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30/05/2009
Autant en emporte...

Drôle de roman que ce Combat de l’amour et de la faim dont le titre un peu abstrait n’aurait pas attiré mon attention sans les recommandations et l’enthousiasme débordant d’Ameleia et de Léthée.
Raconté à la première personne, ce récit s’attache au parcours de Marie, héros dont on ne sait rien si ce n’est que sa tête est mise à prix. Vol ? Meurtre ? Viol ? Certes non, mais son crime n’est pas moins répréhensible en ce début de XXe siècle aux Etats-Unis, dans un Vieux Sud pour le moins traditionaliste. Recherché pour avoir souillé l’honneur d’une femme, Marie s’interroge. D’April, de May ou de June, qui a choisi de le dénoncer ?
Difficile de résumer ce livre aux thématiques variées. Ce qui m’a frappée d’emblée, c’est la remarquable maîtrise dans la construction du récit. Des nombreuses péripéties ressort un texte dépouillé, sobre qui, à défaut d’être tout à fait linéaire, va droit au but. Et que dire de ces protagonistes variés qui marquent à la lecture, charismatiques malgré une intervention en général assez courte au sein du roman ?
On ne peut que constater la formidable noirceur de ces personnages, dont on ne s’aperçoit peut-être pas immédiatement tant la poésie des premières scènes détourne l’attention. Enfant, frère et sœur, mère, amant ou maîtresse, employeur, comparse du moment : la trahison est omniprésente, sans doute guidée par un formidable instinct de survie, égoïsme imprévisible qui rattrape fatalement chacun au cours de cette histoire. Marie a d’ailleurs perdu ses illusions depuis longtemps ; abandonné par une mère trop heureuse de s’être mariée pour contrarier son pasteur d’époux, le narrateur a été chassé de leur nouvelle maison pour avoir violé sa demi-sœur. En réalité abusée par son propre frère, cette alliée des débuts s’est aussi détournée de lui.
Outre l’aspect psychologique très bien développé et la narration qui ne s’essouffle pas un instant, le cadre est particulièrement soigné. Dans ce monde dur, impitoyable, il est sans doute plus facile de comprendre les motivations du héros et de son entourage mais plus encore, l’environnement ajoute à l’histoire personnelle une dimension historique et socio-culturelle passionnante. Soyons clairs : le sujet principal de ce roman n’est pas le Vieux Sud. Pourtant, quelques années après la Sécession, cet endroit reste fascinant et, sans alourdir le récit, Stéphanie Hochet a su y glisser d’ habiles allusions au contexte dans lequel Marie évolue. On retrouve une région splendide, sauvage mais dure, peu transformée par la Guerre de Sécession, fondamentalement raciste, sexiste, noyée sous les dogmes religieux et des codes moraux souvent discutables.
Un livre subtil, amis lecteurs, à ne certainement pas bouder !
Le quartier de La Nouvelle-Orléans où j’ai grandi avec ma mère est le sanctuaire de mes plus belles années. C’était il y a longtemps, mais, si je ferme les yeux, les détails de notre existence m’apparaissent avec netteté. Les rais de lumière prennent la forme de gigantesques élytres, apparitions phosphènes, souvenirs des insectes partageant les lieux avec nous. (p15)
Plusieurs critiques sur le site du Prix Orange (mais avant tout, les analyses très pertinentes de Léthée et d’Ameleia citées en début d’article).
Un grand grand merci à Adrien et Laëtitia des éditions Hachette pour cet envoi un peu spécial.
182 p
Stéphanie Hochet, Combat de l’amour et de la faim, 2009
00:05 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : hochet, combat de l'amour et de la faim, vieux sud, nouvelle orléans, amérique, etats-unis, ségrégation, historique, roman psychologique
Commentaires
Je ne sais pas trop quoi penser par ce livre, certainement très bien. Mais je ne suis pas totalement convaincu. Et, si tu me le prête je pourrai faire ma propre opinion ;-)
Ecrit par : Alice | 30/05/2009
Répondre à ce commentaireJe suis très tentée pour ma part. Le vieux Sud est un endroit que je commence à apprécier, et cette lecture a l'air intense.
Ecrit par : Lilly | 30/05/2009
Répondre à ce commentaireoui didonc le titre n'attire pas du tout...mais cela a l'air fort comme livre...oh...
Ecrit par : rachel | 30/05/2009
Répondre à ce commentaireJe passe mon tour pour le moment. Cette famille ressemble fort à celle de Dallas. :D
Ecrit par : Leiloona | 31/05/2009
Répondre à ce commentaireJe ne dis pas non à ce titre, il peut être intéressant.
Ecrit par : Lilibook | 31/05/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai hâte de connaître le/la lauréat(e) du prix Orange
Ecrit par : Cécile de Quoide9 | 31/05/2009
Répondre à ce commentaireTrop sombre apparemment pour moi en ce moment! Je préfère continuer mes lectures de Barbara Pym! (tes choux et carottes!)
Ecrit par : Mango | 01/06/2009
Répondre à ce commentaireoh cela m'a juste fait penser a un "bon" livre de cartland...;o)
Ecrit par : rachel | 02/06/2009
Répondre à ce commentaireRien à voir: j'ai fait le test (pas le clear blue, l'autre!) et je suis Elinor Dashwood ;P
Ecrit par : choupynette | 02/06/2009
Répondre à ce commentaireJe serais passée à coté aussi, mais après avoir lu ton avis, je vais tout de même jeter un coup d'oeil à ce livre.
Ecrit par : liliba | 02/06/2009
Répondre à ce commentaireeuh je ne peux pas savoir...jamais lu...lol!
Ecrit par : rachel | 03/06/2009
Répondre à ce commentairePourquoi pas .. malgré la noirceur du sujet, çà a l'air d'être un livre profond et complexe, je le note.
Ecrit par : Aifelle | 03/06/2009
Répondre à ce commentaireIntrigant, en effet, et tu cites des blogueuses...
Bon, si je le vois!
Ecrit par : keisha | 03/06/2009
Répondre à ce commentaireCa semble un roman fort mais je ne suis pas certaine que ce ne soit pour moi... je vais y réfléchir, donc!
Ecrit par : Karine :) | 03/06/2009
Répondre à ce commentaireC'est un article formidable, Lou, Bravo. Vous avez vu toutes les facettes du roman notamment l'aspect psycho social que je n'avais pas vu du tout à l'origine. C'est effectivement impressionnant de constater que sur un roman court on puisse trouver une telle densité dans l'articulation de l'intrigue, du contexte et des thèmes. Je pense qu'il faut rester attentif à l'évolution de cette oeuvre qui se dévoile progressivement et s'accomplit dans la lenteur.
Pour la comprendre je ne saurais que trop conseiller "Apocalypse selon Embrun" sans doute le "fondateur" et surtout à mon avis, consciemment ou inconsciemment le plus sincère de S. Hochet.
Ecrit par : ameleia | 03/06/2009
Répondre à ce commentaireBravo pour ce bel article ! Oui, comme le dit Ameleia, lis Embrun ! Pour ma part, je pense me diriger maintenant vers le Néant de Léon. :)
Ecrit par : Léthée | 03/06/2009
Répondre à ce commentairehaha je suis mdr...ce n'est pas le but de ce genre de livre...;o)...
Ecrit par : rachel | 04/06/2009
Répondre à ce commentaireC'est le genre de roman que je trouve fascinant. L'imbrication de différents thèmes, l'étude social,... Dur certes, mais je note!
Ecrit par : chiffonnette | 07/06/2009
Répondre à ce commentairechapeau bas une fois encore pour le nombre sidérant de commentateurs que vous attirez !
amitiés.
Ecrit par : ameleia@sfr.fr | 15/06/2009
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Ecrit par : Edelwe | 30/05/2009
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