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05/08/2014

Molly Keane, Chasse au Trésor

keane_Chasse-au-tresor_5080.jpegAmateurs de vieilleries, Molly Keane a réuni pour vous de délicieux excentriques coincés quelque part dans un siècle passé, peu résignés à abandonner leurs vêtements poussiéreux et leurs habitudes archaïques... pour votre plus grand plaisir !

De quoi retourne-t-il ? : Le propriétaire du domaine de Ballyroden vient de décéder. Le roman s'ouvre alors que ses proches rentrent à la maison, bien décidés à boire du champagne en l'honneur du défunt. Mais une surprise de taille les attend : ce cher Roddy a dilapidé toute la fortune familiale et ses legs généreux ne sont que de charmantes promesses puisqu'il va falloir maintenant réduire considérablement le train de vie de la maisonnée pour ne pas avoir à céder Ballyroden.

Deux clans se forment d'emblée : d'un côté l'héritier, Philip, ainsi que sa cousine Veronica, tous deux pragmatiques, décidés à se retrousser les manches et à recevoir des hôtes payants pour s'en sortir ; de l'autre, le frère et la soeur de Sir Roderick, Hercules et Consuelo, en aucun cas prêts à renoncer à leurs privilèges et nombreux caprices. Et quelque part ailleurs, l'insaisissable et espiègle tante Anna Rose qui, depuis qu'elle a perdu son cher époux pendant leur voyage de noces, s'imagine parcourir le monde entier en train ou en avion, toujours accompagnée d'un oiseau qui trône sur ses différents chapeaux. Ajoutons à ce petit monde étonnant trois domestiques, chacun particulièrement entiché d'Anna Rose, Hercules ou Consuelo et se souciant peu du bien-être des deux jeunes, beaucoup trop terre-à-terre pour ne pas être jugés terriblement ternes (y compris par leurs aînés).

La rupture avec les fastes passés est vite consommée : Philip alloue à son oncle et à sa tante une modeste somme en guise d'argent de poche (ce qui donne des situations cocaces, comme lors d'un jeu d'argent : « Tu me dois neuf pence, Chaton, je t'assure (p 168) »), l'alcool ne coule plus à flots et le quotidien va être bouleversé par l'arrivée de parvenus anglais décidés à profiter de l'hospitalité irlandaise. Ils ne seront pas déçus du voyage !

J'ai particulièrement apprécié la première partie du roman, construite comme une pièce de théâtre. La première scène s'ouvre sur la présentation d'une pièce vide, la maison attendant le retour des occupants. Puis chaque protagoniste fait une entrée en fanfare dans ladite pièce, avec son lot d'extravagances. Hercules et Consuelo sont croqués avec beaucoup d'humour et, si on ne peut pas vraiment les détester, on ne peut s'empêcher d'être un peu choqué en les considérant à travers le prisme de nos repères modernes. Quelques exemples croustillants :

Les gens sont prêts à risquer leur vie pour nous. C'est tellement gentil (p 27).

En définitive, ça revient toujours moins cher de descendre au Ritz. Et personne ne pourrait m'accuser d'être dépensière – regardez ma pingrerie avec les épingles, les épingles ordinaires ou les épingles de nourrice. Dès que je vois une épingle, je la ramasse, voilà comment je suis. Jamais de ma vie je n'ai acheté une épingle – ce sont mes économies préférées (p 55).

Même si j'ai eu un peu plus de mal à m'intéresser aux visiteurs anglais (du moins à la plus jeune d'entre eux), le regard qu'ils portent sur leurs hôtes (ces deux vieux vestiges inutiles d'extravagances passées (p104)) est on ne peut plus acéré : Mon frère est un fervent collectionneur d'antiquités, dit Dorothy, dont le regard alla ostensiblement se poser sur les gens, pas sur les meubles (p 103).

C'est ma deuxième lecture de Molly Keane et, une fois encore, je suis vraiment séduite par la manière dont elle croque ses personnages, si improbables et pourtant tellement irrésistibles et pleins de vie. Si vous ne la connaissez pas encore je ne peux que vous recommander de la laisser vous présenter ses aristocrates déchus. En n'oubliant pas de vous armer d'une tasse de thé (voire d'un soupçon de brandy) of course !

Merci à Babelio à travers l'Opération Masse Critique ainsi qu'aux éditions Quai Voltaire.

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272 p

Molly Keane, Chasse au Trésor (Treasure Hunt), 1952

 

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17/06/2012

Meeting Molly Keane

fragiles-serments.jpgJe raffole de littérature britannique (souvent anglaise) dès qu'il s'agit de petites histoires de famille, de potins de voisinage, lorsque le châtelain du coin s'intéresse plus à ses chevaux qu'à son domaine et que sa digne épouse part en guerre contre sa meilleure ennemie si celle-ci tente de la détrôner lors de la fête caritative organisée par la femme du pasteur. Et c'est un peu cet esprit que j'ai retrouvé chez Molly Keane, irlandaise que je lis pour la première fois.

Fragiles Serments s'ouvre avec l'arrivée d'Eliza chez les Bird, le jour du retour de leur fils aîné, soigné dans un hôpital psychiatrique pour dépression. Vieille amie de la famille, Eliza vient régulièrement séjourner dans le superbe domaine ; amoureuse de Julian Bird depuis toujours, elle supporte avec bonne grâce Lady Bird, beauté extravertie, pas très fine, un brin tyrannique et bien déterminée à se faire passer pour bien plus jeune qu'elle ne l'est en réalité, au risque de paraître ridicule. Durant un séjour mouvementé, Eliza va se faire tour à tour la confidente des uns et des autres : Julian qui aime profiter de sa présence sans trop se soucier du mal qu'il peut lui causer ; Lady Bird ou Olivia, qui pérore à n'en plus finir pour valoriser son jardin, sa jeunesse, la formidable complicité qui l'unit à ses enfants – qui tous la détestent et se moquent d'elle en permanence ; John, l'aîné, déraciné depuis  son retour ; Sheena, folle de son Rupert et bientôt obligée de s'en éloigner pour une sombre histoire d'hérédité ; enfin Markie, enfant magnifique à qui l'on passe tout et dont la cruauté sans bornes ne semble déranger personne. Et puis, en marge de toutes ces tragédies familiales plus ou moins grandes, circule Mrs Parker, la gouvernante barbue et solitaire, condamnée à vivre au sein du foyer sans jamais en faire partie. Alors que les jours passent, la belle façade se fissure et chaque personnage connaît son lot de malheurs (si l'on peut considérer pour Markie que les problèmes de mathématiques sont un drame en soi).

ashford castle.jpgFragiles Serments est au choix une histoire familiale, un divertissement à l'humour British ou une superbe galerie de personnages un brin tordus, d'aristocrates d'un autre monde, un roman où mesquineries, secrets honteux et trahisons se mélangent allègrement. N'attendez rien de ces Bird un brin vampiriques si vous ne voulez pas connaître le sort de cette « chère Eliza », mais n'hésitez pas à faire un petit détour par chez eux pour assister à la petite garden party d'Olivia. Vous pourriez sans doute surprendre quelque personnage en flagrant délit d'exubérance et, rien que pour cela, le voyage est justifié.

Lu dans le cadre de Masse Critique : un grand merci à Babelio et aux Editions du Quai Voltaire !

C'est aussi ma première participation au Mois irlandais organisé par ma copine Cryssilda !

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285 p

Molly Keane, Fragiles Serments, 1935

(2012 pour la présente édition)

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07/09/2011

Aveuglement et pur gâchis

lefanu-desir-de-mort.jpgImaginez une jeune fille de bonne famille, Ethel Ware, vivant dans un domaine isolé avec pour seule compagnie sa gouvernante. Songez ensuite à un naufrage, qui mettra sur son chemin un jeune homme sombre au tempérament orageux. Ajoutez à cela une gouvernante un peu mystérieuse, la mort d'une jeune soeur et l'apparition de plusieurs personnages louches dans les environs, et vous aurez une bonne idée des 100 premières pages de Désir de Mort de Le Fanu, qui prend un certain temps à camper ses personnages dans ce roman. Je l'avoue, j'ai d'abord eu quelques difficultés à me laisser emporter par l'histoire, ce qui n'était pas pour me plaire sachant que c'est un auteur que j'apprécie beaucoup.

Heureusement, et c'est là que je reconnais bien mon cher Le Fanu, le roman prend un nouvel élan lorsque, arrivée à l'âge de faire son entrée dans le monde, Ethel gagne Londres et retrouve ses parents, qui daignent enfin s'occuper d'elle. S'ensuivent de très nombreuses péripéties, que je ne voudrais pas dévoiler de peur de vous gâcher le plaisir. Sachez que ce roman dense regorge de sombres machinations, d'héritages menacés, de dettes accablantes, de "papistes" dans l'ensemble franchement fourbes. Avec un peu de chantage, un soupçon d'amour, une bonne dose de traîtrise, quelques voyages et quelques crimes, nous avons là un roman populaire très sympathique,  bien qu'assez différent des autres textes de Le Fanu que je connais déjà. Un récit particulièrement sombre, qui commence mal, qui finit assez mal également, dans la plus grande solitude. La pauvre Ethel ne peut se fier qu'à peu de gens dans le monde sordide et mesquin dans lequel elle évolue !

Ce n'est pas un coup de coeur mais une lecture très agréable. Passé le premier tiers j'ai dévoré Désir de Mort, j'ai enragé, espéré, souffert avec l'héroïne, plus que je ne l'avais fait depuis longtemps ! Et quoi qu'il arrive, si vous n'avez pas encore lu cet écrivain, je ne peux que vous recommander ses textes !

Déjà lus : Carmilla, Les Mystères de Morley Court et Comment ma Cousine a été assassinée

L'avis de The Irish Eyes.

Sur Carmilla : Carolune / sur les vampires en général : Xulux 

Merci beaucoup à Denis des éditions Phébus pour cette très agréable lecture !

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358 p

Joseph Sheridan Le Fanu, Désir de Mort (Willing to die), 1873

 

ann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienann featherstone,que le spectacle commence,walking in pimlico,roman victorian,10-18,roman historique,londres,londres xixe,angleterre,angleterre victorienne,angleterre xixe,époque victorienne,spectacle victorien,cirque victorienChallenge God save le livre : 15 livres lus

16/06/2011

Trop de raison - et c'est l'extrême folie

ofarrell_etrange disparition esme lennox.gif Tiens, tiens, voilà un livre qui devait traîner depuis deux ans dans ma bibliothèque, qui avait vraiment suscité ma curiosité quand il était sorti en poche, puis que j'avais remarquablement négligé. Et mal m'en a pris car, amis lecteurs, ce roman est un petit bijou que je ne peux que vous recommander. Il s'agit d'une de mes meilleures surprises de ces derniers mois en matière de littérature anglo-saxonne, mon pếché mignon.

Edimbourg, de nos jours. Iris tient une boutique de vêtements d'occasion, vit dans un petit appartement situé dans l'ancienne maison de sa grand-mère, depuis scindée en plusieurs logements. Iris a un amant mais est amoureuse d'Alex, son "presque" frère, le fils de son ex-beau-père. Sa vie se complique un peu plus lorsqu'elle reçoit l'appel d'un asile sur le point de fermer ses portes : on lui annonce qu'elle a une grand-tante (première nouvelle) enfermée à l'asile (une nouvelle de plus ou de moins...). D'abord méfiante, Iris va se prendre d'intérêt pour Esme, cette parente récemment rencontrée. C'est ainsi que l'histoire d'Esme est dévoilée petit à petit, grâce à la petite enquête menée par Iris, les pensées chaotiques d'Esme et les réminiscences de sa soeur souffrant d'alzheimer.

Enfermée depuis son adolescence, Esme a passé sa vie dans cet hôpital psychiatrique lugubre qui n'a malheureusement rien à envier aux asiles victoriens de si triste réputation. Enfermée parce qu'elle était un peu originale et se souciait peu des conventions, Esme fait partie de ces filles écartées facilement à l'aide d'un médecin par des familles peu désireuses de s'encombrer de femmes trop indépendantes pour ne pas sembler dangereuses.

asile-psychiatrique.jpgCe récit extrêmement bien construit croise les pensées et expériences de plusieurs personnages et ne dévoile le fin mot de l'histoire qu'à la fin (même si le doute plane bien avant), tenant ainsi le lecteur en haleine. Une réussite sur le plan romanesque, certes, mais pas seulement. S'ajoute à cela l'éclairage porté sur une époque : le début du XXe, la transition poussive vers la modernité dans une famille encore marquée par les codes victoriens, la condition féminine ; c'est aussi le portrait d'une famille écossaise ayant vécu des années en Inde et devant se réadapter à une vie bien différente en retrouvant la mère patrie - les enfants n'étant pas épargnés par les quolibets à leur retour.

Un roman tout en finesse qui traverse le XXe siècle en dressant le portrait de deux femmes de caractère, libres à leur façon (car pour Esme, les années d'enfermement n'ont finalement fait qu'exacerber sa tendance à s'évader grâce à une imagination fertile).

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femme chapeau.jpegEt en repensant à cette lecture, je fais un rapprochement avec une de mes lectures en cours, L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks (un billet ici, où j'ai également repris l'illustration), livre extrêmement intéressant portant sur les comportements étranges observés par un médecin, cas illustrant les liens étroits entre neurologie et psychiatrie.

Lu dans le cadre du challenge Kiltissime organisé avec Cryssilda, qui commence aujourd'hui et prendra fin le 15 juillet.

La première photo est celle d'un asile psychiatrique russe abandonné, issu de ce site sur lequel figurent de nombreuses photos du lieu (y compris des photos d'intérieur).

La deuxième est celle de Bass Rock (évoqué dans le roman) et provient de ce site.

Titre extrait d'un poème d'Emily Dickinson.

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232 p

Maggie O'Farrell, L'Etrange disparition d'Esme Lennox, 2006

logo kiltissime 05.jpgChallenge-god save the livre.jpg Challenge God Save the livre de Passion livre: 6 livres lus... Après avoir atteint la catégorie Prince Charles (5 livres lus), j'entame la catégorie Prince William (10 livres lus).

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