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03/11/2007
Fighting spirits
I worship Edith Wharton. (Evidemment je ne trouve pas mes mots en français. Ne vous étonnez pas, ça devient chronique chez moi)Voilà. C’est dit. Après un énorme coup de Coeur pour Xingu et une agréable surprise avec Libre et Légère, j’ai craqué devant Eté, vendu en occasion à un prix irrésistible. Avec une couverture de Sargent, les dieux s’étaient ligués contre moi. Impossible de lutter. Une seule option s’offrait à moi : repartir en faisant profil bas, un livre de plus à ajouter à ma monstrueuse PAL.
Eté d’Edith Wharton est l’histoire de Charity Royall, une jolie jeune femme assez hautaine vivant chez l’avocat qui l’a recueillie alors qu’elle n’était qu’un nourrisson. Loin de la misère dans laquelle elle était née, Charity se sent largement supérieure aux jeunes filles de son village, plus simples dans leurs manières ainsi que dans leurs amours. Une nuit, l’avocat tente de pénétrer dans la chambre de sa pupille. S’il ne se passe rien, l’incident la conduit à mépriser son tuteur, l’ignorant au quotidien. C’est alors que Charity rencontre le jeune Harney, venu d’une grande ville lointaine. Plus instruit, plus brillant que tout l’entourage de la jeune femme, Harney la séduit de suite.
[Attention spoiler]
[Charity et Harney deviennent bientôt amants, malgré les demandes en mariage répétées de M. Royall. Puis vient l’humiliation lorsque Royall découvre les amants et accuse Harney de ne pas avoir l’intention d’épouser Charity. Car comme chacun le sait au village, il sait qu’il n’a pas besoin de son consentement pour parvenir à ses fins. Pris de remords, Harney quitte le village en promettant à Charity de l’épouser. Bientôt, elle découvre que parmi les arrangements que son amant doit prendre se trouve un problème épineux : Harney est déjà fiancé à une autre jeune femme des environs, aux origines moins troubles que celles de Charity. Lorsque l’héroïne comprend qu’Harney n’a nullement l’intention de revenir auprès d’elle et se décharge de ses obligations envers elle dès lors qu’elle lui demande d’être honnête envers sa fiancée, il est trop tard. Car Charity est enceinte d’Harney. Après une fuite dans la montagne où campent les miséreux et les bandits qui l’ont vue naître, Charity retrouve M. Royall et accepte cette fois-ci docilement de l’épouser. Le roman se termine sur les quelques mots qu’elle envoie à Harney pour l’informer de son mariage. Tout ce qui lui reste à la fin, c’est une broche que lui avait offerte son amant]
Ce roman m’a d’abord un peu ennuyée. Par moments un peu mièvre, il n’avait rien en commun avec l’idée que je me faisais de Wharton : pas de verbe insolent, de réparties ironiques et cinglantes. Loin des salons new-yorkais, ce récit qui se déroule dans la Nouvelle Angleterre prend pourtant son essor après des débuts sympathiques mais peu convaincants. Ce qu’on pouvait voir comme un livre de jeune fille frôlant l’eau de rose devient un roman terriblement cruel où l’on prend en pitié la jeune Charity (qui n’avait pourtant rien de bien touchant jusqu’ici). Ce livre traite de la place faite aux femmes au début du XXe et de leur dépendance dans une société où un mari faisait toute la légitimité de son épouse. Les considérations matérielles et pragmatiques jouent au final un rôle plus important que l’amour. L’arbitrage entre devoir et vouloir est mis en valeur de manière impitoyable. Aussi bien Harney – lâche mais pris au piège par un engagement sans doute contracté avant sa relation avec Charity – que l’héroïne sont les victimes du regard des autres. Le quand dira-t-on est finalement le maître mot de l’histoire et conduit inexorablement à la chute brutale que l’on sait.
254 p
L’avis de Stéphanie.
Edith Wharton, Eté, 1917
12:05 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
Commentaires
Le mot que tu cherches c'est révérer :). J'appelle ce phénomène (oubli de mots, mélanges de langues) un court-circuit linguistique. C'est souvent un synonyme de fatigue, mais tout à fait bénin ;).
Si le sujet de la place des femmes dans la société fin 19e/début 20e. siècle et le role du mariage t'interesse à ce point, je te conseille "Une maison de poupée" d'Ibsen.
Ecrit par : Agnès | 03/11/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai fini "Le Temps de l'innocence" que j'ai adoré, même si on n'y retrouve pas l'ironie mordante de "Xingu". "Eté" est dans ma LAL, je ne suis pas loin de devenir une fan inconditionnelle d'Edith Wharton.
Ecrit par : Caroline | 03/11/2007
Répondre à ce commentaireah mais il faut que je m'y mette aussi!
Tu les lis en VO ?
Ecrit par : Emeraude | 03/11/2007
Répondre à ce commentaireC'est le premier roman que j'ai lu de l'auteur, je l'ai trouvé très audacieux pour l'époque et quand j'ai lu qu'au moment de sa publication, en 1917, il a créé un véritable scandale cela ne m’a pas étonnée !!
Ecrit par : Florinette | 03/11/2007
Répondre à ce commentaire@Karine : tu peux tester avec sa nouvelle Xingu, commencer directement avec son chef d'oeuvre "le temps de l'innocence" (mais si j'ai bien compris cela ne représente pas le mordant qu'il y a dans ses autres livres). Dem on côté, je conseille beaucoup "les beaux mariages" que j'ai adoré.
"Eté" est très très bien aussi :)
Ben quoi, serais un peu fan? :) Oui!
@Lou : as tu aussi les beaux mariages? j'ai adoré :)
@Florinette : vu le sujet, je ne doute pas que ce livre ai fait scandale, merci en tous cas pour cette information.
Ecrit par : Stéphanie | 04/11/2007
Répondre à ce commentaireAujourd'hui entre le post de Caroline que je viens de lire et le tien, je ne peux qu''avoir envie de la découvrir.
Ecrit par : Anne | 04/11/2007
Répondre à ce commentairetoo bad you missed the opium Europe launch Party... but do not hesiate to submit your texts, we cxan publish them :)
cheers
KN
Ecrit par : negrito | 04/11/2007
Répondre à ce commentaireJe ne connais cette auteure qu'à travers le film "Le temps de l'innocence" mais je suis sûre que cela me plairait beaucoup, au vu de tes billets.
Ecrit par : Joelle | 05/11/2007
Répondre à ce commentaireJe vais commencer la découverte de Wharton grâce à mon challenge ABC 2008: "Le temps de l'innocence" est dans ma PAL depuis quelques temps dejà ;-) Si je trouve "Eté" (surtout avec cette jolie couverture) je suis certaine de craquer grâce ton charmant billet!
Ecrit par : katell | 05/11/2007
Répondre à ce commentaireJ'ai été obligée de sauter une partie de ta critique à cause des spoilers... je vais très vite lire Xingu, puis l'age de l'innocence et celui-ci... !!
Ecrit par : Choupynette | 06/11/2007
Répondre à ce commentaire"Ete" a effectivement fait scandale à sa sortie mais cela n'est pas étonnant : l'héroïne rompt avec tous les codes sociaux et moraux de l'époque en allant batifoler avec son amant dans les bois. La fin du roman ne pouvait être autrement : il fallait qu'elle réintègre "le droit chemin" car Edith Wharton était pleinement consciente des limites à ne pas dépasser. (D'ailleurs, elle-même avait ses propres limites, données par son éducation et sa position sociale.) A lire d'elle, car ce sont vraiment ses meilleurs romans : "The house of Mirth" (traduction : "chez les heureux du monde" et "Ethan Frome".
Ecrit par : Porky | 08/05/2008
Répondre à ce commentaire@ Porky : Merci beaucoup pour ce commentaire ; effectivement Wharton pouvait difficilement rompre totalement avec les codes sociaux et en ce sens ce livre est tout à fait crédible. Sur le plan subjectif, j'ai été un peu déçue même si le roman est intéressant à d'autres égards. "Ethan Frome" m'attend sagement depuis un mois... et je ne manquerai pas de lire "the house of Mirth" après mon coup de foudre pour cet auteur.
Ecrit par : Lou | 08/05/2008
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Ecrit par : Karine | 03/11/2007
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