12/01/2012

Jane Austen's turn

austen_persuasion.jpgC'est avec fébrilité que j'ai ouvert et dévoré en quelques jours Persuasion, le seul roman austenien dont je ne connaissais pas encore l'histoire (billet rédigé à l'été 2009 mais jamais publié !). Car oui, amis lecteurs, il m'arrive de résister courageusement aux appels sournois des adaptations télévisées qui, diaboliques, me font pourtant de l'oeil depuis quelque temps [depuis l'époque où j'ai écrit ce billet j'ai vu et même chroniqué les deux adaptations mais promis juré je ne connaissais rien à Persuasion en ouvrant le roman].

Persuasion ne sera pas mon Austen favori mais, comme tous les autres, il occupera une place à part dans ma bibliothèque. A Emma, je reprochais quelques longueurs tout en trouvant l'héroïne amusante et finalement, très attachante. Persuasion est en quelque sorte mon anti-Emma. Anne Elliot occupe une place particulière dans l'univers austenien, en raison de son âge et de son parcours ; son histoire se lit avec plaisir tandis que la plus grande concision et la structure permettent  au roman de gagner en efficacité. Mais, si j'admire toutes les héroïnes austeniennes et qu'Anne Elliot ne fait pas figure d'exception, j'ai été moins séduite par ce personnage un peu trop parfait à mon goût.

Influencée par ses proches, Anne Elliot a éconduit le capitaine Wentworth voilà 8 ans de cela. Un choix étonnament raisonnable pour une jeune femme amoureuse d'un homme sans rang ni fortune. Aujourd'hui, approchant de la trentaine, Anne n'a toujours pas oublié son capitaine ; lui non plus, à ceci près qu'il ne lui a toujours pas pardonné d'avoir rompu leur engagement autrefois.

Contrairement aux jeunes héroïnes austeniennes, Anne est une femme plus mûre, plus réfléchie, sur le point de perdre les derniers éclats de sa jeunesse. Eclats qui à l'époque n'étaient plus qu'un lointain souvenir passé le cap de la trentaine (comme quoi, le monde austenien a aussi de sérieux inconvénients !). Ayant été raisonnable trop tôt, ce n'est que maintenant qu'Anne accepte d'écouter ses sentiments. Elle sait désormais qu'elle est incapable de faire un mariage de raison et d'épouser un homme de fortune ou  bien né sans amour ; le temps lui a aussi permis de reconnaître la sincérité de son premier attachement. Curieusement, Anne est devenue à la fois plus romantique et sage. D'une part, elle n'est pas prête à se marier puisque son coeur est déjà pris et se comporte de la sorte comme une très jeune héroïne ; de l'autre, elle a appris à mieux se connaître. Refuser toute autre forme de mariage est finalement compréhensible, puisque cela ne servirait en rien à la rendre heureuse.

bbc-persuasion.jpgCe qui me rend Anne un  peu moins sympathique que d'autres personnages austeniens, c'est son attitude parfaite en toute circonstance. Elle est généreuse et s'épanouit en apportant son soutien à d'autres, du neveu blessé à la soeur égocentrique, en passant par l'ancienne amie dans le besoin et la femme qui semble avoir séduit récemment le capitaine Wentworth. Elle est toujours amoureuse dudit capitaine mais souhaite ardemment la guérison de sa probable rivale, ne voulant que le bonheur de son cher et tendre et d'une jeune femme après tout très sympathique. Elle supporte sans mot dire les remarques déplacées de ses proches et le peu de considération dont ils font preuve à son égard. C'est un excellent juge qui, contrairement à son entourage, n'est pas aveuglée par de trompeuses apparences. En résumé, Anne Elliot est  (notamment) bonne, juste, fidèle, dévouée, courageuse, intelligente, spirituelle  et droite. Elle s'efface au profit des autres et ne semble jamais émettre la moindre plainte lorsque sa situation le justifierait, faisant preuve d'une abnégation admirable. Et, alors que son seul défaut semble tenir au moment de faiblesse au cours duquel on l'a persuadée de renoncer à un mariage d'amour, Anne conclut de la sorte :
... I was right in submitting to her, and that if I had done otherwise, I should have suffered more in continuing the engagement than I did even in giving it up, because I would have suffered in my conscience. I have now, as far as such a sentiment is allowable in human nature, nothing to reproach myself with ; and if I mistake not, a strong sense of duty is no bad part of a woman's portion” (p 291)
Je l'avoue, je préfère une Elizabeth un peu impétueuse, une Catherine “un brin” romanesque ou une Emma mauvaise juge. Ce n'est pas tant parce qu'Anne est très posée qu'elle m'agace un peu que parce qu'elle est moralement trop parfaite et finalement, indirectement moralisatrice (envers son père et sa soeur aînée ou encore son cousin Elliot).

Malgré tout, Anne est un personnage complexe et différent qui ne manque pas d'intérêt. Persuasion est aussi passionnant en raison de l'épatante galerie de personnages secondaires, toujours riche et décrite avec brio par Jane Austen. Parmi mes favoris, on peut citer sa soeur Mary, obsédée par sa petite personne et toujours prête à signifier à Anne combien elle est transparente et sans intérêt aux yeux de leurs connaissances, sans pour autant faire volontairement preuve de méchanceté. 

Moins ironique et moins drôle que les autres romans d'Austen que je connais, cette oeuvre reflète certainement l'état d'esprit de l'écrivain qui, au moment où elle rédige Persuasion, voit sa santé décliner  rapidement. Questionnements, bilan sur les choix de jeunesse, ce texte peut-être plus douloureux a visiblement un caractère en partie autobiographique.

Mes billets sur les deux adaptations de Persuasion :

Mes autres billets sur des romans et textes narratifs de Jane Austen :

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297 p

Jane Austen, Persuasion, 1818 (publication posthume)

Lu dans le cadre du mois anglais organisé avec les très British  Cryssilda et Titine et ici sur ce blog. Lu également pour le challenge God Save the Livre et pour le challenge austenien d'Alice in Wonderland que j'inaugure sur mon blog (il était temps) !logo mois anglais2.jpg

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13/11/2009

Un jour mon prince viendra... didiiiididiidida !

persuasionitv.jpgAprès l'adaptation de Persuasion par la BBC de 1995, j'ai donc découvert le récent téléfilm d'ITV que j'ai également beaucoup apprécié, mais pour de toutes autres raisons.

Rappelons brièvement l'histoire – ce que j'ai omis de faire dans mon dernier billet, mea culpa. Anne Elliot approche de la trentaine (et du statut de vieille fille) alors qu'à l'âge de 19 ans, sur les conseils d'une amie proche de la famille, elle a accepté puis repoussé la demande en mariage du capitaine Wentworth, marin alors sans ressources ni garanties. Anne vit avec son père et l'une de ses sœurs, deux personnages vaniteux dépensant tant et si bien que les Elliot sont contraints de louer leur propriété et de s'installer à Bath pour ne pas se retrouver sans le sou. Les nouveaux locataires sont de la famille du capitaine Wentworth, qu'Anne va être amenée à croiser de nouveau.

persuasion-itv-03.jpgLes faiblesses de la version ITV tiennent pour moi aux libertés prises avec le texte : à partir d'un roman relativement court surgit un scénario parfois décousu où certains développements importants sont laissés de côté ou revus et corrigés, rendant l'histoire un peu incohérente. La fin montrant une Anne qui se met à courir dans tout Bath nous permet de savourer des décors superbes mais ne présente pas un grand intérêt ; le contexte dans lequel le capitaine Wentworth lui renouvelle sa demande par écrit est complètement faussé par le fait qu'il n'a jamais entendu les déclarations d'Anne au sujet de la constance des femmes en amour, privant leur histoire d'un élément qui donnait tout son sens à la conclusion du roman.

persuasion-itv-05.jpgCertains personnages sont traités de manière superficielle : c'est par exemple le cas du père d'Anne Elliot. Cela ne m'a toutefois pas particulièrement dérangée, le choix des acteurs et la mise en scène permettant de rester fidèle au contexte grâce à quelques répliques bien choisies. Plusieurs seconds rôles crèvent l'écran : le père donc, portrait très fidèle du Sir Elliot du roman ou encore Mary Musgrove, la sœur hypocondriaque et nombriliste (incarnée avec une fraîcheur bienvenue par une actrice qui s'est complètement ré-approprié ce rôle un peu ingrat). Seule Elizabeth Elliot me semble un peu fade ; sa coiffure est aussi le seul élément à m'avoir gênée en ce qui concerne les costumes et les styles de coiffure (à force d'en faire trop il me semble que l'on frôle le ridicule, avec de plus une coiffure peu seyante).

persuasionITV-2007-01.jpgAnne Elliot et le capitaine Wentworth sont incarnés par des acteurs bien différents de ceux de la version de 1995, plus en phase avec les derniers films d'époque austeniens : plus jeunes, plus attirants, plus consensuels. Leur jeu est convaincant et touchant. Je trouve cependant un peu dommage que le réalisateur ait choisi de dévoiler dès le début leurs sentiments, qui sont bien moins transparents dans le livre et dans l'adaptation de 1995 qui met en avant la complexité de la situation dans laquelle ils se trouvent, après des années de silence, sans rien savoir du parcours de l'autre et de son état d'esprit.

persuasionITV-02.jpgCes petites «faiblesses» sont autant de choix du réalisateur que je n'aurais sans doute pas faits si j'avais pu un jour adapter ce roman, mais qui me semblent relativement crédibles et légitimes et aboutissent finalement à un film plutôt réussi. Mais c'est un aspect que je n'ai pas encore évoqué qui fait pencher la balance en faveur de ce film : son côté très esthétique, qui m'a totalement enthousiasmée. Le fait de filmer sans caméra fixe peut surprendre mais donne du mouvement et un dynamisme certain à cette adaptation, dont les couleurs aux tons pastel m'ont enchantée. Les costumes soignés s'accordent merveilleusement à cet univers. Les paysages sont de toute beauté, qu'il s'agisse de la représentation de Bath, de la campagne ou du littoral anglais. Un régal pour les yeux, surtout pour les amoureux de l'Angleterre.

Au final, une adaptation à voir et à revoir cet hiver les jours de pluie...

Persuasion, un film de Simon Burke, 2007

04/11/2009

Jane, le come back du retour !

persuasion95-dvdcover.gifJ'ai lu cet été Persuasion mais je n'ai pas eu le temps de finaliser mon billet depuis. Qu'à cela ne tienne ! Je commencerai par un billet sur une adaptation de ce roman.

Première découverte vendredi dernier avec la version BBC de 1995 qui m'avait été prêtée par Isil. Ce film est fidèle au roman et parvient à s'en tenir à l'essentiel sans nuire à l'histoire grâce à un choix de scènes très pertinent. Les acteurs divisent sans doute les amateurs de Jane Austen, le capitaine Wentworth n'ayant rien d'un jeune premier ; cela dit, son physique plutôt atypique ne m'a pas paru incohérent pour ce rôle d'homme encore jeune qui a tout de même baroudé à travers le monde. L'actrice principale a un visage sans doute plutôt quelconque, progressivement embelli par un maquillage approprié à l'évolution de son état d'esprit ; son jeu correspond bien à l'idée que je me faisais d'Anne Elliot, me la rendant d'ailleurs plus sympathique que l'héroïne telle que je me l'étais imaginée en lisant le roman (mais c'est une autre histoire sur laquelle je reviendrai bientôt).

persuasion95_03.jpgQuelques choix un peu incongrus cela dit : au niveau du casting, le père tient finalement moins à son apparence que je ne le pensais et n'a rien de l'homme de belle prestance annoncé dans le roman ; quant aux relations choisies des Elliot à Bath, autant dire que le maquillage frôle le ridicule. Ma plus grosse critique tient au fait que ce téléfilm a terriblement mal vieilli. Réalisé à la même période que Pride and Prejudice de la BBC (aux couleurs un peu passées et à la réalisation sans grand intérêt sur le plan cinématographique, même s'il s'agit de mon adaptation favorite), ce film n'est pas très esthétique : les couleurs sont ternes ou risibles (je songe à la mer flamboyante aux couleurs kitsch); certains plans sont mal filmés comme par exemple un paysage sous la pluie à travers une fenêtre qui devient totalement inintéressant ou encore la chute de Louisa Musgrove.

persuasion95_01.jpgMalgré ces réserves j'ai beaucoup apprécié cette adaptation que je trouve un peu datée mais intelligemment construite et agréable à regarder. A noter qu'Henrietta Musgrove n'est autre que Victoria Hamilton (la reine dans Victoria and Albert, ou encore Mrs Forster dans Pride and Prejudice 1995 et Maria Bertram dans Mansfield Park 1999).

 

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A venir très vite : le téléfilm d'ITV découvert samedi soir (quand on aime Austen, on ne compte pas !).

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Persuasion, un film de Roger Michell, BBC 1995

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