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25/02/2017

Eric de Kermel, La Libraire de la Place aux Herbes

kermel_librairie de la palce aux herbes.jpgProposez-moi un livre parlant de libraire ou de bibliothécaire et j'aurai du mal à vous dire non. Comme toute lectrice vorace qui se respecte, j'aime l'esprit si particulier qui règne dans les bibliothèques et plus encore selon moi, dans les librairies. Alors dès qu'un roman me donne l'occasion de retrouver cet univers douillet au coin d'une page, je ne boude pas mon plaisir. C'est un peu comme tout ce qui parle de salons de thé anglais, je ne sais pas passer à côté en feignant le snobisme et l'indifférence la plus totale.

Malheureusement, je ressors souvent un peu déçue de ces lectures, jamais tout à fait à la hauteur de mes espérances même si je passe en général un bon moment malgré tout. Ami lecteur qui passez par là, si vous avez des titres à me conseiller, je suis tout ouïe ! 

La Libraire de la place aux herbes ne fait pas exception à la règle. Il y est question d'une ancienne enseignante qui plaque tout pour venir s'installer à Uzès et racheter une librairie - qui m'a paru très grande, un peu trop pour que j'arrive tout à fait à y croire, mais en même temps il est agréable d'imaginer qu'un rachat de librairie puisse être un aussi beau succès (belle librairie, une clientèle solide, des rencontres avec des écrivains qui font venir plus de 100 personnes...). Ça donne envie d'ouvrir sa propre librairie !

On sait de la libraire qu'elle entretient des relations tendues avec sa fille et qu'elle s'entend mieux avec son fils. Son conjoint architecte fait des allers-retours sur Paris. Elle a aussi un fort attachement à l'Afrique du Nord (j'ai d'ailleurs trouvé qu'on sentait tout au long du livre cet intérêt particulier de l'auteur pour cette région - par contre, hormis l'Irlande évoquée à quelques reprises, peu d'autres références géographiques).

A chaque nouveau chapitre, un nouveau nom. Ce sera celui d'un client, dont l'histoire sera liée à ses passages dans la librairie le temps de quelques pages. Le principe est sympathique et on se laisse facilement porter par ces récits qui se succèdent et nous font découvrir une galerie de personnages assez divers. Nathalie s'intéresse à eux, leur propose des titres pouvant leur correspondre et cherche à les aider.

Globalement, voilà un roman agréable, aux allures de feel-good novel. J'ai sincèrement apprécié les premiers chapitres, avant d'être gagnée par la lassitude. Tout d'abord les héros de chaque chapitre ont pour la plupart des profils atypiques (le soldat blessé, la religieuse, le pèlerin, le facteur qui devrait être en train de faire ses études pour devenir comédien). Peu de personnages ordinaires auxquels j'aurais pu plus facilement m'attacher, comme la jeune Chloé... et encore, elle est habillée comme une énorme caricature de la famille catho de base, et n'a encore jamais choisi une seule de ses lectures car sa mère le fait pour elle. Qu'elle ait une mère tyrannique, je veux bien, mais qu'adolescente elle ait besoin de l'intervention de Nathalie pour se rendre compte qu'elle pourrait essayer de lire un peu par elle-même, je n'y crois pas trop. Ensuite, la libraire elle-même a fini par m'agacer un peu à force de se mêler de tout ce qui ne la regarde pas et de donner des leçons de vie à certains clients. Enfin, le roman suit une philosophie humaniste, avec un regard tourné vers l'autre et en arrière-plan une conscience écologiste : on ne peut qu'adhérer, même s'il en ressort de nombreuses réflexions pleines de bons sentiments (non qu'elles soient stupides). Encore une fois ce n'est pas une critique englobant tout le livre, mais plutôt le fait qu'au bout d'une centaine de pages, j'ai eu l'impression que ce roman resterait plaisant mais n'avait plus de surprise à me réserver. Dernier bémol : les dialogues pas naturels pour un sou. J'ai eu l'impression que ça s'améliorait un peu vers la deuxième moitié, mais je m'étais peut-être aussi habituée.

Je ne ressors pas de ce roman avec de très nombreuses envies de lecture hormis Voyages avec l'Absente d'Anne Brunswic, qui promet cependant une belle découverte.

Si vous aimez les livres, tentez votre chance et laissez vous embarquer dans cette lecture détente qui, malgré les défauts que je lui trouve, reste pleine de bonnes idées et de passages intéressants.

D'autres avis dans l'ensemble très positifs : La Tête dans les Livres, Vol de Livre.

En librairie le 23 février.

Merci aux Editions Eyrolles pour cette découverte. Et après avoir lu les épreuves non corrigées, j'ai eu le plaisir de recevoir la copie finale et un très joli tote bag. Merci pour cette délicate attention !

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222 p

Eric de Kermel, La Libraire de la Place aux Herbes, 2017

03/05/2015

Shelly King, Le Coeur entre les Pages

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Demain sortira en librairie Le Coeur entre les pages de Shelly King (The Moment of Everything pour la version originale). Ne vous fiez pas au titre, ce n'est pas une romance à proprement parler. Même si... j'y reviendrai ensuite.

La petite trentaine, Maggie s'est installée depuis la fin de ses études dans la Silicon Valley pour profiter des nombreuses opportunités liées au développement d'Internet. Elle traverse une mauvaise passe depuis une rupture et son licenciement d'une start-up branchée, mais en profite pour passer ses journées à squatter dans une librairie d'occasion, en lisant des romans à l'eau de rose pleins de torses virils et de demoiselles en détresse. Affligé de la voir occuper ses journées de cette façon, son meilleur ami la pousse à retrouver du travail et essaie de la mettre en relation avec une femme d'affaires très influente. Mais Maggie ne se trouve finalement pas si mal dans sa librairie poussiéreuse, malgré la présence du chat Grendel, véritable boule puante qui l'attaque de temps en temps lorsqu'elle passe trop près de ses repères de bibliophile averti. Le destin de la jeune femme est chamboulé par la découverte entre les pages de Lady Chatterley d'une correspondance amoureuse entre deux inconnus, Henry et Catherine.

Ce roman entre dans la catégorie des livres « doudous », qu'il fait bon lire quand le temps est aussi maussade qu'il a pu l'être ces derniers jours. On s'imagine bien avec une petite tasse de thé et ce livre qui se laisse lire tout seul - du moins sur plusieurs parties en ce qui me concerne. L'atmosphère est le point fort du roman, qui nous plonge à San Francisco dans les années 2000. Comme Maggie, on s'imagine porter des Tee-shirts de geeks en sirotant de mauvais cafés ou de petits bourbons, la nuit, dans une cour pleine de plantes et de visiteurs – qui sait, un exemplaire des Chroniques de San Francisco à la main. De même, on aime imaginer les dédales du Dragon Fly, les trouvailles, les habitués et les correspondances secrètes. J'ai néanmoins un peu décroché à moment donné, lorsque l'héroïne vit à son tour une histoire d'amour. En matière de littérature, je ne suis pas très fleur bleue ; autant je peux tout à fait comprendre l'intérêt d'un Mr Darcy tout en retenue, autant je m'ennuie mortellement quand on menace de basculer dans la romance à tout moment. Heureusement pour moi, le livre reprend un nouveau souffle après cette passade trop guimauvesque pour moi. La librairie, personnage à part entière, occupe de nombreux passages et joue un rôle déterminant dans la reconstruction de l'héroïne. Si j'ai beaucoup aimé cet endroit où les seuls fauteuils de lecture disponibles sont dans la vitrine, j'ai regretté de ne voir Maggie lire que des titres de romans à l'eau de rose avec quelques démonstrations de virilité, alors que le cadre était idéal pour faire des clins d'oeil littéraires plus intéressants. J'aurais adoré découvrir quelques pépites grâce aux libraires décalés du Dragon Fly.

A noter pas mal de coquilles agaçantes (notamment le futur remplaçant régulièrement le conditionnel) mais j'ai lu la sortie presse, j'imagine que des corrections ont dû être apportées entretemps.

Une lecture plaisir en tout cas, grâce à ce petit voyage américain bien plaisant.

Une citation qui ne laissera pas indifférents beaucoup de lecteurs: Les librairies sont des créatures romantiques. Leurs marchandises vous séduisent et leurs problèmes vous brisent le coeur. Tous les grands lecteurs rêvent d'en avoir une. Ils pensent que passer la journée au milieu de tous ces livres sera le grand accomplissement de leur passion. Ils ne savent pas encore qu'il faut trier ce qui rentre, suivre ce qui sort, ils ignorent qu'on attrape des maux de tête à force de faire de la manutention et de ranger dans les rayons, et tout cela pour très peu d'argent. Ces lecteurs ne pensent qu'au mariage sans accorder beaucoup d'attention à la vie conjugale. Les livres sont une lourde charge, et il n'y a pas d'échappatoire (p 370).

Merci à Anaïs et aux éditions Préludes pour cette découverte.

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374 p

Shelly King, Le Coeur entre les Pages, 2014