010
Où le journalisme rencontre la littérature
Voilà mon troisième billet pour le challenge Halloween et déjà ma deuxième rencontre littéraire avec Jack l'Eventreur, à travers la série d'articles de Robert Desnos publiée en 1928 dans Paris-Matinal.
Suite à un meurtre sordide commis à l'époque, Desnos a rédigé cette série d'articles qui n'a visiblement que faire de la rigueur historique ni même de la logique. Ainsi entre la cinquième et la sixième victimes : "Ce jour-là, en effet, à quelques dizaines de minutes d'intervalle, Jack l'Eventreur assassina deux femmes en pleine rue, dans des lieux relativement fréquentés" (p21), puis sur la sixème victime "la pesante mélancolie de la luxure et de ce dimanche pèse sur lui, la satisfaction qu'il a tirée du crime commis quelques heures auparavant est éteinte depuis longtemps" (p25).
Desnos attribue onze victimes à l'éventreur (au lieu des cinq avérées - même s'il subsiste un doute concernant d'autres meurtres). Il attache peu d'importance à la profession exercée par ces femmes, allant même jusqu'à expliquer que la quatrième victime rentrait chez elle en pleine nuit après être allée acheter des cachous, ce qui lui permet d'ailleurs de terminer sur une note poétique : "et le petit paquet de cachous éventré laisse échapper dans la boue les grains noirs de la friandise" (p24). Ou d'une autre, lorsqu'elle rencontre son bourreau : "Sentimentale, l'ivrognesse espéra un baiser" (p13).
Pour qui chercherait un ouvrage historique, ce portrait de Jack l'Eventreur n'est pas recommandé. L'intérêt réside ailleurs. Tout d'abord dans l'écriture admirable, qui jusque dans la description des meurtres reste raffinée et privilégie les tournures poétiques. Une écriture qui, finalement, contribue à élever l'assassinat au rang des beaux arts (De Quincey est également cité) et à faire un portrait souvent romantique de l'insaisissable meurtrier. Enfin, une révélation de taille ponctue ce récit, puisque Desnos prétend avoir rencontré quelqu'un qui se dit l'ami de l'Eventreur et raconte que les assassinats auraient eu lieu suite à un pari stupide. Un portrait du dit éventreur a ainsi été publié dans le journal (et ne figure pas dans mon édition).
Un texte très bien écrit que je vous recommande, même si je regrette qu'il n'ait pas été précédé d'une introduction plus fournie que la postface qui se borne à rappeler dans quel contexte les articles ont été publiés.
"Jack l'éventreur est sans doute mort maintenant, et mort impuni. Il doit reposer dans un de ces calmes cimetières anglais où l'ombre rectiligne des cyprès se prolonge sur les gazons soigneusement peignés et sur des allées monotones. Chaque jour de la semaine s'appesantit davantage sur cette tombe mystérieuse. Les jeunes anglaises qui, pour se rendre au temple protestant ou à l'église, traversent le cimetière, observant devant cette tombe, comme devant les autres un silence recueilli. Et rien ne signale aux hommes que là, dans la paix tellurique, repose celui auquel on peut appliquer le titre de "génie du crime" (citation figurant également dans l'article de Pierre Riffard).
Un avis sur Collectif Ombrages, un article fourni sur Jack l'Eventreur, et chez les Moutons Electriques, la présentation des Nombreuses morts de Jack l'Eventreur, livre sur le sujet qui me semble intéressant.

60 p
Robert Desnos, Jack L'Eventreur, 1928

Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.
Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :
Azilys a fait son baptême de l'air (en balai) avec Sorcière pour l'échafaud,
Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)
Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,
Ma complice Hilde a refait un plongeon au collège avec la Solitude du Buveur de Sang (et un Simon qui n'a rien à envier à d'autres vampires prépubères), avant de succomber à l'humour noir et très tentant de Pierre Tombal,
Maggie part à la rencontre de Stoker, Irving et Scott (histoire de démarrer en beauté), avant de prendre une douche en compagnie d'un certain Alfred (attention scoop),
Pink Canary a passé un petit moment de détente avec Dead Sexy,
Soukee suit une formation à la Vampire Academy,
Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants, avant de protéger Los Angeles contre un fléau en lisant Zombie Nation,
Wax a été victime d'un bug car j'avais déjà mis deux liens mercredi vers son blog, puisqu'elle a fait deux petits tours en Asie en compagnie de sympathiques zombies avec Zombie Next Door et rencontré le démon avec Soul,
Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :
DeL, Hilde, Pink Canary, Tristhenya (en image là et là aussi)
22:12 Publié dans Histoire et société, Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : robert desnos, londres xixe, whitechapel, époque victorienne, londres, angleterre victorienne, angleterre xixe
25/04/2010
Poison running through my veins
Je lis assez peu de livres historiques (à savoir un par an les années de pointe), mais j'ai le don de choisir des sujets pour le moins particuliers, comme l'affaire des poisons qui a largement occupé bourreaux et autres tortionnaires au temps du Roi Soleil. Car voilà l'un des aspects marquants de ma lecture de L'Affaire des Poisons, Crimes et Sorcellerie au temps du Roi-Soleil, où les procès-verbaux sont souvent détaillés.
Jean-Christian Petitfils y rend tout d'abord compte de plusieurs faits divers, avec les procès retentissants de plusieurs empoisonneurs, précurseurs d'une enquête aux ramifications interminables.
Le 16 juillet 1676 est exécutée en place de Grève la Marquise de Brinvilliers (qui, par égard pour sa condition, aura simplement la tête coupée). Coupable d'avoir envoyé son père et ses frères au Paradis avant l'heure, la marquise est un personnage assez fascinant, dont les crimes ont été mis au point avec une rigueur et un calcul qui feront sans doute sourire les plus cyniques : ayant expérimenté un poison sur des animaux, "elle se fit alors infirmière bénévole, rendant visite aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, s'asseyant à leur chevet, sourire aux lèvres, et les réconfortant avec des tisanes aux vertus calmantes, des pâtés, un peu de vin ou des friandises, comme de la confiture de groseille" (p36). Lorsqu'elle peut enfin mettre en pratique ses talents d'empoisonneuse sur un sujet plus intéressant, la marquise se rend au chevet de son pauvre père et l'assiste avec une piété toute filiale alors qu'une maladie l'emporte brutalement, lui laissant tout de même le temps de "coucher sur son testament sa chère enfant". Plus tard, lorsqu'elle est arrêtée, elle tente de mettre fin à ses jours par divers moyens, dont un des plus curieux: "Elle s'était fichée un bâton, devinez-où, écrivait Emmanuel de Coulanges à Mme de Sévigné" (p44).

Ce cas constitue en quelque sorte une introduction avant que n'éclate le scandale de l'affaire des poisons. Suite à plusieurs arrestations et quelques séances de question extraordinaire, les langues se délient et les empoisonneurs dénoncent leurs complices, leurs rivaux et leurs clients, accusant plusieurs membres de la noblesse, y compris une suivante de Madame de Montespan, de s'être approvisionnés chez eux pour parvenir à leurs fins et, dans certains cas, pour s'approcher de la couche du Roi. Suivie par une commission d'enquête spéciale, l'affaire prend une importance inattendue.
Outre l'affaire en elle-même, qui ne manque pas d'intérêt, ce livre permet de découvrir l'époque de Louis XIV sous un autre angle, plus sociologique. On découvre ainsi une société extrêmement superstitieuse, qui se montre à l'Eglise le dimanche pour se rendre le lundi auprès d'une diseuse de bonne aventure quelconque, où l'alchimie est "pratiquée" au sein des différentes couches de la société. Les messes noires ne manquent pas et les complots familiaux sont eux aussi légion. Puisqu'il est facile de se procurer du poison, le réglement des conflits familiaux et l'élimination des rivaux ont une solutiont toute trouvée.
"Lorsque les prières se révélaient inefficaces, on recourait à la magie blanche pour forcer le destin. Les devins (...) concoctaient des philtres d'amour composés de substances provenant du corps de celui ou celle dont on voulait obtenir les bonnes grâces : rognures d'ongles, sang, sueur, urine, sperme. Les militaires appréciaient un talisman qui leur permettaient de revenir sains et saufs du combat. Pour conjurer le mauvais sort, les joueurs se procuraient "une main de gloire", c'est-à-dire la main coupée et desséchée d'un pendu" (p20).
Plusieurs anecdotes amusantes ponctuent également le récit : "Un garçon étant tombé en apoplexie au faubourg Saint-Antoine, la justice soupçonna qu'il était mort empoisonné. Elle voulut le faire autopsier mais, au premier coup de rasoir, l'homme revint de son assoupissement" (p125).
Quelques termes employés par l'auteur pour qualifier les criminels et les habitants des quartiers populaires m'ont gênée par leur parti pris (si le but est de rendre compte des termes de l'époque, la tournure laisse penser qu'il s'agit ici de termes choisis par l'auteur) : "ces gueux qui faisaient bouillir du mercure au fond d'un misérable bouge", "ce sinistre bouffon", "qui vivait publiquement avec deux traînées".
Au final, un livre qui se lit très facilement et qui offre un panorama assez complet sur le contexte dans lequel s'est déclenchée l'affaire des poisons, et sur les tenants et aboutissants de l'affaire en question. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à vous procurer ce texte !
L'avis d'If Is Dead, BelledeNuit
Merci à Babelio et à Clément Vekeman des Editions Perrin pour cette lecture.

380 p
Jean-Christian Petitfils, L'Affaire des Poisons, 2010
12:53 Publié dans Histoire et société | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : l'affaire des poisons, marquise de brinvilliers, jean-christian petitfils
17/11/2007
Le vieux Paris
Après deux heures de glandouillage intensif sur Internet, je viens de me décider à faire une petite note sur ma dernière lecture (note que j’aurais déjà dû faire mardi soir !).
Découvert grâce à Stéphanie, Légendes et Récits de Paris de Nathalie Tournillon revient comme son nom l’indique sur quelques histoires des rues de Paris, de personnages historiques ou fantastiques.
On retrouve ainsi Ste Geneviève, dont les vieux os reposent encore près du Panthéon. On découvre ici une Geneviève enfant puis religieuse, qui conseille aux Parisiens de prier pour dissuader Attila de s’emparer de la ville et de venir massacrer hommes, femmes et enfants.
Côté fantômes, on raconte qu’un certain écorcheur dénommé Jean fut assassiné à la demande de Catherine de Médicis pour avoir surpris un secret dérangeant. On dit qu’il poursuivit la reine par ses prédictions et qu’il apparut à Marie Antoinette (pendant la Révolution), à Napoléon (avant Waterloo) et au frère de Louis XVIII (deux jours avant la mort du roi), avant de disparaître définitivement après la destruction des Tuileries qu’il hantait depuis sa mort.
Quelques lieux prennent une nouvelle dimension à la lecture de ces récits : le martyr de St Denis donna lieu à la basilique cathédrale actuelle érigée sur sa tombe. Qui se trouve sur l’ancien « Mont des Martyrs », désormais Montmartre. Les Gobelins doivent leur nom à une famille de commerçants ayant fait un pacte avec un gobelin pour devenir riches et célèbres. Denfer viendrait bien du terme « d’Enfer », la voie grouillant avant de tueurs sans scrupule et le Diable en personne étant censé avoir occupé une vieille demeures (et ses caves) à cet endroit.
Ajoutons à cela quelques histoires de rois, le moine bourru, un peu de magie, une bonne dose de catholicisme, beaucoup de barbarie (certaines exécutions rappellent les débuts de Punir et Surveiller de Foucault). Le tout permet de découvrir un Paris oublié où les ponts croulaient sous les maisons, où vivaient de grands personnages de l’Histoire aujourd’hui largement oubliés.
Sur la forme les histoires sont courtes, dans l’ensemble très intéressantes pour ceux qui aiment associer les lieux qu’ils fréquentent aux personnes qui y ont vécu avant eux. Quelques petits dérapages (heureusement rarissimes), tels que – de mémoire - « il se sentait jeune et con » (on ne parle pas de Saez mais d’un jeune homme mort depuis des siècles). Quand on est aussi mauvais que moi en histoire de France on a parfois du mal à resituer les rois et les grandes figures que l’on croise mais cela ne gêne aucunement la lecture. En somme, une bonne introduction à l’histoire populaire de Paris, telle qu’on l’a racontée au coin du feu pendant des siècles.
Petite question annexe : parmi les hypothèses avancées par Tournillon pour expliquer l’oubli dans lequel sont tombées ces histoires, on trouve l’intervention d’Haussmann qui, en détruisant les ruelles tortueuses et insalubres du cœur de Paris, aurait délogé ceux qui perpétuaient cette tradition orale. Eloignés du centre de la capitale, vivant dans ce qui deviendrait ensuite la banlieue, ces personnes auraient cessé d’échanger ces contes populaires. Une autre explication vient du grand brassage des cultures à Paris, avec l’arrivée constante de jeunes d’autres régions venus étudier ou travailler dans la capitale et l’internationalisation de la ville. Ces hypothèses sont intéressantes mais je me demande si cela peut vraiment expliquer non pas la perte de transmission orale (qui s’est produite dans de nombreuses régions) mais le fait qu’on en vient à oublier que Paris a aussi son folklore et ses vieilles légendes. Avez-vous d’autres idées sur la question ?
195 p
Nathalie Tournillon, Légendes et Récits de Paris, 2003
15:55 Publié dans Histoire et société | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note









































