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17/01/2009
Pâtés de sable
Comment rater un bon gâteau ? C’est la question que je me pose à la lecture du roman de Kirsty Gunn Le garçon et la mer. Prenons donc la recette : les ingrédients rappellent Pluie, premier roman de toute beauté. L’adolescence et ses blessures, le rapport à l’eau, la multitude d’impressions et un crescendo dramatique que l’on pressent dès les premières pages. Est-ce la sauce qui n’était pas assez liée ? Le glaçage qui gâtait une pâtisserie jusque-là prometteuse ? Toujours est-il que je n’avais aucune envie de faire un billet mitigé sur Kirsty Gunn, d’autant plus que je n’ai lu que des critiques positives sur Le garçon et la mer et que je me demande pourquoi je suis la seule à être sceptique.
Ici il est question de Ward, que nous suivons au cours d’une journée déterminante pour lui. Il aime le surf, ne se sent pas à l’aise avec les jeunes de son âge, recherche la solitude et accepte avec difficulté de suivre l’exemple de son meilleur ami, qui vit pleinement son adolescence. Plus encore, le garçon est obsédé par le père adulé de tous qui lui a appris à surfer et semble l’ignorer royalement. S’il ne supporte pas de marcher dans l’ombre de son père, Ward est aussi gêné par les démonstrations de tendresse de sa mère et la complicité entre ses parents qui l’exclut de son foyer. Le rapport à la mère s’efface avec l’entrée en scène de la mer, presque incestueuse. Ou peut-être que la relation malsaine ne se limite pas au simple contact de l’eau ? L’ambiguïté n’est jamais vraiment levée.
« Allez viens »…
Et voilà son fils maintenant, là-bas au large, dans ses rêves il dérive au loin…
Un peu plus profond, dit la mer.
Il fait frais ici, il fait bon…
« Mais je ne veux pas ! »
Et la mer, elle commence à voir des trucs, souviens-toi…
L’un chancelant sur sa planche, l’autre debout et sûr de lui… « Allez viens maintenant ! Ne fais pas le bébé ! »
La femme sursaute dans son sommeil : « Je vous aime tous les deux ! »
Parce qu’un garçon, deux garçons…
Père ou fils…
Pour la mer ils reviennent au même.
Ils sont à moi…
Elle ouvre la bouche et tous les garçons s’y engouffrent en glissant.
Cet extrait me plait beaucoup mais pour être franche, je n’ai pas du tout retrouvé la poésie de Pluie. Les descriptions sont moins abouties, le style haché intéressant mais finalement moyennement agréable. On pense à La Baie de Katherine Mansfield (mais le charme n’est pas le même), avec ses familles se retrouvant à la plage, ses bains de soleil, ses souffrances et l’évocation d’une mer sublime. Un garçon torturé découvre les affres de l’adolescence, avec une histoire personnelle particulièrement douloureuse. Difficile de rester insensible, malgré tout je n’ai pas apprécié l’écriture cette fois-ci et, après avoir relu des extraits de Pluie, je continue de penser que Le garçon et la mer est malheureusement nettement moins réussi que cet autre roman de Kirsty Gunn. Je renouvellerai l’expérience malgré tout, sans doute en anglais pour éviter le biais de la traduction.
Beaucoup d’avis positifs, tous séduits par l’exercice de style de Kirsty Gunn : Louisa, qui parle d’un « texte oedipien » et d’un « récit court, haché, brutal » ; la Matricule des Anges ; Clarabel, qui évoque avec raison l’atmosphère accablante ; André Clavel pour Le Temps ; Julie Coutu pour Chronicart, rappelant la « longue litanie d’émotions, de silences intériorisés » ; Beaucoup de bruit pour rien ; Citrouille, librairies sorcières.
Mon billet sur Pluie.

166 p
Kirsty Gunn, Le garçon et la mer, 2006

12:14 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : kirsty gunn, garçon et la mer, nouvelle-zélande, roman anglo-saxon, littérature, surf, adolescence
Commentaires
J'aime tellement ce blog que je le mets ilico dans mes liens
hop!
Passe me voir à l'occasion
http://masmouse.blogspot.com
tu serasbien reçue
Écrit par : GM | 17/01/2009
Répondre à ce commentaireJe ne connais pas ce livre, je vais attendre ton billet pour en savoir plus ..
Écrit par : Aifelle | 17/01/2009
Répondre à ce commentaireJe connais l'auteur de nom uniquement. J'attends donc ton billet . :)))
Écrit par : fashion | 18/01/2009
Répondre à ce commentaireHier j'ai emprunté à la médiathèque "Pluie" du même auteur...
Écrit par : Anne | 18/01/2009
Répondre à ce commentaireJe ne le connais pas, mais il est dans ma LAL, j'attends donc de connaître tes impressions !
Écrit par : Florinette | 18/01/2009
Répondre à ce commentaireOh non, je ne l'ai pas lu... tu as vu la taille de ma pal ??? Je ne connaissais meme pas cet auteur lol. Bon. Vive le flux RSS.
Ca sonne un peu URSS non ?
Juste pour te dire que j'ai enfin créé le mouvement de nos rêves à toutes : le CDVL.
C'est visible ici : http://lcdvl.unblog.fr
A bientôt !!!!
Écrit par : Léthée | 18/01/2009
Répondre à ce commentaireJ'ai bien noté que pour découvrir cette auteure, il est préférable de commencer par Pluie !
Écrit par : Florinette | 19/01/2009
Répondre à ce commentaireJ'avais commandé Pluie via PriceMinister mais il n'est jamais arrivé... Ton billet me rappelle qu'il faut ab-so-lu-ment que je le recommande... et en VO ;)
Écrit par : In Cold Blog | 20/01/2009
Répondre à ce commentaireJ'avais noté "Pluie"... je verrai pour celui-là après, vu qu'il t'a moins plu! (Je relis ma phrase et ça fait bizarre, mais bon, ce n'est pas un mauvais jeu de mot, promis!)
Écrit par : Karine :) | 24/01/2009
Répondre à ce commentaire










































Sinon, désolée, j'ai bien reçu ton paquet. Comme le mien est parti hier et que je te remercie (le livret sur Victoria est une idée géniale !!) de ton paquet dedans, j'ai complètement zappé que le message ne serait pas immédiat...
Toutes mes excuses :o)))
Sinon, je n'ai pas résisté, je viens de lire le Rosamund Haden cet aprèm. C'est vrai que c'est une jolie histoire !
Écrit par : Lilly | 17/01/2009
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