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19/06/2016

Karen Dolby, Les Sautes d'Humour d'Elisabeth II

dolby_sautes dhumour delisabeth ii.jpgCette année, Elisabeth II a fêté ses 90 ans. Rendons-lui ici un petit hommage à travers cette lecture qui lui est consacrée !

Cela fait un moment que je louchais sur cette collection "Les Sautes d'humour"... j'hésite toujours à m'offrir celui de Jane Austen mais me dis que je dois retrouver la plupart des extraits dans ses romans. Qu'à cela ne tienne, lorsque j'ai repéré ce titre sur Elisabeth II, j'ai eu envie de tenter ma chance. Une reine anglaise pleine d'humour? Je veux bien le croire ! 

Si on découvre ou re-découvre ici des anecdotes reflétant la personnalité de la reine, le livre porte néanmoins mal son titre. Tout d'abord, on aurait peut-être pu l'intituler "Les sautes d'humour de la famille royale" - le prince consort en particulier n'est pas en reste ici. Mais finalement, l'humour n'occupe qu'une place modeste. Ce livre est plutôt une sorte de petit guide d'introduction à la reine, à la famille royale, au protocole et à divers évènements qui ont marqué le règne d'Elisabeth II avec, il est vrai, des petites touches d'humour de-ci, de-là.

Karen Dolby nous présente une Elisabeth II assez attachante, au caractère bien trempé, certes pas toujours commode mais jamais vraiment antipathique. Et surtout, une reine plutôt malicieuse. On la découvre ainsi dans sa jeunesse, qui se mêle à la population londonienne avec sa soeur pour fêter la fin de la guerre et qui raconte même avoir vu deux fois ses parents de loin, alors qu'elle était au milieu de la foule. Ce dernier soir on les reconnut mais, dès qu'un agent de police eut indiqué que les princesses désiraient "être traitées comme de simples particuliers", plus personne ne vint les importuner (p20). Autre exemple de son fort tempérament et de son audace, lorsqu'en 2012 on propose de faire un film d'introduction aux J.O. avec James Bond et la reine, celle-ci accepte et décide même de jouer son propre rôle. Même les princes Charles, William et Harry n'étaient pas au courant.

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Beaucoup de faits relativement connus, de petits détails du quotidien dans ce livre qui n'est pas sans évoquer parfois les émissions de Stéphane Bern, il faut bien l'avouer. Il en va ainsi de ses tenues excentriques, choisies pour ressortir dans la foule, de ses parapluies transparents permettant de toujours la voir ou encore de la façon dont elle évite les cadres gênants. Ainsi, lors de l'inauguration d'une exposition de Lucian Freud, elle confia avoir veillé à "ne pas être photographiée entre une de ces paires de grosses cuisses" (p40). Et à quelqu'un qui lui demandait si l'artiste l'avait représentée, Sa Majesté de répondre "Si, mais pas comme cela !" (p41).

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Elisabeth II par Lucian Freud (à gauche) et Chris Levine (à droite)

On découvre également une reine "du quotidien". Il y a des années de cela, avant l'invention du magnétoscope, elle alla demander à l'évêque anglican qui préparait la prière du soir à Windsor : "Cela vous ennuierait beaucoup de repousser l'heure de l'office ? Maman veut absolument regarder son feuilleton" (p138). A ceux qui s'imaginent une reine grande lectrice, attendez-vous à une certaine déception. La télé semble avoir davantage de succès. Quant aux lectures, elle aime les policiers et les livres avec des chevaux... notamment ceux d'une certaine Jilly Cooper, auteur d'un best-seller érotique Riders et d'autres batifolages plutôt osés se déroulant à la campagne ! (p138) 

Autre petite anecdote amusante : à l'un des convives qui parlait fort à Windsor pour couvrir le bruit des avions atterrissant à Heathrow, la reine passa le repas à préciser le nom de chacun des avions en train de passer (boeing 747, airbus...). Un peu plus étonnant (ou pas, pour une Anglaise ?), la reine croirait aux fantômes et aurait vu celui d'Elisabeth I alors qu'elle était enfant !

Comme je le disais plus haut, le prince Philip est lui aussi régulièrement cité dans l'ouvrage. Ses remarques sont parfois drôles, parfois franchement condescendantes. Lui-même dit un jour : "La platopédalogie est la science qui consiste à mettre les pieds dans le plat, une science que je pratique depuis pas mal d'années déjà" (p45). Certaines de ses remarques ne le rendent pas franchement sympathique, comme son opinion sur la classe économique en avion, qui doit être vraiment "horrible", même s'il peut aussi être amusant. Il dit ainsi en 1966 à la directrice d'un hôpital antillais : "vous avez les moustiques, et moi j'ai la presse" (p147).

Dans les traits d'humour que j'ai relevés, citons encore les surnoms au sein de la famille royale, et notamment celui de la princesse Alexandra, appelée "Pud" comme "pudding" parce qu'elle est née à Noël. Ou encore, l'opinion de la reine sur le golf : "Le golf me paraît une façon bien compliquée de se promener. Moi, je préfère sortir les chiens" (p119). Sans parler d'un certain flegme ou d'un humour pince-sans-rire. Le jour où elle trouva un domestique complètement soûl affalé au pied d'un escalier, elle se contenta de demander : "Quelqu'un pourrait-il aider Frank à se relever ? J'ai l'impression qu'il n'est pas dans son assiette" (p159).

A recommander aux néophytes ou aux curieux. Une lecture légère et plaisante, parfaite pour se divertir un peu. 

Lu dans le cadre de la LC Rois et Reines d'Angleterre, pour le Mois anglais.

Et aujourd'hui, on retrouve aussi la famille royale avec une immersion dans les années 1990 chez FondantGrignote, qui nous présente La Reine et moi de Sue Townsend, et chez Electra avec The Uncommon Reader (La Reine des lectrices) d'Alan Bennett.

171 p

Karen Dolby, Les Sautes d'Humour d'Elisabeth II, 2015

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16/08/2014

Philippa Boston, Deadly Jobs

boston-deadly-jobs.jpgJe continue à explorer avec plaisir la collection Paper Planes Teens qui a pour objectif de faciliter l'apprentissage de la langue anglaise en proposant des textes stimulants et originaux pour transformer ce qui pourrait être une corvée en un vrai plaisir de lecture.

Je me suis récemment régalée avec Blitz Britain de Philippa Boston, petit ouvrage qui m'a permis de mieux connaître une période de l'Histoire anglaise sur laquelle j'avais des notions assez floues. Je réitère cette fois-ci l'expérience avec Deadly Jobs du même auteur, pour un plongeon au coeur de la révolution industrielle anglaise. Comment ça, encore l'Epoque victorienne ? Je vous assure amis lecteurs, je ne fais aucune fixation sur le XIXe anglais, vous devez être victimes d'une hallucination collective.

De nouveau servi par les judicieuses illustrations à la Quentin Blake de Mark Beech (illustrateur de Blitz Britain), Deadly Jobs est composé de deux parties, l'une historique, l'autre narrative (ce qui était également le schéma de Blitz Britain).

La première partie explique que la révolution industrielle a créé de très nombreux emplois auxquels pouvaient accéder les enfants, dont la petite taille constituait parfois un avantage et dont le salaire était systématiquement plus faible que celui qu'aurait reçu un adulte. Compte tenu des conditions de travail, le taux de mortalité était élevé, avec une chute de la moyenne d'âge à 29 ans dans certaines régions. Sont ensuite présentés différents emplois réservés aux enfants : mineur, ramoneur, ouvrier à l'usine. Il restait également la possibilité de vivre dans une « workhouse » où, pour un abris pour la nuit et une nourriture chiche, il fallait travailler comme une bête de somme, à moins d'être placé en apprentissage – un esclavage déguisé. Pour lutter contre le travail des enfants, plusieurs lois se succèdent pendant des dizaines d'années sans être appliquées au départ. Charles Dickens choisit quant à lui de sensibiliser le public à travers ses romans. Même si je m'intéresse depuis un moment au XIXe anglais, j'ai notamment relevé quelques aspects ou anecdotes que je ne connaissais pas. Par exemple la couleur des vêtements au sein des workhouses, jaune pour différencier les prostituées des autres femmes. Ou encore le fait que la taille moyenne ait baissé en raison des conditions de travail à l'usine, qui entraînaient des déformations physiques.

La deuxième partie s'intitule « The Workhouse boy » et raconte l'histoire d'un garçon placé en apprentissage chez un type alcoolique et monstrueux. J'ai été étonnée par la fin (que je vous laisse le soin de découvrir). Bien entendu, je supposais que l'apprenti tiendrait sa revanche mais je n'aurais jamais pensé qu'elle prendrait cette forme-là.

A ceux qui s'intéressent à l'histoire britannique et à ceux qui veulent apprendre ou enseigner l'anglais en lisant des textes vraiment intéressants, je recommande encore une fois chaudement cette collection !

La suite au prochain numéro puisque j'irai bientôt me promener dans une Angleterre ravagée par la peste !

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44 p

Philippa Boston, Deadly Jobs, 2013

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28/06/2014

Philippa Boston, Blitz Britain

boston_BlitzBritain.jpgPendant ce Mois Anglais je vous ai parlé de la collection Paper Planes Teens* destinée aux personnes apprenant la langue de Shakespeare et cherchant des lectures à leur portée... et fun ! J'ai d'abord lu What is Brian ?, histoire de zombies pour les débutants en anglais, livre qui m'a vraiment amusée malgré la syntaxe simple et le vocabulaire réduit inhérents au niveau.

Aujourd'hui je vous présente Blitz Britain de Philippa Boston, autre livre de la collection, cette fois-ci de niveau intermédiaire. Avis aux amateurs de Terry Deary (auteur de Vile Victorians, Terrible Tudors, Slimy Stuarts...), ce livre est fait pour vous !

Blitz Britain est composé de deux parties, la première informative, la seconde mettant un scène un jeune garçon à qui il arrive une folle aventure alors qu'il tente de rentrer chez lui à vélo sous les bombes. La nouvelle se lit avec plaisir et m'a fait penser à mes lectures d'enfance favorites en raison des illustrations de Mark Beech qui rappellent le travail de Quentin Blake (pour les livres de Roald Dahl).

J'avoue un faible pour la première partie décrivant le Blitz et ses incidences en abordant différents thèmes : l'évacuation des enfants, le début et la fin du Blitz, les différents types de bombes, les abris plus ou moins sophistiqués (du kit de survie pour jardin au métro), la façon dont on cachait les cibles potentielles de nuit, le Zoo de Londres (eh oui ? que faire des fauves et autres bestioles ?), Buckingham Palace ou encore les différentes options pour participer à l'effort de guerre pendant le Blitz. Cette partie est à la fois bien documentée, pleine d'anecdotes concrètes permettant de mieux comprendre ce que vivaient les Anglais au quotidien, le tout accompagné de dessins humoristiques très réussis.

Une nouvelle fois j'ai trouvé ce livre de la collection Paper Planes Teens très malin : s'il a des visées pédagogiques, il est avant tout intéressant et drôle. Le lecteur s'amuse, passe un excellent moment et travaille son anglais sans s'en rendre compte. Et même lorsqu'on ne lit pas Blitz Britain pour apprendre l'anglais on se régale tout simplement ! J'ai tellement adoré la façon dont l'Histoire était abordée dans cet ouvrage que j'ai eu très envie de découvrir les autres titres de Philippa Boston... rendez-vous bientôt pour d'autres horribles histoires (car m'attendent Deadly Jobs et Bubonic Britain !).

Vous pouvez lire ou écouter un extrait par là.

* Collection lancée il y a un peu plus d'un an.

De nouveau merci à Héloïse des Editions Didier !

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48 p

Philippa Boston, Blitz Britain, 2014

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19/07/2013

Jack the Ripper, Pitkin Guides

jacktheripper_pitkin guides.jpgAujourd'hui nous vous proposions avec Hilde de consacrer un billet à Jack the Ripper dans le cadre du challenge British Mysteries. J'ai ainsi (re)découvert que j'avais plusieurs livres sur le sujet et ne manquerai pas d'en reparler dans les prochains mois. Mais en attendant, j'ai décidé de commencer avec un livret de la collection Pitkin Guides. Il s'agit d'introductions illustrées à divers sujets, qu'on trouve notamment facilement dans les musées londoniens. J'ai aussi en attente de lecture "Haunted London" de cette même collection... voilà qui pourrait m'inspirer bientôt !

Ce guide reprend en peu de pages les principaux faits, suspects et théories associés au cas Jack the Ripper, à travers un format efficace qui séduira les plus pressés tout comme ceux qui veulent se raffraîchir rapidement la mémoire ou en savoir un peu plus avant de se plonger dans les romans ou films et séries inspirés des faits de 1888.

"The Setting" décrit le Whitechapel de l'époque et ses trois classes sociales : les pauvres, qui gagnent difficilement leur vie (dockers, vendeurs...) ; les très pauvres, qui nettoient ou réalisent des travaux de couture pour leurs voisins un peu plus chanceux qu'eux ; enfin le reste de la population, composée de personnes sans travail fixe, de criminels marginaux. Sont décrits les logements où, pour une nuit, on peut dormir dans un dortoir de 80 personnes ou entassés dans une petite pièce, à moins de privilégier les workhouses... Environ 1200 femmes se prostituent en 1888 dans Whitechapel. L'alcool sert d'échappatoire, la criminalité et la violence sont monnaie courante : au-delà de la misère du quartier, celui-ci est composé de venelles et de petites cours isolées et obscures ; l'éclairage au gaz est insuffisant. L'opinion publique va découvrir  les conditions insalubres dans lesquelles vivent les habitants de Whitechapel à travers tous les articles bientôt consacrés aux meurtres de 1888.

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"The Murders begin" : le 3 avril est sauvagement attaquée la prostituée Emma Smith, qui essaie de rentrer chez elle mais mourra de la suite de ses blessures. L'affaire ne fait pas grand bruit étant donné le niveau de criminalité dans le quartier à l'époque. Puis le 6 août est assassinée Martha Tabram, première victime de Jack the Ripper d'après certains spécialistes (il faut savoir qu'il y a désaccord entre les experts quant au nombre de victimes à lui imputer). Puis suivent les meurtres de Mary Ann (Polly Nichols) le 31 août, d'Annie Chapman le 8 septembre, d'Elizabeth Stride et de Catherine Eddowes, toutes deux le 30 septembre, enfin Mary Jane Kelly le 9 novembre, retrouvée dans sa chambre. Plus tard deux autres cas pourtant différents ravivent la peur des habitants du quartier.

Parmi les raisons qui ont rendu impossible l'identification du coupable, les moyens à disposition de la police (pas d'analyse de sang, l'utilisation des empreintes était controversée...) mais aussi des décisions discutables (notamment des querelles d'ordre politique au sein de la direction de la police et la destruction d'une pièce à conviction avec l'effacement d'un message sur un mur suite à l'un des meurtres, "The Juwes are the men that will not be blamed for nothing").

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Parmi les suspects, plusieurs hypothèses célèbres sont écartées (le duc de Clarence, le peintre Walter Sickert...). D'autres sont jugées plus plausibles :

- William Bury, qui quitte l'East End en janvier 1889 et tue sa femme le mois suivant dans des circonstances rappelant les meurtres de Whitechapel ; il est pendu en mars 1889.

- Nathan Kaminsky découvert en 1987 seulement. Un Juif polonais très violent correspondant bien aux descriptions faites par les témoins ayant vu les prostituées peu avant leur mort. En décembre 1888 il est admis à Colney Hatch Asylum.

Sont enfin évoquées plusieurs théories développées : Jack the Ripper aurait été un médecin (peu probable), ambidextre, un marin, le gouvernement (le compot franc-maçon !), une femme, un fou.

Un livret intéressant et bien fait, avec de nombreuses illustrations pertinentes (gravures et journaux d'époque, copie des courriers adressés à l'agence centrale de presse, comparaison avec le Whitechapel d'aujourd'hui...).

Le billet de Hilde sur le jeu Mr Jack et le billet rétroactif d'Alexandra sur Ripper Street.

21 p

John McIllwain, Jack the Ripper, Pitkin Guide, 2004

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Prochain billet commun le 19 août

Le suspense ne tardera pas à être levé !

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15/04/2012

Cent ans après le naufrage du Titanic

navratil_enfants du titanic.jpgIl y a cent ans jour pour jour sombrait « l'insubmersible » Titanic, parti de Southampton pour New-York, qu'il ne devait jamais atteindre. Les séries et documentaires ne manquent pas ces derniers temps, mais c'est d'un roman que j'ai choisi de parler en cette date anniversaire de la tragédie.

Raconté par la fille d'un survivant du Titanic, Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic mélange la petite histoire à la plus grande, en s'attachant à suivre le parcours de Lolo et Monmon, surnommés les orphelins de l'abîme.

Couturier d'un certain renom, Michel Navratil a vendu sa maison de couture niçoise récemment, suite à sa séparation avec sa femme Marcelle qui l'a trompé, lui faisant perdre toute envie de s'investir dans son affaire jusqu'ici florissante. A l'issue d'un déjeuner chez son meilleur ami avec les petits Lolo et Monmon (Lolo est le père de l'auteur), Michel emprunte le passeport de son ami, Hoffmann, et enlève les petits pour débuter une nouvelle vie outre-Atlantique. La famille embarquera à bord du Titanic, pour son voyage inaugural.


titanic.jpgJ'ai toujours éprouvé de l'intérêt pour cette affaire, découverte quand j'étais enfant (je repense notamment à l'arrivée du Titanic dans SOS Fantômes, mon film favori à l'époque)!. C'est donc avec curiosité que j'ai ouvert le roman d'Elisabeth Navratil. J'ai eu un peu de mal à m'immerger dans ce texte au début, mais c'est au final une lecture au bilan très positif. Malgré quelques réserves (un hommage familial avant tout, avec quelques maladresses à mes yeux), j'ai beaucoup apprécié cette lecture documentée et très émouvante. Le récit débute avec l'embarquement des Navratil, leur découverte du bateau (un tiers du roman environ) puis le naufrage et enfin, l'arrivée du Carpathia pour sauver les naufragés encore en vie et le court passage de Lolo et Monmon aux Etats-Unis : ayant perdu leur père dans le naufrage, les deux enfants font l'objet de toutes les attentions médiatiques, tandis que l'on cherche à retrouver leur mère.


titanic_stern_marschall2.jpgLa description du naufrage est dans l'ensemble très réussie ; chaque étape est décrite en mettant en avant les divers personnages qui nous ont été présentés depuis le départ du bateau. C'est ainsi que l'on vit les tragédies personnelles, les actes de courage ou de folie avec beaucoup d'intensité, à travers plusieurs passages très émouvants.
Navratil3.jpgBien qu'inspiré librement de l'histoire familiale Navratil, ce roman est une mine d'informations pour qui n'a qu'une connaissance superficielle du naufrage. Il soutient la thèse selon laquelle le drame a été le fruit de l'arrogance des dirigeants de la compagnie de la White Star Line, qui n'a choisi d'équiper le bateau que de la moitié des canaux nécessaires et qui préfère courir des risques en approchant des icebergs plutôt que de dévier plus tôt sa route, quitte à arriver un peu moins vite à New-York pour ce voyage inaugural. Le manque total d'organisation lors de la mise à l'eau des canaux est aussi longuement mis en avant. Un drame qui, d'après l'auteur, aurait pu être évité.
Un roman qui m'a en tout cas donné envie de me documenter davantage sur le Titanic ; j'ai d'ailleurs découvert en faisant quelques recherches un blog très intéressant si les épaves mystérieuses vous attirent.

L'image des deux enfants ci-dessus représente Lolo et Monmon. Cette photo a été prise à New York, avant diffusion dans les journaux lorsque l'on cherchait leur mère. Cette photo est à mes yeux particulièrement touchante car à côté des enfants se trouvent deux jouets offerts par la compagnie à l'embarquement : une très belle voiture et un modèle réduit du navire.

Un article sur les deux orphelins ; un autre très intéressant sur Il était une fois le Titanic. L'mage ci-dessous est tirée de Ghostbusters : le Titanic vient juste d'arriver.

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340 p

Elisabeth Navratil, Les Enfants du Titanic, 2012 (nouvelle édition)

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27/02/2012

La dame de fer

Iron_lady_film_poster.jpgJe l'attendais depuis plusieurs mois, je me suis précipitée pour le voir à sa sortie... et je ressors un peu partagée.


Comme vous le savez déjà (ce film ayant bénéficié d'une bonne couverture médiatique, il serait difficile de passer à côté), il s'agit d'une biopic consacrée à la très controversée Margaret Thatcher, ancien premier ministre anglais conservateur ayant marqué les années 80 par sa politique dure, dans un contexte difficile (crise économique, attentats de l'IRA...).
Comme on pouvait s'y attendre Meryl Streep incarne presque à la perfection Margaret Thatcher. La transformation physique est très réussie, les mimiques, l'attitude – et les tailleurs - sont là. Et même si on parle moins d'elle, on peut tout autant saluer Alexandra Roach, qui incarne Thatcher dans ses jeunes années (pendant les bombardements de Londres puis ses premières campagnes politiques). Malgré tout, au-delà de la performance personnelle, le scénario m'a semblé un peu fragile et j'ai trouvé que ce film s'essoufflait rapidement.

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Au lieu de suivre par exemple un ordre chronologique plus classique, le film se construit autour du présent, avec une Thatcher âgée qui n'a plus toute sa tête. Elle se souvient de certains événements et c'est donc essentiellement par le biais de flash backs que nous découvrons son ascension politique. Cette construction ne m'a pas gênée en soi ; le principe me semblait plutôt intéressant. Cependant, la réalisation reste assez maladroite, accordant à mon sens trop de place à la Margaret d'aujourd'hui, au détriment des autres séquences.

film-damefer3.jpgLa vie de Thatcher est abordée dans les grandes lignes, à travers un portrait plutôt flatteur : la jeune femme courageuse qui va remettre une cloche à beurre à sa place pendant un bombardement, au lieu de rester cachée ; l'influence de ce père épicier très engagé, qui lui inculque le sens de la réussite individuelle ; ses premiers pas de candidate au niveau local, alors que les femmes sont exclues du débat politique ; la belle histoire d'amour ; la réussite et l'accession au poste de premier ministre ; et de ces années, on retient quelques événements, telle la guerre des Malouines, la fermeté face aux grèves, l'attentat à la bombe et une attitude dominatrice vis-à-vis de ses collaborateurs, qui sera l'une des causes de son déclin.

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Les réformes mis en place sont peu abordées et les quelques décisions polémiques portées à l'écran sont traitées de façon assez superficielle : les collaborateurs contestant ses choix ne le font pas avec fermeté et les arguments qu'ils avancent ne sont pas forcément convaincants. Ce qui fait qu'in fine, hormis son caractère trop autoritaire, on finit presque par sortir en se demandant ce qu'on pouvait bien reprocher à cette femme de caractère, fidèles à ses opinions, ayant dû faire preuve de beaucoup de courage pour s'imposer pendant toute sa vie. Autant je n'aurais pas apprécié à l'inverse un film « anti Thatcher » cherchant à montrer à quel point cette femme était épouvantable, autant je regrette beaucoup que les choix politiques de Thatcher et les débats qu'ils ont suscité n'aient pas été abordés avec plus de sérieux, afin d'avoir un rôle informatif, voire engagé, avec des questionnements permettant  par exemple d'apporter un éclairage intéressant sur des thématiques actuelles.


film-dame fer-Streep-Thatcher.jpgAutre point qui m'a gênée : pour traiter de Thatcher aujourd'hui et de sa maladie d'alzheimer, on voit régulièrement le fantôme de son mari, qui lui rend souvent visite et qu'elle est la seule à voir. J'ai trouvé qu'un peu plus de subtilité aurait largement suffi à nous faire comprendre que l'ex premier ministre est aujourd'hui complètement sénile... alors que le reste du film manque d'engagement lorsqu'il s'agit de politique, ces séquences actuelles se complaisent dans un portrait niais et dégradant de Thatcher. Qu'avons-nous besoin de la voir marmonner toute seule toutes les vingt minutes ? Est-ce vraiment là un aspect important à aborder de manière récurrente lorsqu'on évoque la vie d'un chef d'Etat  ou d'un leader ayant marqué son parti et son pays, au point de survoler  ses années d'exercice ? Paradoxalement, alors qu'on sent la fascination de Phyllida Lloyd pour Thatcher, je crois qu'elle n'aurait pas pu livrer un portrait plus humiliant de l'ex premier ministre.

Certes, le film ne tient pas toutes ses promesses, mais je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. J'ai passé un très bon moment (mais le fait que l'action se déroule en Angleterre a peut-être joué pour beaucoup), j'ai apprécié de très nombreuses scènes et le reverrai volontiers à l'occasion... mais ce n'est pas non plus le coup de coeur que j'espérais, d'autant plus que j'ai été à deux doigts de m'ennuyer à une ou deux reprises. Je conseillerais ce film :
- Aux admirateurs de Meryl Streep
- Aux personnes faisant une légère fixation sur l'Angleterre (je ne fais pas du tout partie de cette dernière catégorie, n'essayez pas de m'accuser, je vous vois venir)
- Avec plus de réserves : à ceux qui veulent découvrir Margaret Thatcher à travers ce film : compte tenu des nombreuses lacunes et du parti pris ce film vous servira tout juste d'introduction mais vous n'en saurez pas beaucoup plus après qu'avant.

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The Iron Lady, 2012, un film de Phyllida Lloyd

10/10/2010

Où le journalisme rencontre la littérature

desnos-jack-l-eventreur.jpgVoilà mon troisième billet pour le challenge Halloween et déjà ma deuxième rencontre littéraire avec Jack l'Eventreur, à travers la série d'articles de Robert Desnos publiée en 1928 dans Paris-Matinal.

Suite à un meurtre sordide commis à l'époque, Desnos a rédigé cette série d'articles qui n'a visiblement que faire de la rigueur historique ni même de la logique. Ainsi entre la cinquième et la sixième victimes : "Ce jour-là, en effet, à quelques dizaines de minutes d'intervalle, Jack l'Eventreur assassina deux femmes en pleine rue, dans des lieux relativement fréquentés" (p21), puis sur la sixème victime "la pesante mélancolie de la luxure et de ce dimanche pèse sur lui, la satisfaction qu'il a tirée du crime commis quelques heures auparavant est éteinte depuis longtemps" (p25).

Desnos attribue onze victimes à l'éventreur (au lieu des cinq avérées - même s'il subsiste un doute concernant d'autres meurtres). Il attache peu d'importance à la profession exercée par ces femmes, allant même jusqu'à expliquer que la quatrième victime rentrait chez elle en pleine nuit après être allée acheter des cachous, ce qui lui permet d'ailleurs de terminer sur une note poétique : "et le petit paquet de cachous éventré laisse échapper dans la boue les grains noirs de la friandise" (p24). Ou d'une autre, lorsqu'elle rencontre son bourreau : "Sentimentale, l'ivrognesse espéra un baiser" (p13).

Pour qui chercherait un ouvrage historique, ce portrait de Jack l'Eventreur n'est pas recommandé. L'intérêt réside ailleurs. Tout d'abord dans l'écriture admirable, qui jusque dans la description des meurtres reste raffinée et privilégie les tournures poétiques. Une écriture qui, finalement, contribue à élever l'assassinat au rang des beaux arts (De Quincey est également cité) et à faire un portrait souvent romantique de l'insaisissable meurtrier. Enfin, une révélation de taille ponctue ce récit, puisque Desnos prétend avoir rencontré quelqu'un qui se dit l'ami de l'Eventreur et raconte que les assassinats auraient eu lieu suite à un pari stupide. Un portrait du dit éventreur a ainsi été publié dans le journal (et ne figure pas dans mon édition).

Un texte très bien écrit que je vous recommande, même si je regrette qu'il n'ait pas été précédé d'une introduction plus fournie que la postface qui se borne à rappeler dans quel contexte les articles ont été publiés.

"Jack l'éventreur est sans doute mort maintenant, et mort impuni. Il doit reposer dans un de ces calmes cimetières anglais où l'ombre rectiligne des cyprès se prolonge sur les gazons soigneusement peignés et sur des allées monotones. Chaque jour de la semaine s'appesantit davantage sur cette tombe mystérieuse. Les jeunes anglaises qui, pour se rendre au temple protestant ou à l'église, traversent le cimetière, observant devant cette tombe, comme devant les autres un silence recueilli. Et rien ne signale aux hommes que là, dans la paix tellurique, repose celui auquel on peut appliquer le titre de "génie du crime" (citation figurant également dans l'article de Pierre Riffard).

Un avis sur Collectif Ombrages, un article fourni sur Jack l'Eventreur,  et chez les Moutons Electriques, la présentation des Nombreuses morts de Jack l'Eventreur, livre sur le sujet qui me semble intéressant.

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60 p

Robert Desnos, Jack L'Eventreur, 1928

 

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Pour participer, il suffit de publier au moins un billet en rapport avec Halloween (livre, film ou réalisation personnelle sur ce thème) le 31 octobre et le signaler sur mon blog à cet endroit, où chez Hilde. Plus de précisions en cliquant sur le logo.

Les participants au challenge (liste que nous actualiserons au fur et à mesure que vous publierez vos billets) :

Azilys a fait son baptême de l'air (en balai) avec Sorcière pour l'échafaud,

Très enthousiaste, Choupynette a été la première à se jeter à l'eau en faisant un petit séjour à Stockholm en compagnie de vampires louches avec le film Morse, avant de les suivre en Corée via le film Thirst (dont je n'ai retenu que le côté esthétique pour éviter les spoilers)

Fleur de Cannelle s'intéresse à la criminologie en Corée avec le film Soul, avant de découvrir six histoires de zombies coréens dans Zombie next door,

Ma complice Hilde a refait un plongeon au collège avec la Solitude du Buveur de Sang (et un Simon qui n'a rien à envier à d'autres vampires prépubères), avant de succomber à l'humour noir et très tentant de Pierre Tombal,

Maggie part à la rencontre de Stoker, Irving et Scott (histoire de démarrer en beauté), avant de prendre une douche en compagnie d'un certain Alfred (attention scoop),

Pink Canary a passé un petit moment de détente avec Dead Sexy,

Soukee suit une formation à la Vampire Academy,

Tristhenya a choisi de rencontrer quelques sympathiques zombies à travers un livre sur le film culte La Nuit des Morts vivants, avant de protéger Los Angeles contre un fléau en lisant Zombie Nation,

Wax a été victime d'un bug car j'avais déjà mis deux liens mercredi vers son blog, puisqu'elle a fait deux petits tours en Asie en compagnie de sympathiques zombies avec Zombie Next Door et rencontré le démon avec Soul,

 

Ils ont redécoré leur blog pour l'occasion :

DeL, Hilde, Pink Canary, Tristhenya (en image et  là aussi)

Eidole

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Soukee

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25/04/2010

Poison running through my veins

petitfils-l-affaire-des-poisons-crimes-et-sorcellerie-au-temps-du-roi-soleil.jpgJe lis assez peu de livres historiques (à savoir un par an les années de pointe), mais j'ai  le don de choisir des sujets pour le moins particuliers, comme l'affaire des poisons qui a largement occupé bourreaux et autres tortionnaires au temps du Roi Soleil. Car voilà l'un des aspects marquants de ma lecture de L'Affaire des Poisons, Crimes et Sorcellerie au temps du Roi-Soleil, où les procès-verbaux  sont souvent détaillés.

Jean-Christian Petitfils y rend tout d'abord compte de  plusieurs faits divers, avec les procès retentissants de plusieurs empoisonneurs, précurseurs d'une enquête aux ramifications interminables.

Le 16 juillet 1676 est exécutée en place de Grève la Marquise de Brinvilliers (qui, par égard pour sa condition, aura simplement la tête coupée). Coupable d'avoir envoyé son père et ses frères au Paradis avant l'heure, la marquise est un personnage assez fascinant, dont les crimes ont été mis au point avec une rigueur et un calcul qui feront sans doute sourire les plus cyniques : ayant expérimenté un poison sur des animaux, "elle se fit alors infirmière bénévole, rendant visite aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, s'asseyant à leur chevet, sourire aux lèvres, et les réconfortant avec des tisanes aux vertus calmantes, des pâtés, un peu de vin ou des friandises, comme de la confiture de groseille" (p36). Lorsqu'elle peut enfin mettre en pratique ses talents d'empoisonneuse sur un sujet plus intéressant, la marquise se rend au chevet de son pauvre père et l'assiste avec une piété toute filiale alors qu'une maladie l'emporte brutalement, lui laissant tout de même le temps de "coucher sur son testament sa chère enfant". Plus tard, lorsqu'elle est arrêtée, elle tente de mettre fin à ses jours par divers moyens, dont un des plus curieux: "Elle s'était fichée un bâton, devinez-où, écrivait Emmanuel de Coulanges à Mme de Sévigné" (p44).

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l_affaire_des_poisons02.jpgCe cas constitue en quelque sorte une introduction avant que n'éclate le scandale de l'affaire des poisons. Suite à plusieurs arrestations et quelques séances de question extraordinaire, les langues se délient et les empoisonneurs dénoncent leurs complices, leurs rivaux et leurs clients, accusant plusieurs membres de la noblesse, y compris une suivante de Madame de Montespan, de s'être approvisionnés chez eux pour parvenir à leurs fins et, dans certains cas, pour s'approcher de la couche du Roi. Suivie par une commission d'enquête spéciale, l'affaire prend une importance inattendue.

Outre l'affaire en elle-même, qui ne manque pas d'intérêt, ce livre permet de découvrir l'époque de Louis XIV sous un autre angle, plus sociologique. On découvre ainsi une société extrêmement superstitieuse, qui se montre à l'Eglise le dimanche pour se rendre le lundi auprès d'une diseuse de bonne aventure quelconque, où l'alchimie est "pratiquée" au sein des différentes couches de la société. Les messes noires ne manquent pas et les complots familiaux sont eux aussi légion. Puisqu'il est facile de se procurer du poison, le réglement des conflits familiaux et l'élimination des rivaux ont une solutiont toute trouvée.

"Lorsque les prières se révélaient inefficaces, on recourait à la magie blanche pour forcer le destin. Les devins (...) concoctaient des philtres d'amour composés de substances provenant du corps de celui ou celle dont on voulait obtenir les bonnes grâces : rognures d'ongles, sang, sueur, urine, sperme. Les militaires appréciaient un talisman qui leur permettaient de revenir sains et saufs du combat. Pour conjurer le mauvais sort, les joueurs se procuraient "une main de gloire", c'est-à-dire la main coupée et desséchée d'un pendu" (p20).

Plusieurs anecdotes amusantes ponctuent également le récit : "Un garçon étant tombé en apoplexie au faubourg Saint-Antoine, la justice soupçonna qu'il était mort empoisonné. Elle voulut le faire autopsier mais, au premier coup de rasoir, l'homme revint de son assoupissement" (p125).

Quelques termes employés par l'auteur pour qualifier les criminels et les habitants des quartiers populaires m'ont gênée  par leur parti pris (si le but est de rendre compte des termes de l'époque, la tournure laisse penser qu'il s'agit ici de termes choisis par l'auteur) : "ces gueux qui faisaient bouillir du mercure au fond d'un misérable bouge", "ce sinistre bouffon", "qui vivait publiquement avec deux traînées".

Au final, un livre qui se lit très facilement et qui offre un panorama assez complet sur le contexte dans lequel s'est déclenchée l'affaire des poisons, et sur les tenants et aboutissants de l'affaire en question. Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à vous procurer ce texte !

L'avis d'If Is Dead, BelledeNuit

Merci à Babelio et à Clément Vekeman des Editions Perrin pour cette lecture.

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380 p

Jean-Christian Petitfils, L'Affaire des Poisons, 2010

17/11/2007

Le vieux Paris

5b3bd69aaf24713b6099ae018c64876c.jpgAprès deux heures de glandouillage intensif sur Internet, je viens de me décider à faire une petite note sur ma dernière lecture (note que j’aurais déjà dû faire mardi soir !).

Découvert grâce à Stéphanie, Légendes et Récits de Paris de Nathalie Tournillon revient comme son nom l’indique sur quelques histoires des rues de Paris, de personnages historiques ou fantastiques.

On retrouve ainsi Ste Geneviève, dont les vieux os reposent encore près du Panthéon. On découvre ici une Geneviève enfant puis religieuse, qui conseille aux Parisiens de prier pour dissuader Attila de s’emparer de la ville et de venir massacrer hommes, femmes et enfants.

Côté fantômes, on raconte qu’un certain écorcheur dénommé Jean fut assassiné à la demande de Catherine de Médicis pour avoir surpris un secret dérangeant. On dit qu’il poursuivit la reine par ses prédictions et qu’il apparut à Marie Antoinette (pendant la Révolution), à Napoléon (avant Waterloo) et au frère de Louis XVIII (deux jours avant la mort du roi), avant de disparaître définitivement après la destruction des Tuileries qu’il hantait depuis sa mort.

Quelques lieux prennent une nouvelle dimension à la lecture de ces récits : le martyr de St Denis donna lieu à la basilique cathédrale actuelle érigée sur sa tombe. Qui se trouve sur l’ancien « Mont des Martyrs », désormais Montmartre. Les Gobelins doivent leur nom à une famille de commerçants ayant fait un pacte avec un gobelin pour devenir riches et célèbres. Denfer viendrait bien du terme « d’Enfer », la voie grouillant avant de tueurs sans scrupule et le Diable en personne étant censé avoir occupé une vieille demeures (et ses caves) à cet endroit.

Ajoutons à cela quelques histoires de rois, le moine bourru, un peu de magie, une bonne dose de catholicisme, beaucoup de barbarie (certaines exécutions rappellent les débuts de Punir et Surveiller de Foucault). Le tout permet de découvrir un Paris oublié où les ponts croulaient sous les maisons, où vivaient de grands personnages de l’Histoire aujourd’hui largement oubliés.

Sur la forme les histoires sont courtes, dans l’ensemble très intéressantes pour ceux qui aiment associer les lieux qu’ils fréquentent aux personnes qui y ont vécu avant eux. Quelques petits dérapages (heureusement rarissimes), tels que – de mémoire - « il se sentait jeune et con » (on ne parle pas de Saez mais d’un jeune homme mort depuis des siècles). Quand on est aussi mauvais que moi en histoire de France on a parfois du mal à resituer les rois et les grandes figures que l’on croise mais cela ne gêne aucunement la lecture. En somme, une bonne introduction à l’histoire populaire de Paris, telle qu’on l’a racontée au coin du feu pendant des siècles.

Petite question annexe : parmi les hypothèses avancées par Tournillon pour expliquer l’oubli dans lequel sont tombées ces histoires, on trouve l’intervention d’Haussmann qui, en détruisant les ruelles tortueuses et insalubres du cœur de Paris, aurait délogé ceux qui perpétuaient cette tradition orale. Eloignés du centre de la capitale, vivant dans ce qui deviendrait ensuite la banlieue, ces personnes auraient cessé d’échanger ces contes populaires. Une autre explication vient du grand brassage des cultures à Paris, avec l’arrivée constante de jeunes d’autres régions venus étudier ou travailler dans la capitale et l’internationalisation de la ville. Ces hypothèses sont intéressantes mais je me demande si cela peut vraiment expliquer non pas la perte de transmission orale (qui s’est produite dans de nombreuses régions) mais le fait qu’on en vient à oublier que Paris a aussi son folklore et ses vieilles légendes. Avez-vous d’autres idées sur la question ?

195 p

Nathalie Tournillon, Légendes et Récits de Paris, 2003