« Meurtre en rase campagne | Page d'accueil | Les « Lou Books » 2008 »
04/01/2009
Dans la famille irlandaise je demande la petite-fille
Il y a des rencontres qui doivent à peu près tout au hasard. Celle de Miss Lou, petite LCA, et de La Visiteuse de Maeve Brennan fait partie de celles-là. Ayant découvert ce livre en farfouillant parmi les occasions à 1 € d'une librairie, je l'ai lu en quelques heures avant mon départ en vacances... une excellente entrée en matière pour la période de Noël.
Ayant récemment perdu sa mère, avec qui elle vivait à Paris, Anastasia revient en Irlande chez sa grand-mère paternelle, dans la maison de son enfance. S'attendant à pouvoir s'installer définitivement auprès de la seule famille qui lui reste, la jeune femme découvre qu'elle n'est pas la bienvenue et que son séjour ne saurait se prolonger au-delà d'une certaine durée.
Personnage a priori dur et amer, sa grand-mère ne parvient en effet pas à lui pardonner le fait d'avoir suivi sa mère lorsque celle-ci avait déserté le foyer conjugal, pas plus que son absence lors du décès de son père quelques années plus tard. Privée de son enfant unique, la grand-mère peine à faire son deuil et rend Anastasia largement responsable du malheur qui s'est abattu sur sa famille.
En parallèle, une autre femme au destin bien triste intervient à l'occasion dans la vie d'Anastasia et de la grand-mère. Cette femme âgée, Mlle Kilbride, vit seule après la mort d'une mère despote. Souffrant d'un amour de jeunesse jamais oublié, cette vieille fille est l'incarnation de la solitude dans ce qu'elle a de plus dégradant : ridicule avec sa perruque noire, Mlle Kilbride vit dans l'attente d'une visite d'Anastasia, la seule à qui elle pourrait peut-être demander d'exaucer ses dernières volontés.
Sorte de huis clos à l'atmosphère pesante, ce roman semblerait particulièrement représentatif de l'oeuvre de Maeve Brennan, « trois notes (formant) un accord récurrent – la rancune dévorante, la nostalgie dévorante et le besoin d'amour dévorant ».* Difficile d'abandonner ce livre assez angoissant, triste et fait d'espoirs sans cesse contrariés. Devant la froideur de la grand-mère, on continue à attendre un sursaut d'amour, un changement d'attitude qu'un moment d'approbation et de complicité entre elle et Anastasia semble rendre possible. Les revirements d'humeur de même que le retour invariable du rejet peinent autant le lecteur que la jeune héroïne en quête d'un foyer. Mélancolique et hivernal, le cadre a ce charme britannique désuet qui accompagne si bien la narration que je trouve très poétique. La cruauté et la folie ne sont pas loin non plus et tout en attristant le lecteur par sa solitude si parfaite, Anastasia effraie aussi par ses impulsions et son comportement à de rares moments irrationnels. Cette intrusion de l'insolite gagne en intensité en raison du contexte par ailleurs réaliste.
C'est aussi un récit où les hommes sont totalement absents, où les femmes se battent pour le souvenir irréel d'une présence masculine, tâchant de contrôler le présent en se ré-appropriant la réalité afin de la façonner à leur envie.
Un livre délicat et sombre ainsi qu'un excellent roman psychologique !
J'apprécie beaucoup les Editions Joëlle Losfeld (aussi bien la ligne éditoriale que les dossiers complémentaires et les couvertures très réussies). J'espère qu'elles continueront à faire sortir Maeve Brennan de l'oubli dans les pays francophones.
*Note de l'éditeur

93 p
Maeve Brennan, La Visiteuse, 1940's (milieu)
15:21 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : irlande, roman britannique, drame familial, huis clos, maeve brennan, la visiteuse
Commentaires
J'aime bien le côté "roman psychologique", je note le titre.
Écrit par : Cécile | 04/01/2009
Répondre à ce commentairec'est une sorte de novella ? 93 pages... je devrai pouvoir le caser entre deux gros pavés.
Écrit par : Laetitia la liseuse | 04/01/2009
Répondre à ce commentaireJe viens squatter ce billet afin de venir te souhaiter tous mes meilleurs voeux 2009. Santé, amour, amitiés, lectures victoriennes et autres, swap amooooooour et tout y quanti :)
Écrit par : anjelica | 04/01/2009
Répondre à ce commentaireEt bien voilà le premier livre noté en 2009! Je te souhaite une très belle année 2009.
(attention, l'adresse de mon blog a changé)
Écrit par : Gambadou | 06/01/2009
Répondre à ce commentaireBon, ça ne va pas du tout ! Je viens te rendre visite et ma PAL s'agrandit à chaque fois !!! Mais comment je vais tenir mes résolutions de l'année, moi ???
Écrit par : liliba | 08/01/2009
Répondre à ce commentaireTiens c'est bizarre ... il était déjà noté dans ma LAL ! Où ai-je bien pu trouver ce titre ? Mais ton billet ne fait que confirmer que j'avais bien fait la première fois de le noter ;)
Écrit par : Joelle | 08/01/2009
Répondre à ce commentaireBonjour.
J'ai bien aimé ce petit livre, mieux que son recueil de nouvelles « Les origines de l'amour ». Joëlle tu l'avais peut-être noté chez moi?
Yvon
Écrit par : Eireann Yvon | 02/03/2009
Répondre à ce commentaireBonsoir Lou,
Je savais quand même que je n'étais pas chez Joëlle!
Pour « Les origines de l'amour » de Maeve Brennan, il y a une chronique sur mon blog.
Pour résumer, je dirais que cela a vieilli, ces textes furent écrits entre 1950 environ et 1973.
Chose que je n'avais pas ressentie en lisant « La visiteuse ».
A bientôt.
Yvon.
Écrit par : Eireann Yvon | 02/03/2009
Répondre à ce commentaireEt bien je viens de lire ce court roman grâce à Lily. J'ai été touché aussi par ce livre et l'atmosphère qui se dégage !
Écrit par : Alice | 03/03/2009
Répondre à ce commentaire








































Écrit par : Lilly | 04/01/2009
Répondre à ce commentaire