28/08/2009
Be sure to wear some flowers in your hair
Je n'avais d'abord repéré qu'un seul titre de cette rentrée littéraire, à savoir Nouveaux indiens dont le résumé suscitait ma curiosité. J'ai donc sauté sur l'occasion lorsqu'il m'a été proposé. Ensuite, il y a eu la phase « ô rage, ô désespoir » dont Isil a été témoin, votre fidèle et dévouée ne parvenant absolument pas à surmonter l'angoisse des premiers dérapages stylistiques (pardon) des premiers effets de style audacieux du narrateur. Fou et intrépide, voilà notre héros qui mélange joyeusement les phrases, entre associations d'idées et rappel des improvisations musicales des étudiants qu'il est venu observer à Mills, San Francisco. J'ai commencé à m'arracher les cheveux par poignées en craignant une invasion du roman par ce staccato éreintant, voire une syncope en ré mineur de votre chroniqueuse. Mais, ouf ! Tout est bien qui finit bien et j'ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman passée la page trente, accélérant brutalement mon rythme de lecture à chaque fois que la migraine menaçait le narrateur, nos deux rythmes s'accordant alors parfaitement et donnant finalement au texte une tonalité musicale cohérente.
De quoi parle Nouveaux indiens, me dites-vous ? Il s'agit de l'étude d'un groupe d'étudiants en musique par un jeune anthropologue très français (tout de même relativement enclin à s'immerger dans la culture américaine). Les musiciens et leurs professeurs sont les nouveaux Indiens : l'anthropologie a évolué et l'élite un brin bohème de San Francisco devient la nouvelle tribu « sauvage » à observer. Ceci dit, c'est une autre histoire qui m'a vraiment tenue en haleine : celle d'une jeune femme anorexique décédée, Mary. Sur fond de campagne électorale (Bush vs Kerry) et de pousses de bambou, le narrateur s'intéresse de plus en plus à la disparition de cette inconnue dont la mort semble être taboue à l'université.
Au final, j'ai trouvé ce roman intéressant et globalement agréable à lire. Un vrai page-turner une fois l'introduction passée, Nouveaux indiens est un livre assez original qui risque de diviser ses lecteurs mais que je suis contente d'avoir lu.
D'autres avis très partagés : Papillon « Un roman dense et surprenant pour lecteurs curieux » ; Cathulu « Un livre original et intelligent, sans être pédant. Une réussite ! » (Cathulu souligne aussi la qualité littéraire de quelques passages érotiques, avis que je partage tout à fait) ; Doriane « le style m'a semblé indigeste » (et de citer un passage qui a aussi failli me faire rendre l'âme) ; Marie-Lo « N’est pas Henry Miller qui veut ! Quoiqu’il en soit, Nouveaux Indiens est un premier roman audacieux, attendons de voir le second. » ; Saxaoul « Je me suis très vite perdue dans les méandre de la pensée de A. qui passe souvent du coq à l'âne (…). Quant au style, je n'ai pas réussi à m'y faire non plus : les phrases sont courtes et parfois hachées, fidèles aux pensées de A. ».

170 p
Jocelyn Bonnerave, Nouveaux indiens, 2009

2/7
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Objectif PAL (proposé à l'origine par Antigone) : Je trouvais la proposition de Fashion à la mesure de mes ambitions (et de mon taux de réussite particulièrement crasse lors des challenges divers et variés de la blogosphère). J'ai donc fixé un objectif « PAL – 20 en 3 mois », en ne comprenant pas dans cette PAL les BD et la PPAL (pile de prêts à lire, eh oui j'invente un nouveau terme aujourd'hui, qu'est-ce que c'est beau !). Ayant pour des raisons diverses et variées connu un ouragan qui s'est traduit ces derniers jours par une PAL + 9 (oui mais Hilde m'a traînée chez tout un tas de bouquinistes à Rennes et à Bécherel, le destin n'était-il pas au rendez-vous avec des livres neufs à 2 € ? Quant aux cadeaux, je n'y suis pour rien). Alors j'ai décidé de fixer un objectif PAL – 30 en 4 mois.
Un autre objectif tout aussi ambitieux s'est ajouté au premier : d'ici fin décembre, lire au moins la moitié de ma PPAL qui compte plus de 15 titres à l'heure actuelle.
PAL - 1
16/04/2009
We're having a miracle
Flexions du poignet, petit échauffement et quelques gammes sur mon clavier, légère pression sur la pédale, telles sont les techniques que je suis bien décidée à employer pour enfin sortir Prodige de Nancy Huston du lot des chroniques qui refusent de pointer le bout de leur nez sur ce blog.
Le prodige c'est Maya, née prématurément et qui s'accroche à la vie contre toute attente, faisant la joie de ses parents et s'attachant pour toujours sa mère Lara, prête à tout donner à son enfant pour lui promettre une vie merveilleuse.
C'est aussi l'enfant prodige que devient la petite en grandissant. Formée dès le plus jeune âge par une mère pianiste, Maya excelle et surpasse son guide. La musique est son élément naturel, elle la comprend mieux que quiconque et s'exprime parfaitement au moyen de son piano. C'est un véritable don que semble lui avoir insufflé Lara lors des premiers mois, lorsqu'elle se trouvait entre la vie et la mort.
D'abord amis lecteurs, sachez que je veux lire Nancy Huston depuis au moins deux ans et que je suis vraiment heureuse d'avoir enfin découvert sa prose. Très honnêtement je m'attendais à un coup de coeur immédiat, à une révélation époustouflante, des tempêtes dans ma chambre et des coups de tonnerre follement romanesques annonçant le début de la fin et jetant votre chroniqueuse dévouée par terre dans un état de choc et de béatitude avancé. De grandes espérances qui ne facilitaient pas la tâche de Nancy Huston, dont j'ai cependant apprécié ce court roman.
Plus que la forme, que je trouve plaisante mais que j'espérais plus vibrante, j'ai vraiment apprécié le contenu. Alternant les voix par de courtes interventions précédées du nom du personnage dont on découvre les pensées, ce roman reprend beaucoup d'ingrédients auxquels je suis particulièrement sensible, à commencer par les relations entre membres d'une même famille (en particulier mère-fille) et la musique, qui occupe une place à part dans ce récit. Le piano est un lien entre Maya, sa mère et sa grand-mère ; il lui permet aussi de nouer de nouvelles relations, tout comme il a rapproché ses parents quelques années plus tôt. C'est un moyen d'expression qui, une fois dompté, reste encore magique et inaccessible, Maya étant la seule à savoir dépasser les limites techniques pour vraiment s'approprier le piano et en faire son complice. Enfin, outre les thèmes abordés, j'ai apprécié les personnages qui, en peu de pages, gagnent indubitablement en intensité et rayonnent malgré leur contour assez flou et vaporeux. Lara m'a particulièrement touchée avec son esprit combatif, son amour pour sa fille et la frustration teintée de fierté qu'elle éprouve en voyant Maya triompher là où elle-même a échoué. L'écriture des passages de Lara m'a d'ailleurs plus marquée : Tu te mettras sous le piano, ce sera ta petite maison tout en bois, et tout autour de toi ça résonnera quand je joue, boum, les graves, la pédale, un orage, un déluge, un ouragan de musique se déchaînant dans le bois ! (p137)
Merci à Lilly grâce à qui je me suis enfin décidée ! Les avis de Malice, Sylvie, et Karine.
Et sur ce blog, si vous aimez Nancy Huston, voilà quelques textes susceptibles de vous intéresser :
-sur le thème de la musique : Le Violon Noir ; L'incroyable histoire de Mlle Paradis.
-sur le thème des relations mère-fille-grand-mère : L'Elegance des veuves (superbe livre) ; (roman irlandais) La Visiteuse.
173 p
Nancy Huston, Prodige, 1999
13:56 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : nancy huston, roman francophone, prodige, musique, piano, mère, famille
03/02/2009
Musique du Diable
Au XVIIIe, un jeune prodige devient violoniste de renom avant de se retirer de la scène pour se consacrer à son art et composer. Mais Napoléon et ses désirs de conquête conduisent Johannes Karelsky devenu simple soldat en Italie puis à Venise. Hanté par une voix céleste qui l’aurait sauvé de la mort sur le champ de bataille, Karelsky découvre que le Vénitien chez qui il est logé a lui aussi été poursuivi par le souvenir d’une femme à la voix enchanteresse. Au point de concevoir un violon à l’image de la Vénitienne, un violon qui semble depuis porteur d’une malédiction. Chaque soir, au cours de parties d’échecs, les deux hommes communient à travers leur amour pour la musique.
Texte court et très poétique au style épuré, Le Violon Noir rappelle Faust ou encore Le Joueur d’Echecs et la folie inhérente à ce jeu. La construction du récit, avec une histoire au sein de l’histoire, est classique mais bien articulée, les péripéties vécues par les deux personnages ayant finalement une importance égale, le tout s’achevant à la manière d’un conte. Le fantastique est de mise, avec cette âme qui peut être emprisonnée dans un objet, tandis que les meilleures intentions ont finalement des conséquences très malsaines, la frontière entre le divin et l’infernal n’étant finalement pas évidente.
Un joli tour littéraire qui fait passer au lecteur et aux mélomanes un excellent moment.
Merci encore à mon amie de looooongue date Hilde, qui m’a offert ce livre à Noël.
127 p
Maxence Fermine, Le Violon Noir, 1999
13:29 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : musique, violon, maxence fermine, le violon noir, littérature française






































