25/04/2011
It happened in 1912

C'est d'abord Lilly qui m'a fait noter le nom de cette série (suite à une mention dans son blog-it express je crois !). Puis vous avez été plusieurs à publier des billets sur Downton Abbey en peu de temps. Alors évidemment, lorsque je suis allée en Angleterre il y a quelques semaines, j'ai couru au HMV pour me procurer le précieux coffret de la saison 1. Et, ô surprise ! j'ai été complètement séduite à mon tour !
Tout commence en 1912... année qui, comme vous le savez certainement, a vu le Titanic sombrer. Lord Grantham apprend par télégramme le décès de l'héritier du titre et du domaine, qui devait épouser sa fille aînée Mary. Cette nouvelle vient bouleverser les arrangements pris par la famille, et Lord Grantham se voit obligé de chercher le nouvel héritier direct du domaine. Il s'agit de Matthew Crawley, juriste de Manchester et représentant par excellence de la "middle class".

Invité ainsi que sa mère à résider dans une maison proche de Downton Abbey, Matthew fait ses premiers pas dans un monde tout à fait nouveau pour lui, celui de l'aristocratie et des propriétaires terriens. Il suscite des réactions hostiles de la part de Mary et de la grand-mère de celle-ci, qui le voient d'abord comme un vulgaire profiteur et espèrent trouver une alternative. Mais les termes de la succession sont clairs : Matthew héritera du titre et du domaine.

La première saison court sur deux années, du naufrage du Titanic à l'annonce de l'entrée en guerre contre l'Allemagne. Deux années pendant lesquelles ne manquent pas rivalités, calculs, amours et amitiés, aussi bien parmi les maîtres des lieux que leurs domestiques, qui se considèrent pour quelques-uns comme partie intégrante de la famille.

Downton Abbey est une vraie réussite à bien des égards, à commencer par la restitution d'une époque et d'un lieu : costumes magnifiques (notamment les robes des filles de Lord Grantham, aux coupes déjà assez modernes), mobilier, voitures, maisons et domaine... des éléments auxquels la production a accordé une attention toute particulière. La série présente également un réel intérêt cinématographique de par ses plans soignés et son esthétisme très maîtrisé (ce qui à mon sens fait défaut dans des séries antérieures d'ITV ou de la BBC comme Emma d'ITV ou ma très chère série Pride and Prejudice de la BBC).

Comme d'autres avant moi, j'ai beaucoup apprécié cette structure inspirée de Gosford Park (et pour cause, le réalisateur de l'un est aussi l'auteur du scénario de l'autre), où les vies des maîtres et de leurs domestiques sont suivies en parallèle et se croisent parfois. La série me rappelle également le très beau film Les Vestiges du Jour, notamment à travers les attentions délicates et discrètes de Mr Bates et d'Anna.

Lord Grantham est un aristocrate éclairé qui s'intèresse au bien-être de ses domestiques : il recrute Mr Bates, ancien compagnon de guerre, alors que celui-ci souffre d'un handicap ; il envoie Mrs Patmore à Londres pour la faire opérer des yeux ; de façon générale, il se fie au majordome quant à l'intendance et s'intéresse de près aux éventuels problèmes qui peuvent surgir entre domestiques, cherchant à se montrer juste en toute occasion.

Un personnage auquel on s'attache facilement donc. Et d'une façon générale, il me semble que beaucoup de personnages sont relativement faciles à cerner, voire parfois un peu manichéens : par exemple parmi les domestiques, les deux antipathiques n'ont pas grand-chose pour tempérer leur conduite (si ce n'est peut-être, pour O'Brien, une once de remord après la fausse couche - mais je n'en dirai pas plus pour ceux qui n'ont pas vu la série).

Quelques personnalités se révèlent plus troubles, telle la mère de Lord Grantham, qui incarne l'aristocratie victorienne, avec ses idées préconçues, son égoïsme et une certaine tendance à tyraniser son entourage. Peu à peu, sous l'influence des nouveaux arrivants notamment, on la voit évoluer et laisser tomber le masque à plusieurs reprises.

Parmi les filles, Sybil est pour moi la plus attachante : jeune fille éprise de liberté, s'intéressant à la politique et au droit des femmes, elle aide activement l'une de leurs servantes à trouver un emploi de secrétaire. Elle cherche déjà à s'émanciper en transgressant les interdictions de son père, et son côté frais et moderne me plaît beaucoup.

Ses deux aînées ont toutefois un caractère plus complexe. Mary, la plus âgée, doit faire face à une situation difficile : si elle n'était pas une femme, elle devrait hériter, or elle voit un illustre inconnu débarquer pour usurper ce qu'elle considère comme acquis. A cause de Matthew, sa situation est désormais précaire et elle n'a d'autre choix que de se marier : doit-elle écouter son coeur ou choisir un bon parti ? Quoi qu'il en soit il lui est recommandé de se dépêcher car des bruits déplaisants courent sur elle et pourraient bien ternir sa réputation. Son caractère est bien trempé et elle incarne elle aussi une certaine idée de la modernité. C'est aussi une enfant gâtée qui a toujours vécu avec l'idée qu'en tant qu'aînée, elle serait à même de continuer à profiter de la fortune familiale : elle est ainsi particulièrement amère à l'arrivée de Matthew (tandis que ses soeurs sont plus philosophes, n'ayant pas eu l'occasion d'entretenir d'espoirs particuliers à ce sujet). Personnellement je trouve le personnage très intéressant mais je ne l'apprécie pas vraiment : elle me serait bien plus sympathique si ses deux soeurs trouvaient à se marier avant elle et lui faisaient de fait perdre ses grands airs.
Car Mary est une vraie peste envers sa soeur Edith : une soeur qui plaît moins aux hommes, qui était amoureuse du fiancé naufragé de Mary et qui sent bien que ses parents eux-mêmes ne nourrissent pas de grands espoirs à son égard. Les relations entre Mary et Edith sont très tendues et l'aînée passe son temps à rabaisser la deuxième (qui traite la première de traînée), semblant prendre un malin plaisir à l'humilier et à lui ôter tous ses espoirs concernant les différents hommes qui les entourent. Plus dépassée, incarnant une image surannée de la femme anglaise, Edith est ainsi victime, mais elle finit par se rebeller en se vengeant de Mary, avec une certaine cruauté également (ce qui n'était pas pour me déplaire, je l'avoue - shame on me !).

Quoi qu'il en soit, si vous ne l'avez pas déjà vue, allez donc de suite vous procurer cette série hautement addictive, à savourer sans modération !
Et comme je suis curieuse, voici quelques questions pour savoir ce que vous pensez de certains personnages de la série : c'est par ici !
D'autres avis en anglais sur "Downton Abbey" : Behind the Curtain, Enchanted Serenity, Fly High, Nicole Cohen for The Atlantic, The Cozy Page, The Flying Electra... and Grazing for girls, qui vous parle aussi de l'année 1912 (naissance du biscuit Oréo !).


Downton Abbey, une série de Julian Fellowes, 2010

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23/04/2011
Well, that's a treat !

M'absentant quelques jours, je vous laisse en compagnie des héros de Downton Abbey, en attendant mon billet sur cette excellente série britannique.
Et comme je suis curieuse, j'aimerais savoir ce que pensent ceux qui l'ont vue des personnages suivants :

Des trois soeurs, laquelle préférez-vous (let me take a guess... Sybil ?). Et dans le match Edith-Mary, pour qui votre coeur balance ?

Que va-t-il se passer entre ces deux-là ? (et qu'aimeriez-vous si vous étiez en charge d'écrire le scénario ?)

Souhaitez-vous bonne chance à Mary avec Matthew ? N'avez-vous pas un instant envisagé un revirement de situation après l'accident de Sybil ?

Dans les épisodes à venir, les voyez-vous se chamailler ou devenir au contraire des alliées (si ce n'est des amies) ?

What about her prospects with Mr Bates ?
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22/06/2009
From this day you must be a stranger to one of your parents
Voilà une chronique que je repousse depuis des mois (ce n'est pas une mince affaire !) mais, après avoir l'avoir vue trois fois cette année, je me suis enfin décidée à vous parler de l'adaptation de Pride and Prejudice par la BBC en 1995.
Cette mini-série a peut-être un peu vieilli, tout comme Emma filmé l'année suivante pour ITV ; mais, si les couleurs sont certainement plus
ternes que celles du film de 2005, si les plans purement esthétiques sont absents et que cette série n'offrirait sans doute qu'un moment de divertissement aux cinéphiles non-janéites, c'est de loin mon adaptation austenienne favorite. Il s'agit d'une adaptation extrêmement fidèle à l'esprit du livre ; et même plus encore, hormis quelques détails, c'est pour moi une transcription parfaite à l'écran d'un roman riche auquel il est très difficile de rendre justice (comme le dit très bien Isil, c'est presque une « mise en images » du livre). Mais soyons fous, amis austeniens, et revenons sur l'excellent casting de cette série désormais culte.

On reproche parfois à Jennifer Ehle de ne pas être assez jolie pour le rôle. Mais si elle est selon les rumeurs rapportées par Miss Bingley une « local beauty », sa beauté ne frappe pas d'emblée Mr Darcy, qui ne prend conscience de ses attraits que graduellement. Pour moi, le charme de cette Elizabeth aux sourires en coin et aux yeux pétillants fait tout son intérêt. Pleine de fraîcheur, elle joue avec une large palette d'expressions qui lui permet de rendre avec beaucoup de subtilité les émotions éprouvées par le personnage.
Peut-être plus encore qu'Ehle, parce qu'il incarne un personnage pour le moins réservé, Firth est impressionnant tant il parvient à exprimer des sentiments très divers tout en restant immobile et froid, avec une expression quasiment inchangée. Imperceptible mouvement de sourcil, regard ardent l'espace d'une seconde, naissance d'un sourire presque invisible sur un visage qui tente de rester impassible : ces infimes variations rendent ce Mr Darcy extrêmement convaincant. A côté, le couple choisi par Joe Wright me paraît fade ; il me semble en tout cas que le jeu des deux autres acteurs est peu nuancé et donc paradoxalement plus monotone (je dis paradoxalement car je les trouve beaucoup plus démonstratifs).


Mr Bingley fait partie de mes personnages préférés, avec sa coiffure aussi amusante que son air perpétuellement ahuri. Dans le making of, l'acteur raconte que le réalisateur passait son temps à lui demander de sourire, tandis qu'il avait déjà l'impression de ne faire que ça. Ses quelques mouvements de sourcils en période de crise (impolitesses de Darcy ou de Mrs Bennet notamment, sans parler de l'excellente scène où Kitty demande à sa mère : «why do you keep winking at me ? ») me le rendent particulièrement sympathique. L'actrice de Jane Bennet est pour moi un choix assez surprenant. Je lui trouve un air un peu bovin, même si le but est sans doute d'exprimer la douceur et le caractère réservé de ce personnage généreux...

Très mal assorti dans le livre, le couple Bennet est assez crédible à l'écran. Mrs Bennet est parfois irritante avec son goût immodéré pour les cris suraigus frisant l'ultrason mais elle est plutôt amusante la plupart du temps.
Quant à Mr Bennet, Benjamin Whitrow est pour moi son meilleur interprète si on le compare à celui du film de
Joe Wright (pour moi un peu trop croulant tout de même, même si habituellement j'aime bien l'acteur) ou de Lost in Austen. Voilà un Mr Bennet plein d'humour qui donne à ses répliques ironiques beaucoup de naturel, les glissant avec un air bonhomme très approprié. Le ton choisi pour dire à Elizabeth « Read on » lorsqu'elle découvre la lettre de son oncle suite à la fuite de Lydia est un bon exemple de la performance de Whitrow dans ce rôle.



Tout comme Jane, Caroline Bingley n'a pas été épargnée par le coiffeur de l'équipe, avec les immondes boucles très frisées qui encadrent son visage. Mis à part ce détail physique, l'actrice joue à merveille les langues de vipère. Les Hurst sont assez transparents, mais j'ajouterais, de même que dans le roman. J'avoue un petit faible pour les scènes d'ivrognerie en compagnie de Mr Hurst.

Mr Collins est répugnant mais rend tout à fait le caractère fourbe, obséquieux et profondément stupide du personnage. Ceci dit, dans le making of, l'acteur s'exprime à peu près de la même manière. Et là, c'est vraiment flippant.


à l'actrice d'habitude excellente qui a été choisie pour la version de Joe Wright. Il me semble qu'elle parvient à créer un personnage à part, dans l'excès et la caricature, apportant une touche assez personnelle à ce rôle de femme de pouvoir nombriliste et désagréable. La musique qui accompagne les visites de cette grande dame est génialement appropriée : pompeuse, de mauvais augure, elle ajoute une dimension ironique à ces scènes. Delightful !


Wickam est moins séduisant que dans Lost in Austen ou le film de 2005. Son jeu n'est pas passionnant mais il faut dire que je trouve le personnage un peu falot de manière générale (tout comme Willoughby, le jeune premier de Sense and Sensibility). Quant au colonel Fitzwilliam, je suis étonnée qu'aucune janéite ne le cite parmi les meilleurs partis austeniens.





Le reste du casting est globalement aussi bien choisi, si on pardonne à Mr Gardiner le sourire figé qui ne le quitte presque jamais et si on oublie la légère tendance de Lydia à ouvrir la bouche trop longtemps, à rester les bras ballants ou à réagir trop vite dans certaines scènes. En général je lui trouve une spontanéité et une fraîcheur d'ailleurs vaguement copiées par la version de 2005. Il me semble aussi
que l'accent mis sur l'intérêt de Mary pour Mr Collins est un parti pris intéressant, servi par des regards et des échanges discrets, souvent au second plan de scènes importantes (comme la danse d'Elizabeth et de Mr Darcy). Petite question: ne trouvez-vous pas un petit air de ressemblance entre les portraits de Jane Austen et Mrs Gardiner ?

Outre le casting, pourquoi cette
version me plaît-elle autant ? Le scénario d'abord, suivant donc de près le roman, avec quelques scènes ajoutées qui ne me paraissent pas incohérentes (Lydia en tenue légère ou encore le fameux plongeon de Mr Darcy dans l'étang), à l'exception de deux regards à mon avis trop appuyés d'Elizabeth à Mr Darcy (lorsqu'elle est près de Georgiana au pianoforte et le moment où elle se retourne nettement dans la voiture qu'elle partage avec les Gardiner en quittant Pemberley ; ces deux scènes durent un peu trop longtemps).
De même, la façon de mettre en scène les différences sociales entre les Bennet, les Lucas, les Collins et leurs plus riches voisins sans pour autant trop exagérer. Par exemple avec le choix de robes à imprimés pour les soeurs Bennet et de plumes et de soie pour les soeurs de Bingley. Les nuances entre les familles les plus proches sont aussi assez bien vues (les De Bourgh ou les soeurs Bingley font étalage de leur fortune dans les vêtements ou la décoration, tandis que Bingley et peut-être plus encore Darcy sont beaucoup plus raffinés et discrets).
Les costumes sont pour certains moins chatoyants que
dans d'autres adaptations, mais ils sont très soignés et changent souvent (dans le film de 2005, malgré les très beaux tissus, les superbes robes de Caroline et les habits colorés de la plupart des acteurs, la garde-robe vraiment terne de Keira Knightley me fait penser que la pauvre n'a vraiment pas été gâtée).

Sans tourner au mélodrame, avec pudeur et une certaine dose d'humour, cette série est à mes yeux un exemple d'adaptation de roman très difficilement égalable. Il faut dire que le format long se prête parfaitement à la restitution fidèle du roman ; ce n'était certes pas suffisant pour exceller, mais cet aspect pratique joue certainement en faveur de la série. Sa découverte a été pour moi un coup de foudre. Je la connais maintenant sur le bout des doigts ou presque et j'ai un attachement tout particulier pour cet univers dans lequel j'éprouve un immense plaisir à me plonger. Peut-être cette adaptation a-t-elle quelques défauts... mais c'est encore et toujours celle avec laquelle je préfère m'évader. Le coeur a ses raisons...
Le roman de Jane Austen ; l'adaptation par Joe Wright en 2005. A ce sujet, je vais revenir sur mon billet sur ce film car si je n'ai pas aimé, j'aimerais profiter de la relecture du roman et de la redécouverte de la version 1995 pour en reparler. J'avais vraiment détesté mais n'ayant parlé que des aspects négatifs la première fois, j'ai envie de revenir sur des qualités auxquelles j'ai repensé depuis, à force de débattre et de voir l'autre version.
La version Bollywood de 2004, les Bridget Jones inspirés librement de Pride and Prejudice et Becoming Jane, fausse biopic très influencée par Pride and Prejudice.











Pride and Prejudice, Simon Langton, 1995 (minisérie en 6 épisodes de la BBC)
23:49 Publié dans Film, Jane Austen | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note | Tags : jane austen, pride and prejudice, pride and prejudice bbc, pride and prejudice 1995, colin firth, jennifer ehle, bbc, adaptation austen
12/06/2009
Jane, Thomas, Mr Darcy and Wickham
J'ai abordé Becoming Jane avec une petite appréhension, ayant lu plusieurs avis mitigés qui ne me faisaient pas attendre grand-chose de ce film. Et c'est finalement très positif puisque cette biopic romancée a été une bonne surprise.
Julian Jarrold a choisi de faire le portrait d'une Jane Austen encore jeune et non publiée, lors de sa rencontre avec son grand amour (présenté comme tel) Thomas Lefroy. Des débuts chaotiques où Lefroy provoque et taquine une Jane au sens de la répartie (ironique) développé, jusqu'à la fuite à deux pour un mariage qui n'aura finalement pas lieu, nous suivons l'histoire au final malheureuse de ce couple très épris. La scène finale est celle de leurs retrouvailles, des années plus tard : Jane Austen est alors un auteur réputé marqué par les années ; Thomas, que la vie semble aussi avoir fatigué, est accompagné de sa fille Jane et semble plus amoureux que jamais.
Symbolique, cette dernière partie est représentative du parti pris par le réalisateur. Ce film n'est pas
tout à fait fidèle à la réalité (à ce sujet je vous invite à découvrir le passionnant article de Lori).
Il s'agit plutôt ici d'utiliser la biographie d'Austen comme un matériau brut pour la magnifier ensuite et en faire un vrai roman cinématographique, « à la manière de ». Et, en effet, le scenario semble s'inspirer librement de Pride and Prejudice – que Jane Austen commence d'ailleurs à écrire pendant sa courte histoire avec Thomas Lefroy. Le héros est un mélange de Darcy (peu impressionné par Jane, blasé en compagnie de ces ruraux et assez brutal dans ses propos) et de Wickam (lâche, peu déterminé, d'une droiture douteuse). Il est aussi plus fougueux et cabotin, faisant penser aux soldats de
Meryton et aux héros plus impétueux du XVIIIe. De même, on retrouve un peu Lizzie dans certaines répliques de Jane et dans la relation privilégiée qu'elle entretient avec sa soeur. Les parents font eux aussi penser aux Bennet (le père un peu moins décalé et la mère moins hystérique, restons crédibles) et Lucy Lefroy rappelle Mary : moyennement jolie, elle joue au piano et chante à peu près aussi mal que la 3e fille Bennet.
J'ai vraiment beaucoup apprécié ce film, même s'il s'est un peu éloigné de la vérité historique – je crois même que le mélange entre la biographie et l'influence littéraire austenienne est un de ses points forts. Le casting est irréprochable. Anne Hathaway réussit à se couler dans ce rôle avec élégance, suffisamment pétillante pour rappeler l'esprit ironique des écrits de Jane Austen et assez sobre pour incarner une femme indépendante, intellectuelle, au physique assez quelconque – ce qui n'était pas forcément évident pour une actrice ravissante que j'ai toujours vue dans des rôles très légers de fille jolie,
souriante et bien habillée. James McAvoy, très beau mais un poil soporifique dans Atonement (Reviens-moi) de Joe Wright (mais j'en suis désormais persuadée, c'est ce réalisateur qui est très ennuyeux malgré son sens de l'esthétique développé)... bref je reprends, James McAvoy est tout simplement excellent. A la fois séducteur, malicieux puis malheureux, il parvient à exprimer beaucoup d'émotions, tout en finesse. Et n'oublions pas Julie Walters (Mrs Austen), James Cromwell (Mr Austen), Maggie Smith (Lady Gresham), tout aussi doués que d'habitude, ainsi que Laurence Fox (Mr Wisley) et Lucy Cohu (La Comtesse de Feuillide) dont j'ai maintenant très envie de voir la prestation dans Rebecca.
Les seuls reproches que je pourrais peut-être adresser à ce film tiennent à l'esthétique (les décors et les costumes sont soignés, mais peu de plans sont particulièrement mémorables de ce point de vue-là) et à l'aspect relativement traditionnel de la mise en scène. C'est un très joli film, une charmante comédie romantique – très entraînante et drôle au début, mais il lui manque un petit plus pour se démarquer tout à fait des classiques du genre (Emma de Douglas McGrath est pour moi un bon exemple de réalisation très réussie pour un film d'époque).
Un de mes 2 ou 3 films austeniens préférés pour l'instant (parmi 13 films).
Quelques liens : le Becoming Jane Fansite, une interview de l'équipe du film et les avis de Nameline, Emjy, Alwenn, Plaisirs à cultiver, Hydromielle.

Becoming Jane, Julian Jarrold, 2007






Austen et moi :
Textes de/sur Jane Austen :
Jane Austen, Northanger Abbey – LU, à relire.
Jane Austen, Pride and Prejudice (1813)
Dérivés :
Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009)
Adaptations :
Pride and Prejudice (BBC 1995) – REVU
Sense and Sensibility (1995, film de Ang Lee) - REVU
Emma (1996) - VU
Emma (ITV 1996) – VU
Northanger Abbey (ITV) – VU
Mansfield Park (ITV) – VU
Films dérivés :
Clueless – VU
Bridget Jones’s Diary (2001) / The Edge of Reason (2004)
Lost in Austen (ITV) - REVU
12:56 Publié dans Film, Jane Austen | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : becoming jane, jane austen, costume drama, film d'époque, xixe, xviiie, bbc







































