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25/03/2007
The white side of the moon


Vous qui connaissez mes lectures, vous ne vous étonnerez sans doute pas de ces prémisses à n’en plus finir. Car vous savez que j’éprouve une certaine aversion pour la littérature française actuelle, après quelques malheureuses expériences et des émissions télévisées affligeantes.
Peu importe. Il est temps de faire la place aux excellents. De balayer d’un coup de serpillière rageur le musée des horreurs ! Et d’accorder à nouveau (presque) toute mon indulgence – ou du moins, le bénéfice du doute – aux auteurs français que je ne connais que de nom.
Autant le dire tout de suite : Alice Ferney nous rappelle l’écriture calme et franche de nos classiques ; elle s’en affranchit pourtant avec une incroyable féminité et une écriture détachée, se posant en simple observatrice. Avec simplicité, elle évoque les émotions de toute une vie, de plusieurs vies. Avec brio, elle place la femme au cœur de tragédies familiales. Alice Ferney ne décrit pas. Elle donne à voir le monde de ses héroïnes, nous fait partager leur vie, la simplicité des instants vécus, la beauté du quotidien, l’abnégation face à l’adversité.
Sur plusieurs générations, nous suivons le rapide écoulement de la vie d’une famille. La maternité, le deuil, le renoncement : tels sont les maîtres mots de l’histoire, ceux qui vont peu à peu forger chaque héroïne. Ployant sous le chagrin, Valentine, Mathilde ou Gabrielle s’effacent sans cesse au profit des autres. Taisant leur douleur, elles continuent d’avancer jusqu’au dernier instant, puisant dans leur rôle d’épouse et de mère la force nécessaire à leur survie.
Si le destin de Valentine au début du XXe m’a bouleversée, j’ai particulièrement apprécié l’égale importance accordée à chaque personnage et me suis attachée à chacun d’eux. Sans voyeurisme, Alice Ferney évoque avec grâce et sobriété le malheur qu’entraîne la perte d’un être aimé. Et nous renvoie à notre propre image. Car l’histoire, loin d’être finie, recommence encore et encore. Comme celle de l’arrière petite fille de Valentine qui, dans les dernières pages du roman, est à un tournant décisif de sa vie. Une jeune fille de mon âge, également étudiante. Car toutes les femmes peuvent se retrouver dans ce roman où toutes les générations sont représentées.
Hommage à la femme ? A la famille ? A nos vies, si complexes et pourtant prises au sein d’un cycle en mouvement permanent ? Peut-être est-ce là un hommage à tout cela.
Pour moi, mon premier Alice Ferney. Certainement pas le dernier.
126 p
17:20 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
Commentaires
Je connaissais Alice Ferney par la Conversation amoureuse, qui avait enchanté un après midi pluvieux (un parmi tant d'autres à Nancy) et tu me donnes envie d'en lire plus... Je t'envie d'avoir été à Paris pour le salon du livre...
Ecrit par : Lise | 25/03/2007
Répondre à ce commentaireTon commentaire est vraiment super et il donne envie !
Ecrit par : anjelica | 25/03/2007
Répondre à ce commentaireJ'avais déjà repéré ce livre, ton commentaire ne fait que confirmer qu'il FAUT que je le lise!
Ecrit par : Lisa | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireJe suis tout à fait d'accord avec toi quand tu dis avoir des a priori avec la littérature française contemporaine. je suis pareille. J'ai l'impression qu'après Camus, il n'y a plus rien eu de vraiment intéressant. Et puis bizarrement, peut-être parce que la France représente Le pays des Belles Lettres, je trouve que les écrivains français intellectualisent trop leur façon d'écrire et qu'ils se prennent trop au sérieux.
J'adore aussi les éditions Acte sud, comme toi, ainsi que Denoël Thierry Magnier et le Seuil.
Alice Ferney aime bien explorer le deuil ainsi que la figure maternelle qui semble toujours être détentrice de secrets, du moins, c'est ce que j'ai trouvé dans son livre "Les autres" et c'est ce qui se dégage aussi de ta critique. Juste une question qui n'a rien à voir avec ce que je viens de dire : Lou, tu es anglaise ?
Ecrit par : musky | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireC'est un vrai bon souvnir de lecture....comme toujours avec Ferney.
"Dans la guerre" est sublime, "grâce et dénuement" aussi, "La conversation amoureuse" également....bref tu as de quoi te régaler :-)
Ecrit par : katell Bouali | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireParce qu'elle est française ? Et qu'elle écrit comme les écrivains dignes de ce nom ? Moi qui suis de plus en plus sceptique quand j'ouvre un roman français, et qui croyais les écrivains de notre "beau" pays incapables de produire des romans faisant plus que passer un agréable moment, je vais me jeter dessus. Merci Lou !
Ecrit par : Lilly | 26/03/2007
Répondre à ce commentairej'ai lu des critiques contrastées sur son dernier livre, mais à lire ta critique, celui n'est à pas manquer!
Ecrit par : choupynette | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireMince si toi aussi tu t'y mets...comment je vais résister moi???? :o))))
Ecrit par : lamousmé | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireLol "vous comprenez, nous n'avons pas les mêmes valeurs...". C'est exactement ça !! Trop drôle !! ;))
J'aime Phébus aussi parce qu'ils ont édité les romans de Wilkie Collins !!
Ecrit par : musky | 26/03/2007
Répondre à ce commentaireJe dis "oui !" à la littérature française contemporaine ! ;o)
Ecrit par : Caro[line] | 27/03/2007
Répondre à ce commentaireJe n'ai pas encore lu "L'élégance des veuves" mais je vais très bientôt m'y atteler. Merci de ton passage sur mon blog.
Ecrit par : clochette | 01/07/2007
Répondre à ce commentaireTu écris vraiment bien, quel beau billet !
C'était mon premier Ferney, et depuis, je tâche de les lire tous... j'ai acheté d'ailleurs le dernier, mais je me le garde pour cet été. Comme toi, j'adore cet auteur, son style, les relations qu'elle narre entre femmes, générations... De la belle écriture comme on en trouve peu...
Ecrit par : liliba | 24/06/2008
Répondre à ce commentaire@ Liliba : merci pour ton gentil commentaire... ça me fait plaisir de trouver une autre personne admirant aussi le style d'Alice Ferney, que je compte bien relire prochainement ! J'irai lire aussi tes critiques :o)
Ecrit par : Lou | 25/06/2008
Répondre à ce commentaireJe viens de le terminer et j'ai adoré. Quel style, quelle sensibilité, quelle vérité !
Merci pour votre billet avec lequel je suis tout-à-fait d'accord... Je parlerai de ce livre prochainement (très brièvement) sur mon blog.
Ecrit par : Boîte à ouvrage | 14/06/2009
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Ecrit par : nicolas | 25/03/2007
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