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06/08/2008

Flor de mi Secreto

casas ros _theoreme_almodovar.jpgOops ! J’ai pris du retard avec mes notes sur les livres du Prix Landerneau. Voilà donc un billet sur Le Théorème d’Almodovar, lu à Royan, entre chaise longue, serviette de plage et matelas nocturne.

L’histoire est celle du narrateur, Antoni Casas Ros, défiguré par un accident de voiture et vivant isolé depuis. Déménageant régulièrement, se promenant la nuit, travaillant à distance, Antoni voit sa vie bouleversée par l’arrivée de nouveaux éléments : un cerf, celui de l’accident, qui le retrouve en ville après des années ; Almodovar, qui veut faire un film sur lui et lui présente Lisa ; et justement, Lisa, prostituée transsexuelle au grand cœur qui se prend rapidement d’affection pour l’homme sans visage.

Beaucoup de thématiques se dégagent de ce court livre assez complexe.

Le corps, objet de fascination, soulève de nombreuses questions : dans quelle mesure l’identité d’un individu est-elle dépendante du corps qui l’emprisonne? Opposé à l’essence, concept abstrait, le corps encombrant prend ici diverses formes : le visage déchiré, aux traits cubistes ; l’androgyne (à travers la fascination qu’exerce la belle Lisa, son évocation de la transsexualité) ; ou encore avec Almodovar, dont le corps est l’antithèse de celui du héros, sans angles, tout en rondeur.

L’ombre du franquisme et les séquelles de la guerre d’Espagne se font aussi sentir. Sans être le sujet principal, il suit le héros depuis des années, lorsqu’il a découvert que son père était un fasciste probablement impliqué dans la disparition de communistes.

Le cinéma est aussi évoqué à travers l’univers d’Almodovar (plus largement, l’Art en général est abordé, avec de brèves évocations donnant du narrateur l’image d’un homme cultivé). Le choix des séquences du film, des acteurs, les prises de vue, la trame de l’histoire sont plusieurs fois discutés.

J’avoue avoir été saisie par l’étrange entrée en matière, la première phrase assez curieuse, peut-être un peu pompeuse, qui ne laisse pas facilement présager de la suite. Ce livre est étonnant, déconcertant. Bien écrit, il est empreint d’une grande sensualité. Très introspectif, il aborde beaucoup de questions essentielles, comme l’urgence de vivre ou l’emprisonnement des individus dans des carcans qu’ils s’imposent souvent. La biographie se mêle au surréalisme, le tout pour un résultat troublant, d’une beauté étrange. Intéressant.

Extraits :

« L’attraction terrestre, l’attraction que tout corps exerce sur tout autre, les rencontres fortuites d’objets, une voiture contre un arbre par exemple, sont de celles qui ont détourné ma vie.

Depuis quinze ans, personne ne m’a vu. Pour avoir une vie, il faut un visage. Un accident a détruit le mien et tout s’est arrêté une nuit, à vingt ans. Ma première rencontre avec Newton. Depuis, j’ai lu avec passion, je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. De la Vita Nova aux Détectives sauvages, aucun écrit autobiographique ne m’a échappé. Ils représentent une part importante de ma bibliothèque envahie par le roman latino-américain, espagnol, catalan. Je n’ai rien contre les poètes. Je voue à Juarroz une dévotion totale. J’ai beaucoup rêvé d’écrire depuis quelques années, comme si je voulais m’intercaler entre deux livres de ma bibliothèque, Casanova et Celan, mais une superstition m’en a empêché. Un homme sans visage est un pronom indéfini.

Une autobiographie semble être le récit d’une vie bien remplie. Une succession d’actes. Les déplacements d’un corps dans l’espace-temps. Aventures, méfaits, joies, souffrances et fin. Ma vraie vie commence par une fin. »

« Elle me contemple comme on contemple une œuvre picturale ou une photographie dérangeante. Sa fascination me fait penser qu’elle ne voit pas l’être humain mais l’absence de forme, le vie qui tente de donner l’illusion d’un masque. »

« Plus tard, en regardant les paysages d’Espagne, de France et d’Italie, je pensais toujours qu’il n’y avait pas de lieu qui n’ait reçu, dans sa douceur automnale ou dans le froid, le corps d’un jeune homme qui aspirait à la vie, qui portait l’image ou la photo de sa fiancée contre son cœur, qui réfléchissait à la folie des hommes avant d’être pourfendu par une lame, lacéré par une balle, déchiqueté par une grenade. Tout paysage portait cette gravité en dépit de la beauté des saisons. Tout paysage avait ses morts suspendus dans les arbres ou couchés sur la terre fumante. »

« On tombe toujours amoureux de la forme, mais la forme n’est que l’apparence de quelque chose d’autre. Pourquoi ne peut-on pas tomber amoureux de l’essence ? »

«  C’est l’avantage d’écrire, personne ne détourne la tête, personne ne hausse les épaules, personne ne s’en va. Il n’y a que la magnifique solitude, la blancheur qui peu à peu se charge de lettres et de mots bien que parfois la page dise non, se rebiffe, refuse.

Je suis étonné d’avoir été jusque-là. Etonné que les mots aient bien voulu jouer avec moi, étonné de ce monde dont je rêvais et à la bordure duquel je me suis tenu si longtemps, paralysé par la peur. J’ai marché sur les mains, j’ai passé quinze ans face à personne, enfin un androgyne m’a vu, j’ai rencontré Almodovar, mais si merveilleuses que soient ces situations, que sont-elles face à l’acte d’écrire ? Des volutes dérisoires dans l’espace. Une fumée de cigarette tout au plus. »
 

Désolée je n'ai pas eu le temps de chercher tous les articles déjà publiés sur ce livre. N'hésitez pas à mettre un lien dans les commentaires. 

Le blog de l'auteur 

146 p

Antoni Casas Ros, Le théorème d’Almodovar, 2008

Prix_Landerneau_1.jpg

Commentaires

Dans ce prix, il y en a deux que je veux vraiment lire et celui-ci en fait partie. Bon, je ne connais pas du tout Aldomovar... mais quand même, il est noté!

Écrit par : Karine | 07/08/2008

C'est le roman type du tout ou rien! Moi ce fut rien ;-(((
Comment ça Karine?! Il te faut au moins au mininum voir "Volver"!

Écrit par : Anne | 07/08/2008

Ce livre m'a l'air effectivement bien étrange. ca changerait un peu de mes lectures habituelles. A tenter...
Bonne journée

Écrit par : kesalul | 07/08/2008

Hors sujet ! Un petit tag littéraire t'attends sur mon blog.

Écrit par : La liseuse | 07/08/2008

Bonjour,
Connaissant votre intérêt pour la Littérature, je me permets de vous signaler que je viens de créer un Blog afin d’y éditer les œuvres de mon oncle disparu.

http://michel-dubat-auteur.over-blog.com/


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Stéphane Dubois

Écrit par : dubois | 07/08/2008

Voila qui donne envie de découvrir ce roman (quand il sortira en poche... ;o) ) et de citer l'article sur Quoide9 parmi mes découvertes bloggesques de la semaine.

Écrit par : Cécile de Quoide9 | 07/08/2008

@ Karine : pas besoin de connaître Almodovar pour lire ce livre... disons que si tu as l'occasion de voir un de ses films avant pour te faire une petite idée de son univers, c'est encore mieux, mais pas indispensable.

@ Anne : tout ou rien, disons que moi c'est un peu "in between", mais je comprends bien ce que tu veux dire car c'est un genre très particulier. Et je suis d'accord avec toi, "Volver" est un excellent film !

@ Kesalul : le mieux est encore de le feuilleter en librairie pour te faire une meilleure idée de son contenu, car encore une fois c'est un livre bizarre...

@ La liseuse : je cours, je vole et j'essaie de rattraper mon retard dans les tags :o)

@ Stéphane Dubois : je ne manquerai pas de consulter ce site dès que j'aurai accès un peu plus longtemps à Internet, comme mon temps de connexion cet été est assez limité.

@ Cécile : peut-être que je pourrais l'apporter à un dîner livres-échanges quand je l'aurai récupéré (déjà demandé pour quelques prêts :o))... en espérant que je pourrai me joindre à vous les prochaines fois, comme je ne sais pas encore où je serai l'an prochain.

Écrit par : Lou | 09/08/2008

J'ai vraiment adoré ce roman

Écrit par : etre-belle | 12/08/2013

Les commentaires sont fermés.