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29/11/2013

Sylvie Germain, Petites scènes capitales

germain_petites-scenes-capitales.jpgRentrée littéraire automne 2013

J'ai eu la chance de pouvoir lire deux romans dans le cadre des matchs de la Rentrée Littéraire de Price Minister. Le premier était Lady Hunt de Hélène Frappat, le deuxième Petites scènes capitales de Sylvie Germain. De cet écrivain je m'étais promis de tout lire mais je n'ai finalement lu que deux autres titres jusqu'ici : La Chanson des Mal-Aimants (qui ne m'a pas laissé un grand souvenir je dois l'avouer, même si j'avais plutôt apprécié ma lecture à l'époque) et surtout Tobie des Marais, un énorme coup de coeur, une véritable pépite littéraire !

Petites Scènes Capitales raconte en 49 courts chapitres la vie de la petite Lili. Née dans l'après-guerre, abandonnée par sa mère alors qu'elle n'était qu'un bébé, Lili cherche à se construire et à trouver des repères dans un contexte familial complexe. Hormis sa grand-mère qui n'hésite pas à lui témoigner de la tendresse et de l'affection, Lili est entourée de son père, froid et distant, puis d'une belle-mère, Viviane, qui arrive accompagnée de quatre enfants d'unions précédentes. Lili doit apprendre à exister au sein de cette fratrie déjà unie par les liens du sang ; elle s'interrogera toute sa vie sur l'importance qu'elle a pour son père, elle, sa seule véritable enfant. Puis l'enfant grandit, traverse les grands évènements du siècle (mai 68 notamment), voit sa famille éclater, vieillir, tandis que sont faites certaines révélations.

C'est un sujet que j'ai l'impression d'avoir croisé de nombreuses fois, une "saga familiale" sur une portion de siècle, avec ses faits marquants, ses moments d'amour, de douleur, de non-dits, de déchirures. Et pourtant c'est avec un immense plaisir que l'on déguste ce roman. La petite Lili est certes attachante dans sa quête de liberté, sa volonté de s'affirmer après cette enfance bouleversée par la disparition de sa mère. Cependant c'est surtout la plume délicate et si nuancée de Sylvie Germain qui m'a séduite. On se régale à découvrir ce véritable travail d'orfèvre, cette richesse du vocabulaire, ces tableaux raffinés si visuels. J'ai notamment été frappée par plusieurs passages mettant en avant toute une palette de couleurs et leurs subtiles variations, comme les deux extraits ci-dessous :

À nouveau, elle pense à sa mère, disparue au large de la Méditerranée ; sa mère sans sépulture, sans nom ni dates.  Peut-être son nom flotte-t-il sur l'eau à l'endroit où elle a sombré - Fanny Bérégance, née Herléon. Des lettres mouvantes, tracées par les reflets du soleil, des étoiles et de la lune, ondoyant du vert au bleu, de l'indigo au mauve, de l'argenté au violet. Fanny ma mère ondulant au creux des vagues, brasillant dans l'écume (p 54).

Son écorce est brunâtre, sillonnée de crevasses et rugueuse au toucher. Les feuilles, plates et trapues, sont infusées de lumière, saturées de jaune franc ; certaines sont tachetées de rouge orangé, à peine. Au moindre souffle de vent, le feuillage frémit et répand une formidable sonnaille de jaune, un cliquetis d'or, de soufre, de paille et de safran (p 159).

Un joli voyage en compagnie d'un grand écrivain.

Et de nouveau, comme le veut la règle dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire, j'attribuerai un 17/20 à ce roman pour l'histoire intéressante et plus encore le style, magnifique (il manquait un soupçon de surprise à ma lecture pour que ce roman soit un coup de coeur absolu). 

Merci encore aux organisateurs des matchs de la rentrée littéraire pour ce 2e beau moment de lecture.

Les avis de : A bride abattue, Aifelle, Baz'Art, Bene31, Blablamia, Canel, CaroMleslivres, Chris, Cristie, Emeralda, Leiloona, Mrs Figg, Paroles et Musique, Sophie Hérisson, Stemilou, Stephanie (Plaisir de Lire), Tilly, Val, Vive les Bêtises, Yuko

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247 p

Sylvie Germain, Petites Scènes Capitales, 2013

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07/05/2013

Daniel Pennac, Au Bonheur des Ogres

pennac-au-bonheur-des-ogres.gifDaniel Pennac est un des auteurs qui ont marqué ma folle jeunesse grâce à sa fabuleuse série sur Kamo, lue et relue il y a bien des années. J'ai été heureuse de le retrouver il y a dix ans (déjà!) avec son très sympathique Comme un roman (qui donne encore plus envie de lire au lecteur avide et m'avait en l'occurence remonté le moral un jour où j'étais clouée au lit) et l'amusant La Fée Carabine. Mais toutes les bonnes choses ont une fin et il m'arrive bien souvent de planter là un auteur dont je pense beaucoup de bien pour la bonne raison qu'un livre d'un autre genre pointe le bout de son nez, puis un deuxième, puis un troisième, si bien qu'à la fin les projets de lecture initiaux en sont bouleversés.

Trouvant peu de temps pour moii et constatant ma grande difficulté à me concentrer ces dernières semaines, j'ai fait récemment le pari d'emporter avec moi Au Bonheur des Ogres dans de sauvages contrées (certains sauront reconnaître le lieu en question et en frémiront sans aucun doute). Revenons-en à nos moutons, ou plutôt à nos chiens puants dans le cas précis, le miracle a eu lieu et je suis parvenue à lire en un temps record  pour ma condition actuelle de ramollie du bulbe cet amusant récit.

pennac-au bonheur des ogres.jpgLe personnage principal de ce roman et de  ceux qui suivent est Benjamin Malaussène, affecté au contrôle technique d'un grand magasin, fonction classique qui cache un emploi bien plus ingrat : bouc émissaire. Dans ce charmant magasin parisien, aucun contrôle technique n'est jamais effectué. Ainsi, lorsqu'un réfrigérateur se met à incinérer un repas de Noël et à brûler les sourcils de sa propriétaire ou lorsqu'un lit cède sous le poids d'un colosse à la première utilisation, Malaussène endosse le rôle du contrôle technique tellement pitoyable et râté qu'il parvient à faire retirer la plupart des plaintes des clients. Mais alors qu'il sillonne le magasin en cet hiver particulier, une première explosion se produit, faisant un mort. Elle sera bientôt suivie de plusieurs autres. Benjamin étant toujours  sur les lieux, il est rapidement suspecté. Et franchement, il n'avait pas besoin de cet ennui supplémentaire, entre sa mère toujours partie avec de nouveaux amours, tous ses frères et soeurs à élever (difficile alors que l'une joue les voyantes ou que l'autre dessine des ogres de Noël qui inquiètent l'école et collectionne les photos de travestis à Boulogne), sans parler d'un chien épileptique qui aurait grand besoin d'un bain.

Je suis ravie d'avoir jeté mon dévolu sur ce roman qui a enfin su me happer (ce qui n'était pas évident visiblement car ces derniers temps j'ouvre un livre pour le reposer dix pages plus tard). C'est drôle, les personnages sont hauts en couleur, le héros est décalé... on passe un très bon moment à démasquer le poseur de bombes. Si je suis cette fois-ci mon idée je ne tarderai pas à relire La Fée Carabine et à découvrir enfin La Petite Marchande de Prose, depuis longtemps dans ma PAL et si souvent croisé au CDI du collège ou sur les listes de lectures recommandées à cette tendre époque.

Merci à Lise pour cette découverte faite dans le cadre du challenge du Prix Campus, un partenariat  des éditions Folio avec Cryssilda, Titine et votre fidèle et dévouée dans le cadre duquel nous avons pendant plusieurs mois parlé de moult beaux titres issus de la liste des candidats en lice, à travers les billets du challenge et plusieurs concours. Pour un recap des liens (hors concours et billets de présentation) et si vous cherchez quelques idées de lecture, vous pouvez faire un petit tour par là. J'en profite pour dire un grand merci à  Nathalie, Céline et Maggie qui ont elles aussi contribué aux nombreux billets.

Et c'est une première participation au challenge Daniel Pennac de George... j'ai mis en avant une ancienne couverture car je trouve la nouvelle bien moins réussie.

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08/10/2012

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula

je m'appelle dracula, olivier cohen, dracula, bram stoker, vampires, littérature jeunesse, roman français, paris, venise, je bouquine, la fiancée de dracula, challenge halloweenIl y a trois ans, je relisais avec délectation Je m'appelle Dracula, récit dans lequel le comte rédige ses mémoires afin de réfuter les abominables accusations contenues dans le récit de Bram « Stocker » (au sujet du « c » incongru je vous invite à lire mon billet sur ce premier opus pour me voir pérorer un peu).
Je commandais quelques jours plus tard la suite, « La Fiancée de Dracula » (que je ne pense pas avoir lu dans ma prime jeunesse) et voilà le résultat : il faut attendre la 3e édition du challenge Halloween pour que ce livre sorte de ma PAL !
Toujours réfugié dans le marais, Dracula alias Jacques Dracole (admirez l'art du camouflage) tente de mener une vie normale, si tant est que cela soit possible pour un vampire, et tient une galerie à Paris. Il y fait la rencontre d'Albertine qui semble immédiatement séduite par le sombre et séduisant comte, qui l'invite à dîner dans sa maison du Marais. Tous deux amoureux, Dracole et Albertine se fréquentent régulièrement et multiplient les promenades romantiques, en dépit de la peur que la jeune femme éprouve en présence de son fascinant compagnon.
Malheureusement l'affreux Van Helsing (curieusement ce type-là ne m'a jamais été particulièrement sympathique) poursuit toujours Dracula et convainc la police de l'aider à anéantir le monstre. Pour s'échapper, Dracula n'hésitera pas à s'enfuir avec Albertine à Venise... la suite, vous la connaîtrez si vous vous laissez aussi tenter par cette lecture !
J'ai dévoré ce court roman de jeunesse très agréablement écrit mais il m'a moins séduite que « Je m'appelle Dracula », peut-être parce que j'avais savouré la première fois les nombreux clins d'oeil au roman de Stoker. En tout cas, une lecture bien agréable qui vient à point nommé pour fêter ensemble Halloween.

Lu dans le cadre du challenge Halloween 2012 organisé ici et chez la diabolique Hilde

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92 p

Olivier Cohen, La Fiancée de Dracula, 1985
(j'ai donc fait une erreur en indiquant la date de publication de « Je m'appelle Dracula », j'ai dû retenir celle de l'édition Je Bouquine).

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11/09/2012

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la Nuit

vigan-rien ne s'oppose à la nuit.jpg(Billet programmé, comme les suivants, je serai heureuse de vous lire et de vous répondre à mon retour... ce mois-ci je suis en vacances, partie en lune de miel)

Un an après sa sortie, je viens de lire Rien ne s'oppose à la Nuit de Delphine de Vigan grâce à  Leiloona qui a proposé d'en faire une chaîne de lecture. [Attention texte à spoilers]

J'ai abordé ce roman sans a priori particulier, sans véritable attente non plus. J'essaie autant que possible de me défaire des avis d'autres lecteurs lorsque certains livres rencontrent un grand succès car j'ai remarqué que (sans doute par pur esprit de contradiction) je suis souvent déçue en ouvrant les livres encensés. Je ne sais pas si l'on peut dire que j'ai pris une claque en ouvrant ce livre mais il est certain que c'est une lecture qui m'a fait une profonde impression et que je ne suis pas prête d'oublier.

Delphine de Vigan a entrepris d'écrire ce récit suite au suicide de sa mère. La première scène, très forte, est à la fois sublime et violente : « Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges. » (p13) Cette phrase résume en quelque sorte mon impression : comment retraduire un moment aussi effroyable par un si beau passage, presque irréel ?

A travers ce texte, Delphine de Vigan mène un double récit : celui de la vie de Lucile, sa mère, mais aussi, au fur et à mesure que Lucile grandit et devient femme, le récit de sa propre vie, dans la relation compliquée que la narratrice entretenait avec sa mère.

La première partie est consacrée à la famille de Lucile, le couple que formait ses parents, leur volonté d'avoir de nombreux enfants, les premières années passées à Paris non loin des Grands Boulevards, les séances photos pour ces enfants si beaux, les folles dépenses puis le déménagement, les nombreuses vacances en famille et petit à petit, les tragédies : d'abord la mort d'Antonin, petit frère encore tout jeune tombé dans un puits, et plus tard plusieurs suicides (d'aucuns parleraient d'un pacte du suicide dans la famille). Au fur et à mesure, la façade se craquèle et la famille idéale laisse place à une version plus sombre, plus torturée d'elle-même, avec, au centre, le père Georges qui semble-t-il abusait de ses filles.

La jolie Lucile si tranquille et mystérieuse commence à montrer ses failles ; la rébellion et l'excentricité laisseront peu à peu place à la maladie, Lucile souffrant de bipolarité. C'est une mère aimante pour Delphine et Manon, mais une mère peu conventionnelle qui les laisse peindre sur les murs, s'enferme pour fumer de l'herbe, menant une vie bohème en marge des valeurs et du mode de vie bourgeois dont elle est issue. Puis Lucile devient dangereuse pour elle-même et pour les autres ; commencent alors les périodes d'internement, de cures, de guérison et de rechute. La relation de Lucile avec ses filles est compliquée ; elle est faite d'amour, de maladresse, d'angoisse et de tension,  les rôles sont souvent inversés entre mère et filles et pourtant, en dépit de sa vulnérabilité, Lucile fait de son possible pour être une bonne mère. Si j'ai d'abord préféré la première partie pour la photographie d'une certaine époque qui y figure, j'ai été extrêmement touchée par la fin du récit, lorsqu'on voit cette femme pleine de volonté que la vie n'a pas épargnée se battre pour refaire surface et être auprès de ses enfants. Delphine de Vigan a su décrire des scènes dures sur sa mère tout en lui conférant une aura particulière, une sensibilité et une volonté admirables. C'est au final un magnifique portrait de sa mère qui nous est donné, un bel hommage vibrant d'amour sans pour autant sombrer dans le sentimentalisme. Suivant un crescendo impitoyable, nous accompagnons Lucile lors de ses derniers jours – sa fin m'a réellement touchée et mis les larmes aux yeux tant j'aurais aimé qu'elle ait encore envie de vivre (et j'ai dû sortir les mouchoirs deux ou trois fois seulement durant ma vie de lectrice). Sans aucun doute ce livre fait partie pour moi de ceux qui vous suivent longtemps après, les livres de toute une vie et non du moment.

Autres avis : Alice, Fleurs de Mots, Et Hop dans mon sac, Clara,

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437 p

Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, 2011

08/06/2012

A l'ombre des classiques américains

roinapassommeil.gifJe voulais découvrir Cécile Coulon depuis la sortie de son premier roman... c'est donc chose fait avec Le Roi n'a pas sommeil


Nous voilà plongés dans une atmosphère évoquant l'Amérique rurale, le Sud de Faulkner, avec ses familles au passé parfois orageux, ses non-dits, son inertie. Un lieu où tout est connu de tous, où les secrets n'en sont pas vraiment. Le roman s'ouvre avec le malheur d'une mère, folle d'avoir vu son fils dans on ne sait quelle scène macabre que l'on ne peut qu'imaginer. Jusqu'à la fin du roman, après avoir suivi pas à pas la chute du fils Hogan. Celui-ci vit dans une grande propriété, entouré de son adorable mère. Malgré la perte sordide de son père, on lui prédit un bel avenir : c'est un garçon sérieux en cours, sobre, riche par rapport aux autres du coin. Mais le caractère orageux de son père finit par se manifester plus franchement et, inévitablement, Thomas Hogan finit par sombrer à son tour.


Un roman intéressant, bien construit, agréable à lire et fort de promesses de beaux textes à venir, malgré quelques phrases un peu surfaites qui à mes yeux rompent le bel équilibre de la prose alerte qui sert ce roman. Par exemple : «  sous son uniforme, une petite bedaine retombait sur sa braguette telles les babines d'un bouledogue à la retraite » (p68); et juste après «  Autour, du bruit, des cris, des langues gluantes, épaisses, semblable à celles des boeufs ». Une petite réserve, certes, mais un roman dans l'ensemble très apprécié !

D'autres billets : Sylire, Clara - un autre endroit - Fransoaz, Moustafette

Merci à Christelle et aux organisateurs du Prix Landerneau Découvertes !

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143 p

Cécile Coulon, Le Roi n'a pas sommeil, 2012

21/04/2012

Faute de soleil, sâche murir dans la glace

villeneuve-un-territoire.jpgDécidément, il fait bon lire Angélique Villeneuve. Après Grand Paradis, inspiré des femmes soignées à la Salpétrière par le docteur Charcot mais traitant aussi d'histoire familiale et de quête de soi, Un Territoire nous ouvre les portes d'une drôle de maison, où les secrets de famille ne manquent pas.

C'est un sujet bien curieux que celui qu'a choisi Angélique Villeneuve : une femme vit dans une maison sous la coupe de deux jeunes gens, le Garçon et la Fille, dont on sait qu'ils étaient proches d'elle lorsqu'ils étaient encore enfants mais qui, à la suite d'un événement qui nous est d'abord inconnu, se sont soudain ligués contre elle. La femme passe ainsi ses journées à faire le ménage et la cuisine, à se plier à leur bonne volonté, recluse dans un réduit qui lui a été gracieusement alloué par le frère et la soeur, qui se sont octroyé les deux deux chambres à l'étage. Plus le récit avance, plus les actes de cruauté à son égard se précisent : ricanements, provocations mais aussi, curieusement, un matelas toujours humide et des disparitions d'objets. Ainsi, alors que la femme finit par trouver un moyen de se retrouver et d'avoir un jardin secret, un trésor, en se lançant dans la couture, il lui faut trouver des cachettes  pour que son ouvrage ne disparaisse pas.

Ce nouveau roman m'a rappelé ma première lecture par bien des aspects : les relations compliquées, le style bien évidemment, une certaine distance prise vis-à-vis des personnages dont l'intimité nous est dévoilée. Curieusement je ne saurais dire des deux romans lequel m'a le plus plu.

J'avais beaucoup aimé le contexte historique fascinant de ma précédente lecture. Ici le cadre est bien moins alléchant : une maison sans charme, une petite commune sans intérêt, un personnage principal dont la vie se résume à quelques activités toujours répétées. En général j'aime tout savoir de la psychologie des personnages, or me voilà en présence d'anti-héros sans nom, quelconques voire pour deux d'entre eux, sans grand intérêt. Pourtant, une fois ma lecture commencée, j'ai eu bien du mal à me détourner de ce texte lu presque d'une traite. La souffrance morale palpable de l'(anti-)héroïne est communiquée rapidement au lecteur, qui tremble de voir son chat découvert, son matelas plus humide encore, ses outils de couture jetés à la poubelle, ses plats renversés par terre. C'est pourtant avec une certaine jubilation que l'on voit cette femme apparemment quelconque trouver des ressources, puiser de l'inspiration dans les petits détails du quotidien et ainsi s'arracher à la terne réalité de sa vie auprès du Garçon et de la Fille. Un roman porté une nouvelle fois par la très jolie plume d'Angélique Villeneuve.

Le titre du billet n'est autre que la citation d'H. Michaux choisie par l'auteur pour introduire ce roman.

D'autres billets : Sylire, Clara, Cathulu, Gwen, Antigone, La cause littéraire...

Merci à Bénédicte et aux Editions Phébus pour cette nouvelle immersion dans l'univers d'Angélique Villeneuve.

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152 p

Angélique Villeneuve, Un Territoire, 2012

03/11/2011

Portraits de femme

ovalde_vies oiseaux.jpgMême si je suis bien incapable de distinguer le moindre oiseau une fois dépassé le niveau du héron, de la mouette et du pigeon, j'ai eu envie de découvrir ces Vies d'oiseaux de Véronique Ovadé, nouveauté parmi tant d'autres en période de rentrée littéraire.

Il y a quelques années, j'ai découvert dans le cadre du prix Landerneau Et mon coeur transparent. Je projetais déjà de lire Déloger l'animal, ce que je n'ai toujours pas fait (honte sur moi, je promets de faire pénitence et de relire un chapitre des Chroniques de Mudfog de Charles DiKens pour la peine). Bref, revenons-en à nos moutons ou plutôt au Coeur transparent (quelle charmante image) ; ce livre très particulier a beaucoup dérangé à l'époque : détesté ou adoré, il n'a laissé personne indifférent. Si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (comme je le dis souvent, en cas de fin du monde et de destruction des librairies, je pourrais bien me contenter de relectures au vu de ma mémoire de poisson rouge)... si je ne garde qu'un souvenir flou de l'intrigue (disais-je avant cette digression), je me rappelle un réel coup de coeur, une lecture enthousiaste faite d'une traite (et que j'associe à un premier long séjour à Barcelone... on peut faire plus désagréable comme contexte) !

Des Vies d'oiseaux est un roman bien différent, de facture plus classique. Il y est question de Vida, qui vit dans sa maison de luxe comme une prisonnière, en apparence soumise à un mari qui aime lui rappeler qu'il l'a sortie de la fange et l'a faite telle qu'elle est aujourd'hui. Mais c'est aussi Paloma, la fille de Vida, qui occupe une place centrale dans le roman. Lasse de voir sa mère humiliée au quotidien, rejetant les valeurs bourgeoises de sa famille, Paloma s'est enfuie avec un séduisant jardinier au crâne couvert de cicatrices (oui je sais dit comme ça, ça donne envie !). Le récit commence avec l'histoire de Vida, suivie du point de vue de Paloma, avant un chapitre final au cours duquel les deux femmes se retrouvent.

Avec sensibilité, Ovaldé décrit une Vida qui se rebelle discrètement contre son mari, par le choix de ses habits, quelques remarques inopportunes venant gâcher ses dîners mondains... jusqu'au jour où elle fait la rencontre du lieutenant Taïbo qui incarne une autre forme de virilité et lui permet de quitter enfin son mari. Malgré tout, la délicate Vida ne peut partir sans la présence d'un nouvel homme : son émancipation n'est ainsi que partielle. Quant à Paloma, c'est un personnage à mon sens moins intéressant. Elle incarne le stéréotype de la gosse de riches privilégiée qui se retourne contre ses parents... pour finir par vivre dans des demeures de luxe innocupées pendant les vacances de leurs habitants. Certes, elle se pose en provocatrice en causant maints désagréments à ses anciens voisins et parents, mais elle continue à profiter sans remord de la vie dorée qu'elle se targue de mépriser. Un personnage plus figé, parfois desservi par des scènes un peu moins réussies : je pense par exemple à une dispute assez artificielle entre le père et la fille. Dommage, car ce roman reste très agréable à lire et soulève de nombreuses questions, traitant aussi bien du fossé qui sépare les différentes couches sociales (et ce d'autant plus que le cadre choisi est l'Amérique latine, où les inégalités se manifestent de façon plus visible) que de la question de la féminité et de la réalisation de la femme.

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236 p

Véronique Ovaldé, Des vies d'oiseaux, 2011

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18/09/2011

Qu'il faisait doux au matin de ma mort !

carole martinez,rentrée littéraire 2011,du domaine des murmures,gallimard,roman,roman francais,moyen-âgeEn raison de mon vieil esprit de contradiction, j'ai tendance à fuir les livres qui font l'objet d'un enthousiasme collectif, incroyable, en somme louche (oui je sais)... je me réjouis donc d'avoir lu le dernier Carole Martinez avant que ne fleurissent 150 articles à son sujet - et déjà, en faisant ma modeste chronique, je vois que ce roman sera de ceux qui marqueront la rentrée (si ce n'est les esprits, du moins en s'illustrant par la quantité de fois où ce titre surgira devant les yeux du lecteur vierge et innocent, animal fantastique qui, d'ailleurs, n'existe pas). Le livre de Carole Martinez est déjà très présent en tête de gondole, dans les relais H et autres instruments et lieux merveilleux de notre formidable époque où l'on prend souvent le lecteur pour un mouton sans cervelle qu'il convient de guider sur la route difficile menant aux bonheurs de la lecture. Heureusement pour l'innocent lecteur achetant rapidement sa nourriture spirituelle hebdomadaire dans ces antres de la culture moderne, Du Domaine des Murmures est un roman ma foi très agréable à lire et, s'il sert d'alternative aux derniers crocodiles de Londres et autres spectres omniprésents dans les transports en commun (quand ils ne hantent pas les serviettes de plage), je me réjouirai personnellement. N'allez pas croire que j'aie quoi que ce soit contre les lecteurs de best-sellers (il y a d'ailleurs de bons best-sellers et certains de mes chers classiques ont cartonné à leur époque!) mais vous n'imaginez pas comme une année entourée par Katherine Pancol dans le bus peut nuire à la santé mentale !

Deuxième roman de Carole Martinez, Du Domaine des Murmures (puisque c'est bien de lui que je voulais parler) a éveillé mon intérêt en raison de l'époque dont il traite : le Moyen-Âge. N'ayant rien d'autre en tête en ouvrant ce livre, j'ai donc éprouvé le plaisir de me laisser entraîner dans une histoire très curieuse, où le merveilleux n'est jamais loin.

Promise à Lothaire, jeune homme belliqueux violant régulièrement les paysannes du domaine, la jeune Esclarmonde se refuse à lui le jour de leur mariage ; se tranchant l'oreille, elle demande à être emmurée vivante dans une chapelle, afin de se consacrer jusqu'à sa mort à Dieu. Si la foi de la jeune femme est sincère, sa décision a priori terrible est aussi motivée par un puissant désir de liberté : se consacrer à Dieu, s'isoler à jamais, c'est aussi se refuser aux hommes et ne pas dépendre du bon vouloir d'un mari après avoir longtemps obéi à un père aimant mais exigeant. Enfermée entre quatre murs, Esclarmonde apprendra à se connaître et à dépasser ses propres limites : un tombeau à ses yeux salvateur. Mais le jour où elle doit être enfermée, la jeune femme est violée à l'orée du bois, lors d'une dernière promenade libératrice.

De ce drame caché puis quelque peu oublié naîtra neuf mois plus tard un enfant, alors qu'Esclardmonde est désormais enfermée. Les gens des environs choisissent de croire au miracle, mais la position de la jeune sainte reste précaire.

J'ai été séduite par le souffle romanesque qui porte ce récit : avec un véritable talent de conteuse, Carole Martinez nous entraîne à sa suite dans cette forêt, aux abords de ce château en ruine. C'est avec grand plaisir qu'on écoute avec elle les pierres murmurer l'histoire d'Esclarmonde, de son père devenu fou, d'un homme qui l'a tendrement aimée, d'un fée verte et de nombreux fantômes qui revivent le temps d'une lecture. Sa réflexion sur la place faite aux femmes en ce lieu dominé par les hommes est intéressante et la prophétesse n'est pas la seule à influencer la population (citons déjà celle qui, par ses formes rondes, sait mener les hommes par le bout du nez).

N'étant pas moi-même historienne, je ne sais pas à quel point ce récit est fidèle à l'époque décrite ; il m'a paru parfois assez moderne, mais je dirais que cela n'a pas grande importance, l'essentiel étant de se laisser porter par le récit et de croire aux légendes si séduisantes qui sont présentées. Assez réfractaire aux textes excessivement mystiques, je n'ai pas été gênée un instant par les interrogations d'Esclarmonde, ses accès de foi, sa communion secrète avec son père parti guerroyer en terre sainte.

Voilà in fine un très joli roman qui saura vous emporter le temps d'une pause, un texte que l'on savoure et que l'on regrette un peu d'avoir ensuite derrière soi.

Les nombreux avis de : Antigone, La petite marchande d'histoires, Clara, Bricabook, Kathel, Pierre Jourde, Là où les livres sont chez eux, Aifelle, Isabelle, Emeraude

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201 p

Carole Martinez, Du Domaine des Murmures, 2011

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11/09/2011

New York New York

deux-artistes-au-chomage.jpgJe ne sais pas si la chaleur écrasante de Barcelone ou l'air conditionné qui y sont pour quelque chose, mais je ne sais comment partager avec vous ma dernière lecture, Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez.

Ce roman très curieux fait un peu figure d'OVNI dans cette rentrée littéraire. Plutôt expérimental, ce texte a pour cadre New York New York. Ce "déplacement" (je reprends ici un terme employé par l'auteur) est assez emblématique du récit, et si je voulais faire un énorme raccourci, je dirais qu'il résume à lui seul Deux jeunes artistes au chômage. New York New York, une manière de nous placer dans un cadre mental assez précis pour aussitôt nous en arracher ; une perte de repères qui se poursuit avec la rencontre d'Andy et de John, que l'on associe immédiatement à deux artistes des années soixante, pour ensuite découvrir qu'il ne peut s'agir de l'époque en question lorsqu'un téléphone portable fait soudain son apparition. Ce roman est un curieux mélange de chapitres qui se lisent comme autant de  pièces formant un tout mais laisse au lecteur la vague impression d'avoir pénétré dans plusieurs univers parallèles, tous semblables et décalés à la fois. Le passé évoque un futur presque inquiétant, au cours d'une introduction qui n'est pas sans évoquer le roman d'anticipation : des artistes s'installent dans un quartier de New York New York qui devient de plus en plus un ghetto de luxe dans lequel il convient de vivre pour devenir artiste, mais auquel on ne peut accéder sans être auteur de best-sellers, d'où une montée des prix et un quartier d'abord (trop?) élitiste qui devient purement mercantile.

Le roman, pourtant court, évoque par ailleurs de nombreux sujets, dont l'accueil faits aux immigrants (intégrés à condition de venir "travailler" et non "vivre" sur place), accueil absurde qui, on le pressent, n'annonce pas de meilleurs lendemains. Un autre sujet m'a interpelée et je regrette de ne pas avoir profité d'une rencontre avec l'auteur pour l'évoquer : l'un des personnages est atteint du syndrome de la Tourette et passe son temps à jurer. Un personnage qui prête à rire... est-ce là sa raison d'être dans le livre (malgré un côté sinistre dès qu'il s'agit de faire du profit) ? Un personnage qui me fait par ailleurs penser à L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau d'Oliver Sacks, que je vous recommande si la question des troubles nerveux vous intéresse.

Un livre qui ne ménage pas son lecteur et suscite de nombreuses interrogations, ce que j'ai trouvé très raffraîchissant !

Merci à Denis et aux éditions Buchet Chastel pour cette lecture et la rencontre très sympathique avec l'auteur autour d'un pique-nique !

Les avis de : Livresse, Sophie, Moby Livres, Skritt, Avalon

 

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128 p

Cyrille Martinez, Deux jeunes artistes au chômage, 2011

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24/11/2010

La Petite Moi

villeneuve-grand paradis.jpgContinuons à lutter contre les chroniques en retard en s'attardant sur un roman intéressant de cette rentrée littéraire 2010, Grand Paradis d'Angélique Villeneuve.

Ayant récemment hérité de souvenirs familiaux jugés encombrants par sa soeur aînée alcoolique, Dominique décide de faire des recherches sur Léontine, dont elle a trouvé à l'occasion trois portraits. Le dernier, le plus étrange, représente cette femme un oeil ouvert, l'autre fermé. Persuadé de tenir là la clef d'un secret de famille et s'ennuyant par ailleurs dans sa vie de fleuriste dont le seul compagnon est un chat à l'estomac fragile, Dominique mène son enquête et découvre que le dernier cliché a été pris par le photographe Albert Londe, co-auteur de la Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, sous la direction du professeur Charcot. Deux histoires parallèles s'entremêlent : celle de Léontine et d'autres malades de la Salpétrière au destin fascinant et si particulier, et celle de la famille de Dominique, qui peu à peu comprend pourquoi elle entretient d'aussi mauvaises relations avec sa soeur et pourquoi son père les a quittées sans jamais leur donner de nouvelles.

albert_londre_salpetriere01.jpgUn roman bien écrit, lu rapidement et avec plaisir, même si je dois avouer que j'ai parfois eu un peu de mal à me représenter la fixation que Dominique fait sur Léontine, au point de partir  subitement à Paris se documenter (à partir d'un portrait dont elle ne sait absolument rien), et surtout la façon dont elle cherche à l'utiliser pour mieux connaître sa propre histoire. Mais malgré mes quelques interrogations, on saisit bien qu'il s'agit d'une âme écorchée qui a besoin de se raccrocher à une autre vie fragile pour se retrouver.

albert_londre_salpetriere02.jpgDeux récits qui pour moi ont peut-être de temps en temps un peu de mal à s'imbriquer mais qui pourtant ne manquent pas d'intérêt. D'un côté une histoire familiale tragique avec des personnages pudiques dont on découvre la sensibilité petit à petit. De l'autre un portrait de femme qui s'appuie sur la Nouvelle Iconographie, donnant à connaître un pan fascinant – et parfois inquiétant – de l'histoire médicale. C'est avant tout l'aspect historique de ce roman porté par une jolie écriture qui a suscité mon intérêt. Un texte touchant à découvrir !

Les avis de CanelCathulu, Clara, Laure, Noryane...

Une fois encore, un grand merci aux Editions Phébus !

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167 p

Angélique Villeneuve, Grand Paradis, 2010

19/06/2010

Le come back du retour du papy tueur

erre_seriez.jpgAprès un silence de plusieurs jours, et ce même si je n'y croyais plus, me revoilà sur ce blog avec des nouvelles de mes dernières aventures, faites de meurtres et de mises en scène macabres dans une maison de retraite. Si vous suivez un peu les dernières parutions, vous vous en doutez déjà : j'ai eu pour guide le facétieux J.M. Erre avec son excellent manuel pratique Série Z. Un certain J.M. Erre que j'avais déjà croisé il y a quelques années en prenant soin d'un chien.

Bon, pour être honnête, j'ai laissé passer deux bonnes semaines entre ma lecture et la rédaction de cette modeste chronique. J'ai depuis lamentablement oublié la moitié de ce que je voulais vous dire, ce qui est bien dommage car je vais maintenant être obligée de broder tout en pensant au ménage et aux cartons qui m'attendent et me perturbent au plus haut point.

C'est l'occasion de faire court (pour une fois). Si la maison de retraite vous déprime à l'avance, jetez-vous sur ce livre dont l'humour potache est loin d'être le seul ingrédient. Bien sûr on rit beaucoup (littéralement, ce qui ne m'arrive presque jamais en lisant un roman - j'ai d'ailleurs dû avoir l'air passablement dérangée dans le métro). Malgré tout, j'ai surtout apprécié la construction du récit : extraits dignes d'un scénario de Série Z, chroniques de blog assorties de leurs commentaires, focus sur des personnages divers et variés, enquête policière, rien ne manque pour multiplier les rebondissements et amuser le lecteur. Un roman (plus) intelligent (qu'il n'y paraît), en souvenir des tomates tueuses sur le retour et d'une moussaka géante aux intentions peu louables. La cerise sur le gâteau : le lecteur fait aussi de brèves incursions dans l'histoire, sous les traits d'un certain M. Hubert C.Poursuivra-t-il sa lecture ? Sera-t-il trop chagriné par les invraisemblances manifestes qui ne manquent pas ? Pour le découvrir, à vous de lire Série Z !

Merci beaucoup aux éditions Buchet Chastel !

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366 p

J.M. Erre, Série Z, 2010

 

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03/06/2010

Quatre mains !

delapre_catalene.jpg22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire...
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J'ai bien reçu ton petit paquet et tu n'avais pas menti, puisque j'ai lu le livre de (... ça commence bien, j'ai oublié son nom et je n'ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l'eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes - ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n'est pas crédible (pour quelqu'un qui voulait éviter les digressions j'ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s'immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d'environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m'est très sympathique, puisqu'il s'agit d'un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s'attardant sur une coïncidence amusante, puisque c'est l'auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t'est adressé à l'origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t'évoque la première nouvelle car le libraire en question m'a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m'explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l'eau de rose ? On trouve d'excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j'aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l'auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s'agit-il du roman qu'elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l'intérêt qu'il prend à gérer sa clientèle, j'ai découvert avec horreur qu'il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d'argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d'Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d'un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!!
Maggie

 

30/05/2010

 

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement,

Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

Une lecture partagée avec Maggie (et un livre découvert grâce à elle !).

44 p

Jean-François Delapré, Catalène Rocca, 2010

27/03/2010

Une petite noyade digestive ?

page_parfaite journee parfaite.jpgMalgré le silence des derniers jours, je suis toujours vivante. Phénomène très bizarre à vrai dire, étant donné le nombre de fois où j'ai tenté de mettre fin à mes jours dans un élan de solidarité avec le héros d'Une Parfaite Journée Parfaite. Il faut dire que mon compagnon de voyage de la semaine (qui me suivait jusque sur les quais, en louchant bigrement sur les rails avant l'arrivée du métro) est follement audacieux et plein d'imagination. Pendaison, bombe, arme à feu, mine antipersonnelle, pilules, tout est bon pour arriver au même résultat. Un petit suicide toutes les heures, rien de tel pour rester en forme.

Passé ce préambule, je dois dire qu'en réalité, je suis passée complètement à côté de ce roman dont j'attendais vraiment autre chose. Intriguée, je l'ai été pendant quelques dizaines de pages. J'ai bien sûr savouré certains passages mais mon intérêt s'est rapidement émoussé et j'avoue à ma grande honte avoir rendu les armes page 90 (20 pages avant la fin, mais je n'en pouvais plus). Plutôt que de m'étendre sur ce qui m'a déplu, je vous laisserai méditer sur cette phrase : "Nous voulions changer la société, il aurait été plus facile de caresser un dragon psychopathe shooté au crack" (p42).

D'autres avis en général très positifs (Antigone, avec des réserves ; BarttleBooth; Bibliotheca ; Esterella ; Pickwick ; Sarah).

Et comme je trouve dommage d'avoir aussi peu aimé un livre qui me paraissait très prometteur dans le genre jubilatoire, je lance un petit jeu concours pour gagner ce livre (en état neuf car je suis une vraie maniaque à tendances psychopathes). Pour le gagner, vous avez jusqu'au 15 avril pour décrire votre parfaite journée parfaite (version tragique, comique, trash, en prose, slam, dialogues, courrier...). J'enverrai le livre à celui ou celle qui aura écrit le texte le plus surprenant (parce que ce livre est lui aussi étonnant), et bien sûr je publierai un billet avec une copie de tous vos écrits. Vous pouvez m'indiquer les liens vers vos billets dans ce post, comme ça je m'y retrouverai mieux (ma vie est un vrai chantier en ce moment !).

J'en profite pour lancer une invitation à Pickwick que je connais à travers ma boîte yahoo, pour lui proposer de choisir ensemble notre texte préféré puisqu'elle a lu le livre elle aussi (et l'a même terminé !).

112 p

Martin Page, Une Parfaite Journée Parfaite, 2002

 

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Une caricature de Dessin Cretin.

12/03/2010

New Orleans

leroy_zola jackson.jpgVoilà un titre que j'étais plus que curieuse de découvrir, alléchée que j'étais par le sujet a priori prometteur, avec en tête le souvenir de la déception que m'avait causée Alabama Song - livre dont je me souviens assez peu maintenant d'ailleurs.

Toujours aux États-Unis, nous suivons ici Zola Jackson, retraitée habitant un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans en 2005, à l'époque où l'ouragan Katrina s'abat sur la ville et ravage de nombreux quartiers. Zola refuse de quitter sa maison et d'abandonner sa chienne alors que l'ouragan approche. Du départ de ses voisins à l'attente des secours une fois le quartier innondé, nous suivons Zola qui tente de survivre tout en se remémorant les moments vécus avec son fils.

Autant Alabama Song m'avait laissée perplexe, autant Zola Jackson m'a entièrement séduite. J'ai apprécié la construction habile et les allers et venues entre passé et présent qui s'enchaînent sans heurt. Gilles Leroy parvient aussi bien à rendre compte de l'enfer qu'ont vécu les habitants de la Nouvelle Orléans (et plus particulièrement ses quartiers pauvres) que l'angoisse et les souffrances d'une héroïne qui ne se remet pas de la perte de son fils. La petite histoire imbriquée dans la grande forment un ensemble cohérent, avec un roman qui constitue à mon sens une vraie réussite, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Un récit riche en enseignements qui ne manquera pas de toucher ses lecteurs. Le tout servi par une plume savoureuse... Pour moi, un livre coup de poing (même si c'est une expression dont je ne suis pas friande) !

Les avis de Matoo, Fashion, Amanda, Cathulu.

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139 p

Gilles Leroy, Zola Jackson, 2010

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28/02/2010

Beaucoup d'orgueil et encore plus de préjugés

assouline_le-portrait.JPGVoilà un livre que Titine, Cryssilda et moi avons reçu pour le swap Peinture et Littérature, cadeau que nous avons eu envie de transformer en lecture commune. Ce roman m'avait intriguée à sa sortie, j'étais donc très contente de pouvoir me faire enfin ma propre opinion. Je regrette d'autant plus ce que je vais maintenant faire : un billet plutôt exaspéré qui risque bien de frôler la caricature - je m'en excuse d'avance, surtout auprès de l'adorable Nanne qui a eu la gentillesse de m'offrir ce roman, et que je remercie encore pour cette découverte malgré la rencontre manquée.

Il y est question de la baronne Betty de Rothschild qui, à sa mort, intègre son portrait peint par Ingres en 1848 et se retrouve dès lors dans une position privilégiée d'observatrice de ses enfants, puis de nouvelles générations. L'idée est sympathique, le sujet prometteur. Le tableau traverse les époques, connaît les musées, la seconde guerre mondiale, les salons mondains, ce qui devrait a priori offrir au lecteur un tableau des plus croustillants, passionnants, intelligents, que sais-je... enfin quelque chose en somme.

A partir de là, que de déconvenues ! Certes, Pierre Assouline écrit bien. On peut également souligner l'intérêt de quelques passages, comme cette période où la baronne observe les visiteurs d'un musée. On croise également de grandes figures, tels Balzac, Chopin et Heine.

Malheureusement, cette lecture s'est avérée d'un ennui mortel pour la pauvre lectrice que je suis ; je n'y ai vu qu'accumulation de noms et de titres, anecdotes répétitives et finalement, beaucoup plus de souvenirs (qui pour moi ne suivent pas non plus les chemins hasardeux de la pensée) que d'observations savoureuses faites par la nouvelle Betty en tableau. De nombreux passages semblent plus ou moins tirés de manuels d'histoire ou de chroniques mondaines (car Assouline a vraisemblablement fait un travail  de recherche sérieux). Le tout ressemble à un assemblage disparate auquel l'auteur ne parvient pas à donner une quelconque direction, ni un véritable intérêt.

Enfin, j'ai été particulièrement gênée par les constantes allusions de la baronne à sa religion. Si j'en crois ce livre, en résumé, la baronne de Rothschild était riche, et juive (au final je ne retiendrai que ça, à l'exception de son influence dans la société mondaine, c'est un peu léger). Ces deux constantes sont lourdement rappelées à longueur de temps par une Betty rendue antipathique par ses remarques creuses et une tendance à se placer en fausse victime, attitude que j'ai rapidement trouvée insupportable. Dommage de résumer ce personnage à cela !

Alors que la baronne explique que dans sa famille, l'on se devait d'épouser un Rothschild ou, à défaut de mieux, une personne de confession juive, elle dit ensuite au sujet d'une noblesse frileuse vis-à-vis des "Israélites": "et si une société sans mélange s'avérait être une société sans éclat ?" (p81). Passons l'incohérence, mais pourquoi revenir sans cesse sur les mariages entre cousins, oncles et nièces et autres de la famille ? La réponse est sans doute là : "Quand cesseront-ils de nous imaginer en autant de Lilith au vagin denté ? Nous sommes comme les autres, seulement un peu plus." (p129)

Bref, ce livre dessert cette pauvre Betty de Rothschild qui, peut-être, aurait été plus à même de se présenter avec moins d'a priori et d'opinions convenues. Une vraie déception, je ne le recommande absolument pas.

Egalement lu par Titine, dans le cadre d'une lecture commune, et par Malice, Wictoria, clochemerle, Tania, Liliba, Jules , Joelle

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319 p

Pierre Assouline, Le Portrait, 2007