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25/06/2016

Nell Leyshon, Bedlam

leyshon_bedlam.jpgIl y a quelques mois j'ai découvert La Couleur du Lait de Nell Leyshon, roman très original mettant en scène une jeune paysanne soumise à la volonté d'un pasteur hypocrite. Voulant lire d'autres titres de cet écrivain, je suis tombée sur Bedlam lors de mes recherches. Il y est question du tristement célèbre asile de Bedlam au XVIIIe. Ayant un penchant marqué pour les romans historiques anglais et m'intéressant à ce sujet, j'ai donc jeté mon dévolu sur ce titre, qui s'est avéré être une pièce de théâtre présentée pour la première fois au public au Globe en 2010.

Parmi les principaux personnages de Bedlam figure le Dr Carew, médecin en chef de l'asile, qui incarne le "mad doctor" à l'ancienne et a succédé à son père. Il forme - si tant est qu'il ait grand-chose à apprendre - son fils Matthew, qui devra un jour le remplacer... même si ce sympathique jeune homme semble visiblement empoté, pour ne pas dire franchement lent. 

Leur façon d'exercer leur métier va être remis en question par l'arrivée d'un nouvel administrateur, le Dr Maynard, qui porte un réel intérêt aux patients.

Cette pièce résume de manière très efficace ce qu'était alors Bedlam ainsi que la façon de traiter la folie. Les médecins se déclarent volontiers impuissants à guérir réellement les patients (ils ne s'en préoccupent pas non plus), le personnel évoquant davantage des geôliers qu'une quelconque équipe médicale.

Ainsi, le docteur Carew déclare : "We have moved on from feeding patients roasted mouse, and subjecting them to exorcism, but their state remains a mystery" (p26) ou encore My task is not to analyze insanity, but to protect the world from him and him from his own self (p45). Et lorsque son épouse Annabelle lui demande s'il rend visite aux patients pour de se distraire, le docteur rétorque : "Why else would I see them ? I can't take their madness away" (p107).

Les traitements sont sommaires : saignées, bains froids, laxatifs... Et les admissions et sorties acceptées pour des motifs parfois douteux. Citons surtout Stella, internée par son époux pour avoir eu un enfant de son amant. Le docteur Carew juge inutile de donner la parole aux patients, considérant qu'il serait parfaitement ridicule d'écouter les dires d'un fou... bien que l'on puisse se demander qui, du médecin ou du patient, est le moins cohérent dans ses raisonnements. Enfin, chaque semaine, l'asile est ouvert au public et les patients exhibés en échange de quelques pièces. A aucun moment le docteur Carew ne semble considérer qu'au-delà de l'aspect financier, cette expérience peut s'avérer traumatisante et humiliante et, à ce titre, néfaste pour les patients.

D'autres sujets sont traités dans la pièce, qui donne à voir une société plutôt "dépravée" : le gin coule à flot et les relations sexuelles ont toujours une connotation négative (harcèlement sexuels, relations hors mariage se traduisant pour l'une par la déchéance sociale, pour l'autre par une maladie vénérienne). La place de la femme dans la société est également dénoncée, à travers notamment l'internement abusif cautionné par le médecin : The woman is clearly mad. If she can speak that clearly and argue that reasonably then she has no business being on the outside world. Imagine the damage she would wrought (p87)... ou encore le mépris qu'il affiche en public à l'égard de sa femme : "My wife, sir, is a bore" (p27).

A travers cette pièce, Nell Leyshon réussit à faire revivre Bedlam en s'appuyant sur des personnages hauts en couleur, qui aident à planter clairement le contexte historique. Malgré le burlesque et la bouffonnerie qui caractérisent certaines scènes, voilà une pièce qui ne manque pas de profondeur et qui constitue une entrée en matière intéressante pour qui s'intéresserait à ce sujet.

Sur le traitement de la folie en Angleterre et les pratiques douteuses des siècles précédents, voici également deux romans qui m'ont beaucoup plu : The Painted Bridge de Wendy Wallace ; La Chambre des Âmes de Frank Tallis. Enfin, le sympathique roman jeunesse Twelve minutes to Midnight de Christopher Edge se déroule en partie à Bedlam.

Lu dans le cadre de la lecture commune autour du Théâtre anglais.

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128 p

Nell Leyshon, Bedlam, 2010

07/11/2015

La Dame blanche (théâtre)

theatre_DAME-BLANCHE.jpgCe sera mon dernier billet du challenge Halloween, qui se termine officiellement demain, même si la semaine prochaine je prévois encore un dernier article sur ce thème. Mais je ne pouvais pas résister à l'envie de partager avec vous un coup de coeur pour La Dame Blanche, une pièce qui se joue en ce moment à Paris au théâtre du Palais-Royal.

Malo a une liaison avec Alice et décide de quitter sa femme Céline. Mais lorsqu'il apprend que celle-ci est enceinte, c'est avec Alice qu'il rompt. A la suite de leur dispute dans une forêt (où Alice a acheté une maison abandonnée), Malo renverse accidentellement Alice avec sa voiture et la tue. C'est le début du cauchemar puisque la jeune femme se met à le hanter.

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[Spoilers dans ce paragraphe - à déconseiller à ceux qui auraient envie de voir la pièce : mieux vaut garder la surprise] Première impression à la fois amusante et un brin effrayante en prenant l'escalier pour regagner nos places. Les ouvreurs portent des robes de bure et nous indiquent le chemin d'une voie lugubre, en nous souhaitant bienvenue en enfer (ce à quoi nous avons demandé innocemment "c'est par ici ?" car nous hésitions sur l'emplacement exact de nos sièges). Puis on croise des créatures horribles au masque gris, sans visage, qui tournent autour des nouveaux arrivants en grognant, en les approchant de très près et en les faisant sursauter. On entend des cris alors qu'on est encore dans les couloirs. Une fois installés (en ce qui nous concerne, sur un balcon avec vue plongeante sur le carré d'or où les spectateurs sont particulièrement sollicités), on commence à observer les lieux et à remarquer que les monstres envahissent également la salle, y compris les balcons. Bref, on sent qu'on aura quelques surprises pendant la pièce ! Une voie d'outre-tombe demande d'éteindre les portables en promettant les pires châtiments à celui qui oublierait. Avant de nous souhaiter de passer une très bonne soirée, car ce sera la dernière...

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La pièce elle-même repose sur une intrigue haletante qui requiert l'attention du spectateur à chaque instant. Les scènes alternent enquête, humour et manifestations paranormales. Les effets spéciaux sont très réussis. Lorsque la pièce commence, une forme blanche traverse la pièce à toute allure en formant une sorte d'éclair et en passant sous le nez des spectateurs. Puis on a droit à la chaise qui tombe toute seule, au coup de vent suspect, à la peluche qui chante sans pile, aux tiroirs qui s'ouvrent spontanément... La pièce est portée par des jeux de lumière et de son qui donnent de l'intensité aux scènes et contribuent à rythmer l'histoire. Les acteurs sont excellents et ne ménagent pas leur peine, avec des rôles qui demandent beaucoup de présence sur scène, dans des registres très différents. La façon dont s'articule la pièce rappelle un peu les logiques habituelles au cinéma. Au final, on tremble, on rit, on entend des spectateurs qui crient puis éclatent de rire. Régulièrement, les acteurs interviennent au milieu des spectateurs et les font un peu participer.

Une pièce au final pleine de surprises ! Je la recommande chaudement à tous ceux qui peuvent la voir de tenter l'expérience !

Quelques photos sur le site du théâtre et ici un article de présentation (avec photos également). N'hésitez pas à regarder les vidéos pour vous donner une idée de ce qui vous attend !

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Avec
Arthur JUGNOT, Malo
Anaïs DELVA, Alice et Nina
Emma BRAZEILLES, Chloé et Rosalie
Michèle GARCIA, La Vieille
Réjane LEFOUL, Céline
Sébastien PIERRE, Alex
Benoît TACHOIRES, Victor
et Charline ABANADES, Vincent CORDIER, Jean-Baptiste DAROSEY

Mise en scène : Sébastien AZZOPARDI
Décors : Juliette AZZOPARDI
Costumes : Pauline YAOUA-ZURINI
Lumières : Philippe LACOMBE
Magie : KAMYLEON
Vidéo : Mathias DELFAU
Sculpture : Jean GODEMENT
Masques : Marion EVEN

La Dame Blanche, 2015 (Pièce écrite par Sébastien AZZOPARDI et Sacha DANINO)

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26/11/2012

L'importance d'être Wilde (Théâtre)

theatre_importance d'etre wilde.jpgAuteur: Philippe Honoré d’après l’œuvre et la vie d’Oscar Wilde
Mise en scène: Philippe Person
Avec: Anne Priol, Emmanuel Barrouyer, Pascal Thoreau

J'avais raté l'an dernier cette pièce sur Wilde qui me tentait évidemment (dès qu'il s'agit de ce cher Oscar...). Alors vous imaginez bien quel a été mon enthousiasme lorsque j'ai récemment vu qu'il y avait des prolongations !

Dans une petite salle fort confortable et pleine de charme du théâtre du Lucernaire, où les acteurs sussurrent des aphorismes à l'oreille des spectateurs lorsque ceux-ci s'installent, nous avons assisté à une pièce un brin provocante, pleine d'humour et d'émotion.

A travers des aphorismes, des extraits de pièces, du Portrait of Dorian Gray et de lettres, la pièce fait revivre un Wilde flamboyant, brillant, provocant, qui finit par devenir l'ombre de lui-même, entre le procès qui l'envoya en prison, la pauvreté, la perte d'inspiration et une fin de vie triste et sordide à Paris.

Une pièce intelligente servie par d'excellents interprètes (à noter notamment la prestation d'Anne Priol jouant un extrait de Salomé). Philippe Honoré et Philippe Person ont pris le parti de proposer une oeuvre décalée, moderne, qui utilise habilement les écrits de Wilde sans ancrer la pièce dans le XIXe victorien – l'exemple le plus frappant étant les choix musicaux, dont Tom Jones ou un des titres de David Bowie que j'adore). Et le tout se marie parfaitement.

Oscarblue2.jpgLa fin de la pièce m'a particulièrement touchée (mort d'Oscar Wilde) et c'est ce qui en fait un coup de coeur pour moi, car c'est la première fois que je suis aussi émue en voyant une pièce de théâtre. Le fait d'utiliser l'enregistrement d'une des (rares) personnes ayant assisté à l'enterrement de Wilde n'y est pas pour rien. A noter que son « ami » Gide était aux abonnés absents.

Une pièce qui m'a donné envie de reprendre mes lectures de Wilde et de poursuivre à mon rythme le Challenge Oscar Wilde que j'avais lancé il y a un petit moment mais mis de côté. N'hésitez pas à vous joindre à moi si vous souhaitez participer et échanger sur l'oeuvre de cet esthète à la personnalité pour le moins remarquable.

importance-detre-wilde-615_jean-claude-grouard.jpgUne pièce savourée avec ma chère Titine, dont le billet vous attend également aujourd'hui.

Un article intéressant du Nouvel Observateur sur Wilde, une analyse d'un texte consacré aux funérailles de Wilde, un article sur la relation Wilde-Proust (à noter que je n'ai pas voulu faire de lien vers un site relatant la mort d'Oscar Wilde avec moult détails glauques et renvoyant à une photo post-mortem).

Sur ce blog, de Wilde...

Le Crime de Lord Arthur Savile

Teleny

The Importance of being earnest

The Picture of Dorian Gray

...  et autour de Wilde (adaptations) : 

An Ideal Husband (1999)

The importance of being earnest (2002)

 

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L'Importance d'Etre Wilde, 2012

 

wilde.jpgChallenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray Lou

Teleny : LouSybilleThe Bursar,

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine


 

25/04/2012

Cher journal...

david lodge, pensees secretes, samuel labarthe, isabelle carré, théâtre david lodge, théâtre pensées secrètesJe connais peu pour ne pas dire pas David Lodge car j'ai commencé deux de ses livres pour remettre à plus tard ma lecture, assez curieusement d'ailleurs compte tenu de mon enthousiasme lorsqu'il s'agit de littérature anglaise. Alors me rendre au Théâtre de la Gaité pour voir Pensées secrètes, c'était l'occasion de passer un bon moment entre amies, et peut-être de m'ouvrir enfin à l'univers de Lodge.

Comme son titre l'indique, la pièce va nous livrer les pensées secrètes de deux personnages : Messenger, directeur d'un centre de recherche en sciences cognitives et Helen Reed, romancière et nouvelle enseignante à l'Université.

Messenger se livre à une nouvelle expérience et enregistre ses pensées à l'aide d'un dictaphone. L'exercice, un peu artificiel, n'est pas pleinement satisfaisant ; il faut dire que les pensées du scientifique reviennent régulièrement vers Alison, maîtresse aux orgasmes bruyants (dont un enregistré sur dictaphone), morte depuis – ce qui n'empêche pas Messenger de revenir avec nostalgie et délices vers le souvenir de leurs ébats et de ses formes très agréables.

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Helen est en panne d'écriture depuis la mort brutale de son mari à la suite d'une rupture d'anévrisme. Elle écrit son journal et ainsi partage avec nous ses premiers jours à l'Université, où elle ne connaît encore personne.

david lodge,pensees secretes,samuel labarthe,isabelle carré,théâtre david lodge,théâtre pensées secrètesMessenger ne tarde pas à la remarquer et la courtise avec assiduité, en dépit de l'amitié d'Helen avec sa femme. Leur histoire sera riche en rebondissements, successivement platonique, sexuelle, amoureuse, interrompue. Il faut dire que tout oppose ces deux personnages : Helen, fidèle à son mari décédé, Helen la littéraire, admiratrice d'Henry James, pour qui les émotions et la description des pensées et sentiments font partie du quotidien ; Messenger, cynique, matérialiste, volage, séducteur, imbu de sa personne et toujours prêt à rationnaliser, rêvant de savoir ce qui se passe réellement – et non fictivement – dans la tête des gens.

Une relation compliquée, par journaux interposés, mais aussi à travers des rencontres, des appels et, alors que la relation devient plus régulière, des scènes de ménage. Une pièce servie par le jeu d'Isabelle Carré et Samuel Labarthe, tous deux très convaincants, parfois drôles, souvent touchants.

Une pièce vue avec Titine et Isil... mais c'est aussi Alice qui parle de Pensées Secrètes (le roman) en ce moment.

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En ce moment au Théâtre de la Gaité à Montparnasse

26/11/2011

You're the first your're the last

theatre_songe nuit ete.jpgLa semaine a été shakespearienne, et si j'attends le mois anglais pour partager avec vous mes impressions à la lecture du Songe d'une Nuit d'Eté, je ne résiste pas au plaisir de vous faire revivre ma soirée d'hier au Théâtre de la Porte Saint Martin.

Les Parisiens n'auront pas pu manquer les affiches très 70's mettant en avant Lorant Deutsch et Mélanie Doutey... bien que la troupe compte une quinzaine d'acteurs aux rôles dans l'ensemble assez bien répartis et qu'après avoir vu la pièce on aimerait dire à tout le monde d'aller voir Obéron, Bottom en Pyrame ou la belle et nunuche Héléna.

J'avais hâte de voir la pièce après l'avoir lue : comment rendre les influences nombreuses ? les rencontres dans la forêt ? les fées et les mythiques Athéniens ?

La pièce originale de Shakespeare repose sur un mélange des genres. Assez courte, elle déborde de longues tirades mais avant tout, c'est une sorte de melting-pot d'éléments disparates qui s'assemblent parfois curieusement et montrent à quel point ce cher William avait l'imagination fertile (ou dit autrement, comme une amie à la sortie du théâtre "mais il avait vraiment fumé quand il a écrit la pièce").

La mise en scène de Nicolas Briançon est assez originale et ne manque pas d'humour. Costumes moulants à la James Bond Girls ou Chapeau melon et bottes de cuir, styles à la Drôles de Dame, crinières domptées à coup de laque et de brushing fulgurant, lunettes noires, fauteuil en forme d'oeuf, musiques de type Barry White, danses félines (shagadelic !)... si vous ne saviez pas où vous mettiez les pieds, le ton est rapidement donné !

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Petit bémol : avec ce style, aucune transition vestimentaire compréhensible n'est faite entre Athéniens et royaume des fées (je m'attendais à des tenues dorées par exemple pour les fées, que nenni ! Tout simplement du cuir noir). Mais l'autre critique que je pourrais peut-être faire à la pièce est la succession de répliques déclamées à toute vitesse par certains acteurs et qui rendent quelques passages un peu nébuleux pour ceux qui ne connaîtraient pas la pièce. J'avais remarqué quelques tirades un peu difficiles à comprendre sans que cela ne me dérange vraiment mais ce sont les remarques de personnes avec qui j'ai vu la pièce qui m'y ont fait penser : passages ou rôles non compris, double rôle pour Mélanie Doutey et Nicolas Briançon, qui fait quoi, pourquoi il dit ça, bref, la pièce est restée pour le moins opaque pour certains d'entre eux (dont un qui a piqué du nez et visiblement manqué quelques scènes, mais bon là, il s'agissait d'un cas extrême).

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En ce qui me concerne, cette mise en scène est vraiment réjouissante, les bons points surpassant largement en nombre les petits bémols. Un excellent casting, dont notamment Yves Pignot, qui incarne un Bottom à hurler de rire lorsqu'il joue les acteurs et notamment, les amoureux malheureux (son décès sur scène est notamment un moment d'anthologie, puisqu'il répète 36 fois qu'il meurt en tombant petit à petit mais en ne décédant jamais tout à fait). Autre coup de coeur pour ma part, Héléna. Autant l'autre jeune fille, Hermia, reste charmante mais un peu fade, comme dans la pièce, autant Héléna joue les nunuches et fait de son rôle tragique quelque chose extrêmement comique.

Il ne me reste plus qu'à regarder si un DVD doit sortir, car j'ai déjà follement envie de la revoir ! (PS : Marine, ton avis sur la pièce?)

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Le Songe d'une Nuit d'Eté, Adaptation de Nicolas Briançon (2011).

challenge shakespeare.jpglogo mois anglais6.jpg Publié (un peu en avance !) dans le cadre du mois anglais organisé ici mais aussi chez Cryssilda et Titine...

... et enfin un premier billet pour le divin challenge des très shakespeariennes Maggie et Claudia

17/01/2010

You've gotta pick a pocket or two !

Les 21 et 22 novembre derniers, j'étais parmi la bande joyeux lurons partie hanter Londres en groupe, histoire d'augmenter radicalement la population de batraciens dans le secteur, de dépenser beaucoup, de s'émerveiller toutes les deux secondes et aussi d'entrer là :

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Pour voir ça :

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Quelques semaines avant, notre équipe de bras cassés (à savoir les Victorian Frogs, un club de lecture où l'on parle de tout SAUF de lecture) avait décidé de lire Oliver Twist pour l'occasion. Résultat des courses : deux personnes seulement l'avaient fini à temps (dont une dans une version pour enfants de 125 pages, court mais efficace !), les autres ayant soit commencé (comme moi, avec trois ou quatre chapitres à mon actif, admirez mon efficacité redoutable), soit renoncé (à leur décharge, elles avaient déjà lu le roman avant dans une version non tronquée, je le souligne car moi aussi j'ai lu au collège Oliver Twist et en anglais s'il vous plaît, dans une superbe édition illustrée d'environ 90 p et interligne 1,5).

Bref, peu importe, nous voilà donc le 21 novembre au soir à Covent Garden, au poulailler, avec une vue magnifique sur la scène et des genoux broyés (sans parler de mes Cadburry éclairs doués d'une volonté propre et bien décidés à s'échouer lamentablement sur la tête de ma voisine de devant). Etaient présentes Cryssilda, royale organisatrice, Emma, Fashion, Isil, Stéphanie et Vounelles.

Que vous dire de cette comédie musicale ? "wahou" relève franchement de l'euphémisme. Typiques du genre, les chansons se laissent facilement fredonner sans chambouler du tout au tout l'histoire de la musique. L'histoire, on la connaît. Oliver, orphelin généreusement élevé par la paroisse, a un jour le culot de demander une deuxième ration de gruau (on aura tout vu). S'ensuit tout un processus pour mettre ledit morveux en apprentissage chez un croque-mort, histoire de lui donner une petite idée des dures réalités de la vie et de lui faire regretter sa précédente pension.

The bowls never wanted washing. The boys polished them with their spoons till they shone again; and when they had performed this operation (which never took very long, the spoons being nearly as large as the bowls), they would sit staring at the copper, with such eager eyes, as if they could have devoured the very bricks of which it was composed; employing themselves, meanwhile, in sucking their fingers most assiduously, with the view of catching up any stray splashes of gruel that might have been cast thereon. Boys have generally excellent appetites. Oliver Twist and his companions suffered the tortures of slow starvation for three months: at last they got so voracious and wild with hunger, that one boy, who was tall for his age, and hadn't been used to that sort of thing (for his father had kept a small cook-shop), hinted darkly to his companions, that unless he had another basin of gruel per diem, he was afraid he might some night happen to eat the boy who slept next him, who happened to be a weakly youth of tender age. He had a wild, hungry eye; and they implicitly believed him. A council was held; lots were cast who should walk up to the master after supper that evening, and ask for more; and it fell to Oliver Twist. Extrait de la David Perdue's Dickens page.

De cette histoire si connue, cette comédie musicale parvient à tirer le meilleur parti possible avec deux atouts de poids : des comédiens impressionnants, à commencer par l'interprète de Fagin (qui a remplacé Rowan Atkinson) et plus encore, les décors et les costumes à couper le souffle. Dès l'introduction (la fameuse scène du réfectoire), sur une scène immense qui s'étend très loin en profondeur, on voit arriver une ribambelle de gamins en habits rapiécés (c'est là qu'on commence à soupçonner le très léger fossé entre les comédies musicales anglo-saxonnes et françaises !). Et là, tout s'enchaîne : les danses dans les rues de Londres avec une quantité phénoménale de figurants, le défilé des costumes et les changements de décors qui s'empilent, s'emboîtent, montent, descendent et coulissent dans tous les sens, faisant apparaître en quelques secondes boutiques, logements et rues entières. Le tout avec une telle précision que l'on se croirait vraiment au XIXe à Londres, ce qui évidemment m'a fait ouvrir grand les yeux pendant toute la durée du spectacle (que je n'ai pas vu passer malgré sa longueur qui m'inquiétait un peu a priori). Un grand moment de bonheur ! Voici le site du musical.

Et puis, si vous avez un doute, si vous êtes du genre soupçonneux, voici la preuve en images de mon voyage à Londres :

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Des bottes pour affronter la pluie, du kitsch parce qu'on est en Angleterre (j'ai failli craquer pour des Docs mais le prix n'était pas le même...).
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Un Union Jack, parce qu'ils sont partout là-bas, et pour montrer qu'on n'est pas en Ecosse admirez en prime le drapeau anglais et les ENGLISH bonbons. Et puis le lion, tant qu'à faire... royal !
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Une boutique rose, qui ne vend que des objets roses. J'ai évidemment pris la photo en pensant à Isil qui manquait ça.
Et puis je suis revenue avec quelques petites choses dans mes valises... (dont évidemment, un DVD avec Colin Firth et un autre sur Queen Victoria):

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En finissant par un gros plan sur Decline of the English Murder (un phénomène qui a apparemment préoccupé un auteur célèbre...), de l'Earl Grey Fortnum & Mason (j'adore cette maison) et deux très jolies éditions de Dickens et James. That's it!

28/09/2009

Apprivoisée, mais pas trop quand même !

shakespeare_megere 02.jpgHier a eu lieu une rencontre épique entre les LCA parisiennes, une rencontre dont le souvenir restera à jamais gravé dans nos mémoires notamment grâce à Emma qui ne pourra décidément pas se cacher.

La journée a commencé dans mon nouvel Éden (qui sera réinvesti régulièrement pour nos lectures victoriennes – être folles ou pas, voilà tout un art !), à savoir l'Auld Alliance, un pub écossais dans lequel nous nous sentons déjà chez nous. Etaient donc également présentes : Cryssilda, Emma, Isil, Lamousmé, Titine ainsi que Julie, nouvelle recrue très sympathique qui a parfois dû se demander ce qu'elle faisait là.

 

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shakespeare_megere 04.jpgNous en avons vraiment profité, et ce simple constat se passe de commentaires additionnels : nous sommes restées 4 heures dans le pub, pour un brunch traditionnel suivi de consommations un peu plus alcoolisées, en partie gentiment offertes par la maison (qu'on ne remerciera jamais assez pour son shot macadamia). A croire que Cryssilda souhaite nous convertir en nous conduisant dans ses lieux de perdition favoris, après un jeudi soir en partie passé à siroter une Guinness pour les 250 ans de la marque, dans un pub irlandais of course !

shakespeare_megere 03.jpgAnyway, l'objet de cette note est plutôt de vous dire tout le bien que j'ai pensé de l'excellentissime adaptation libre de La Mégère apprivoisée de Shakespeare par la troupe Los Figaros, dans une version intitulée La mégère à peu près apprivoisée. Nag était aussi parmi nous pour voir la pièce (d'ailleurs je l'ai rencontrée hier ainsi que Titine pour la première fois).

La pièce suit d'assez près la trame de la pièce originelle, que je lisais ce week-end (et dont il me reste encore quelques dizaines de pages à lire). La belle et douce Bianca est poursuivie par deux admirateurs mais son père Baptista refuse d'accorder sa main tant que son horrible sœur aînée ne sera pas elle aussi «casée». Car cette Katharina est une vraie mégère qui crie, râle, tempête, bouscule et cogne, à commencer par sa sœur qu'elle poursuit avec un fouet afin de savoir quel prétendant elle souhaiterait épouser. C'est là qu'entre en scène Petruchio, un coureur de dot qui tombe à point nommé et pourrait bien débarrasser prétendants et père d'une fille trop encombrante.

shakespeare_megere 01.jpgLa version énergique proposée par Los Figaros est absolument déjantée mais respecte l'esprit du texte d'origine, remis au goût du jour pour l'occasion et agrémenté de nombreuses improvisations qui ont fait notre bonheur. Pour n'en citer qu'une, je choisirais la plus inattendue, avec la chute intempestive d'un micro et l'arrivée sur scène d'un technicien pas loin de déclencher un fou rire parmi les comédiens, devant une salle hilare et depuis longtemps conquise. Avec peu de moyens, les acteurs offrent une comédie endiablée, rythmée par des chants et quelques chorégraphies bienvenues. L'autodérision, les échanges avec le public et l'évident plaisir que prennent les acteurs font de cette pièce un pur moment de bonheur, trop court mais terriblement jouissif.

Ajoutons : un acteur parti dans la salle pour se jeter au cou de spectateurs et atterrissant sur mes genoux et ceux de ma voisine; une Emma hurlant plusieurs fois « Romeooooo » à son acteur fétiche ; une Emma (toujours la même) dérobant les chaussures laissées par le Romeo en question à la place qu'il occupait près de nous en début de séance ; et une SuperIsil (nous avons retrouvé Wonderwoman, elle était cachée à Sèvres) rapportant lesdites chaussures aux acteurs devant une vingtaine de personnes, piteusement suivie par Lou et observée de loin par la terrible cleptomane. Et nous voilà avec une journée mouvementée digne de Bridget Jones et ma foi, parfois, ça fait du bien !

Merci à Cryssilda, super organisatrice qui nous a fourni les invitations. Merci à Los Figaros que je compte bien revoir et sans qui notre week-end n'aurait pas été le même. Et merci aux copines pour les excellents moments passés ensemble !

 

Vingtième Théâtre


7, rue des Plâtrières 75020 Paris
01 43 66 01 13

Métro 2 Ménilmontant, Métro 3 Gambetta, Métro 3bis Gambetta, Bus 26 , Bus 64 , Bus 69 , Bus 96

Programmation
Du 2 septembre 2009 au 3 janvier 2010.
Les mercredi, vendredi et samedi à 21h30.
Le jeudi à 18h et à 21h30.
Le dimanche à 17h30.

Entrées
réduit : 12€ pour les étu. et 19€ pour les retraités.
normal : 24€

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26/09/2009

Songes et mensonges en Russie

cache_1406610350.jpgSoyons fous mes amis, et ouvrons ici une nouvelle rubrique «théâtre» (qui me trottait dans la tête depuis un bout de temps – mais qu'un léger accès de flemmingite avait rapidement enterrée).

Jeudi soir, en compagnie de deux héroïnes toujours prêtes à vivre des expériences extrêmes en régnant sur Gotham (ou accessoirement, sur sa version francisée Paname), j'ai passé un excellent moment au théâtre, malgré une soirée pour le moins mouvementée (également intitulée « ou comment Cryssilda, Emma et Lou ont failli disparaître mystérieusement dans le bois de Vincennes en pleine nuit »).

La pièce était une adaptation par Stanislas Grassian du roman de Dostoïevski Le Songe de L'Oncle. Un vieux prince en bien piteux état arrive en ville et devient un objet de convoitise pour toutes les rombières des environs qui, bien évidemment, contemplent d'un air gourmand le pactole que l'ancêtre viendrait à laisser en mourant – ce qui, visiblement, ne devrait pas tarder. Entre complots et commérages, trois ennemies œuvrent pour leur propre intérêt, abusant outrageusement du prince, la tâche leur étant facilitée par la mémoire défaillante dudit personnage.

J'ai beaucoup aimé la mise en scène assez sobre et pourtant originale. Pour illustrer les divers problèmes de cet oncle à qui il manque une jambe, un œil et ses cheveux, le prince porte un masque et évolue tel un pantin détraqué, tenant plus de la créature fantastique que du vieillard cacochyme. Annoncé à chaque entrée en scène par un air un brin décalé au piano, l'acteur adopte une démarche chaotique qui prête à sourire ; son interprétation est à elle seule une raison suffisante pour aller voir cette pièce qui s'étoffe à chaque scène et dont la fin m'a particulièrement réjouie. Parmi les éléments que j'ai le plus appréciés, citons ceux-ci : la souillon travestie qui accompagne régulièrement les acteurs au piano, explorant univers musicaux et techniques diverses avec brio; les deux mégères évoquant dans certaines scènes les pires sorcières des contes de notre enfance (musique et effets de lumière à l'appui); enfin, le personnage du père, homme attachant, ridicule et brimé par sa femme, dont le très court passage sur scène a constitué l'un de mes moments favoris (même si l'acteur-metteur en scène apparaît également sous les traits d'un autre personnage). A l'exception de l'une des actrices, j'ai trouvé l'ensemble de la troupe vraiment très convaincante. A partir d'un sujet assez sordide, cette pièce mêle l'humour et la légèreté au cynisme d'un auteur connu pour dépeindre sans détour la noirceur de l'âme humaine, ici prête à tout pour arriver à des fins vénales. Et à mes yeux, l'effet est très réussi !

epee_boos.jpgLe théâtre de l'épée de bois de Vincennes où se déroule la pièce mérite aussi d'être découvert, malgré les chaises inconfortables et le petit air frais qui commençait à se faire sentir en fin de soirée. L'endroit est absolument magnifique même si la façade ne paye pas de mine.

J'ajouterai juste que j'ai magistralement contrôlé deux accès de fous rires que je sentais imminents, à cause d'une certaine demoiselle qui a moins aimé la pièce et se bidonnait parfois à côté de moi (notamment lorsqu'on dit que la bonne travestie est une belle jeune femme – et c'est vrai que sous cet accoutrement volontairement ridicule, il était difficile de ne pas rire... ce qui n'a pas troublé la salle qui a semblé prendre ce moment très au sérieux). Tst tst tst...

Pour ceux qui habitent en région parisienne, n'hésitez pas à faire le déplacement : vous ne perdrez pas votre temps (en revanche, évitez de trop attendre la navette qui conduit soi-disant du métro au théâtre, vous risqueriez d'être surpris ; prenez le bus).

 

Infos pratiques :

Théâtre de l'Epée de Bois


Rte. du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
01 48 08 39 74

Métro 1 Château de Vincennes

Programmation
Du 23 septembre 2009 au 18 octobre 2009.
Les mardi et mercredi à 19h.
Les jeudi et vendredi à 21h et à 21h30.
Le samedi à 19h et à 21h.
Le dimanche à 16h.

Entrées
réduit : 9 à 13€
normal : 18€

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08/07/2009

Mozart VIP à Saoû

dollinger_visiteur saou.gif... et Mary Dollinger en guest star.

Ceux qui visitent régulièrement mon antre livresque ont sans doute remarqué les bons moments passés en compagnie de Mary Dollinger, avec cette drôle d’histoire de bébés réchauffés et surtout, la rencontre tragi-comique d’illustres auteurs et du très ténébreux monde de l’édition. Je poursuis tranquillement ma balade en ces douces contrées avec, modestement je vous l’accorde, une soirée en compagnie de Mozart (l’un des personnages portant d’ailleurs le vrai petit nom caché de Miss Lou, je saluerai au passage l’auteur pour cette délicate attention qui n’est pas passée inaperçue et qui me va droit au cœur, en toute simplicité).

Aujourd’hui s’ouvre le Festival de Saoû, manifestation consacrée à Mozart et sévissant depuis vingt ans pour le plus grand plaisir des mélomanes et le désespoir sans fin des fans de Justin Timberlake.

Alors que le comité composé d’admirateurs dévoués (corps et) âme à Mozart planche sur la programmation, le tonnerre gronde à chaque fois que le mot « Requiem » est prononcé. Serait-ce Dieu venu manifester sa colère ou au contraire son bonheur à l’idée de voir cette pièce magistrale devenir le clou du spectacle ? Non point. C’est tout simplement Mozart qui vient se mêler de la programmation et rappeler que franchement, ce Requiem, bu, mangé, cuisiné à toutes les sauces, que dis-je ? ce Requiem donc, lui sort par les oreilles.

Miracle ? Imposture ? Dieu (le directeur) et ses apôtres (Martial, Quentin, Marie-Laure et Cécile) sont partagés, entremozartpg.jpg les conquis (une héroïne rougissante est née), les sceptiques (armé d’arguments scientifiques : taille, couleur des cheveux, âge du défunt fraîchement débarqué) et les diplomates.

Evidemment je ne vous en dirai pas plus, car il faut que vous alliez ce soir à Saoû pour découvrir Mozart par vous-mêmes ou, si vous êtes un brin paresseux, dans la librairie la plus proche pour commander cette petite pièce de théâtre, cette « comédie pour mélomanes ».

Voilà en tout cas une pièce légère et amusante qui ouvrira le Festival avec un esprit enjoué et beaucoup de fraîcheur. L’humour en fait une lecture agréable mais il me semble que la mise en scène et le jeu des acteurs seuls permettront à ce texte de vivre pleinement, comme cela arrive souvent (je pense notamment à Good Canary complètement emporté par la mise en scène de Malkovich et le jeu tantôt drôle et touchant, tantôt bouleversant des rôles principaux).

festival de saou.jpg

 

Et voici le coupable :

http://www.deezer.com/track/1025083

A venir bientôt, encore grâce aux bons soins de Mary Dollinger qui en plus me conseille des films et des romans victoriens (how weird !) : Au Secours Mrs Dalloway.

3coeurs.jpg

 

71 p

Mary Dollinger, Le Visiteur de Saoû, 2009