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11/08/2009
Despite all my rage
Je fuis de plus en plus les récits traitant de la guerre et de la Shoah, dont la prolifération ces dernières années a fini par me dégoûter un peu du sujet. Malgré les critiques très positives lues çà et là au sujet de L'Origine de la Violence de Fabrice Humbert, j'ai donc abordé ce livre avec une certaine appréhension. Voilà un essai transformé qui fait de cette lecture une excellente surprise : non seulement ce titre est de loin mon préféré parmi mes 4 lectures de l'opération de communication autour du Prix Landerneau (ce qui n'était pas difficile vu le plaisir que j'ai éprouvé en découvrant les trois livres précédents), mais il fait partie de ceux qui m'ont le plus marquée cette année.
Difficile d'innover en traitant d'un thème aussi présent dans la littérature depuis maintenant un certain nombre d'années. Et pourtant, c'est ce que Fabrice Humbert parvient à faire en nous livrant ici un roman très personnel, où l'histoire présente du narrateur se mêle au parcours de son père et de son grand-père, le récit intime s'imbriquant à un cadre historique peu anodin. Avec beaucoup de justesse, le narrateur parvient à faire co-exister la petite histoire et la grande Histoire (comme l'a déjà souligné Fashion), apportant au passage un regard neuf sur le nazisme et l'Allemagne qui en a découlé.
C'est d'ailleurs le principal mérite de ce livre, qui évite à mon sens tous les écueils du genre : les clichés, les invraisemblances, les mièvreries, les descriptions complaisantes de scènes barbares, sans parler des pages d'Histoire hachées par le menu et recrachées avant digestion au beau milieu d'une vague trame romanesque.
Au contraire, l'auteur aborde de façon originale son sujet. La guerre, les déportations, la Shoah, le destin des bourreaux puis de l'Allemagne éclatée jusqu'en 1989, voilà autant de grands événements qui sont traités de manière détournée puisque le narrateur n'est autre qu'un professeur dans un lycée franco-allemand qui cherche avant tout à connaître ses origines pour mieux comprendre la violence qui l'habite. Le lecteur suit ainsi pas à pas le narrateur, dans un récit émaillé d'événements personnels et familiaux qui sortent en partie de l'atmosphère oppressante de la toile de fond (en partie, car tout est finalement lié de façon plus ou moins directe à l'objet des recherches du narrateur). En choisissant cette structure, Fabrice Humbert parvient à mon avis à écrire un roman très crédible, qui m'a de plus particulièrement touchée puisque j'ai trouvé certaines similitudes entre ce parcours et mon propre rapport à l'Allemagne. Et ce, jusqu'aux impressions partagées au sein de Buchenwald, de Weimar ou de Berlin, à tel point que cette lecture n'a cessé de me troubler en raison de l'écho très particulier qu'elle trouvait en moi (à l'exception de la vision très occidentale de la RDA, avec laquelle je ne suis pas entièrement d'accord).
Je ne peux que vous recommander sans réserve L'Origine de la Violence, excellent roman auquel tout le mal que je souhaite est de décrocher
au moins l'un des prix littéraires francophones les plus reconnus. Ne vous laissez pas décourager si, comme moi, vous évitez en général les titres traitant des camps de concentration, de la guerre ou de la Shoah. Car l'auteur signe ici un livre puissant, fin, dense mais d'une grande clarté, un roman dont l'histoire passionnante n'a d'égale que la pertinence des observations et la fluidité de la narration. A cela s'ajoute une écriture particulièrement agréable. Fabrice Humbert est un auteur qui ne cherche pas la facilité, et qui s'en sort très bien. Son Origine de la Violence est remarquable. C'est un texte qui a su à la fois m'intéresser et m'émouvoir, un titre que je recommande depuis autour de moi et dont le souvenir n'est pas près de ternir.
Les avis de : Aifelle, Anne, Caro[line], Cathulu, Cécile, Clarabel, Cuné, Dominique, Fashion, Lily, Ma Tasse de Thé, Papillon, Sylire, Yv.

314 p
Fabrice Humbert, L'Origine de la Violence, 2009
17:20 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : l'origine de la violence, fabrice humbert, buchenwald, famille, roman français, prix orange
Commentaires
Comme toi je rechignais à le lire mais je lui ai finalement accordé mon prix Landerneau !:)
Ecrit par : cathulu | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireJ'avais vu le livre en librairie mais l'avais écarté vu le sujet trop lourd, me semblait-il. (Je viens de terminer le très bon Jacques Chessex sur un massacre de cette époque) mais vu ton enthousiasme, je retiens ce titre!
Ecrit par : Mango | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireUn livre que j'ai aussi beaucoup aimé, une bonne découverte.
Ecrit par : Aifelle | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireJe trouve ton billet intéressant car ton propre ressenti fait corps avec le sujet du livre, cela lui donne une couleur personnelle. Oh ! Combien digne d'intérêt !
Ecrit par : Alice | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireJ'avais déjà noté ce titre, et plus je lis de billets, plus je suis convaincue...
Ecrit par : cocola | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireTon rapproche de ce texte est très proche de la mienne et comme toi, c'est mon préféré de la sélection Landerneau.
Ecrit par : sylire | 11/08/2009
Répondre à ce commentaireTon rapproche de ce texte est très proche de la mienne et comme toi, c'est mon préféré de la sélection Landerneau.
Ecrit par : sylire | 11/08/2009
Répondre à ce commentairePresque tout à fait d'accord! Maintenant il faut que je rédige mon post aussi bien! :-)
Ecrit par : chiffonnette | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireLe titre et le résumé ne me tentait pas trop mais ton enthousiasme me font revoir mon avis. Qui sait ?
Ecrit par : Manu | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireComme toi, j'ai tendance à m'écarter des livres qui traitent de ce sujet, bien que j'en ai trois dans ma LAL qui attendent d'être lus, parmi lesquels "Les Bienveillantes". Je n'ai encore jamais pu m'y mettre... Un billet très intéressant, mais je crois que je passerai mon tour pour celui-là.
Ecrit par : Hermione | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireA quels livres penses-tu quand tu écris ceci : tous les écueils du genre : les clichés, les invraisemblances, les mièvreries, les descriptions complaisantes de scènes barbares, sans parler des pages d'Histoire hachées par le menu et recrachées avant digestion au beau milieu d'une vague trame romanesque.
Moi aussi j'ai adoré l'Origine de la violence a tel point que, comme toi c'est un des 3 livres que j'ai préférés cette année et je vais attendre septembre pour en parler car en août les blogs ont beaucoup moins de lecteurs et j'ai vraiment envie de communiquer mon enthousiasme au plus grand nombre de personnes possibles (même si à l'échelle de mon bloggounet chéri ça restera modeste de toute façon).
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireeuh non c pas ca....ce que je voulais dire....la shoah est un sujet qui doit faire justement horreur....on doit ressentir le malheur (faible mot) de ces personnes...et le rendre assimilable (comme semble avoir reussi cet auteur) diminue l'atrocite de cette periode....alors que penser des camps de concentration durant la guerre des balkans, en coree du nord, en birmanie et peut-etre a moindre mesure il est vrai guatanamo (histoire de notre generation)...ils sont normaux?...l'homme n'apprend jamais alors si on rend des passages historiques assimilables...il n'aura plus aucune raison de mettre sa conscience en valeur..et en te lisant cela me fait peur, cet auteur y a reussi...si la shoah, si les camps de concentration et leurs descriptions rendent mal a l'aise, tant mieux!.....parceque l'homme oublie, s'il n'y a pas de traumatisme....
Ecrit par : rachel | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireje ne sais si je dois etre soulagee...par le theme...mais soulagee par le facon alors de son approche de l'auteur..(so'y, je dois etre trop influencee par mon livre du moment...dune la genese de brian herbert et kevin anderson)
Ecrit par : rachel | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireTu vois, Lou, qu'il ne faut jamais dire jamais ! Trêve de plaisanterie, je pense que ce livre deviendra un incontournable dans la littérature sur la Shoah, comme Primo Levi ou Jorge Semprun, Aharon Appelfeld et quelques autres ... Ce n'est pas le sujet en soi qu'il faut éviter, c'est la façon dont celui-ci est abordé dans les livres. Si c'est un déballage d'horreurs, il n'y a aucun intérêt ou très peu. Si c'est une analyse de la situation qui aide à comprendre le comportement des uns et des autres, alors c'est beaucoup plus intéressant. Je pense qu'il sera encore et toujours nécessaire de parler autour de ce thème pour tenter d'approcher ce qui est incompréhensible pour qui ne l'a pas vécu. Cela ne fait que commencer !
Ecrit par : Nanne | 12/08/2009
Répondre à ce commentaireOups ! Je ne lis pas ton billet, car j'ai commencé ce livre hier ; c'est une lecture qui me plaît beaucoup, et je ne veux pas risquer d'être influencée par un quelconque avis pour l'instant ! Mais je reviendrai plus tard voir si ton ressenti ressemble au mien !
Ecrit par : Turquoise | 13/08/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai un peu les mêmes appréhensions que toi face à ce sujet ces temps-ci... Ca me touche beaucoup mais j'ai été parfois déçue par les trucs plus récents... si tu dis que c'est bien, why not!
Ecrit par : Karine :) | 14/08/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai moyennement apprécié ce livre que j'ai trouvé lourd dans la démonstration. A noter qu'il a reçu le Prix Orange 2009.
Ecrit par : Yv | 16/08/2009
Répondre à ce commentaireoh brian herbert a decide de reprendre en main le grand cycle de Dune ecrit par son pere avec son ami kevin anderson...ils sont commence tout deux par les annees avant le premier episode du pere....et a suivi dune la genese, ou tout commence, les maisons, la haine des harkonnens et des atreides, dune les fremens....et la fameuse guerre contre les machines....et on y voit la faiblesse des hommes....sur 3 tomes...la folie aussi!...;o)
Ecrit par : rachel | 31/08/2009
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Ecrit par : rachel | 11/08/2009
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