Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/06/2015

Wendy Wallace, The Painted Bridge

wallade_painted bridge.jpegAmateurs de romans historiques victoriens, ce livre s'adresse à vous !

Dans The Painted Bridge, nous faisons connaissance d'Anna. Fille de marin, récemment mariée à un pasteur hypocrite et arrogant, Anna a été abandonnée dans un asile privée des environs de Londres. A cette époque, les asiles privés sont très critiqués et soumis à des contrôles, ce qui obsède le directeur de l'établissement où est accueillie la jeune femme, Lake House.

Il s'agit d'une belle demeure, dont les propriétaires ont été contraints pour des raisons financières de transformer une partie des pièces en centre de repos pour femmes aux nerfs fragiles. Le propriétaire a pris la succession de son père dans ce triste métier et, comme cela arrive assez fréquemment à l'époque, il fait montre de peu de scrupules lorsqu'il s'agit d'interner des parentes gênantes sur la base d'un certificat pour le moins douteux – les médecins prêts à se montrer arrangeants ne manquant pas à l'époque.

A son arrivée, Anna fait preuve de naïveté, elle s'entête à vouloir prouver le fait qu'elle n'a rien à faire à Lake House. Elle tarde à comprendre que parmi ses compagnes d'infortune, nombreuses sont celles à y faire un séjour sans être plus malades qu'elle. C'est notamment le cas d'une jeune femme internée pour être tombée amoureuse d'un homme jugé infréquentable par sa famille. Le roman va être celui de l'apprentissage d'Anna, qui restera toujours convaincue qu'elle pourra sortir libre un jour de Lake House, même si sa tactique et ses opinions évoluent au fur et à mesure.

wallace_SarineCollodion2.jpegJ'avais déjà croisé de sordides asiles victoriens mais jamais de maison de campagne cossue de ce genre, où les apparences sont trompeuses : sous la vieille vaisselle, les travaux de tricot et les politesses, petites et grandes souffrances quotidiennes ne manquent pas, du simple fait de porter chaque jour une robe malpropre dont on ne connait pas la provenance jusqu'aux traitements barbares (« douche » glacée et surtout, la chaise tournante, dont je n'avais encore jamais entendu parler – et dont je ne suis pas sûre d'avoir bien compris le fonctionnement... si cela vous dit quelque chose, je veux bien quelques éclaircissements). Sans parler de la gouvernante, ancienne patiente reconvertie en gardienne mesquine, parfois cruelle.

Traitant à la fois des asiles et des débuts de la photographie, The Painted Bridge est intéressant sur le plan historique tout en proposant au lecteur une histoire qui tient la route. J'ai beaucoup apprécié l'essentiel du récit, entre Lake House et Londres, même si j'ai porté un peu moins d'intérêt aux rêves éveillés d'Anna, qui lui font repenser à des événements de son enfance – même s'ils s'avèrent avoir une importance cruciale pour le récit. [Spoilers ci-après] J'aurais peut-être aimé une issue un peu plus douce en voyant s'épanouir la relation entre Anna et St Clair, un docteur venant parfois à Lake House. Néanmoins, objectivement. Wendy Wallace a sans doute eu raison de privilégier une autre issue pour Anna en faisant d'elle une femme indépendante et maîtresse de son destin.

Lecture commune du Mois anglais : Roman historique se déroulant en Angleterre 

Source image : http://britishphotohistory.ning.com/profiles/blogs/the-painted-bridge

3,5coeurs.jpg

 

 

386 p 

Wendy Wallace, The Painted Bridge, 2012

mois anglais 2015_05.jpg

07/09/2012

Ann Featherstone, La gigue du pendu

featherstone-gigue du pendu.jpgL'an dernier je me suis régalée avec une nouvelle parution victorienne des éditions 10/18, Que le Spectacle commence !, écrit par Ann Featherstone. Ce roman avait pour cadre le monde du spectacle, dans un milieu populaire («  Etablissement de qualité. Interdit de cracher » p 114 du roman chroniqué ici). Cependant, pour les amateurs de romans policiers, il faut savoir que ce roman, au même titre que le dernier paru, La gigue du pendu, n'est pas vraiment fidèle au genre ; je pense d'ailleurs qu'il était plus commode de proposer ces romans en France dans la série Grands Détectives (ceux qui apprécient Anne Perry ou Lee Jackson découvriront plus facilement Ann Featherstone), mais il s'agit davantage de romans d'aventures, dans la tradition du roman populaire victorien.

Ce nouveau roman débute avec la pendaison d'un  homme accusé de meurtre. Parmi la foule venue se repaître de cet événement macabre, un petit garçon hurle qu'il va « crever » quelqu'un. C'est le fils de George Kevill, le condamné, en principe innocent et tombé dans un traquenard. En parallèle nous retrouvons le monde du spectacle avec Bob Chapman et ses chiens malins : Bob vient lui aussi d'un milieu pauvre, il gagne sa croute en faisant des tours avec ses deux chiens et rencontre un tel succès qu'on lui propose un rôle dans une pièce pour Noël en plus de son travail régulier à l'Aquarium. Bob est le principal personnage de ce roman, celui que l'on suit le plus et dont la route croise celle du fils de Kevill, le mêlant bien malgré lui à un complot sordide. Bob est un héros tranquille, un homme brave et attachant pour qui la vie n'a pas toujours été facile et dont le principal rêve serait de s'installer à la campagne. Mais le destin en décide autrement, et en se retrouvant dans un véritable pétrin, Bob sera obligé d'aider le jeune Barney à enquêter sur la mort de son père et, ainsi, à découvrir un bien sinistre commerce.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce deuxième roman. Une fois encore j'ai été séduite par la description des quartiers populaires et du milieu si particulier du spectacle, avec un petit clin d'oeil au premier roman, dont le héros est évoqué à deux reprises, sans jamais intervenir dans l'histoire. Je ne cherchais pas une histoire policière donc je me suis régalée avec ce récit plein de rebondissements, riche en personnages hauts en couleur. Le coeur du complot, autour d'enfants des quartiers pauvres, m'a fait penser à une lecture d'il y a quelques années, dont je n'arrive pas à me rappeler exactement (si cela dit quelque chose à quelqu'un, ça m'intéresse...), mais il était crédible et j'imagine sans doute malheureusement assez réaliste par rapport à ce qui attendait les enfants les plus démunis des bas fonds de Londres. J'ai également été surprise (et donc ravie) par un renversement de situation que je n'avais pas vu venir (mais je n'en dirai pas plus pour éviter les spoilers). Bref, il ne vous reste plus qu'à le découvrir à votre tour !

Many thanks Ann for sending me your book !

Lu dans le cadre du challenge victorien d'Arieste

4coeurs.jpg

 



310 p

Ann Featherstone, La Gigue du Pendu, 2010

logo-challenge-victorien.pngvictorian frogs.jpg

24/08/2012

Anthony Trollope, Aaron Trow

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowAprès une magnifique série de rencontres victoriennes au sommet au cours desquelles nous avions toutes fait nos devoirs, la séance Trollope a marqué un petit ralentissement. Je faisais partie des deux mauvaises élèves... Cryssilda avait lu 69% de son roman (eh oui elle en est même venue à calculer de tête son rendement victorien mensuel). Quant à moi, j'avais deux lectures en cours : le début de Miss Mackenzie et, comme je voyais que Miss Mackenzie n'aurait pas le temps de se marier avant la prochaine rencontre des frogs, j'ai jeté mon dévolu sur Aaron Tarow Trow (oui, notre rencontre dans le métro fut brève et intense, mais pas assez pour me permettre de me souvenir de son nom lorsque, attablée devant ma Caledonian, j'ai dû parler de lui). Je suis heureuse de dire qu'après avoir réalisé que je n'avais que la moitié du texte dans la version que j'avais trouvée, puis attendu quelques mois histoire de tout oublier j'ai finalement relu le texte en entier grâce à mon Reader tout beau tout neuf .

roman xixe,xixe,xixe anglais,roman xixe anglais,roman anglais,angleterre,roman victorien,époque victorienne,nouvelles,anthony trollope,aaron trowBref, de quoi parle cette nouvelle ? Comme vous ne la lirez pas, je ne vais pas y aller par quatre chemins, sachez que ce billet est 100% spoiler (décidément ça fait beaucoup de calculs aujourd'hui, mais rassurez-vous mon cerveau ne tiendra pas longtemps à ce rythme).

 



bermuda.jpgAaron Trow (et non Tarow) est un ouvrier et père de famille anglais. Malheureusement, dans une ville industrielle sympathique comme l'Angleterre savait les faire au XIXe, Aaron est à l'origine d'une émeute au cours de laquelle il tue un policier. “At a period of great distress in a manufacturing town he had led men on to riot, and with his own hand had slain the first constable who had endeavoured to do his duty against him”. Il est ainsi banni et envoyé aux Bermudes. Comme ce père de famille est très malheureux de son sort, il finit par s'enfuir. Avec quelques autres, mais seul Aaron disparaît pour de bon. Qu'il est doué cet Aaron.

En parallèle, Anastasia Bergen vit avec son père, trop égoïste pour la laisser se marier. La voilà donc empêtrée dans de longues fiançailles. Mais ce n'est pas tant ce qui nous intéresse ici. Car Anastasia est souvent laissée seule la nuit dans la maison familiale et ce qui devait arriver arriva : Aaron arrive.

Anthony_Trollope.jpgLà où j'ai été surprise, c'est que j'attendais quelque chose de classique : elle tombe amoureuse de lui ou l'aide de suite, le cachant et le nourrissant par pure charité chrétienne. Aaron est bon, il ne fait que subir l'injustice de la société victorienne. En réalité, Aaron est un type toujours follement sympathique, qui la menace, la prive de son dîner (en même temps ce qui l'attendait n'était pas folichon, je peux déja vous dire qu'elle ne râte pas grand-chose), lui vole son brandy. Pour finir, il menace de la tuer à moins qu'elle ne lui donne de l'argent. “Murder you, yes ; why not ? I cannot be worse than I am, were I to murder you ten times over. But with money I may possibly be better.” Et là, manque de chance, Anastasia n'a pas la somme requise et Aaron, le fourbe, refuse de la croire puis menace d'attenter à sa vertu. Heureusement pour elle, Anastasia n'est pas de ces Victoriennes pleurnicheuses qui sanglotent en attendant l'intervention d'un mâle plus qualifié pour gérer ce genre de situation. Mais si la jeune femme réussit à se sauver, Aaron Trow n'aura pas la même chance. Le texte finit ainsi sur ces mots : “That the ghost of Aaron Trow may be seen there and round the little rocky inlet of the sea is part of the creed of every young woman in Bermuda.”

Bref. C'était ma première rencontre avec Trollope ; dans la foulée j'ai découvert The Château of Prince Polignac. La prochaine concernera peut-être une vieille fille devenue subitement plus attirante après un héritage conséquent.

Lu dans le cadre du challenge Trollope d'Urgonthe et du challenge victorien d'Arieste

3coeurs.jpg

 



Environ 50 p

Anthony Trollope, Aaron Trow, Originally published in Public Opinion, December 1861.victorian frogs.jpgchallenge_trollope.jpg

logo-challenge-victorien.png

05/01/2012

Une histoire de fantôme à l'anglaise

hill_WOMAN_IN_BLACK.jpgAyant récemment entendu parler d'un film britannique plus que tentant (how surprising!) et découvert qu'il s'agissait d'une adaptation d'un roman de Susan Hill, j'ai eu envie de lire celui-ci, The Woman in Black. Bien m'en a pris car je viens de découvrir un auteur contemporain comme je les aime, entre inspirations victoriennes et histoires de fantômes. Curieusement j'ai ouvert ce roman juste après avoir lu Rebecca de Daphné du Maurier et vu à ce moment que Susan Hill avait justement écrit une suite à Rebecca, intitulée Mrs de Winter. Le hasard fait bien les choses !

A l'heure où les premières automobiles font leur apparition, le jeune Londonien Arthur Kipps est envoyé par le cabinet de notaires pour lequel il travaille dans un village isolé du Nord, à l'orée des marais. Il doit s'y rendre pour l'enterrement d'une cliente, Mrs Alice Drablow, avant de chercher dans sa maison tout papier pouvant aider le cabinet à mettre en ordre ses affaires d'ordre financier ou juridique. Ambitieux et optimiste, Arthur ne prête pas attention aux réactions des habitants des environs lorsqu'ils apprennent le motif de sa venue ; il semblerait qu'Eel Marsh House ait fort mauvaise réputation dans les environs et soit l'objet de nombreuses superstitions. A l'enterrement de Mrs Drablow, dans le cimetière du village, Arthur voit une femme en noir au visage amaigri et ravagé par la maladie, vêtue de vêtements de deuil quelque peu insolites, courants soixante ans auparavant. Il reverra plus tard dans la journée cette femme auprès d'une tombe du cimetière abandonné attenant à la maison de Mrs Drablow, dans laquelle il décide de s'installer pour consulter les papiers de la vieille femme. Mais dès le premier jour, des événements troublants se succèdent : c'est ainsi le début de l'étrange expérience que souhaite relater Arthur Kipps de nombreuses années plus tard afin d'exorciser enfin le souvenir de ces pénibles moments.

C'est en tremblant que j'ai poussé la porte d'Eel Marsh House, isolée, battue par les vents et coupée du monde plusieurs fois par jour au gré des marées. Une expérience que je ne regrette pas et que je suis volontiers prête à renouveler en compagnie de Susan Hill. Ecrit par un personnage posé et prosaïque, ce récit se présente comme un témoignage crédible et réaliste et permet peu à peu de convaincre le lecteur, qui se laisse lui aussi gagner par l'angoisse du narrateur. Ce texte m'a évoqué des récits plus classiques (notamment du XIXe) et, bien que le lecteur devine un certain nombre de faits, Susan Hill maîtrise suffisamment son texte pour créer la surprise ou du moins le suspense ; et si le drame final était attendu, j'ai trouvé judicieux le fait de mettre un point final à l'histoire avec ce terrible dénouement au lieu de revenir au temps présent qui sert d'introduction au récit. L'intérêt du roman repose avant tout sur son ambiance, habilement mise en place ; un excellent potentiel pour l'adaptation cinématographique, que j'espère à la hauteur du roman, car avec un tel texte, difficile de ne pas imaginer un film particulièrement effrayant.

A noter que Susan Hill a notamment reçu les Prix Whitbread et Somerset Maugham au cours de sa carrière... c'est dire si son oeuvre est prometteuse ! En ce qui me concerne, je louche déjà sur certains titres...

L'avis de The Dark Scrybe : "Susan Hill has created one of the most elegant, subtle and unsettling ghost stories of all time"

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les mes acolytes Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune autour d ). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

4coeurs.jpg

 

 

 160 p

Susan Hill, The Woman in Black, 1983

 logo mois anglais.jpgChallenge-god save the livre.jpg

02/01/2012

Mystère victorien à Cloisterham

 dickens mystere drood.gifSi Le Mystère d'Edwin Drood ne compte pas parmi les romans de Dickens qui me tentaient le plus, j'ai souvent hésité à le lire afin de pouvoir enfin profiter des “drooderies”, variations diverses et variées sur le thème d'Edwin Drood, à commencer par le premier roman de Jean-Pierre Ohl (dont j'ai savouré avec un bonheur immense Les Maîtres de Glenmarkie à sa sortie), mais aussi L'Affaire D, repéré il y a quelques années et, plus récemment, Drood de Dan Simmons. J'espérais lire une ou plusieurs de ces suites au roman inachevé de Dickens pendant le mois anglais mais j'ai sans doute péché par excès d'optimisme à ce sujet. En revanche, j'ai enfin lu le fameux Mystère d'Edwin Drood qui a tant fait couler d'encre !

L'histoire débute à Cloisterham, petite ville tranquille en Angleterre : Edwin Drood, neveu bien-aimé de Jasper, vient rendre visite à son oncle et à la jolie Rosa Budd, orpheline. Tous deux sont fiancés depuis la naissance en raison des liens d'amitié qui unissaient leurs parents ; leur mariage s'approche et les deux jeunes promis ne cessent de se chamailler... cette union qui leur a toujours été présentée comme une évidence laisse peu de place aux sentiments et c'est le coeur plein de doutes que Rosa et Edwin semblent se résigner. A la même époque, le chanoine Crisparkle accueille chez lui le jeune Neville Landless (dont la soeur deviendra l'amie intime de Rosa au pensionnat). Ce jeune homme venu d'Inde, cet orphelin au tempérament violent s'éprend de Rosa et conçoit immédiatement des sentiments peu charitables envers Edwin, indigne de Rosa selon lui. Et il faut bien avouer qu'Edwin n'est guère attachant. Ce jeune citadin sûr de lui est assez agaçant et c'est avec un certain soulagement que j'ai appris sa disparition. Dès lors, la question est posée : Edwin Drood s'est-il absenté sans prévenir quiconque ? A-t-il été tué ? Et si oui, doit-on accuser le jeune Neville, comme semble le penser Jasper, oncle effondré ? Ou faut-il écouter l'instinct de Rosa qui, la première, commence à soupçonner Jasper, qui est amoureux d'elle et lui a toujours inspiré du dégoût ?

dickens_mystere drood2.jpgDickens étant décédé au milieu des livraisons prévues, nul ne saura jamais le fin mot de l'histoire ; pourtant les thèses ne manquent pas. Dans sa très intéressante biographie de Dickens, Jean-Pierre Ohl met notamment en avant une hypothèse intéressante : le coupable serait Jasper mais il serait atteint d'un dédoublement de la personnalité, d'où son comportement étrange, ses tirades inquiétantes et son addiction à l'opium. J'aime cette thèse faisant de Jasper un personnage plus inquiétant mais aussi plus humain, et ce plusieurs années avant la publication Dr Jekyll & Mr Hyde. Les arguments avancés par Ohl pour soutenir cette thèse me semblent intéressants ; il évoque notamment le fait que Dickens se soit vanté d'avoir trouvé une idée nouvelle (on écarterait alors par exemple le retour du héros, vivant finalement), son intérêt grandissant pour les personnages ambigus et doubles. J'ai repensé à divers passages qui m'avaient troublée à la lecture et avec cette thèse, les différents éléments du puzzle semblent se rassembler de manière plutôt satisfaisante. Ce serait en effet une issue originale, inédite à l'époque, alors que Dickens avait déjà largement usé des différents ressors du roman à sensation.

Je ne peux pas vraiment dire que cette lecture m'ait totalement enchantée en soi mais les questions qu'elle soulève et les pistes de lecture qu'elle m'apporte lui donnent un nouvel intérêt. Certains passages sont par ailleurs savoureux, de même que des personnages plus ou moins secondaires tels Durdles, tailleur de pierre qui passe des heures entières dans la crypte de la cathédrale, Mr Sapsea, imbécile se délectant de sa son génie ou encore Mr Grewgious, homme de loi au bon fond mais peu doué pour les relations humaines. On sent que Dickens s'est amusé à les créer et c'est pour le lecteur un vrai délice que de découvrir leurs petits travers décrits par la main du grand écrivain.

charles dickens,le mystère d'edwin drood,roman victorien,roman anglais,roman xixe,angleterre xixe,angleterre victorienne,londres,londres xixe,londres victorienne,roman policier,policier historique,edwin drood,mois anglais,challenge anglaisA propos de Drood : Le contrat, signé avec Chapman et Hall au cours de l'été, contient une clause particulière pour le cas où Drood resterait inachevé et limite la taille de l'oeuvre à douze livraisons mensuelles au lieu des vingt habituelles : c'est-à-dire si Dickens sent l'urgence de la situation... (p 260 – biographie de Charles Dickens par Jean-Pierre Ohl).

Lecture commune autour de Dickens, partagée avec : CryssildaTitineKarineEliza, Perséphone.

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine (pour notre lecture commune autour d ). Lu également pour le challenge God Save the Livre !

3coeurs.jpg

 

 

Charles Dickens, Le Mystère d'Edwin Drood, 1870

charles dickens, le mystère d'edwin drood, roman victorien, roman anglais, roman xixe, angleterre xixe, angleterre victorienne, londres, londres xixe, londres victorienne, roman policier, policier historique, edwin drood, mois anglais, challenge anglaischarles dickens, le mystère d'edwin drood, roman victorien, roman anglais, roman xixe, angleterre xixe, angleterre victorienne, londres, londres xixe, londres victorienne, roman policier, policier historique, edwin drood, mois anglais, challenge anglais

27/12/2011

Merry Victorian Christmas !

perry_revelation noel.jpgBonnes fêtes de fin d'année à tous !

Et quoi de plus sympathique en cette période qu'un bon petit polar au coin du feu ? C'est ce qu'a bien compris l'agent d'Anne Perry qui l'incite sans doute très fortement à pondre tous les ans un nouvel opus de Noël histoire de faire un peu de chiffre en fin d'année. Quoi qu'il en soit, ces petites bluettes de saison conviennent en général parfaitement aux trajets précédent mon réveillon. Et mes neurones apprécient le ronron bien huilé des enquêtes victoriennes des proches de Thomas et Charlotte Pitt.

Les enquêtes de Noël sont particulièrement légères : plus courtes, elles accordent souvent plus d'importance au contexte et aux personnages qu'à l'intrigue elle-même, qui en général ne casse pas trois pattes à un canard.

La Révélation de Noël n'échappe pas à la règle et ne risque pas de bouleverser le monde de la littérature policière, mais il m'a fait passer un bon moment.

Puisqu´enquête il y a, il fallait bien un meurtre (vieux de sept ans) et donc, un assassin. Le mobile est plutôt tiré par les cheveux (et surtout la façon assez improbable dont la victime avait découvert un secret concernant le meurtrier). Bien entendu, on suspecte à peu près tout le monde en imaginant des mobiles tout à fait plausibles ; c'est bien sûr l'un des personnages les moins concernés qui s'avère avoir un “squelette” dans son placard...

C'est cette fois-ci Emily qui joue les détectives amateurs... Emily, la soeur de Charlotte Pitt, cette jolie femme assez superficielle qui doit quitter Londres en période de fêtes pour se rendre dans un village perdu en Irlande, auprès d'une tante agonisante dont elle n'a que faire. Elle y découvre des Irlandais plutôt accueillants (malgré leur inimitié envers les Anglais) mais visiblement troublés plus que de raison à l'approche d'une tempête. Et lorsqu'un navire fait naufrage, le malaise s'accentue. Je vous laisserai apporter seuls une réponse (ou pas) à ce suspense quasi insoutenable.

Outre l'histoire sympathique parfaite pour se délasser, j'ai apprécié le cadre différent et j'ai été agréablement surprise par les jolies descriptions de la mer et des paysages sauvages de l'Irlande. Une lecture reposante qui m'a fait voyager (et m'a donné envie de faire mes valises). Voilà en somme une agréable surprise !

Si vous n'avez jamais lu Anne Perry ne commencez pas par ses histoires de Noël mais pour les amateurs du genre, [cet avant-]dernier cru devrait vous plaire.

(Lu et chroniqué l'an dernier, mais je n'avais pas publié mon billet !)

Dans le cadre du mois anglais organisé ici sur ce blog et avec les très British Cryssilda et Titine.

 3coeurs.jpg

 

184 p

Anne Perry, La Révélation de Noël, 2008

logo mois anglais2.jpgvictorian frogs and ladies.jpgChallenge-god save the livre.jpg

20/12/2011

Ivanhoé, dépressif en mode victorien

thackeray_ivanhoe rescousse.jpgVous avez lu Ivanhoé ? Vu une adaptation ? Tant mieux ! Pour vous Ivanhoé est juste un type en armure qui va guerroyer ? Peu importe ! Sachez simplement qu'Ivanhoé est un seigneur fort prompt à manier l'épée, un héros qui, de retour au pays, a épousé la blonde Rowenna après s'être épris de la brune Rebecca. En ce qui me concerne je n'en savais pas plus et vu mon intérêt pour les histoires de chevaliers et le peu d'empressement dont je fais preuve lorsqu'il s'agit de sortir mon seul Walter Scott de son étagère, il est fort probable que ma vision d'Ivanhoé restera longtemps celle de William Thackeray.

Le principe est simple : en livrovore averti, Thackeray a souvent souffert de voir tel ou tel auteur abandonner lâchement ses héros dans leur prime jeunesse, après leurs premiers exploits, alors que nul cheveu blanc ne venait ternir leur juvénile casque capillaire. Et comme le dit bien ce cher William, ce n'est pas parce qu'ils ont atteint la trentaine, se sont mariés et ont eu quelques enfants que les héros d'hier n'ont plus rien à montrer aux lecteurs.

william-makepeace-thackeray.jpgQu'à cela ne tienne, Thackeray est là pour nous sauver ! En l'occurence c'est Ivanhoé qu'il va tirer d'un mariage insipide avec la maussade et mesquine Rowenna, "cette blonde aux cheveux filasses" (p 16). Ivanhoé se languit de Rebecca, tandis que sa tendre épouse ne cesse de lui rappeler cette fâcheuse passade avec "la Juive", qui lui vaut des persécutions quotidiennes au sein de son foyer. Le noble chevalier finit par décider de rejoindre Richard Coeur de Lion pour se battre en France. Malencontreusement, il est laissé pour mort (mais William, le petit filou, avait décidé de fainter) et dès que la nouvelle de sa mort parvient en Angleterre, Rowenna fait son deuil (en s'offrant une coûteuse robe noire) avant de faire annuler son mariage (car il lui manque le corps de son défunt époux) et d'épouser le châtelain voisin. Je ne vous en dirai pas plus sur le récit car le suspense est insoutenable et je ne voudrais pas vous priver du plaisir de la découverte.

C'était pour moi une première découverte, même si plusieurs textes de Thackeray attendent chez moi depuis quelques années. On passe un moment fort divertissant en compagnie de cet Ivanhoé toujours insatisfait (à peine en ménage, le voilà qui soupire), qui s'évanouit régulièrement, massacre des milliers de Maures en un rien de temps à coup de hâche et d'épée. La fin à elle seule vaut son pesant de cacahuètes : "Ils se précipitent l'un vers l'autre, et maître Wamba déploie une bannière devant eux et assomme un curieux avec un jambon qu'il avait sur lui par le plus grand des hasards..." (p 106). Et lorsque vous trouvez dans un récit une princesse de Pumpernickel et un féroce chevalier Don Beltran de Cuchilla y Trabuco y Espada y Espelon, vous savez déjà que vous êtes entre de bonnes mains !

Les avis de Lilly (dont l'introduction m'a bien fait rire) et de Fashion et Yueyin

Aujourd'hui Cryssilda a présenté La Rose et la Bague

Lu dans le cadre du mois anglais organisé ici-même et avec mes amies Cryssilda et Titine, et pour le challenge God Save the Livre (21 livres lus).

3,5coeurs.jpg

 

 

107 p

William Thackeray, Ivanhoé à la Rescousse !, 1851

logo mois anglais4.jpgChallenge-god save the livre.jpgvictorian frogs and ladies.jpg

15/07/2011

Durrisdeer, Ecosse, XVIIIe

stevenson_maitre ballantrae.jpgJe n'ai pas toujours été tendre avec Stevenson, mais ça, c'était avant. Car la lecture du Maître de Ballantrae a été la révélation tant attendue : j'ai pris un immense plaisir à découvrir ce récit de Stevenson, que j'arrive enfin à classer parmi mes grands auteurs victoriens. Il était temps (car cette incompréhension mutuelle me taraudait depuis longtemps) !

Ecosse, XVIIIe, pendant la guerre civile. Au manoir de Durrisdeer, le Maître de Ballantrae, héritier du titre, et Henry, son frère cadet, jouent à pile ou face leur sort en ces temps incertains : le Maître partira combattre avec les rebelles tandis que Henry et son père afficheront leur fidélité au roi George. Ce tirage au sort se fait à la demande du Maître, joueur, opportuniste et aventurier, contre l'avis du père et du frère, persuadés que le tenant du titre devrait rester au manoir. Le Maître part, recrute une troupe de rebelles en soudoyant et menaçant de braves villageois et, au bout d'un certain temps, l'un d'eux revient dans la région et prétend être le seul survivant de l'expédition. Le Maître serait donc mort, mais en réalité, il revient à de nombreuses reprises au cours du récit.

Henry, le cadet, est donc amené à hériter du titre. Contrairement à son frère aîné qui n'est qu'un calculateur peu recommandable, Henry est un homme posé, droit et bon, très amoureux de sa cousine Alison, autrefois promise au Maître. Malgré toutes ses qualités, cet homme n'est reconnu à sa juste valeur que par l'intendant du domaine (narrateur principal) : son père lui est reconnaissant mais préfère le fils indigne, Alison se voit contrainte de l'épouser tout en mettant un point d'honneur à rappeler sa fidélité au disparu, les villageois conspuent Henry qu'ils accusent de la perte d'un homme qui, guère aimé de son vivant, est devenu un héros en mourant.

Tout d'abord qualifié de "tale" par Stevenson, puis de "tragédie", ce récit mélange les genres avec panache : roman d'aventures, où l'on découvre un bateau pirate, des indiens "scalpeurs", une traversée en mer sous la tempête, l'Inde, sans parler de la guerre civile, fond de toile ; mais aussi tragédie, où deux frères  se haïssent et se livrent un combat sans fin, qui ne pourra aboutir qu'à la mort de l'un d'eux, et où l'amour n'est jamais réciproque.

Les personnages sont peu nombreux dans ce récit qui repose principalement sur le duel opposant les deux frères : Ballantrae, dépossédé de son titre, de sa fortune et, accessoirement, de sa fiancée, nourrit une rancoeur sans fin à l'égard de son cadet ; celui-ci, d'abord plutôt enclin à céder au chantage auquel il est soumis, finit petit à petit par céder à la folie, la solitude l'ayant peu à peu détruit.

L'évolution des personnages est particulièrement fascinante : au début du récit, Henry est le frère incompris, certes un peu terne mais intègre, intelligent; puis il devient de plus en plus dur et intraitable, afin de faire de son frère une véritable obsession, qui causera sa perte ; à la fin, Henry devient un être pitoyable, qui n'a plus tout à fait sa tête et qui s'aliène ceux qui lui sont finalement attachés.

A l'inverse, le Maître est au début une sinistre individu, buveur, fourbe, profitant de son vieux père au coeur trop tendre ; c'est aussi un séducteur, beau parleur, capable de tromper facilement son entourage (à côté de lui le pauvre Henry paraît bien fade à leur père et à la nouvelle Mme Henry Durrie) ; malgré tout, petit à petit, on finit par prendre un peu en pitié le Maître, qui parvient à manipuler le lecteur sans doute ; en dépit de la façon dont il persécute Henry et sa famille, le Maître est finalement un homme qui a échoué toute sa vie, que tous détestent et méprisent et dont le dernier compagnon est son serviteur indien.

A noter le parallèle entre McKellar, serviteur dévoué de Henry et Secundra Dass, qui accompagne le Maître : tous deux sont les  seuls alliés indéfectibles des frères ennemis.

Voici deux passages donnant un apperçu intéressant du Maître (le premier étant l'un des seuls extraits plutôt amusants) :

"Il haïssait le baron d'une haine terrible ? demandai-je.

- Ses entrailles se nouaient quand l'homme approchait de lui, dit le Maître.

- J'ai ressenti cela, dis-je.

- En vérité ! s'écria le Maître. ça, c'est une nouvelle, alors ! Je me demande... je me flatte, peut-être ? ou suis-je la cause de ces perturbations abdominales ?" (p827)

"Si j'avais été le moindre petit chef de clan dans les Highlands, si j'avais été le plus petit roi des nègres qui vivent nus dans le désert d'Afrique, mon peuple m'aurait adoré. Mauvais, moi ? Ah ! mais j'étais né pour faire un bon tyran ! Demandez à Secundra Dass ; il vous dira que je le traite comme un fils. Unissez votre sort au mien demain, devenez mon esclave, mon bien, une chose que je puisse commander, comme je commande les forces de mes membres et de mon esprit... vous ne verrez plus ce côté sombre que je tourne vers le monde, dans ma colère. Il me faut tout ou rien. Mais quand on me donne tout, je le rends avec usure. J'ai le caractère d'un roi : c'est ce qui fait ma perte !" (p831)

Un texte superbe et foisonnant qui mêle habilement les récits les plus divers. Conduisant le lecteur d'un manoir écossais jusqu'aux forêts glacées d'Amérique du Nord, ce livre dépaysant est de ceux que l'on ne peut abandonner. La lutte fratricide du Maître et du nouveau Lord est aussi la nôtre, et c'est le coeur glacé d'effroi que nous suivons les tortueux chemins conduisant au désastre final.

stevenson, le maître de ballantrae, pléiade, roman écossais, roman victorien, roman xixe, écosse, challenge kiltissime, henry durrie, durrisdeer

 

366 p

Robert Louis Stevenson, Le Maître de Ballantrae, 1889

stevenson, le maître de ballantrae, pléiade, roman écossais, roman victorien, roman xixe, écosse, challenge kiltissime, henry durrie, durrisdeer  Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 11 livres lus

02/07/2011

Il sera plongé de la lumière dans les ténèbres

teleny.jpgDe Wilde j'avais lu quelques contes et nouvelles, The Importance of Being Earnest et The Picture of Dorian Gray. Aussi, Teleny s'est avéré une lecture quelque peu atypique, puisqu'il s'agit un roman érotique.

Son histoire est assez curieuse également, puisque  ce récit a été écrit à plusieurs dans le cadre d'un jeu (érotico ?) littéraire orchestré par Wilde qui, comme l'indique Jean-Jacques Pauvert dans la préface, porta assez d'intérêt à ce projet pour le remanier et le réécrire, d'où l'unité de ton.

Dans ce roman d'apprentissage, le jeune narrateur Camille Des Grieux s'éprend de Teleny, sombre et séduisant pianiste étranger. Fantasmes, expériences hétérosexuelles s'ensuivent jusqu'à se noue une relation charnelle entre Camille et Teleny, l'histoire se terminant tragiquement.

Teleny est assez déroutant pour ceux qui ont déjà lu Wilde. Ce ne sont plus les traits d'humour, les célèbres bons mots qui occupent le devant de la scène. C'est un récit à la fois sombre et très cru, où les scènes à caractère pornographique se succédent.

wrestlers-eakins2.jpgCamille nous fait un peu penser à Dorian Gray au double visage, à travers cette homosexualité qu'il n'assume pas pleinement dans une société victoriene à la morale officiellement très stricte. Ainsi, lorsqu'il reçoit un billet le menaçant de le dénoncer, il hésite à retrouver Teleny, torturé entre son amour et son désir d'une part et sa peur de ce que la société pourrait lui réserver de l'autre.

Je me suis également beaucoup interrogée sur le rôle de la mère, ombre à la fois bienveillante et vampirique : la mère de Camille, très jeune et jolie, l'accompagne lorsqu'il se rend aux concerts de Teleny, le réveille lorsqu'il fait un rêve érotique, s'inquiète de son agitation lorsqu'il devient l'amant de Teleny et pour finir, devient en quelque sorte sa rivale en amour. Camille dit d'ailleurs de façon générale : "Par-dessus tout, j'abhorrais la femme, malédiction du monde." (p47)

Wilde nous plonge par ailleurs dans les lieux les plus sordides de l'époque victorienne. La question de la morale affichée en contradiction totale avec le comportement est ici continuellement posée, les jeunes hommes de la bonne société se retrouvant pour des parties fines qui parfois se terminent mal : dans un bordel de Tottenham Court Road, où une phtisique décède dans un acte de débauche ou encore chez un ami, où l'un des participants ayant voulu faire usage d'une bouteille paie de sa vie cette dernière audace.

Apportant également un éclairage sur la vie privé de Wilde, ce livre dresse un portrait intéressant de la société victorienne et repose sur une écriture très soignée. Une belle curiosité.

De nombreux avis plus ou moins intéressants sur Google Livres, qui présente le livre de cette façon : "The homoerotic novel Teleny is an important antithesis to the prudish idealism of the neo-classic and neo-romantic lyric love poetry of the fin du siecle." D'autres présentations du livre chez Culture et Débats (où la contribution de Wilde à l'oeuvre est mise en doute), Nicolas Baygert, Impudique (comprenant des extraits), Oscholars, Queercult.

Teleny est disponible en ligne dans une version abrégée ici.

Merci aux éditions de la Musardine pour le choix de la couverture, Egon Schiele faisant partie de mes peintres de prédilection (il s'agit ici du Double Autoportrait).

Lu dans le cadre du Challenge Oscar Wilde : le principe est simple, il suffit de publier un billet sur un écrit d'Oscar Wilde, une biographie de Wilde, une adaptation tirée de ses livres, un film ou un livre inspiré de sa vie. Vous pouvez participer à tout moment !

Une lecture commune pour commencer l'été "con un poco de calor", avec Sybille, The Bursar,

oscarwilde.jpgEn attendant je vous propose de nous retrouver le 1er septembre pour parler du film Wilde de Stephen Frears.

3coeurs.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

187 p

Oscar Wilde, Teleny, 1893

Oscar Wilde challenge logo.psd.jpgChallenge Oscar Wilde :

Ecrits de Wilde :

An Ideal Husband : Theoma

Lady Windermere's Fan : Titine

The Picture of Dorian Gray : Lou

Teleny : Lou, Sybille, The Bursar,

Les adaptations sur petit et grand écran :

An Ideal Husband (1999) : Lou

Lady Windermere's Fan (1925) : Titine

 

Challenge-god save the livre.jpgChallenge God save le livre : 10 livres lus (Catégorie Prince William : 10 livres lus)

rosamunde pilcher,neige en avril,écosse,challenge kiltissime

16/09/2010

Héroïne, quand tu nous tiens !

braddon-lady-audley.jpgIl y a un an, j'ai lancé un challenge Braddon qui n'a de challenge que le nom, puisqu'il suffit de lire un roman de cette chère Mary Elizabeth d'ici la fin de l'année, et qu'il n'est pas obligatoire de s'inscrire à l'avance pour participer (en résumé : vous avez envie de lire un Braddon d'ici la fin de l'année ? Vous vous décidez en novembre et m'indiquez votre participation au moment de la publication de votre billet ? Voilà, vous avez participé au challenge !). J'avais envie de découvrir et de faire découvrir cet auteur victorien un peu oublié - voire totalement inconnu la plupart du temps.

Hier, sous le coup de ma fiévreuse passion pour Lady Audley (le livre, et non le personnage), je suis allée faire un tour en librairie, histoire de dénicher un Braddon susceptible de me rendre lui aussi insomniaque. N'en voyant pas, je demande à la libraire si par hasard ils en ont un, et on me répond "Mary Elizabeth Braddon ? Je ne vois pas... ah si !" et, ajoute-t-elle avec une flexion du genou et un léger haussement d'épaules évoquant le sautillement, "les petites Anglaises, c'est ça ?". J'ai sans doute dû avoir l'air un peu décontenancé, mais après coup, je me suis surtout dit que la libraire ne savait pas qu'aucune description ne pouvait plus mal convenir à Mary Elizabeth Braddon, à moins que les petites Anglaises qui sautillent en riant (et qu'on imagine bien en train de ricaner bêtement en secouant leurs boucles blondes et en plissant leur nez en trompette) permettent de se faire une idée précise d'une femme qui à l'époque victorienne où le puritanisme de façade était de mise, a décidé d'écrire un roman feuilleton sur une bigame qui cherche à tuer au moins un de ses époux, met le feu à un bâtiment habité et abandonne son enfant.

Autant vous le dire : si vous attendez du Secret de Lady Audley une construction de type classique, avec un coupable à démasquer à la fin, ce livre n'est pas pour vous. Dès les premiers chapitres, on sait que lady Audley est bigame et a vraisemblablement assassiné son premier mari, moins riche que le deuxième. (Aucun spoiler ici donc).

Plus que le roman policier, ce livre évoque le roman feuilleton "à sensation", avec ses rebondissements en fin de chapitre, ses effets d'annonce, son style parfois un peu emberlificoté et, à l'occasion, quelques oublis ou abandons d'une piste qu'on s'attendait à voir développer.

Mary Elizabeth Braddon n'est sans doute pas un très grand écrivain, mais elle excelle dans le roman populaire dont elle maîtrise tous les ressorts, qu'elle emploie sans modération. Vous aimez Dumas, Le Fanu, Wilkie Collins ? Vous devriez vous régaler avec cet auteur dont le roman phare m'a complètement emportée. Pour ma part, outre le fait que j'ai dévoré ce roman,  ce qui montre déjà à quel point il m'a plu, j'ajouterais que Mary Elizabeth Braddon a su me surprendre, là où je n'attendais que des petits chamboulements. Le retournement de situation final me paraissait si peu crédible que je ne l'envisageais pas - j'imaginais plutôt un nouveau développement concernant Lady Audley. J'étais également étonnée de voir l'histoire se poursuivre après les aveux de la coupable, qui mettent en général un point final aux histoires de ce genre. Le tout dernier chapitre est un peu niais (imaginez Pride and Prejudice s'achevant sur un dernier chapitre "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. Lizzie faisait de la broderie pendant que Mr Darcy chassait. Ils voyaient souvent les Bingley qui avaient l'habitude de loger chez eux plusieurs mois chaque année"). Mais je chipote un peu, car ce roman à sensation remplit pleinement sa mission. Plus encore, il vient de créer chez moi une addiction à Miss Braddon. Rendez-vous au prochain numéro !

Voici ce que dit mon Oxford Companion to English literature: "The bigamous pretty blonde heroine (...) shocked Mrs Oliphant (que je veux lire depuis au moins un siècle) who credited Miss Braddon as the inventor of the fairhaired demon of modern fiction. (M.E. Bradon) was often attacked for corrupting young minds by making crime and violence attractive, but she won some notable admirers including Bulwer Lytton, Hardy, Stevenson and Thackeray).

Merci beaucoup à Hilde pour ce cadeau !

4,5coeurs.jpg

 


474 p

Mary Elizabeth Braddon, Le Secret de Lady Audley, 1862


challenge-mary-elizabeth-braddon.gifCHALLENGE ELIZABETH BRADDON - les lectures :

Aurora Floyd : Cécile, Maggie, Mea

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula, Nag,

La Ferme Grise : Maggie,

Lady Isle : Cécile

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Karine, Keisha, Lou, Malice, Mango, Titine,

Le Triomphe d'Eleanor : DViolante,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

 

EnglishClassics.jpg

 

****

J'ai choisi ce billet pour le challenge "On veut de l'Héroïne" de Pickwick et d'Emma.

Je me suis dit qu'on attendait plus pour ce challenge des sortes de Cats Eyes ou autres héroïnes des temps modernes mais finalement je trouve que Lady Audley remplit très bien son rôle en la matière. Pourquoi Lady Audley est plus forte que Bella ?

- Au lieu de fantasmer sur un type mort dont le fond de teint excessif révèle des tendances psychopathes, elle épouse un type plus riche qu'elle et, pragmatique, quand l'occasion se présente, change de nom et épouse un type encore plus riche (qui avec un peu de chance décèdera rapidement vu qu'il est nettement plus âgé qu'elle).

- Au lieu de raconter des niaiseries et avec seulement trois ou quatre ans de plus que Bella, lady Audley est une femme d'action : elle tue son premier mari, commence à empoisonner le deuxième et met le feu à une auberge pour se débarrasser d'un ennemi. Pour une nunuche élevée à l'époque victorienne, c'est un sacré palmarès !

- Enfin parce qu'elle ne se drogue pas à l'héroïne mais n'hésite pas à prendre quelques gouttes d'opium à l'occasion.

Comme quoi, même les Victoriennes sont moins ringardes que Bella !

heroine1.jpg

18/05/2010

Victoria, I'm coming (again) !

harwood_seance.jpgAmateurs de spiritisme, siphonnés de la table tournante, Victoriens dans l’âme, vous êtes prêts à affronter les averses anglaises, à fouler de vos bottines encrassées le sol londonien, quand il ne s’agit pas de mettre les pieds dans un manoir lugubre où se passent de drôles de choses ? J’ai là le livre qu’il vous faut, et ça tombe plutôt bien car vous risquez très sérieusement de vous régaler : La Séance de John Harwood.

 

Tout commence avec le journal de Constance, jeune fille de bonne famille sur qui le sort semble s’acharner. Habitant près de l’hôpital des enfants trouvés, elle est persuadée d’avoir été adoptée depuis que sa petite sœur est morte, rendant sa mère indifférente à tout, dans une maison où le père semble fuir tout contact avec sa famille, leur préférant ses recherches à la bibliothèque. Pour faire le bonheur de sa mère, Constance l’entraîne à des séances de spiritisme, s’entendant avec une médium pour que sa mère croie être en contact avec Alma, sa fille morte à l’âge de deux ans. Malheureusement, le projet tourne court et Constance se voit contrainte de vivre chez un oncle tout juste rencontré. C’est alors qu’inopinément, elle hérite d’un manoir légué par une parente éloignée, qui lui est totalement inconnue. Un manoir dont l’histoire a été marquée par des événements particulièrement sordides.

 

Je ne vous en dirai pas plus afin de ne pas gâcher votre plaisir, l’histoire étant tout à fait passionnante et faisant de ce roman une véritable menace pour votre vie sociale qui, le temps d’une lecture, sera réduite à néant. Car il est impossible de s’arracher à ce livre où tout concorde à subjuguer le lecteur : plusieurs récits enchâssés l’un dans l’autre ; des points de vue et des angles d’approche différents ; un environnement qui, en ce qui me concerne, constitue mon cadre de prédilection ; enfin, une écriture très agréable. Au final, un récit absolument captivant et intelligemment mené qui ravira les amateurs de romans du XIXe (malgré quelques coquilles : « craignez-vous … ? » à quoi l’on répond « Peur ? Peur ! » - on imagine bien « do you fear… ? » « Fear ? Fear ! » qui là était compréhensible ; Clara qui devient un instant Carla et une ou deux petites choses que j’ai depuis oubliées).

 

Un vrai régal, un livre dont je ressors vraiment enthousiaste et que je compte recommander autour de moi. Un livre qui, je l’espère, vous séduira rapidement lors de sa sortie en librairie (le 3 juin).

 

Merci à Solène au Cherche-Midi pour cette visite d’un manoir isolé, et les aventures qui en ont découlé !

 

Voici quelques livres chroniqués par ici et qui pourraient vous tenter également si ce sujet vous inspire : Angelica d’Arthur Phillips ; The Thirteenth Tale de Diane Setterfield ; De Pierre et de Cendre de Linda Newbery.

 

4,5coeurs.jpg

 

 

 

 

359 p


John Harwood, La Séance, 2009

 

manoir00.jpg

21/03/2010

Meurtre à la victorienne

braddon_henry dunbar.jpgIl y a quelques mois j'ai lancé le défi Mary Elizabeth Braddon, et j'étais loin de me douter que je passerais un aussi bon moment en compagnie de cette "charmante" Victorienne. Ce qui ne m'empêche pas de mettre en garde tous ceux qui souhaiteraient lire Henry Dunbar : ne lisez pas la quatrième de couverture, à moins de souhaiter savoir tout ce qui va se dérouler jusqu'à la page 387 (sur un total de 474 pages, l'éditeur a fait fort !). Ayant commencé ma lecture sans me souvenir du résumé, j'ai été tentée d'y jeter un oeil en pensant recueillir quelques informations sur l'auteur. J'ai ainsi découvert le premier meurtre qui n'a pas lieu au début (loin de là!). Arrivée à la moitié du livre, j'ai jeté un nouveau coup d'oeil au résumé et j'ai ainsi découvert ce que je soupçonnais depuis le début et qui ne devait être vraiment révélé que bien plus tard. Autant dire que, pour ceux qui détestent les spoilers et sont d'autant plus intéressés par un roman qu'ils n'en connaissent pas le déroulement, cette quatrième de couverture est à bannir.

Mais pour en revenir à nos moutons et à nos Victoriens assassinés, le très "respectable" Henry Dunbar est un banquier "anglo-indien" revenu en Angleterre pour hériter des fonctions de son défunt père, après avoir été chassé de la maison mère à la suite d'une escroquerie. Millionnaire, Dunbar entend bien profiter des privilèges de son nouveau statut et doit retrouver sa fille, qu'il n'a pas vue pendant des années. A son retour, son ancien serviteur et ami Wilmot est assassiné. Or, Wilmot ayant été lié à sa fâcheuse affaire en contrefaisant des signatures à sa demande, on est en droit de penser que Dunbar l'aura occis pour que son passé ne le rattrape pas dès son retour. Autour de cela s'imbriquent d'autres histoires : de l'amour, des jeunes gens et du chantage viennent s'ajouter à l'intrigue principale.

On devine très rapidement la solution de l'énigme, et ce n'est pas tant là que réside l'intérêt du roman. La question est de savoir comment les personnages découvriront la vérité, de savourer une histoire aux ramifications nombreuses, avec des personnages au parcours personnel intéressant, une structure plus proche du roman d'aventures que du "whodunit" classique, le tout parsemé de descriptions très romanesques qui prêtent parfois à sourire. Si la trame du roman est assez simple, Braddon parvient à l'étoffer pour en faire un récit dense et ma foi, passionnant ! J'ai parfois ri en découvrant que les Anglais sont extrêment chaleureux et tactiles (à l'inverse des Anglo-Indiens réputés pour leur froideur), en lisant les déclarations larmoyantes des filles à leur père ou en supportant la niaiserie qui n'est tout de même pas loin de pointer le bout de son nez chez les personnages féminins - comme quoi, même les femmes indépendantes à la Braddon étaient encore assez influencées par la morale victorienne pour cantonner leurs personnages aux rôles dévolus à leur sexe. Malgré tout, l'impertinence et l'ironie ne sont pas souvent loin : ainsi on ne comprend pas qu'un personnage au revenu tout au plus raisonnable puisse se permettre de conduire un interrogatoire sérieux face à un millionnaire : "comment osait-il, ce coroner, dont le revenu était, au plus, de cinq cent livres par an, comment osait-il discuter ou trouver invraisemblable une assertion de Dunbar ?" (p119-120) On pourra enfin reprocher à Braddon de se laisser parfois un peu emporter par un enthousiasme de jeune fille, mais le résultat est purement jubilatoire tant il est amusant : "Pour l'amoureux, ce regard était plus précieux que Jocelyn's Rock et une noblesse qui datait des premiers Stuart d'Angleterre; à ce regard inestimable succédèrent des rougeurs pudiques, fraîches et radieuses comme la corolle humide de rosée d'une pivoine cueillie au lever du soleil" (p201). Et même si Mary Elizabeth Braddon a purement et simplement abandonné l'un des personnages principaux du début une fois ce malheureux éconduit par sa belle, je ressors enthousiaste de cette lecture qui fleure bon le roman populaire classique et n'est pas sans rappeler Wilkie Collins. Une expérience à renouveler !

A la demande de plusieurs participantes, je vous propose de continuer le challenge Braddon jusqu'à fin décembre 2010, le but étant toujours de lire les romans qui nous tentent, sans titres ou quantités imposées. Vous pouvez vous inscrire à n'importe quel moment de l'année et me laisser ensuite les liens vers vos billets pour que je puisse faire un bilan de toutes les lectures à la fin de l'année. Je prévois de faire gagner un petit cadeau à un/une participante(e) (par tirage au sort, à raison d'un papier à votre nom par critique, et en inscrivant deux fois le nom des personnes qui ont publié leurs billets avant ce soir - date proposée à l'origine pour le challenge).

Et voici les livres lus pour l'instant dans le cadre du challenge (j'espère ne pas avoir fait d'oubli, si c'est le cas surtout manifestez-vous !) :

Aurora Floyd : Cécile, Mea (rajouté après le 21/03)

L'Aveu : Loula,

Henry Dunbar : Lou, Loula,

Lady Isle : Cécile (rajouté après le 21/03)

Le Secret de Lady Audley : Cécile, Keisha, Malice, Mango, Titine,

Les Oiseaux de Proie : Rachel,

Sur les Traces du Serpent : Choupynette,

Je suis aussi à la recherche du billet de Rachel, qui a lu un roman elle aussi (help !).

Et pour ceux qui sont tentés, vous pouvez participer à une lecture commune autour de Virginia Woolf en publiant un billet le 1er avril.

474 p

Mary Elizabeth Braddon, Henry Dunbar, 1864

challenge-mary-elizabeth-braddon.gifEnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpg

23/02/2010

Première étape de wilkinisation

collins_profondeurs_glacees.gifTentons de profiter du week-end pour rédiger quelques billets sur les nombreuses lectures en retard... et puisque je meurs d'envie de vous parler de L'Hôtel hanté de Wilkie Collins, je devrais en théorie vous parler également de deux de ses livres que j'ai découverts fin 2009. Commençons par le premier, Profondeurs glacées, dont je me suis régalée peu avant mon voyage à Londres.

A priori, ce titre ne m'attirait pas du tout. Je préfère la chaleur au froid (c'est d'ailleurs sans doute pour ça que j'aime tant l'Angleterre...), je n'aime pas trop les récits d'aventures, encore moins ceux qui se déroulent à fond de cale et je dois dire que toute cette glace empilée sur la couverture avait tendance à me faire fuir, moi qui cherchais un bon Wilkie plein de fiacres, de maisons londoniennes et de gentlemen and ladies peu fréquentables.

Puis j'ai lu Du bon usage des étoiles de Dominique Fortier, histoire vraie de l'expédition tragique du capitaine Franklin, qui cherchait alors un passage à travers le Pôle Nord pour atteindre plus rapidement l'Orient. Immense coup de coeur que cette lecture, qui m'a en partie réconciliée avec les bateaux et la glace, en tout cas suffisamment pour me donner envie de lire Profondeurs glacées, dont le sujet est très proche... et pour cause, puisque Wilkie Collins s'est inspiré de l'histoire du capitaine John Franklin, au coeur du roman de Dominique Fortier.

Neuf ans près le départ des deux bateaux composant l'équipage, des traces de l'expédition sont retrouvées au Groënland. Dont quelques tombes et des restes humains laissant penser que pour tenter de survivre, les marins ont dû se nourrir des restes de leurs camarades.

Si le cadre est plus ou moins le même, Profondeurs glacées traite d'un sujet tout autre. Hébergée chez Crayford, l'un des officiers s'apprêtant à partir au Pôle Nord, Clara est amoureuse d'un certain Francis, après avoir invonlairement laissé quelques espoirs à Richard Wardour, parti en Afrique pour revenir promu à un plus haut grade et en mesure de demander sa belle en mariage. Lorsque Wardour arrive, il découvre que Clara s'est donnée à un autre et profère des menaces à l'encontre de ce dernier. Et Wardour de s'embarquer à bord d'un des deux vaisseaux de l'expédition à l'instar de Francis, sans savoir qu'il suit son rival.

Mortifiée, Clara dépérit à Londres en pensant à la menace qu'il représente pour Francis. Et je ne vous en dirai pas plus, à vous de découvrir la suite...

Sans être un chef-d'oeuvre, Profondeurs glacées est un curieux ouvrage, qui mélange l'art du roman et du théâtre (il s'agit en effet à l'origine d'une pièce). Chaque partie est introduite par quelques indications : "L'action se déroule il y a vingt ou trente ans. La scène se passe dans un port de mer en Angleterre. Il fait nuit, et l'occupation du moment est la danse" (p21). Autant vous dire qu'il se dévore en rien de temps et se déguste avec grand plaisir, même s'il est un peu léger et qu'une fois de plus Wilkie Collins a placé devant moi une héroïne comme je les déteste, falote, maladive, nombriliste, égoïste, molle et bêtasse - une héroïne que j'ai eu envie de secouer pendant la moitié du livre avant de regretter que son état dépressif ne l'amène pas rapidement sur les quais de la Tamise.

Les conditions de vie et les méthodes de survie des marins occupent une place centrale dans la seconde partie du roman, avec au passage une petite dose de morale incarnée par Wardour, le héros malheureux.

Ce n'est sans doute pas le meilleur livre pour découvrir Wilkie Collins. Tant par la forme que par le fond, il diffère radicalement de ses autres écrits. C'est cependant une lecture très agréable, peut-être à recommander en priorité aux amateurs de Collins et de littérature victorienne.

3,5coeurs.jpg

 

 

135 p

Wikie Collins, Profondeurs glacées, 1856

EnglishClassics.jpgj'aime-les-classiques.jpgWilkie Collins Addicts.jpg

10/02/2009

La plus jeune des Brontë

bronte pleiade T2.jpg

Je n’ai pas toujours bonne mémoire quand il s’agit de livres ou de films – d’où en partie le pourquoi du comment de la genèse de ce blog. Pourtant Les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre des sœurs Brontë m’ont laissé une forte impression et, chose assez rare, je me revois très bien en train de dévorer le roman de Charlotte à l’age de treize ou quartoze ans, vautrée sur le tapis au pied de mon lit à une période de ma vie où je boudais les classiques et les pavés – ce qui concernait à peu près tous les livres de plus de 300 pages ! Comme quoi la littérature victorienne a toujours eu une aura toute particulière dans ma courte vie de lectrice…

Pour en revenir à nos moutons, sur ma wishlist au Père Noël figurait cette année le deuxième tome de la Pléiade consacré à la famille Brontë. Bien qu’un peu ronchon à force trimballer dans sa hotte des produits presque exclusivement victoriens, Papa Noël a donc déposé sous le sapin la bible en question. Et quel bonheur ! Car non contente d’avoir dévoré Agnes Grey, je vais pouvoir me ruer bientôt sur un des trois autres romans figurant dans cet excellent livre – outre la tradition familiale, j’apprécie particulièrement cette collection pour les notes très pertinentes ainsi que l’important travail d’édition et de traduction.

Fille de pasteur, Agnes Grey décide de devenir gouvernante pour aider financièrement sa famille. Elle travaille d’abord pour les Bloomfield, qui l’accablent de reproches tout en l’empêchant d’avoir la moindre autorité sur une bande d’enfants stupides et foncièrement mauvais. Cruels avec les animaux, capricieux, violents, irrespectueux, incapables d’apprendre leurs leçons, les enfants n’ont d’égals que leurs parents, absurdes et condescendants. S’ensuit un séjour de quelques années chez les Murray, dont les filles ne sont pas non plus des élèves modèles. Entre l’aînée, jolie, vaine et trop aguicheuse pour une jeune femme bien élevée, et la plus jeune, garçon manqué jurant comme un charretier, Anne doit une fois encore supporter bien des caprices. Puis elle tombe amoureuse de Mr Weston, homme d’église foncièrement bon et intelligent. Tout pourrait s’arranger, jusqu’au jour où, s’apercevant de ses sentiments et persuadée de pouvoir mettre tous les hommes à ses pieds, Miss Murray entreprend de séduire Mr Weston par jeu, empêchant au passage toute rencontre fortuite entre le suffragant et la gouvernante. Miss Murray, vouée à un mariage d’argent, sera-t-elle heureuse ? Mr Weston succombera-t-il au charme de l’une ou à la sincérité de l’autre ? A vous de le découvrir.

Une fois de plus, j’ai passé un excellent moment en compagnie d’une des sœurs Brontë, bien que ce livre soit assez différent de mes lectures précédentes. Pas de fantastique ou d’influences gothiques par exemple, aucun mystère et une histoire qui semble à première vue un peu moralisatrice, avec des personnages assez manichéens – à l’exception peut-être de Miss Murray, parfois plus touchante malgré son grand égoïsme. Anne est un paragon de vertu et je dois avouer que sa morale irréprochable de fille de pasteur a parfois un petit côté agaçant, y compris lorsqu’elle se dénigre de façon systématique dès qu’il s’agit de sa possible influence sur Mr Weston. Plus ou moins autobiographique, ce charmant roman d’amour avec l’héroïne la moins romantique qui soit peut cela dit passer un trop rapidement pour un texte un peu austère ou un roman pour fleurs bleues.

Regroupé avec les deux titres les plus connus de ses sœurs lors d’une première édition, Agnes Grey a été rapidement jugé un peu trop traditionnel et inférieur aux romans de ses aînées… tandis que Charlotte elle-même fait un portrait peu flatteur d’Anne, la décrivant comme une jeune fille effacée à qui il manque la fougue d’Emily (cf Dominique Jean). Et pourtant !

Outre des qualités de narration indéniables, la trame du récit très bien construite et un discours sur l’éducation peu ennuyeux car il parsème seulement l’histoire de remarques faisant écho à des scènes mémorables, ce roman est plus impertinent qu’il n’y paraît à première vue. De nombreux signes a priori discrets dénoncent avec sévérité la décadence et l’attitude peu élégante des « parvenus » - bien que les propriétaires terriens finissent également par en prendre eux aussi pour leur grade. Les allusions faites aux termes précieux et ridicules choisis par ses employeurs m’ont beaucoup amusée, meme si je dois avouer que sans les notes de mon édition j’aurais laissé passer un certain nombre de remarques très intéressantes.

Agnes Grey est peut-etre un roman a priori discret et effacé comme son personnage principal et, peut-etre, comme son auteur, si on songe à le comparer aux flamboyants et très romanesques Jane Eyre et Wuthering Heights. C’est cependant un roman passionnant qui, malgré un certain pragmatisme, s’appuie au fond sur une très belle histoire d’amour et des personnages attachants ou détestables qui ne peuvent pas laisser le lecteur indifférent. L’écriture, très soignée et travaillée, plutôt sèche et précise, est très agréable. J’aurais tendance à penser que ce livre s’adresse plus à un public féminin.

Lilly et Romanza ont elles aussi beaucoup aimé. Et l'avis de Malice, plutôt positif lui aussi.

298 p (chez Gallimard, collection l’Imaginaire)

4,5coeurs.jpg

 


Anne Brontë, Agnes Grey, 1847

lectures victoriennes.jpg
classics challenge.jpg

08/01/2009

I ain't afraid of no ghost

collins_dame en blanc.jpgPremière lecture loubookienne 2009, premier victorien !

De Wilkie Collins, j'avais commencé (difficilement) The Moonstone et lu Voie sans Issue, co-écrit avec l'immense Charles Dickens... mais peu convaincant. J'attendais néanmoins beaucoup de Collins, autre monstre sacré de la littérature victorienne, et je dois avouer que j'ai passé un très bon moment avec La Dame en Blanc.

Ayant décidé de faire face à de vieux démons et de plonger corps et âme dans le débat orageux qui oppose en France les partisans du fameux plan en trois parties à ceux du plan en deux parties (souvenez-vous de vos devoirs de philo, de français...), je vais faire ce billet en revenant à mes premiers pas dans le monde des plans pré-formatés. Ce sera donc thèse, antithèse, synthèse, ou, comme j'aimais les nommer il y a quelques années : oui, non, enfin peut-être.

 

Mais commençons par une rapide mise en situation : jeune professeur de dessin, Walter Hartright se rend dans le Cumberland pour enseigner son art à deux jeunes filles de la bonne société. Il tombe amoureux de Laura, la plus jolie des deux, puis découvre qu'elle est déjà fiancée à un baronnet, Sir Percival. Dépité, Walter part en Amérique latine pour une mission dangereuse qui doit l'éloigner de Laura.

Vous vous demandez peut-être qui est donc la Dame en Blanc ? Cet étrange personnage, une femme du nom de Anne Catherick, apparaît pour la première fois à Walter avant son séjour dans le Cumberland. Echappée d'un asile, la Dame en Blanc réapparaît quelques mois plus tard et cherche à persuader Laura Fairlie de renoncer à son mariage avec Sir Percival, qui serait un homme fourbe et dangereux. Peine perdue, Laura épouse le baronnet. Comme vous vous en doutez, la Dame en Blanc avait vraisemblablement raison de mettre en garde la jeune héroïne.

 

Pourquoi lire la Dame en Blanc ?

Si j'ai mis du temps à lire ce roman, c'est parce que je n'avais pas une minute à moi. Car autant le dire tout de suite, La Dame en Blanc est un bon roman à suspense, qui reprend toutes les ficelles du genre : multiples rebondissements, même minimes ; une galerie de personnages importante, composée notamment de traitres perfides très divertissants ; un grand mystère, avec cette Dame en Blanc fantomatique, peut-être folle ; des lieux énigmatiques, comme la vieille demeure de Sir Percival, qui comprend notamment une aile élisabéthaine abandonnée.

Certains personnages donnent une nouvelle dimension à l'histoire : « l'homme de la situation », Marian Halcombe, soeur aînée de Laura, gracieuse mais laide, dotée d'une volonté de fer et d'une grande intelligence. Sir Percival, un peu caricatural mais désarmant dans son rôle hypocrite de fiancé valeureux. Et que dire du Comte Fosco, ce « gros homme » séduisant, qui semble attacher beaucoup d'importance au bien-être des deux soeurs tout en tramant un sombre complot dans leur dos ? Attaché à ses canaris et à ses souris blanches, suivi d'une épouse fidèle et dévouée dont il se sert avec habileté, Fosco cache bien des secrets et mérite à lui seul la découverte de ce roman. Je vous recommande au passage le billet de Julien qui présente justement les personnages.

Et bien sûr, l'intérêt de ce roman repose largement sur l'alternance entre différents narrateurs : compte-rendu de l'un, journal de l'autre... les observateurs sont multiples et permettent de découvrir de nouveaux éléments, couvrant la plupart du temps des événements connus d'eux seuls – ce qui évite les répétitions multiples.

 

Mes réserves :

Un petit problème de fond, sans grande importance cela dit car on se laisse facilement prendre au jeu : l'histoire repose sur la ressemblance frappante entre Laura Fairlie et Anne Catherick, en théorie deux parfaites inconnues. Autant dire que malgré l'explication finale, difficile de trouver les hypothèses de base très crédibles.

Si toute l'histoire tourne autour de Laura Fairlie, c'est bien l'un des personnages les moins intéressants. Walter est lui aussi très agaçant dans son rôle de jeune premier vertueux et, évidemment, extrêmement courageux. Tous deux sont si parfaits et si transparents (en particulier Laura) qu'au final, ce qui leur arrive n'a pas grande importance. Une histoire tumultueuse entre la soeur de Laura, Marian, et le machiavélique Comte Fosco aurait été bien plus passionnante ! Et s'il ne sert à rien de ré-écrire un livre à sa sauce, disons simplement que ce qui arrive à tous les personnages secondaires a bien plus d'intérêt que les aventures de nos deux héros en pâte de guimauve.

Collins a beau être le maître du suspense, le rythme inégal du livre m'a un peu lassée vers la fin. Parfois tout s'enchaîne brutalement, un peu trop même. Et, puisque le complot est révélé au bout de 300 p environ, on se demande bien ce qui nous reste à découvrir dans les 200 dernières pages... quelques événements majeurs mais beaucoup de passages un peu longuets. La fin, qui permet d'établir la vérité sur Laura Fairlie devant tout le village, et qui s'achève par une acclamation de la demoiselle en question par tous les bons villageois présents, est parfaitement ridicule.

 

So what in the end ?

Un bon roman populaire, habilement mené, tenant le lecteur en haleine la plupart du temps. Ayant lu récemment Les Mystères de Morley Court, je trouve certaines ressemblances entre les deux romans, même si je préfère au final celui de Le Fanu. A noter que De Pierre et de Cendre / Set in Stone de Linda Newbery rend hommage à la Dame en Blanc et, si les deux livres n'ont pas grand-chose en commun, le plus récent est lui aussi fort sympathique.

J'ai trouvé ma lecture un peu longuette mais je pense que c'est plus dû au peu de temps que j'avais devant moi. J'ai dévoré de nombreux passages et compte bien poursuivre ma découverte de Wilkie Collins cette année.

 

Beaucoup d'avis dans le cadre du blogoclub de lecture (j'étais moi-même en retard, d'où le billet sur Anne Perry) : les liens sont chez Sylire ou Lisa.

Mais aussi : Lilly, déçue et Isil, qui se remet avec plaisir d'une première déception avec le même auteur.

3,5coeurs.jpg

 

 

476 p

Wilkie Collins, La Dame en Blanc, 1860

 

lectures victoriennes.jpg
winterclassicschallenge.jpg