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18/02/2013

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford

solomons-le-manoir-de-tyneford.gifUn premier coup de coeur en cette année 2013 grâce à Titine qui connaissant bien mon goût pour ce genre de romans a eu la gentillesse et l'excellente idée de me faire découvrir Le Manoir de Tyneford de Natasha Salomons. De cette jeune femme écrivain j'avais déjà dans ma PAL Jack Rosenblum rêve en anglais, que je compte désormais lire bientôt après une si bonne surprise ! Mais entrons dans le vif du sujet... 

1938. Jeune juive de la bourgeoisie viennoise, Elise Landau vient de publier une annonce afin de proposer ses services pour devenir domestique en Angleterre. C'est bien contre son gré qu'elle envisage de chercher du travail en Angleterre car, même si les rumeurs se multiplient à Vienne, elle n'a pas pleinement conscience de l'imminence du danger qui planne sur elle et ses proches. Dans le grand appartement familial, elle partage quelques moments privilégiés avec son père, écrivain, sa mère, cantatrice et sa soeur, également musicienne et sur le point de partir aux Etats-Unis avec son époux. Lorsqu'un travail lui est proposé en Angleterre, Elise est surprise compte tenu de son manque d'expérience et part à contre-coeur, persuadée que cette étape ne fait que retarder son départ pour les Etats-Unis où elle pourra rejoindre toute sa famille.

La voilà qui arrive en Angleterre et qui, après un très court arrêt à Londres et une expérience humiliante à l'agence de placement – où on lui demande de ressortir pour entrer par la petite porte, Elise arrive à Tyneford. Près de la mer, le domaine a des allures romanesques et un charme historique indéniable. Mais après une jeunesse dorée en Autriche, où elle avait elle aussi une domestique, Elise est brutalement confrontée à son changement de statut : outre ses horaires chargés auxquels l'ont mal préparée des années d'oisiveté, elle doit apprendre à s'effacer complètement, devant quitter discrètement une pièce si les maîtres y entrent et apprendre à voir ses désirs toujours considérés en dernier, lorsqu'on leur accorde une quelconque attention. Sa situation personnelle ne lui vaut pas un traitement de faveur, bien au contraire, puisqu'elle ne peut s'intégrer ni aux domestiques, ni aux maîtres, car venant d'un autre milieu social que les premiers et n'étant qu'une domestique pour les autres.

Mais la position d'Elise est ambiguë : elle se lie rapidement d'amitié avec Kit, l'héritier du domaine, tandis que le maître des lieux, Mr Rivers, rompt à plusieurs reprises le protocole pour adresser la parole à cette fille dont le père n'est autre qu'un de ses écrivains favoris. Au fil des années, nous suivons le parcours d'Elise tandis qu'autour d'elle Tyneford est menacé par la guerre et que les retrouvailles avec sa famille semblent de plus en plus improbables.

Je me suis régalée avec ce roman que j'ai littéralement dévoré. Nathasa Solomons recrée une atmosphère nostalgique en choisissant d'ancrer son récit dans une période charnière de l'histoire de Tyneford, et l'on pressent dès les premiers chapitres que c'est un monde en voie de disparition qui s'offre à nos yeux. C'est aussi un récit dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon : dense, imaginatif, porté par des personnages dotés d'un vrai relief et qu'il est bien difficile de quitter une fois la dernière page tournée. Ce roman est également assez visuel je trouve, dans la mesure où il est aisé de s'imaginer aussi bien les personnages que les lieux-mêmes, qui se sont immédiatement imposés à moi. Cela pourrait faire également un merveilleux film...

J'espère que vous vous laisserez tenter, je doute que vous le regrettiez ! Merci encore Titine (j'en profite pour utiliser mon logo sur mesure de pompom girl de votre challenge I Love London, puisqu'un passage s'y déroule) !

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451 p

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford, 2011

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15/12/2010

Elémentaire, mon cher Watson !

doyle_pacte_quatre.jpgOui oui, je sais, cette réplique attribuée à Holmes n'a jamais été écrite par Arthur Conan Doyle. Mais si je la cite, c'est que jusqu'à la sortie du film de Guy Ritchie sur Sherlock Holmes, ma vision du célèbre détective reposait presque entièrement sur des clichés. Il faut dire que je n'avais lu jusque-là que Le Chien des Baskerville, lecture qui m'avait tellement marquée qu'aujourd'hui je ne sais plus si j'ai abandonné le récit en cours de route ou non.

Sans me presser, j'ai fini par me décider à croiser de nouveau la route du fameux tandem Holmes-Watson après avoir savouré les aventures "holmesiennes" d'Andrew Singleton et James Trelawney (sous la plume de Fabrice Bourland), visité le musée Sherlock Holmes (photos à venir...), rencontré un Doyle psychopathe dans L'Instinct de l'Equarrisseur et vu (à deux reprises) le film de Ritchie que j'ai pour ma part beaucoup apprécié.

Alors quand une amie vile tentatrice m'a mis sous le nez Le Pacte des Quatre lors d'une sortie en librairie (qui plus est d'occasion mais en état neuf), j'ai forcément succombé.

Dans ce roman, Miss Morstan vient soumettre aux détectives une mission délicate : découvrir ce qui est arrivé à son père, militaire revenu des Indes plusieurs années auparavant et disparu après lui avoir fait parvenir un message depuis son hôtel. Depuis sa disparition, la jeune femme reçoit chaque année une perle d'excellente qualité et, le jour où elle se présente devant les enquêteurs, elle vient de recevoir un curieux courrier lui demandant de se rendre le soir-même à un endroit précis pour rencontrer un inconnu lui voulant du bien.

Les recherches de Holmes et de Watson les entraîneront dans des aventures que j'ai ma foi trouvées tout à fait palpitantes. Récits d'un meurtre et d'un trésor caché en Inde, poursuites dans Londres, flèches empoisonnées, faciès inquiétant aux fenêtres et mystérieux individu à la jambe de bois : tous les ingrédients sont prometteurs et la recette réussie. De nombreuses péripéties, beaucoup d'humour, une plume très agréable, des personnages hauts en couleur ainsi qu'un tandem surprenant et plutôt attachant (qui n'a rien à voir avec l'image poussiéreuse que je m'en faisais)... des retrouvailles réussies avec Doyle, que je compte bien continuer à lire !

Le site de l'éditeur

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187 p

Arthur Conan Doyle, Le Pacte des quatre, 1890

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23/02/2009

Sous le soleil des tropiques...

maugham.jpgUn vrai billet avec de vrais livres, des héros fougueux, de folles péripéties et un (un)happy end, vous n'y croyiez plus ? Il faut dire que mon défi douteux du nombre de mots à la minute masquait mal mon retard sensationnel et mon manque de temps tout aussi abyssal ! Eh bien, amis lecteurs, grâce à SuperMrLou qui nous prépare un somptueux repas en direct de sa kitchenette, je vais enfin pouvoir prendre le temps de causer littérature (si si, ça m'arrive !).

Et le sujet du jour, mes amis, n'est autre que Le Fugitif, écrit par l'incontournable Somerset Maugham et offert en l'occurrence par Lilly, déjà séduite par un autre roman du même auteur.

 

En échange de ses services, le docteur Saunders embarque à bord du Fenton, voilier dirigé par la pire des fripouilles, le capitaine Nichols, qui navigue selon toute vraisemblance sous les ordres d'un certain Fred Blake. Celui-ci a soi-disant été confié aux bons soins de Nichols pour des problèmes de santé nécessitant un changement d'air. En réalité Blake semble mêlé à de sombres histoires en Australie, son pays natal. Meurtre ? Complot politique ? Les hypothèses ne manquent pas.

La première partie du roman concerne la rencontre entre les trois personnages puis leur voyage à bord du Fenton. Amateur d'opium et fin observateur de l'âme humaine, le docteur souhaite quitter une île où rien ne se passe afin de profiter de vacances inopinées. Foncièrement méchant et crapuleux, Nichols souffre de problèmes de digestion et impose à Blake la présence du docteur. Quant au troisième larron, il est maussade pendant l'essentiel du trajet et ne dévoile presque rien de son passé, malgré une tendance à compulser les journaux anglo-saxons avec frénésie dès qu'il en a l'occasion. Cette première partie où il se passe finalement peu de choses (si ce n'est une tempête) permet de bien cerner les différents personnages à travers des discussions apportant beaucoup d'éléments nouveaux.

Après une tempête, le Fenton arrive en territoire hollandais, sur une petite île autrefois prospère. Les anciennes propriétés cossues tombent à moitié en ruine, beaucoup de propriétaires ont abandonné leur domaine et pourtant, le lieu est étrangement envoûtant. Les trois compères y font escale et rencontrent Erik Christessen. Jeune, dynamique, chaleureux, Erik a le coeur sur la main et gagne immédiatement la confiance de Blake, qui semble métamorphosé en sa présence. Grâce à Erik, le lecteur fait la connaissance d'une famille propriétaire d'une plantation et, en particulier, de Louise. Autour d'elle va se nouer un drame compliqué que je vous laisse découvrir.

J'ai lu avec beaucoup de plaisir ce roman pourtant assez différent de ce que j'ai l'habitude de lire. Sans être un vrai roman d'aventures, il en emprunte certains codes et l'univers : capitaine roublard, tempête, héros mystérieux, beauté pure et inaccessible, rencontres improbables, dénouements symboliques, îles étranges, moustiques, eau traître et j'en passe. Pourtant très en marge de l'essentiel du récit, l'amour joue un rôle fondamental dont on ne s'aperçoit qu'assez tard ; et encore, ce n'est que l'idéal amoureux qui berce l'un des personnages qui entraîne une série d'actions décisives aux conséquences fatales. L'univers est très masculin, tandis que les relations entre les hommes sont quelque peu ambigües. La force inégalable de leurs relations, leur complicité et plus encore, la manière dont le corps masculin est perçu par le docteur Saunders font de l'homosexualité une thématique sous-jacente. La complexité des personnages rend le roman particulièrement intéressant : moralement répugnant, Nichols est malgré tout amusant et acquiert facilement la sympathie du lecteur, tandis qu'en dépit de ses bonnes actions le docteur laisse entrevoir des pensées peu louables. Très détaché, indifférent au sort de son prochain, Saunders fait penser à un spectateur qui se réjouirait de la scène dramatique à laquelle il vient d'assister.

Au final, la forme est plutôt légère. On part volontiers en voyage à bord de cette coquille de noix qu'est le Fenton, on découvre endroits exotiques et personnages hauts en couleur en jubilant. Pourtant le roman est assez sombre et dresse un portrait dans l'ensemble pessimiste de l'âme humaine. Peut-être faut-il plutôt y voir une volonté de ne pas tomber trop facilement dans le piège du manichéisme. Comme le pressent Louise, on cherche en elle un idéal sans accepter la femme qu'elle est réellement.

Une sombre mais bien belle escapade sous les tropiques, en compagnie d'un auteur que je voulais lire depuis longtemps et que je ne manquerai pas de relire ! Et une très bonne découverte parmi les classiques britanniques !

Merci encore Lilly pour cet excellent choix et ce très beau cadeau !

222 p

Somerset Maugham, Le Fugitif (the Narrow Corner), 1932

 

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04/01/2009

Dans la famille irlandaise je demande la petite-fille

985454828.jpgIl y a des rencontres qui doivent à peu près tout au hasard. Celle de Miss Lou, petite LCA, et de La Visiteuse de Maeve Brennan fait partie de celles-là. Ayant découvert ce livre en farfouillant parmi les occasions à 1 € d'une librairie, je l'ai lu en quelques heures avant mon départ en vacances... une excellente entrée en matière pour la période de Noël.

Ayant récemment perdu sa mère, avec qui elle vivait à Paris, Anastasia revient en Irlande chez sa grand-mère paternelle, dans la maison de son enfance. S'attendant à pouvoir s'installer définitivement auprès de la seule famille qui lui reste, la jeune femme découvre qu'elle n'est pas la bienvenue et que son séjour ne saurait se prolonger au-delà d'une certaine durée.

Personnage a priori dur et amer, sa grand-mère ne parvient en effet pas à lui pardonner le fait d'avoir suivi sa mère lorsque celle-ci avait déserté le foyer conjugal, pas plus que son absence lors du décès de son père quelques années plus tard. Privée de son enfant unique, la grand-mère peine à faire son deuil et rend Anastasia largement responsable du malheur qui s'est abattu sur sa famille.

En parallèle, une autre femme au destin bien triste intervient à l'occasion dans la vie d'Anastasia et de la grand-mère. Cette femme âgée, Mlle Kilbride, vit seule après la mort d'une mère despote. Souffrant d'un amour de jeunesse jamais oublié, cette vieille fille est l'incarnation de la solitude dans ce qu'elle a de plus dégradant : ridicule avec sa perruque noire, Mlle Kilbride vit dans l'attente d'une visite d'Anastasia, la seule à qui elle pourrait peut-être demander d'exaucer ses dernières volontés.

Sorte de huis clos à l'atmosphère pesante, ce roman semblerait particulièrement représentatif de l'oeuvre de Maeve Brennan, « trois notes (formant) un accord récurrent – la rancune dévorante, la nostalgie dévorante et le besoin d'amour dévorant ».* Difficile d'abandonner ce livre assez angoissant, triste et fait d'espoirs sans cesse contrariés. Devant la froideur de la grand-mère, on continue à attendre un sursaut d'amour, un changement d'attitude qu'un moment d'approbation et de complicité entre elle et Anastasia semble rendre possible. Les revirements d'humeur de même que le retour invariable du rejet peinent autant le lecteur que la jeune héroïne en quête d'un foyer. Mélancolique et hivernal, le cadre a ce charme britannique désuet qui accompagne si bien la narration que je trouve très poétique. La cruauté et la folie ne sont pas loin non plus et tout en attristant le lecteur par sa solitude si parfaite, Anastasia effraie aussi par ses impulsions et son comportement à de rares moments irrationnels. Cette intrusion de l'insolite gagne en intensité en raison du contexte par ailleurs réaliste.

C'est aussi un récit où les hommes sont totalement absents, où les femmes se battent pour le souvenir irréel d'une présence masculine, tâchant de contrôler le présent en se ré-appropriant la réalité afin de la façonner à leur envie.

Un livre délicat et sombre ainsi qu'un excellent roman psychologique !

 

J'apprécie beaucoup les Editions Joëlle Losfeld (aussi bien la ligne éditoriale que les dossiers complémentaires et les couvertures très réussies). J'espère qu'elles continueront à faire sortir Maeve Brennan de l'oubli dans les pays francophones.

*Note de l'éditeur

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93 p

Maeve Brennan, La Visiteuse, 1940's (milieu)