10/07/2009
Once you put your hand in the flame
Après l'échec et mat du dernier livre de poche, voici une deuxième lecture érotique pour Miss Lou qui a décidément de bien coquines lectures cet été. Si ma première tentative pour rendre ce blog un soupçon libertin n'a pas été une franche réussite, la découverte de La Belle Endormie de Gérard de Cortanze a été bien plus plaisante.
Servie par un style agréable et un cadre historique qui n'était pas pour me déplaire, l'histoire se déroule en Italie, entre la bibliothèque royale de Turin et l'ancien domaine des Cortanze. Entourées de mystère, les recherches généalogiques du narrateur aboutissent à la découverte d'un texte érotique signé par Maria Galante, une Cortanze ayant vécu au XVIIIe et poursuivie par une drôle de légende. Elle aurait été indirectement mêlée au meurtre d'un abbé qui sans doute la violait mais, peut-être pour asseoir sa sulfureuse réputation, la voilà qui viendrait aussi hanter son ancienne chambre et participer aux ébats des jeunes couples mariés auxquels la pièce est généralement réservée, le château ayant été converti en hôtel. Poussé par la curiosité, le narrateur décide de mettre les rumeurs à l'épreuve en louant la chambre de Maria Galante.
Comme le dit si bien Léthée, l'érotique n'est qu'un prétexte, de même que l'aspect morbide pour le moins présent dans les mises en scène de Maria Galante et d'autres. Voilà avant tout un roman qui grâce à son intrigue solide et originale mène son lecteur par le bout du nez, jusqu'à la fin qui constitue à mon sens le point faible de ce livre. Tout s'enchaîne rapidement et m'a laissé un goût d'inachevé ; bref, une petite déception car j'avoue que j'attendais beaucoup du déroulement une fois les premiers pions placés pour une partie qui semblait très prometteuse. Entre fantasmes et réalité, l'onirique et l'influence libertine du XVIIIe font de cette lecture un très agréable divertissement, auquel il ne manquerait pas grand-chose pour être tout à fait envoûtant.
A noter au passage le curieux titre, qui évoque Kawabata mais aussi Elizabeth Taylor.
Un avis sur Blue Moon, un autre chez Léthée. Et merci beaucoup à Adeline !
(PS : je n'ai pas oublié le tag qui m'attend !)

122 p
Gérard de Cortanze, La Belle endormie, 2009
17:29 Publié dans Littérature française et francophone | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : la belle endormie, gérard de cortanze, libertins, italie, xviiie, roman xviiie, fantômes, mystère, château, roman historique
12/06/2009
Jane, Thomas, Mr Darcy and Wickham
J'ai abordé Becoming Jane avec une petite appréhension, ayant lu plusieurs avis mitigés qui ne me faisaient pas attendre grand-chose de ce film. Et c'est finalement très positif puisque cette biopic romancée a été une bonne surprise.
Julian Jarrold a choisi de faire le portrait d'une Jane Austen encore jeune et non publiée, lors de sa rencontre avec son grand amour (présenté comme tel) Thomas Lefroy. Des débuts chaotiques où Lefroy provoque et taquine une Jane au sens de la répartie (ironique) développé, jusqu'à la fuite à deux pour un mariage qui n'aura finalement pas lieu, nous suivons l'histoire au final malheureuse de ce couple très épris. La scène finale est celle de leurs retrouvailles, des années plus tard : Jane Austen est alors un auteur réputé marqué par les années ; Thomas, que la vie semble aussi avoir fatigué, est accompagné de sa fille Jane et semble plus amoureux que jamais.
Symbolique, cette dernière partie est représentative du parti pris par le réalisateur. Ce film n'est pas
tout à fait fidèle à la réalité (à ce sujet je vous invite à découvrir le passionnant article de Lori).
Il s'agit plutôt ici d'utiliser la biographie d'Austen comme un matériau brut pour la magnifier ensuite et en faire un vrai roman cinématographique, « à la manière de ». Et, en effet, le scenario semble s'inspirer librement de Pride and Prejudice – que Jane Austen commence d'ailleurs à écrire pendant sa courte histoire avec Thomas Lefroy. Le héros est un mélange de Darcy (peu impressionné par Jane, blasé en compagnie de ces ruraux et assez brutal dans ses propos) et de Wickam (lâche, peu déterminé, d'une droiture douteuse). Il est aussi plus fougueux et cabotin, faisant penser aux soldats de
Meryton et aux héros plus impétueux du XVIIIe. De même, on retrouve un peu Lizzie dans certaines répliques de Jane et dans la relation privilégiée qu'elle entretient avec sa soeur. Les parents font eux aussi penser aux Bennet (le père un peu moins décalé et la mère moins hystérique, restons crédibles) et Lucy Lefroy rappelle Mary : moyennement jolie, elle joue au piano et chante à peu près aussi mal que la 3e fille Bennet.
J'ai vraiment beaucoup apprécié ce film, même s'il s'est un peu éloigné de la vérité historique – je crois même que le mélange entre la biographie et l'influence littéraire austenienne est un de ses points forts. Le casting est irréprochable. Anne Hathaway réussit à se couler dans ce rôle avec élégance, suffisamment pétillante pour rappeler l'esprit ironique des écrits de Jane Austen et assez sobre pour incarner une femme indépendante, intellectuelle, au physique assez quelconque – ce qui n'était pas forcément évident pour une actrice ravissante que j'ai toujours vue dans des rôles très légers de fille jolie,
souriante et bien habillée. James McAvoy, très beau mais un poil soporifique dans Atonement (Reviens-moi) de Joe Wright (mais j'en suis désormais persuadée, c'est ce réalisateur qui est très ennuyeux malgré son sens de l'esthétique développé)... bref je reprends, James McAvoy est tout simplement excellent. A la fois séducteur, malicieux puis malheureux, il parvient à exprimer beaucoup d'émotions, tout en finesse. Et n'oublions pas Julie Walters (Mrs Austen), James Cromwell (Mr Austen), Maggie Smith (Lady Gresham), tout aussi doués que d'habitude, ainsi que Laurence Fox (Mr Wisley) et Lucy Cohu (La Comtesse de Feuillide) dont j'ai maintenant très envie de voir la prestation dans Rebecca.
Les seuls reproches que je pourrais peut-être adresser à ce film tiennent à l'esthétique (les décors et les costumes sont soignés, mais peu de plans sont particulièrement mémorables de ce point de vue-là) et à l'aspect relativement traditionnel de la mise en scène. C'est un très joli film, une charmante comédie romantique – très entraînante et drôle au début, mais il lui manque un petit plus pour se démarquer tout à fait des classiques du genre (Emma de Douglas McGrath est pour moi un bon exemple de réalisation très réussie pour un film d'époque).
Un de mes 2 ou 3 films austeniens préférés pour l'instant (parmi 13 films).
Quelques liens : le Becoming Jane Fansite, une interview de l'équipe du film et les avis de Nameline, Emjy, Alwenn, Plaisirs à cultiver, Hydromielle.

Becoming Jane, Julian Jarrold, 2007






Austen et moi :
Textes de/sur Jane Austen :
Jane Austen, Northanger Abbey – LU, à relire.
Jane Austen, Pride and Prejudice (1813)
Dérivés :
Marsha Altman,The Darcys and the Bingleys (2009)
Adaptations :
Pride and Prejudice (BBC 1995) – REVU
Sense and Sensibility (1995, film de Ang Lee) - REVU
Emma (1996) - VU
Emma (ITV 1996) – VU
Northanger Abbey (ITV) – VU
Mansfield Park (ITV) – VU
Films dérivés :
Clueless – VU
Bridget Jones’s Diary (2001) / The Edge of Reason (2004)
Lost in Austen (ITV) - REVU
12:56 Publié dans Film, Jane Austen | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : becoming jane, jane austen, costume drama, film d'époque, xixe, xviiie, bbc







































