21/08/2011
Une curiosité autrichienne
Je comptais écrire un nouveau billet sur Stevenson, mais c'est finalement Josefine Mutzenbacher qui a attiré mon attention (le fait qu'il n'y ait pas grand-chose à dire sur cette chère demoiselle y est sans doute pour quelque chose car la chaleur ambiante n'est pas très incitative à la production massive de chroniques).

Il m'arrive parfois de faire de curieux choix en librairie : c'est ce qui s'est produit pour l'Histoire d'une fille de Vienne racontée par elle-même de Josefine Mutzenbacher, qui a attiré mon attention en raison du lieu et de l'époque (Vienne en effet, au XIXe), de la photographie en couverture, et d'un détail pour le moins amusant. Il s'agirait en effet d'un roman érotique vendu sous le manteau et très probablement écrit par Felix Salten, qui n'est autre que le père spirituel de Bambi.
Ce roman ne possède pas les qualités littéraires d'un Teleny. J'ai lu qu'il avait été rédigé en dialecte viennois, ce ce que je ne saurais confirmer ou pas. Ce qui ressort quoi qu'il en soit de la traduction française est un nombre incalculable de petits noms d'oiseau donnés aux parties intimes des humbles pêcheurs que croise la très jeune Josefine (qui multiplie les partenaires dès sa plus tendre enfance, commençant une carrière bien remplie avec son frère pour compagnon d'armes). Les scènes pornographiques s'enchaînent, encadrées par une histoire très simple : Josefine séduit ses voisins, le curé, l'instituteur, sa famille, le locataire et bien d'autres. Elle perd sa mère assez jeune puis, jeune adolescente, commence à se prostituer avec l'accord de son père, heureux de ne plus avoir à travailler pour vivre. Une situation a priori sordique qui convient tout à fait à la jeune Josefine, ravie de faire des folies de son corps et tout à fait émerveillée de pouvoir en retirer un quelconque bénéfice par-dessus le marché !

C'est un livre au final assez drôle (en particulier lorsque le prêtre s'amuse à la confesser muni du marteau de la grâce), cependant âmes sensibles s'abstenir compte tenu de l'âge et de la moralité de l'héroïne (qui juge tout de même bon de se confesser à moment donné, et répètera d'autant plus volontiers ses confessions que le prête est lui-même très accommodant). Une curiosité !
Remarquez par ailleurs plus haut la magnifique jaquette de l'une des adaptations télévisées...
L'article de Wikipedia, avis : Le Masculin Moderne, Oeil Electrique, Critiques Libres,

286 p
Josefine Mutzenbcher, Histoire d'une fille de Vienne racontée par elle-même, 1906
17:57 Publié dans Littérature germanique | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : folio, histoire d'une fille de vienne racontée par elle-même, josefine mutzenbacher, felix salten, vienne, vienne xixe, roman autrichien
24/03/2011
L'échappée belle
Une ferme perdue dans une région calme en Hollande. Deux ânes, vingt-trois brebis, des vaches, des poules et bientôt, une corneille mantelée qui troublera la quiétude des habitants. Fermier malgré lui, Helmer van Wonderen a dû abandonner ses études à la mort de son frère jumeau, Henk, favori du père. Nourrissant de la rancoeur à l'égard de son père, enfermé dans un quotidien monotone, Helmer va en quelques mois mettre le holà à une situation devenue par trop frustrante. Installation de son père à l'étage et modifications radicales au rez-de-chaussée, de manière à se sentir enfin chez lui ; irruption de Henk, le fils de l'ancienne fiancée de son frère, adolescent difficile qui vient à son tour bousculer la routine ; puis le retour de Jaap, ancien garçon de ferme avec qui il fuit finalement la propriété familiale qu'il a connue pendant plus de cinquante ans.
"Toute ma vie j'ai eu peur. Peur du silence et de l'obscurité. Et toute ma vie j'ai eu du mal à m'endormir." (p39)
En faisant parcourir au lecteur ce qui ressemble d'abord à un long fleuve tranquille, à travers un texte simple et épuré, Bakker dresse le portrait d'un homme qui n'a jamais été maître de son destin et décide arrivé à l'âge mûr de faire ses propres choix et de prendre enfin goût à la vie, au travers de menus plaisirs, puis de par la réalisation d'un rêve de longue date : découvrir le Danemark. Un récit empreint de mélancolie, dont le héros solitaire parvient sans peine à toucher le lecteur.
Une première pour moi en matière de lectures néerlandaises !
"On trouve ici une dune dénommée "Heather Hill". Il y a longtemps de cela, un Anglais fortuné a débarqué sur ce bord de mer. Il a fait construire, sur la plus haute dune, une grande maison ; un jardin a été aménagé, avec pièces d'eau, murets et allées. Comme la dune était entièrement recouverte de bruyères avant son arrivée, il a - Anglais oblige - baptisé "Heather Hill" sa propriété. Il s'est noyé en prenant un bain de mer, et voilà déjà pas mal de temps que la maison a disparu." (p345)
Autres avis : Aifelle, Antigone, Armande, Bellesahi, Cathulu, Choco, Clara, Dominique, Griotte, Gwenaëlle, Kathel, Midola et Mirontaine.
Encore merci à Lise des éditions Folio !

369 p
Gerbrand Bakker, Là-haut, tout est calme, 2006
22:01 Publié dans Littérature néerlandaise | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : gerbrand bakker, là haut tout est calme, hollande, littérature hollandaise, folio
28/04/2010
England, England across the Atlantic Sea
Voilà quelques années déjà que je voulais découvrir Jonathan Coe. C'est désormais chose faite avec Bienvenue au club, qui sera certainement bientôt suivi d'autres lectures !
Dans un roman assez dense, Coe nous offre un large panorama des années 70, mettant l'accent sur l'histoire politique du pays et le contexte sociétal tendu de ces années caractérisées par les attentats de l'IRA, la montée de l'extrêmisme et les grèves en masse, peu avant l'arrivée de la dame de fer Mme Thatcher. Mais n'allez pas croire que ce livre va vous asséner des leçons d'histoire ou vous servir de somnifère avant de vous mettre au lit !
Si la toile de fond offre une belle perspective sur toute une époque, l'histoire est avant tout celle d'une bande de copains et de leurs proches. Benjamin et ses amis bons élèves, mélomanes ou écrivains en herbe. Leurs parents, amis ou pas, qui se croisent plus ou moins dans le cadre professionnel ou pendant les réunions parents-profs. Approchant parfois la grande Histoire, tous vivent une vie normale et touchante lorsqu'ils tentent de lui donner un nouveau départ, comme ce chauffeur de bus devenant un rat de bibliothèque pour reconquérir sa femme, séduite par le prof de dessin Plume-dans-le-cul.
En fin de compte, ce sont beaucoup de petites histoires a priori insignifiantes qui, mises bout à bout, forment un récit riche, amusant et empreint d'une grande sensibilité. La forme est également au rendez-vous, Coe s'amusant à multiplier les registres, entre les récits à la 1ère ou à la 3e personne, les lettres ou les articles de journaux. Les registres ne manquent pas, le livre alternant entre des sujets sérieux et des anecdotes pleines d'humour. Un livre fait pour ceux qui aiment les bons gros romans associant un contenu intéressant à une forme divertissante, et qui ravira particulièrement ceux que la Grande-Bretagne passionne. Un bel hommage à l'Angleterre des années 70 !
L'avis d'Alice

537 p
Jonathan Coe, Bienvenue au club, 2001
20:38 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : jonathan coe, bienvenue au club, folio, roman anglais, humour anglais, roman xxe






































