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25/05/2013

Francis Dannemark, Histoire d'Alice

dannemark_Histoire-dAlice-qui-ne-pensait-jamais-à-rien-Francis-Dannemark.jpgMon blog somnole depuis quelque temps, mais c'est pour mieux préparer le Mois anglais... car je voyais bien que sans quelques billets écrits à l'avance je serais peu présente pour ce fabuleux voyage en votre compagnie. Voici donc la dernière chronique à venir avant le début des festivités de juin, les autres billets non anglais suivront début juillet.

Mes amis, aujourd'hui je vous parlerai d'un livre léger mais fort plaisant, parfait pour vos séances de plage à venir et les journées pluvieuses qui s'annoncent encore en ce mois de novembre mai. Il s'agit d'Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) de Francis Dannemark – dont on parle en ce moment sur la blogosphère et qui a été mis en avant par la libraire présentée lors de la dernière émission de La Grande Librairie (23 mai). 

Lorsque débute le roman, Paul vient de perdre sa mère et, à l'occasion des funérailles, rencontre enfin sa tante Alice, âgée de soixante-treize ans. C'est l'occasion pour lui de renouer avec une parente qui a connu sa mère pendant ses jeunes années et rapidement, une certaine complicité s'instaure entre la tante et son neveu. Alice a mené une existence mouvementée, c'est une casanière contrariée qui, par la force des choses, a passé sa vie à voyager et vivre à l'étranger en épousant l'un après l'autre des hommes de diverses nationalités et d'horizons variés. Elle a ainsi résidé de nombreuses années en Angleterre mais découvert d'autres continents et sillonné la Méditerranée en bateau. Au fil de chapitres portant le nom des  hommes de sa vie, nous suivons paisiblement Alice dans ses aventures et traversons la deuxième moitié du XXe siècle. Un livre agréable, qui se lit très facilement, même si je dois avouer à regret qu'il ne me laissera sans doute pas un grand souvenir (je me rends compte que quinze jours ou trois semaines après la lecture je me perds déjà dans les nombreux maris !). C'est tout de même frais, nostalgique, avec un petit côté britannique (aussi dû au beau nom d'Alice), ce qui n'était pas pour me déplaire ! Une lecture "cocooning" et charmante, idéale pour se changer les idées ! 

Merci beaucoup à Francis Dannemark qui m'a proposé de rencontrer Paul et Alice (et merci pour le petit mot, une délicate attention qui m'a fait très plaisir !), et aux éditions Robert Laffont. 

D'autres billets de blogueurs souvent tombés sous le charme des personnages (les premiers apparus dans ma recherche en ligne, mais ils sont si nombreux... et je découvre quelques blogs au passage) : Cachou, Val, Keisha, Syl, Encres Vagabondes, Laura, Anne (Des Mots et des Notes)...

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185 p

Francis Dannemark, Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), 2013

21/09/2009

Les explorateurs de Sa Majesté

fortier_Dubonusagedesetoiles.jpgQu'ouïs-je ? Qu'entends-je, ami lecteur ? Ne connaîtrais-tu pas encore Du bon usage des étoiles ? Voilà qui est vraiment très mal et qui me mortifie au plus haut point (ce qui ne fait jamais que moins d'1m60 mais on fait comme on peut).

Si tu passes par ici, jeune lecteur fou et téméraire, intrépide aventurier, voilà quelques bonnes raisons de lire ce merveilleux premier roman de Dominique Fortier qui évoque l'expédition polaire désastreuse de John Franklin, ou le pourquoi du comment d'un livre incontournable (si si) :

L'histoire est passionnante, tout simplement. Vous qui comme moi n'avez pas le pied marin et pâlissez à la vue d'une bataille navale, d'un Typhon ou d'un Kidnapped (j'aurais peut-être dû dire “verdissez” mais je ne voudrais pas offenser inutilement de valeureux lecteurs), n'ayez crainte ! De même si, comme moi, vous préférez les climats tropicaux aux glaciers et trouvez les pôles Nord et Sud affreusement barbants passée l'extase d'une hypothétique première page de description. Grâce aux allers-retours entre l'expédition et la famille du capitaine Franklin restée à terre, le récit savamment construit ne souffre d'aucun temps mort et se dévore avec un plaisir considérable. Ajoutons à cela quelques éléments inédits comme une partition, la recette (décourageante) du plum-pudding ou l'insertion d'un menu de Noël victorien et nous voilà en présence d'un objet hybride, livre flottant non identifié dont les bizarreries ont fait la joie de votre fidèle et dévouée.

Outre un cadre riche et des situations variées, ce double récit favorise la redoutable prolifération de personnages très différents et, ce qui ne gâche en rien le bonheur du lecteur, tous plus intéressants les uns que les autres. En plus de quelques marins parfois mis en avant et d'un Sir Franklin finalement peu présent, trois figures charismatiques occupent ici une place de choix : Crozier, dont le journal permet de suivre petit à petit le parcours des navires, le tout agrémenté de réflexions et de touches personnelles pleines de finesse rendant le personnage très concret et particulièrement attachant ; Lady Jane, épouse de Sir Franklin, femme de caractère résolument en avance sur son temps et tout aussi aventurière que son illustre époux, dans une société victorienne où la haute bourgeoisie est généralement représentée sous des traits bien plus conservateurs ; enfin Sophia, nièce de Lady Jane et de Sir Franklin, jeune héroïne romantique qui aurait tout pour être surfaite et stéréotypée mais qui s'avère en réalité très sympathique et plus complexe que l'oie blanche que je me préfigurais.

Formidable roman d'aventures, palpitant à souhait, Du bon usage des étoiles est aussi un livre dense et foisonnant qui allie le fond à la forme avec beaucoup de talent. On se régale avec l'histoire, on aime à la folie certains personnages, on aurait presque mal au coeur à force de sentir The Terror et l'Erebus tanguer sous nos pieds tandis que l'on se délecte de l'écriture soignée, vive et pleine de charme de Dominique Fortier. Mais ce n'est pas tout : l'une des plus belles réussites de ce livre tient aux nombreuses influences qui enrichissent la narration sans l'alourdir, l'auteur s'étant parfaitement approprié les références historiques, littéraires et scientifiques qui émaillent le récit. Le cadre victorien avait d'ailleurs tout pour me plaire, de même que les passages consacrés au thé, les clins d'oeil austeniens à travers les fougueux aboiements des gourmands Mr Darcy et Mr Bingley ou l'allusion aux progrès rapides qui caractérisent le XIXe (rigueur scientifique des explorateurs, daguéréotypes...). Sans parler de l'histoire principale qui s'inspire de la dernière expédition de John Franklin. Que l'on apprenne ou que l'on reconnaisse simplement quelques références, celles-ci ne manquent pas et sont remarquablement insérées dans le texte, nous donnant par la même occasion matière à réflexion.

Voilà un roman qui constitue une de mes plus belles lectures de l'année, un livre que j'ai déjà en partie relu et que je relirai très certainement. Je crois qu'hormis l'interlude classique de Pride and Prejudice, je n'avais pas éprouvé un tel plaisir de lecture depuis la découverte des Maîtres de Glenmarkie il y a près d'un an. Consistant et érudit, plein d'humour et servi par un style alerte, Du bon usage des étoiles est un livre à découvrir absolument. J'adore, je me pâme, je pars m'évanouir loin de mon écran. Mes sels ! Où sont mes sels ?

I love that statement :

Ne restez pas trop longtemps sous la pluie, vous commencez à ressembler à Mr Darcy quand il se met en tête de plonger dans l'étang aux canards...”, première allusion austenienne ce me semble (p 55).

Au passage, ce livre me donne envie de découvrir enfin Le Vicaire de Wakefield et Ellis Bell.

L'avis de Malice, qui a elle aussi succombé au chant des sirènes arctiques lors d'un passage bloguesque à la librairie québécoise de Paris, et ceux de Cuné, Fashion, Ys (qui n'a pas aimé) et la Recrue du Mois.

L'article de Wikipedia sur l'expédition Franklin et sa fin dramatique.

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345 p

Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles, 2008

01/09/2009

Périple d'un bibliobus

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J'ai récemment découvert le nom de Jacques Poulin avec la sortie de L'Anglais n'est pas une langue magique (dans ma PAL), livre qui m'attirait par sa belle couverture et son titre mystérieux contenant le mot clef « anglais » - il provoque visiblement chez moi une sorte d'effet placebo. C'est donc avec plaisir que j'ai ouvert La Tournée d'Automne. Je m'imaginais ce livre plein de charme, bien écrit et surtout, j'attendais de nombreuses références littéraires et un certain art dans l'intertextualité ou la transmission de l'amour des livres. Ma lecture a été globalement agréable mais ce n'est certainement pas un coup de cœur, car ce roman ne répondait pas vraiment à mes attentes.

Dans ce livre, « le Chauffeur » d'un bibliobus s'apprête à faire sa dernière tournée au Québec. Peu avant son départ, il rencontre une troupe de musiciens et de saltimbanques et s'éprend de Marie, la maman poule du groupe. Tous deux se découvrent de nombreux points communs mais leur histoire reste très pudique et avance pas à pas, avec beaucoup de délicatesse et un certain charme suranné. Au cours de la tournée, le Chauffeur et la troupe qui s'est décidée à le suivre découvrent de nouvelles régions et de beaux paysages, où la nature est à l'honneur. A chaque arrêt, fidèles et nouveaux lecteurs font leur choix dans le bibliobus. Leur attitude et leurs choix toujours différents sont un hymne à la lecture, au partage des livres et à l'échange entre amoureux des livres. Ces passages m'ont d'ailleurs beaucoup plu.

feuille.jpgJe lirai au moins le livre de Jacques Poulin qui dort dans ma bibliothèque car j'ai trouvé ma lecture agréable et sans heurt; elle me délassait. J'aime les sujets abordés par l'auteur, en l'occurrence ici ce bibliobus qui revient régulièrement au même endroit et qui me fait penser que j'aurais adoré me lier d'amitié avec un chauffeur amoureux des livres qui serait venu dans ma petite ville à la bibliothèque minable quand j'étais enfant. C'est un roman plaisir que l'on peut savourer comme ces fameuses « lectures doudou » dont le terme bloguesque me semble ici assez approprié. Cependant, ce n'est pas un grand roman à mes yeux et je lui trouve de nombreux défauts : le ton parfois un peu naïf et des expressions plates comme « elle avait un mari très gentil » (p35), qui m'ont fait trouver le style un peu scolaire ; les références littéraires, citées à plusieurs reprises « par paquets », peu de livres émergeant finalement du lot (j'ai trouvé que La Reine des Lectrices, même s'il est assez léger, donne plus envie de lire les auteurs cités) ; enfin la trame du récit n'avait pas beaucoup d'importance en soi pour un hommage à la lecture mais, vu la place un peu superficielle qu'occupent les autres livres dans ce récit, elle aurait pu donner un regain d'intérêt au texte si elle avait été un peu plus dense. Au final ce roman m'a paru un brin ordinaire, même s'il me donne envie de chercher des photos des paysages québécois et peut-être de m'y rendre un jour (c'est déjà ça).

feuilles2.JPGBref, ce n'est pas une révélation pour moi, c'est même une lecture un peu mitigée, mais comme je le disais, j'ai pris suffisamment de plaisir à lire ce roman pour avoir encore envie de lire L'Anglais n'est pas une langue magique.

Un grand merci à Malice pour le prêt (et celui du livre de Gabrielle Roy que j'ai très envie de découvrir). Le lien pointe vers ses 7 billets sur Jacques Poulin.

D'autres avis : Lilly (dont l'avis est très proche du mien); Charlie Bobine (déçue), Laure (mitigée) ; et plus enthousiastes : Allie, Lily, Florinette, Cathe... et beaucoup d'autres à venir aujourd'hui avec la lecture du blogoclub.

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191 p

Jacques Poulin, La Tournée d'automne, 1993

 

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05/05/2009

Il contint la mer

cloutier_ce qui s'endigue.jpgDeux destins en parallèle font l'objet de ce roman : celui d'Anna et celui d'Angela. Venant de milieux sociaux très différents, toutes deux se rencontrent pour la première fois en maternelle. Anne est blonde, angélique, c'est l'illustration parfaite de la petite fille modèle. Angela est plus ronde, impétueuse, colérique. Un vrai garçon manqué. Elle est aussi remarquablement intelligente. Anna incarne pour Angela un idéal impossible à atteindre, la féminité, la perfection ; ce qui lui vaut des remarques blessantes, des bousculades. Angela lui fait peur.

De leur conception à leur mort, le lecteur suit chaque étape majeure de la vie de ces deux femmes qui se croisent, se perdent de vue et se retrouvent vraiment lorsqu'elles atteignent la soixantaine.

L'époque est assez confuse. Couvrant 90 ans, on suppose qu'elle commence dans les années 1950 ou 1960 (car l'amant d'Anna naît en 1953). L'action se déroule essentiellement en Hollande mais certains personnages la quittent pour mieux se retrouver, en Indonésie et en Normandie.

Ce qui s'endigue est un roman poétique et ambitieux auquel j'ai trouvé beaucoup de qualités, à commencer par l'écriture très annie cloutier.jpgtravaillée, souvent pleine de rythme et d'exactitude. Comme dans cette phrase rapide, heurtée : Il s'agit de cette kalachnikov de mots mortifiants qu'à tout propos elle décharge sur ses consoeurs effarouchées. (p52)

Toute l'attention du narrateur est portée sur les personnages, avec leurs particularités, leurs doutes, leurs souffrances, la perception qu'ils ont de leur environnement, leurs envies, leurs victoires intérieures. Cet aspect psychologique très fouillé fait la force du roman, malgré quelques éléments à mon avis un peu maladroits. L'opposition marquée entre Angela et Anna est notamment renforcée par l'aternance de passages courts consacrés à l'une ou à l'autre. Dans leurs plus jeunes années, lorsque leur parcours est encore semblable, ces extraits s'enchaînent rapidement et permettent d'envisager le caractère de chaque enfant alors qu'il n'a pas encore vraiment été façonné au gré des rencontres et des expériences.

En soupirant, Anna se remet au travail. Son écriture est un sillon creusé à même le papier recyclé. Elle appuie si fort qu'une fois la page remplie, le centre de son travail semble avalé par l'épaisseur du cahier. Elle s'applique. Il arrive qu'elle travaille des heures et des heures et que les épicéas, brassés par des averses venteuses, se penchent jusque tard dans la nuit même. Il arrive aussi que la mélancolie l'étreigne si fort qu'elle en omette de descendre s'alimenter, qu'elle en néglige de se coucher. Ces soirs-là, il arrive qu'elle émerge de son apesanteur en même temps que l'incandescence blafarde des matins de novembre. Alors, d'un geste d'automate plutôt las, elle se remet à résoudre des équations ou à analyser les enjeux historiques de la décolonisation en Indonésie. (p45)

Enfin, Annie Cloutier maîtrise parfaitement certains sujets (dans lesquels elle s'est spécialisée, d'après l'éditeur) : la féminité, la sexualité, la maternité et leur impact sur la construction de l'identité. La maternité comble par exemple les besoins d'Angela pendant plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle éprouve l'envie de se réaliser elle-même, d'exister en dehors de son foyer, d'accomplir des choses importantes qui lui donneront l'impression de se retrouver. Cette quête est d'ailleurs aussi celle d'Anna, qui jusqu'à la fin avance d'un pas assez mécanique, ne réalisant que très tard que tel devait être son parcours. Le doute qui ne quitte pas Anna et Angela est très bien perçu par le lecteur et le rapproche des personnages, qui à cet égard sont très crédibles.

Quelques éléments m'ont tout de même un peu gênée.

Des mots et expressions néerlandais ponctuent assez souvent le récit, en particulier au début. Certains sont vraiment propres à la culture hollandaise et me semblent justifiés. Mais pourquoi ne pas écrire en français un terme tel que « siège de bébé » ou « sage-femme » ? Par ailleurs tous les termes sont à rechercher à la fin du livre, ce qui est agaçant et coupe parfois complètement le rythme (p 31 par exemple).

Le temps s'écoule très rapidement, avec beaucoup de fluidité – à tel point que les personnages ont parfois vieilli de dix ans en quelques lignes. Cela donne très justement l'impression d'assister à un flux incontrôlable. Sans doute pour cela, l'évolution des technologies ou des modes de transport n'est pas du tout mise en avant... au point de permettre au frère d'Anna (p52, a priori dans les années 1980 ou 1990, voire peut-être avant) puis au fils d'Angela (p156) d'avoir tous deux un iPod. D'où un peu de confusion avec le défilement des années.

Enfin, avec le recul (car cela n'a pas du tout entravé le plaisir de la lecture), j'ai trouvé certains partis pris de l'auteur un peu caricaturaux : l'évolution de deux femmes qui au final croisent les mêmes figures emblématiques des hautes sphères de la vie publique (possible, mais assez improbable) ; le fait que la brillante Angela soit frustrée par son propre destin au point d'être obsédée par Anna pendant toute sa vie, même lorsqu'elle la perd de vue pendant très longtemps ; le poids peut-être trop important de l'origine sociale, et plus particulièrement l'engagement anticapitaliste et idéaliste d'Angela qui est parfois un peu maladroit. Ce sujet qui pourrait faire l'objet d'un livre plus engagé a tendance à parasiter un peu la question plus personnelle du choix de vie de ces femmes. C'est un thème intéressant mais qui à mon avis dessert un peu ce roman en l'alourdissant, au risque de perdre en crédibilité.

Un beau livre malgré tout, un peu inégal mais bien construit ; un roman aux passages souvent savoureux et très bien écrits. Et puis amis lecteurs, j’aime particulièrement les romans psychologiques et les thèmes traités par Annie Cloutier. Alors personnellement, je compte bien la relire un jour (Annie Cloutier, si jamais vous vous perdez un jour dans la jungle des blogs et atterrissez ici, sachez que j'attends avec impatience votre prochain roman !). Bref. Je résume : c’est vachement bien. Lisez-le.

Deuxième livre pour la présélection du P5C.

 

235 p

Annie Cloutier, Ce qui s’endigue, 2009

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16/04/2009

We're having a miracle

huston_prodige.jpgFlexions du poignet, petit échauffement et quelques gammes sur mon clavier, légère pression sur la pédale, telles sont les techniques que je suis bien décidée à employer pour enfin sortir Prodige de Nancy Huston du lot des chroniques qui refusent de pointer le bout de leur nez sur ce blog.

 

Le prodige c'est Maya, née prématurément et qui s'accroche à la vie contre toute attente, faisant la joie de ses parents et s'attachant pour toujours sa mère Lara, prête à tout donner à son enfant pour lui promettre une vie merveilleuse.

C'est aussi l'enfant prodige que devient la petite en grandissant. Formée dès le plus jeune âge par une mère pianiste, Maya excelle et surpasse son guide. La musique est son élément naturel, elle la comprend mieux que quiconque et s'exprime parfaitement au moyen de son piano. C'est un véritable don que semble lui avoir insufflé Lara lors des premiers mois, lorsqu'elle se trouvait entre la vie et la mort.

 

D'abord amis lecteurs, sachez que je veux lire Nancy Huston depuis au moins deux ans et que je suis vraiment heureuse d'avoir enfin découvert sa prose. Très honnêtement je m'attendais à un coup de coeur immédiat, à une révélation époustouflante, des tempêtes dans ma chambre et des coups de tonnerre follement romanesques annonçant le début de la fin et jetant votre chroniqueuse dévouée par terre dans un état de choc et de béatitude avancé. De grandes espérances qui ne facilitaient pas la tâche de Nancy Huston, dont j'ai cependant apprécié ce court roman.

 

Plus que la forme, que je trouve plaisante mais que j'espérais plus vibrante, j'ai vraiment apprécié le contenu. Alternant les voix par de courtes interventions précédées du nom du personnage dont on découvre les pensées, ce roman reprend beaucoup d'ingrédients auxquels je suis particulièrement sensible, à commencer par les relations entre membres d'une même famille (en particulier mère-fille) et la musique, qui occupe une place à part dans ce récit. Le piano est un lien entre Maya, sa mère et sa grand-mère ; il lui permet aussi de nouer de nouvelles relations, tout comme il a rapproché ses parents quelques années plus tôt. C'est un moyen d'expression qui, une fois dompté, reste encore magique et inaccessible, Maya étant la seule à savoir dépasser les limites techniques pour vraiment s'approprier le piano et en faire son complice. Enfin, outre les thèmes abordés, j'ai apprécié les personnages qui, en peu de pages, gagnent indubitablement en intensité et rayonnent malgré leur contour assez flou et vaporeux. Lara m'a particulièrement touchée avec son esprit combatif, son amour pour sa fille et la frustration teintée de fierté qu'elle éprouve en voyant Maya triompher là où elle-même a échoué. L'écriture des passages de Lara m'a d'ailleurs plus marquée : Tu te mettras sous le piano, ce sera ta petite maison tout en bois, et tout autour de toi ça résonnera quand je joue, boum, les graves, la pédale, un orage, un déluge, un ouragan de musique se déchaînant dans le bois ! (p137)

 

Merci à Lilly grâce à qui je me suis enfin décidée ! Les avis de Malice, Sylvie, et Karine.

 

Et sur ce blog, si vous aimez Nancy Huston, voilà quelques textes susceptibles de vous intéresser :

-sur le thème de la musique : Le Violon Noir ; L'incroyable histoire de Mlle Paradis.

-sur le thème des relations mère-fille-grand-mère : L'Elegance des veuves (superbe livre) ; (roman irlandais) La Visiteuse.

 

173 p

 

Nancy Huston, Prodige, 1999