20/01/2009

God Bless the Queen

bennett_uncommon reader.jpgLorsque j’ai repéré ce livre, j’ai immédiatement su qu’il fallait que je le lise... après un petit saut rue de Rivoli (librairie sympa, vendeuse – libraire ? ce jour-ci très souriante, mais qu’est-ce que c’est cher !), j’ai dû attendre jusqu’au lendemain pour lire, non, pour dévorer ce court roman en un rien de temps.

Vous aimez lire ? Vous aimez l’Angleterre ? Sa Majesté vous amuse avec ses sublimes tenues rose fushia et ses chapeaux ultra glamour ? N’hésitez plus, mes amis, jetez-vous à votre tour sur The Uncommon Reader d’Alan Bennett, débranchez le téléphone, dites à vos amis que vous êtes malades, préparez-vous un bon thé… and enjoy !

Un peu par hasard, la Reine découvre une librairie ambulante aux portes de son palais (ou devrais-je dire, de ses cuisines). Se sentant obligée d’emprunter un livre, elle fait une première tentative… ratée, avant de découvrir Nancy Mitford. C’est la révélation, le début de la fin, sa Majesté aime lire et comme toute Lectrice Compulsive Anonyme qui se respecte, la reine n’a bientôt plus qu’une idée en tête : lire ! Et que dire de l’âge avancé auquel elle se met enfin à découvrir les joies de la lecture ? Tant de retard à rattraper ! Tant d’auteurs rencontrés par le passé sans avoir un mot à leur dire !

« E.M. Forster figured in the book, with whom she remembered spending an awkward half-hour when she invested him with the CH. Mouse-like and shy, he had said little and in such a small voice she had found him almost impossible to communicate with. Still, he was a bit of a dark horse. Sitting there with his hands pressed together like something out of Alice in Wonderland, he gave no hint of what he was thinking, and so she was pleasantly surprised to find on reading his biography that he had said afterwards that had she been a boy he would have fallen in love with her. »(p20-21)

Guidée par Norman, un ex-plongeur propulsé des cuisines au staff rapproché de la Couronne, Elisabeth II découvre pêle-mêle (et là j’ai fait une liste à peu près exhaustive) :

Ivy Crampton-Burnett, Ackerley (My Dog Tulip), E.M. Forster, Masefield, Walter de la Mare, Rose Tremain, Ishiguro, Beckett, Nabokov, Philip Roth, Mary Renault, Denton Welch, Isherwood, Balzac, Tourgueniev, Fielding, Conrad, Jane Austen, Dostoievski, TS Eliot, Priestley, Philip Larkin, Ted Hughes, Robert Frost, James Tait Black, Ian McEwan, A.S. Byatt,  Dylan Thomas, John Cowper Powys, Jan Morris, Kilvert, Vikram Seth, Salman Rushdie, Sylvia Plath, Lauren Bacall (Memoirs), Winifred Holtby, Henry James, Dr Johnson, Genet, Pepys, Alice Munro, Dickens, Virginia Woolf, Thackeray, George Eliot, The Brontës et Proust, sa nouvelle marotte.

Ah ! Tous ces auteurs, ça fait rêver n’est-ce pas ? Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’une lectrice pas comme les autres, et que ses lectures sont loin d’enchanter un premier ministre et un secrétaire qui n’ont plus l’attention de la reine, sans parler du manque d’enthousiasme évident de notre héroïne lorsqu’il s’agit d’inaugurer une cantine ou de baptiser un bateau. Ainsi, durant ses tournées, la Reine ne demande plus à ses sujets s’ils ont fait bonne route et autres lieux communs. Elle s’interroge plutôt sur leurs lectures ! Après un vent de panique, les assistants prennent l’habitude de briefer en amont les personnes qui rencontreront la Reine :

At this most people looked blank (and sometimes panic-stricken) but, nothing daunted, the equerries came up with a list of suggestions. Though this meant that the Queen came away with a disproportionate notion of the popularity of Andy McNab and the near universal affection for Joanna Trollope, no matter ; at least embarrassment had been avoided. And once the answers had been supplied the audiences were back on track and finished on the dot as they used to do, the only hold-ups when, as seldom, one of her subjects confessed a fondness for Virginia Woolf or Dickens, both of which provoked a lively (and lengthy) discussion. There were many who hoped for a similar meeting of minds by saying they were reading Harry Potter, but to this the Queen (...) invariably said briskly, “Yes. One is saving that for a rainy day” and passed swiftly on. (p42-43)

Parmi les changements de comportement qu’a entraînés la découverte des joies de la lecture, notons simplement qu’Elisabeth II applique une nouvelle technique depuis son carrosse :

She’d got quite good at reading and waving, the trick being to keep the book below the level of the window and to keep focused on it and not on the crowds. (...) the Duke waving viciously from his side. (p32-33)

Au final, les conséquences sont désastreuses :

The equerry, with whom she’d never shared such confidences before and who ought to have been flattered, simply felt awkward and embarrassed. (...) And whereas the Queen herself thought that such feelings probably arose out of her reading books, the young man felt it might be that she was beginning  to show her age. Thus it was that the dawn of sensibility was mistaken for the onset of senility. (p 80-81)

Ce livre est un vrai rayon de soleil en ce mois de janvier bien gris et pluvieux. Ce n’est certainement pas un chef-d’œuvre mais bien un pur moment de bonne humeur, à lire et à relire le sourire aux lèvres. Entre l’amanuensis (assistant littéraire) gay, le secrétaire « kiwi » qui n’aime pas qu’on le lui rappelle, l’ancien secrétaire qui s’endort pendant les entretiens au sommet, les responsables de la garde-robe traumatisés par la soudaine désinvolture de la reine, le Duc surpris d’entendre son épouse rire à voix haute alors qu’il passe devant sa chambre une bouillotte à la main, difficile de ne pas s’amuser ! Légèrement irrévérencieux, parfaitement British, ce livre parlant de lecture et de lecteurs devrait séduire beaucoup de LCA !

Livre repéré la semaine dernière chez Emeraude (grâce à qui j’ai évité de lire ce roman en français) et Yspaddaden. Et depuis, j'ai découvert le billet d'Amanda.

Et chez nos amis anglo-saxons : Marg, qui renvoie vers d'autres liens.

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121 p

Alan Bennett, The Uncommon Reader, 2007

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