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07/10/2016

Daniel Corkery, The Eyes of the Dead

collectif_irish ghost stories.jpgAujourd'hui, pour le rendez-vous "classique d'inspiration gothique", j'ai commencé plusieurs textes avec plus ou moins de succès, pour finalement vous présenter "The eyes of the dead", une nouvelle de Daniel Corkery. Je dois avouer que je ne connaissais pas cet auteur irlandais, dont le texte le plus connu est The Hidden Ireland. 

Le texte s'ouvre sur le retour à la maison du marin John Spillane, après trois ans d'absence. Victime d'un naufrage qui a causé la mort de tous ses compagnons, Spillane est resté aux Etats-Unis pendant trois ans sans donner de nouvelles. Il revient tout aussi mystérieusement et s'enferme dans sa chambre, parlant peu à sa mère et sa soeur, qui le veillent comme un malade. John semble en proie à certaines terreurs. Son naufrage est tabou.

[Spoilers] Un soir, à la suite d'une tempête, un autre marin apparaît. Livide, très éprouvé, il explique être lui aussi le seul survivant d'un naufrage. Il permet à John de sortir de sa léthargie et de faire découvrir au lecteur la raison de ses tourments : ses camarades morts le regardant en mer et lui reprochant silencieusement ce qui est arrivé.

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Marine de Ivan Aivazovski

Une nouvelle courte qui m'a laissée plutôt indifférente, même si l'entrée fracassante du deuxième marin ainsi que la conversation hachée qui s'ensuit sur les naufrages rend bien l'horreur des deux évènements. Deux passages intéressants mais une entrée en matière un peu longuette, qui laisse la place à peu de développements. Je suis passée à côté - mais il faut dire que je ne suis pas particulièrement friande d'histoires de bateaux, alors cela vaut peut-être aussi pour les histoires de marins (?). 

Un article sur Daniel Corkery ainsi qu'un lien vers le texte "The eyes of the dead".

Daniel Corkery, "The Eyes of the Dead", irish ghost stories, collector's library, challenge halloween, challenge halloween 2016, irlande, marin, naufrage, fantômes

 

 

p 525-537 (in Irish ghost stories, Collector's library)

Daniel Corkery, "The Eyes of the Dead" (year ?)

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05/08/2014

Molly Keane, Chasse au Trésor

keane_Chasse-au-tresor_5080.jpegAmateurs de vieilleries, Molly Keane a réuni pour vous de délicieux excentriques coincés quelque part dans un siècle passé, peu résignés à abandonner leurs vêtements poussiéreux et leurs habitudes archaïques... pour votre plus grand plaisir !

De quoi retourne-t-il ? : Le propriétaire du domaine de Ballyroden vient de décéder. Le roman s'ouvre alors que ses proches rentrent à la maison, bien décidés à boire du champagne en l'honneur du défunt. Mais une surprise de taille les attend : ce cher Roddy a dilapidé toute la fortune familiale et ses legs généreux ne sont que de charmantes promesses puisqu'il va falloir maintenant réduire considérablement le train de vie de la maisonnée pour ne pas avoir à céder Ballyroden.

Deux clans se forment d'emblée : d'un côté l'héritier, Philip, ainsi que sa cousine Veronica, tous deux pragmatiques, décidés à se retrousser les manches et à recevoir des hôtes payants pour s'en sortir ; de l'autre, le frère et la soeur de Sir Roderick, Hercules et Consuelo, en aucun cas prêts à renoncer à leurs privilèges et nombreux caprices. Et quelque part ailleurs, l'insaisissable et espiègle tante Anna Rose qui, depuis qu'elle a perdu son cher époux pendant leur voyage de noces, s'imagine parcourir le monde entier en train ou en avion, toujours accompagnée d'un oiseau qui trône sur ses différents chapeaux. Ajoutons à ce petit monde étonnant trois domestiques, chacun particulièrement entiché d'Anna Rose, Hercules ou Consuelo et se souciant peu du bien-être des deux jeunes, beaucoup trop terre-à-terre pour ne pas être jugés terriblement ternes (y compris par leurs aînés).

La rupture avec les fastes passés est vite consommée : Philip alloue à son oncle et à sa tante une modeste somme en guise d'argent de poche (ce qui donne des situations cocaces, comme lors d'un jeu d'argent : « Tu me dois neuf pence, Chaton, je t'assure (p 168) »), l'alcool ne coule plus à flots et le quotidien va être bouleversé par l'arrivée de parvenus anglais décidés à profiter de l'hospitalité irlandaise. Ils ne seront pas déçus du voyage !

J'ai particulièrement apprécié la première partie du roman, construite comme une pièce de théâtre. La première scène s'ouvre sur la présentation d'une pièce vide, la maison attendant le retour des occupants. Puis chaque protagoniste fait une entrée en fanfare dans ladite pièce, avec son lot d'extravagances. Hercules et Consuelo sont croqués avec beaucoup d'humour et, si on ne peut pas vraiment les détester, on ne peut s'empêcher d'être un peu choqué en les considérant à travers le prisme de nos repères modernes. Quelques exemples croustillants :

Les gens sont prêts à risquer leur vie pour nous. C'est tellement gentil (p 27).

En définitive, ça revient toujours moins cher de descendre au Ritz. Et personne ne pourrait m'accuser d'être dépensière – regardez ma pingrerie avec les épingles, les épingles ordinaires ou les épingles de nourrice. Dès que je vois une épingle, je la ramasse, voilà comment je suis. Jamais de ma vie je n'ai acheté une épingle – ce sont mes économies préférées (p 55).

Même si j'ai eu un peu plus de mal à m'intéresser aux visiteurs anglais (du moins à la plus jeune d'entre eux), le regard qu'ils portent sur leurs hôtes (ces deux vieux vestiges inutiles d'extravagances passées (p104)) est on ne peut plus acéré : Mon frère est un fervent collectionneur d'antiquités, dit Dorothy, dont le regard alla ostensiblement se poser sur les gens, pas sur les meubles (p 103).

C'est ma deuxième lecture de Molly Keane et, une fois encore, je suis vraiment séduite par la manière dont elle croque ses personnages, si improbables et pourtant tellement irrésistibles et pleins de vie. Si vous ne la connaissez pas encore je ne peux que vous recommander de la laisser vous présenter ses aristocrates déchus. En n'oubliant pas de vous armer d'une tasse de thé (voire d'un soupçon de brandy) of course !

Merci à Babelio à travers l'Opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Quai Voltaire.

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272 p

Molly Keane, Chasse au Trésor (Treasure Hunt), 1952

 

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01/09/2013

Claire Keegan, L'Antarctique

keegan_lantarctique.jpgCurieusement, alors que j'apprécie énormément la littérature anglo-saxonne, je lis assez peu d'auteurs irlandais contemporains. Aussi lorsque le blogoclub a proposé une thématique irlandaise pour la lecture du 1er septembre je me suis empressée de farfouiller dans ma PAL pour trouver un livre pouvant convenir - j'essaie de faire sortir de ma bibliothèque des livres qui y prennent la poussière depuis des mois et des années, la situation devient urgente.

Mon choix s'est arrêté sur L'Antarctique de Claire Keegan, auteur dont j'avais lu le plus grand bien sur la blogosphère, révélé par Nuala O' Faolain, bref, un jeune talent prometteur. Par ailleurs le format me convenait bien puisqu'il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles, genre dont je suis friande et qui, je trouve, distingue les grands écrivains des autres car ce format si court est  un art bien difficile à manier et nécessite une précision et une habileté toutes particulières.

J'ai ouvert ce recueil sans savoir à quoi m'attendre, si ce n'est que je pensais peut-être retrouver une Irlande contemporaine, plutôt rurale. Première surprise, ces nouvelles n'ont pas toujours l'Irlande pour cadre et nous font notamment voyager outre-Atlantique. Difficile aussi de cerner la période du récit parfois, certains cadres un peu rustiques ou certains modes de vie nous faisant nous imaginer quelques décennies en arrière.

On pourrait difficilement qualifier ces nouvelles de légères. Amours contrariées, infidélités, grossesse imprévue, désirs inavouables, perte d'un proche dans des circonstances tragiques et travail de deuil qui s'ensuit, moment privilégié passé avec un homme qui s'avère être au final un psychopathe ou un meurtrier, les sujets sont pour le moins graves. Traités avec habileté, ils nous emportent néanmoins grâce au travail minutieux de Claire Keegan qui retraduit avec subtilité la psychologie des personnages, leurs désirs enfouis, leurs espoirs, leurs peurs, leurs aspirations et bien souvent, leurs frustrations. Les femmes ont la vie dure dans bien des nouvelles : travail rude, effacement face à l'homme-roi (figure du mari, du père). Claire Keegan ne joue pas non plus la facilité avec les quelques scènes crues qui émaillent ces nouvelles : ni fausse pudeur, ni exhibitionnisme, mais une description claire, factuelle, épurée.

Un auteur que je relirai sans doute avec plaisir et qui me donne également envie de lire davantage d'Irlandais contemporains... une réorganisation de mes bibliothèques s'imposant bientôt, j'en profiterai pour voir ce que j'ai en stock !

Une lecture dans le cadre du blogoclub du mois de septembre organisé par Sylire et Lisa.

Beaucoup d'avis sur Babelio.

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215 p

Claire Keegan, L'Antarctique, 1999

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08/07/2012

Irlande, quand tu nous tiens !

trevor_Cet-ete-la_5228.jpegAh que de joie, de bonheur et d'émotions depuis deux semaines, mais votre fidèle et dévouée a bien du mal à atterrir et à écrire une nouvelle chronique, tant elle a la tête dans les nuages ! Mais avant de retrouver P.D. James et Pemberley, je me suis décidée à enfin vous parler d'un très beau roman découvert lors des préparatifs du mariage (d'où la chronique tardive).

Il s'agit de Cet été-là de William Trevor, un auteur dont j'oublie toujours le nom mais dont les écrits m'attirent visiblement beaucoup puisqu'en farfouillant dans ma bibliothèque ces derniers jours j'ai exhumé deux autres de ses titres, que je savais avoir dans ma PAL sans avoir fait le rapprochement avec l'auteur (qui plus est sans m'en rendre compte j'ai acheté le premier lors de mes dernières vacances en m'offrant une petite séance en librairie anglaise et dix jours plus tard, en cherchant un roman sur l'Italie à l'aéroport de Florence, j'ai jeté mon dévolu sur le deuxième... toujours sans remarquer qu'il s'agissait du même auteur). En lisant Tourgueniev me fait aussi envie depuis bien longtemps... j'ai franchi le pas sans le savoir ! (Tout ça pour vous dire à quel point je maîtrise ma PAL)

Bref après avoir réussi à vous raconter ma vie pendant deux paragraphes, je me dis qu'il serait peut-être utile d'aborder le coeur du sujet. Cet été-là met en scène l'Irlande rurale, entre un petit village et les fermes et maisons plus isolées qui l'entourent. Le roman s'ouvre sur l'enterrement de la femme la plus aisée du village, connue de tous. Ses funérailles attirent ainsi beaucoup de monde, dont quelques personnes qui remarquent un photographe inconnu. Ce jeune homme s'apprête à vendre sa maison pour refaire sa vie ailleurs avec l'argent de la vente. Mais, alors que quelques mois seulement le séparent de son départ, il rencontre Ellie, jeune femme mariée à un fermier. L'attirance est immédiate, mais l'enjeu n'est pas le même pour les deux amoureux. D'un côté Florian y voit une jolie amourette, de l'autre Ellie, orpheline, ancienne employée de son mari, veuf à l'époque, risque bien de perdre sa respectabilité et une situation sûre lorsqu'elle tombe amoureuse pour la première fois. Leur relation est observée et commentée par Miss Connulty, la fille de la respectable défunte évoquée au début du roman : interviendra-t-elle pour tenter de mettre un terme à cette relation ?

Merveilleusement écrit, Cet été-là est un roman au rythme lent, qui prend le temps d'instaurer une certaine ambiance, de donner à découvrir ses personnages, pour finalement les abandonner dans une situation ambiguë, en quelque sorte inachevée : un roman que l'on ne lit par pour avoir des certitudes mais pour partager les interrogations troubles de personnages réalistes, peu romanesques ou idéalisés – même si Florian est assez bohème.

Ce livre a été lu dans le cadre du mois irlandais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet à temps !

Merci beaucoup aux Editions Phébus qui m'ont permis de faire cette belle découverte.

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252 p

William Trevor, Cet été-là, 2009

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17/06/2012

Meeting Molly Keane

fragiles-serments.jpgJe raffole de littérature britannique (souvent anglaise) dès qu'il s'agit de petites histoires de famille, de potins de voisinage, lorsque le châtelain du coin s'intéresse plus à ses chevaux qu'à son domaine et que sa digne épouse part en guerre contre sa meilleure ennemie si celle-ci tente de la détrôner lors de la fête caritative organisée par la femme du pasteur. Et c'est un peu cet esprit que j'ai retrouvé chez Molly Keane, irlandaise que je lis pour la première fois.

Fragiles Serments s'ouvre avec l'arrivée d'Eliza chez les Bird, le jour du retour de leur fils aîné, soigné dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Vieille amie de la famille, Eliza vient régulièrement séjourner dans le superbe domaine ; amoureuse de Julian Bird depuis toujours, elle supporte avec bonne grâce Lady Bird, beauté extravertie, pas très fine, un brin tyrannique et bien déterminée à se faire passer pour bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, au risque de paraître ridicule. Durant un séjour mouvementé, Eliza va se faire tour à tour la confidente des uns et des autres : Julian qui aime profiter de sa présence sans trop se soucier du mal qu'il peut lui causer ; Lady Bird ou Olivia, qui pérore à n'en plus finir pour valoriser son jardin, sa jeunesse, la formidable complicité qui l'unit à ses enfants – qui tous la détestent et se moquent d'elle en permanence ; John, l'aîné, déraciné depuis  son retour ; Sheena, folle de son Rupert et bientôt obligée de s'en éloigner pour une sombre histoire d'hérédité ; enfin Markie, enfant magnifique à qui l'on passe tout et dont la cruauté sans bornes ne semble déranger personne. Et puis, en marge de toutes ces tragédies familiales plus ou moins grandes, circule Mrs Parker, la gouvernante barbue et solitaire, condamnée à vivre au sein du foyer sans jamais en faire partie. Alors que les jours passent, la belle façade se fissure et chaque personnage connaît son lot de malheurs (si l'on peut considérer pour Markie que les problèmes de mathématiques sont un drame en soi).

ashford castle.jpgFragiles Serments est au choix une histoire familiale, un divertissement à l'humour British ou une superbe galerie de personnages un brin tordus, d'aristocrates d'un autre monde, un roman où mesquineries, secrets honteux et trahisons se mélangent allègrement. N'attendez rien de ces Bird un brin vampiriques si vous ne voulez pas connaître le sort de cette « chère Eliza », mais n'hésitez pas à faire un petit détour par chez eux pour assister à la petite garden party d'Olivia. Vous pourriez sans doute surprendre quelque personnage en flagrant délit d'exubérance et, rien que pour cela, le voyage est justifié.

Lu dans le cadre de Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions du Quai Voltaire !

C'est aussi ma première participation au Mois irlandais organisé par ma copine Cryssilda !

molly keane, fragiles serments, littérature britannique, littérature irlandaise, roman irlandais, irlande, irlande xxe, irlande années 30, mois irlandais

 

 

285 p

Molly Keane, Fragiles Serments, 1935

(2012 pour la présente édition)

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04/01/2009

Dans la famille irlandaise je demande la petite-fille

985454828.jpgIl y a des rencontres qui doivent à peu près tout au hasard. Celle de Miss Lou, petite LCA, et de La Visiteuse de Maeve Brennan fait partie de celles-là. Ayant découvert ce livre en farfouillant parmi les occasions à 1 € d'une librairie, je l'ai lu en quelques heures avant mon départ en vacances... une excellente entrée en matière pour la période de Noël.

Ayant récemment perdu sa mère, avec qui elle vivait à Paris, Anastasia revient en Irlande chez sa grand-mère paternelle, dans la maison de son enfance. S'attendant à pouvoir s'installer définitivement auprès de la seule famille qui lui reste, la jeune femme découvre qu'elle n'est pas la bienvenue et que son séjour ne saurait se prolonger au-delà d'une certaine durée.

Personnage a priori dur et amer, sa grand-mère ne parvient en effet pas à lui pardonner le fait d'avoir suivi sa mère lorsque celle-ci avait déserté le foyer conjugal, pas plus que son absence lors du décès de son père quelques années plus tard. Privée de son enfant unique, la grand-mère peine à faire son deuil et rend Anastasia largement responsable du malheur qui s'est abattu sur sa famille.

En parallèle, une autre femme au destin bien triste intervient à l'occasion dans la vie d'Anastasia et de la grand-mère. Cette femme âgée, Mlle Kilbride, vit seule après la mort d'une mère despote. Souffrant d'un amour de jeunesse jamais oublié, cette vieille fille est l'incarnation de la solitude dans ce qu'elle a de plus dégradant : ridicule avec sa perruque noire, Mlle Kilbride vit dans l'attente d'une visite d'Anastasia, la seule à qui elle pourrait peut-être demander d'exaucer ses dernières volontés.

Sorte de huis clos à l'atmosphère pesante, ce roman semblerait particulièrement représentatif de l'oeuvre de Maeve Brennan, « trois notes (formant) un accord récurrent – la rancune dévorante, la nostalgie dévorante et le besoin d'amour dévorant ».* Difficile d'abandonner ce livre assez angoissant, triste et fait d'espoirs sans cesse contrariés. Devant la froideur de la grand-mère, on continue à attendre un sursaut d'amour, un changement d'attitude qu'un moment d'approbation et de complicité entre elle et Anastasia semble rendre possible. Les revirements d'humeur de même que le retour invariable du rejet peinent autant le lecteur que la jeune héroïne en quête d'un foyer. Mélancolique et hivernal, le cadre a ce charme britannique désuet qui accompagne si bien la narration que je trouve très poétique. La cruauté et la folie ne sont pas loin non plus et tout en attristant le lecteur par sa solitude si parfaite, Anastasia effraie aussi par ses impulsions et son comportement à de rares moments irrationnels. Cette intrusion de l'insolite gagne en intensité en raison du contexte par ailleurs réaliste.

C'est aussi un récit où les hommes sont totalement absents, où les femmes se battent pour le souvenir irréel d'une présence masculine, tâchant de contrôler le présent en se ré-appropriant la réalité afin de la façonner à leur envie.

Un livre délicat et sombre ainsi qu'un excellent roman psychologique !

 

J'apprécie beaucoup les Editions Joëlle Losfeld (aussi bien la ligne éditoriale que les dossiers complémentaires et les couvertures très réussies). J'espère qu'elles continueront à faire sortir Maeve Brennan de l'oubli dans les pays francophones.

*Note de l'éditeur

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93 p

Maeve Brennan, La Visiteuse, 1940's (milieu)

30/12/2008

Cluedo à la victorienne

lefanu.jpgHappy blogueurs,

desde Barcelona je profite d'un petit moment libre pour mettre (un peu) à jour mon blog. J'espère que Noël a été agréable pour vous tous et que Santa Claus a réussi à porter sa besace pleine de livres sans trop pester contre les Lecteurs Compulsifs Anonymes que nous sommes, histoire de commencer 2009 avec une poussée de PAL incontrôlable !

Lu il y a dix jours, Comment ma cousine a été assassinée de Joseph Sheridan Le Fanu suivait la lecture des Mystères de Morley Court du même auteur, excellent roman d'aventures découvert pendant le swap victorien. Cet autre récit de Le Fanu reprend à peu près les mêmes ingrédients, dans une version courte et moins aboutie que je trouve néanmoins très agréable à lire.

Lady Margaret y raconte ce qui lui est arrivé à la mort de son père, il y a bien longtemps. Envoyée chez un oncle soupçonné de meurtre et banni de la haute société, Margaret découvre un homme affable qui semble justifier toute la confiance que son frère avait placé en lui en faisant de lui le tuteur et l'héritier de Margaret, si celle-ci venait à mourir sans enfant. Pourtant, lorsqu'elle rejette la demande en mariage de son cousin, l'attitude de l'oncle à son égard change brusquement. Aurait-il l'intention de la tuer ?

Avec quelques répétitions et une histoire assez prévisible (lorsque l'on sait que la cousine et l'héroïne dorment dans deux chambres voisines et que l'on lit le titre, le comment du pourquoi est facilement deviné), Comment ma cousine a été assassinée est un texte assez léger mais à mon avis approprié pour découvrir Le Fanu et divertissant pour ceux qui le connaissent déjà. Mille et Nuits, dont la couverture me plait énormément, a ajouté à cette nouvelle une postface sur l'oeuvre de Le Fanu, une courte biographie, quelques notes explicatives et une bibliographie. D'après ce qui est indiqué par l'éditeur, ce dossier complémentaire accompagne chaque livre de la collection ; celui-ci est en tout cas très intéressant. Sont notamment évoqués l'influence de Le Fanu sur les maîtres de la littérature fantastique et son rôle de « créateur » de la short story à l'anglo-saxonne.

On découvre également les étonnantes correspondances entre les différentes oeuvres de Le Fanu : éternel insatisfait, celui-ci retravaillait ses textes en les adaptant à de multiples reprises. Passage in the Secret of an Irish Countess (1838) a donc été transformé en The Murdered Cousin, nouvelle à l'origine de Uncle Silas.

Le dossier met aussi en avant les thèmes de prédilection de Le Fanu que l'on retrouve dans ce récit : l'enfermement, la noblesse terrienne hypocrite, le jeu des apparences et les affreuses machinations. Ces aspects sont aussi très présents dans Les Mystères de Morley Court et les points de comparaison entre les deux textes sont innombrables : la vieille propriété isolée et gothique dans les deux cas ; la soeur Mary ou la nièce Margaret finalement enfermées dans une chambre pour que d'horribles personnages mettent à exécution leurs plans machiavéliques ; le frère ou le cousin, aristocrate décadent brutal et mauvais ; l'oie blanche, incontournable ; le vieux propriétaire terrien faussement engageant lorsqu'il doit parvenir à ses fins, en réalité faux et abject ; la famille complotant contre la jeune femme effarouchée ; ou encore, les nouveaux domestiques remplaçant les fidèles adjuvants et servant de complices aux manipulateurs.

Fabuleuse pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Le Fanu, cette édition de Comment ma cousine a été assassinée devrait séduire beaucoup de Victoriens. Et, si le charme suranné et les ficèles assez grossières du récit peuvent rebuter quelques lecteurs, j'ai passé un excellent moment en compagnie de Le Fanu, que je retrouverai avec plaisir en 2009 !

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80 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Comment ma cousine a été assassinée, 1851

05/12/2008

La rose, l’épée & le vilain champignon

mysteres morley.jpgDe Le Fanu je connaissais Carmilla – ou Camilla, selon les éditions. D’où une assimilation de cet auteur au gothique, au roman populaire et à un petit côté sulfureux et sensuel. Les excellents Mystères de Morley Court sont d’un genre tout à fait différent et, si le titre et la couverture annoncent plutôt des histoires de fantômes et de jeunes filles séquestrées à la Dumas ou à la Radcliffe, ce livre s’ancre dans la tradition du roman d’aventures cher au XIXe.

S’il y a une chose que j’adore et dont je ne me lasse pas, c’est le grand manichéisme des personnages, si parfait, si symbolique qu’il caractérise le paysage aussi sûrement que le fog a marqué les rues de Londres. On pourrait tous les mettre dans des petites cases ou, plus victorien, dans de charmantes petites maisons de poupées compartimentées : dans le salon, les femmes jeunes, faibles, sans défense, sujettes aux évanouissements et n’ayant pas la moindre once de jugement quand il s’agit d’envisager les perfidies de ce monde de brigands… ; dans la cour, les hommes valeureux, intelligents, bons, justes, prêts à sacrifier leur vie pour une question d’honneur… si possible de sang noble, c’est encore mieux – et s’ils sont a priori pauvres et de basse extraction, on leur trouvera très souvent comme par hasard une généalogie faite de particules ou un oncle millionnaire à la fin du roman ; au grenier, les fourbes, en majorité très laids et effrayants – mais pas toujours, dont l’âme a atteint une noirceur telle qu’ils deviennent incapables de la moindre bonne action ; au milieu, dans la cuisine, quelques adjuvants du bien ou du mal, insignifiants ou amusants, au choix.

Les Mystères de Morley Court ne dérogent pas à la règle. Début XVIIIe, en Irlande. Le jeune O’Connor, parti guerroyer pendant trois ans, revient épouser sa belle, la jeune Mary, gentille, douce, musicienne et insipide. Ayant désormais un protecteur prêt à lui accorder une rente très confortable et à le faire hériter de sa fortune, O’Connor pense obtenir le consentement de l’horrible Lord Richard Ashwoode, le père de Mary. Mais le baron en question a d’autres projets pour sa fille et parvient à brouiller les deux jeunes gens en interceptant les lettres enflammées qu’ils se transmettent. Ah ! Que la vie d’héroïne au XIXe est difficile ! Dès lors, les complots se multiplient, les retournements de situation s’enchaînent. La question étant : Mary et O’Connor vont-ils se retrouver, se marier, vivre heureux etc ? Les plans infâmes des Ashwoode père et fils vont-ils aboutir ? Je n’en dirai pas plus sur le déroulement de l’histoire, pourtant riche en péripéties – à ce sujet le résumé de l’éditeur donne à mon avis beaucoup trop d’indications et, si vous le lisez, vous vous attendrez comme moi à un décès immédiat qui ne surviendra qu’au bout de 150 ou 200 p.

Autant le dire tout de suite : nos héros jouent de malchance, tout semble se retourner contre eux, ce qui va inquiéter le lecteur tout au long des quelques 450 p qui ne semblent presque jamais annoncer un revirement positif de façon durable.

Cette lecture a été pour moi une excellente surprise car je ne m’attendais pas du tout à ce type de texte de la part de Le Fanu. J’ai pensé à Pauline de Dumas ou aux Chroniques du Règne de Charles IX de Mérimée, dont les rebondissements et les personnages n’étaient pas si différents. Le style, la construction évoquent les parutions en feuilleton chères au XIXe – j’imagine que c’est le mode de publication utilisé ici aussi.

Si j’adore les personnages caricaturaux à la Dickens et trouve le jeune héros vaillant séduisant bien qu’un peu ridicule, je dois avouer que je supporte difficilement l’oie blanche traditionnelle. J’ai donc pris un malin plaisir à suivre les réactions de Mary face au complot qui se tramait (« oh ! mais comment se fait-il que mon frère ne comprenne pas que je n’aime pas trop son ami par ailleurs un peu mal élevé ? Je ne vais pas du tout imaginer qu’il va comploter contre moi ! Non non non, si mon frère est tout le temps désagréable avec moi c’est parce que c’est un homme, il cache sûrement ses sentiments réels mais je sais qu’au fond de lui il m’aime vraiment et me protégera contre tous les vilains méchants pas beaux jusqu’à la fin des temps, juste parce que je suis sa sœur fidèle et dévouée ! »). Lorsque, grâce à sa nouvelle femme de chambre, gentille mais plus dégourdie, Mary commence à se rebeller, j’ai commencé à revoir mon jugement. Mais le sursaut de l’insupportable créature falote a été bien bref. Damn it !

Heureusement pour moi, Le Fanu trouvait sans doute son héroïne assez ennuyeuse lui aussi. Nous ne la voyons pas beaucoup donc eLeFanu.JPGt, le reste du temps, l’histoire est palpitante, sombre, drôle, parfois grotesque, le tout dans un environnement délicieux (manoirs, routes désertes la nuit, vieilles auberges tenues par des gens peu fréquentables, tripots, combats de coqs, jeux de carte, duels). Intrigue et héroïsme s’opposent de bout en bout pour notre plus grand plaisir. Ajoutons à cela une galerie de personnages secondaires irrésistibles et pleins d’humour et nous aurons brossé un portrait rapide de ce roman passionnant, classique méconnu à redécouvrir, à lire et, dans quelques années, à relire.

Cryssilda l’a lu (après avoir écouté des histoires de fantômes écossais à vous glacer le sang) et a été conquise.

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460 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Les Mystères de Morley Court, 1873

(première version sous un autre titre en 1845)

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