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14/09/2016

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval

beaton_agatha-raisin-enquete-t2-remede-de-che.jpgJ'ai poursuivi fin juin ma découverte d'Agatha Raisin, personnage haut en couleur menant des enquêtes qui ne la regardent pas dans un petit village des Costwolds. Après La Quiche fatale, fatale pour un juge de concours de village mais jouissive pour le lecteur en mal d'humour, nous voici partis sur les traces d'un tueur de vétérinaire à travers ce deuxième tome, Remède de Cheval.

Le petit village où notre Londonienne de choc s'est installée pour sa retraite anticipée est remué par l'arrivée d'un (relativement) jeune et sémillant vétérinaire, qui, après l'ancien militaire James Lacey, déchaîne les passions parmi la gent féminine du village. Et voilà toutes ces braves dames soudain particulièrement préoccupées par la santé de leurs chats et faisant la queue pour rencontrer le nouveau venu. Cependant, peu de temps après le cabinet est désert, car notre sujet principal ne supporte pas les chats (un comble pour un vétérinaire) et prend un malin plaisir à leur faire passer un mauvais quart d'heure en les oscultant.

Alors qu'il s'apprête à opérer un cheval chez le gentleman du coin, le vétérinaire succombe à une injection. La police locale semble croire à un accident et classe rapidement l'affaire. C'est sans compter sur notre héroïne Agatha qui décide une nouvelle fois de mener l'enquête, aidée cette fois-ci par son séduisant voisin James Lacey.

Dans la même veine que le précédent tome, ce deuxième opus offre au lecteur un moment délectable où le cadre tellement anglais, l'humour et les personnages décalés se mêlent pour faire un joyeux mélange. S'il ne fait visiblement pas bon vivre dans les Costwolds, le lecteur a bien envie de s'y arrêter un peu pour suivre l'intrépide, l'autoritaire, l'improbable Agatha dans ses recherches, armée d'un culot sans limite et prête à mener des interrogatoires sans subtilité ni discrétion aucune. On a du mal à comprendre comment elle peut être à l'origine d'une longue série étant donné que, vu son comportement, on s'attendrait plutôt à la voir trépasser à tout moment dans le cadre d'un malencontreux accident... mais curieusement, les héros ont toujours beaucoup de chance.

Un page turner so British, à mettre entre toutes les mains !

Un petit extrait noté lors de ma lecture : [James Lacey] écrivait un livre d'histoire militaire et, comme la plupart des écrivains, il passait ses journées à chercher des excuses pour ne pas travailler (p 64).

Le billet de ma copine Cryssilda qui a elle aussi rencontré Agatha pendant le Mois anglais.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette découverte.

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266 p

M. C. Beaton, Agatha Raisin Enquête, T2, Remède de Cheval, 1993

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28/09/2013

T.J. Middleton, Oh, my dear !

middleton_oh my dear.jpgVoilà un roman qui m'intriguait à sa sortie ; j'ai de suite aimé la couronne mortuaire (dont les fleurs blanches feraient d'ailleurs davantage penser à un mariage - sans doute pas un hasard), le titre et l'idée de départ.

Al Greenwood, la cinquantaine, n'en peut plus de sa femme Audrey. Si bien qu'au lieu de jeter les voiles, d'envisager un divorce bien classique, il décide plus simplement de la supprimer. Avec une technique infaillible : en la poussant du haut d'une falaise, un jour de tempête où personne ne risque de se trouver dehors. Manque de chance, en rentrant chez lui, il trouve sa chère et tendre en train de l'attendre de pied ferme, sous le coup d'un sursaut étrange de sa libido. Dès lors Al ne contrôle plus rien : Miranda, dont il est le père naturel, a disparu le même jour et portait un ciré jaune, comme celui d'Audrey. Serait-ce sa propre fille qu'il a assassiné ?

Oh, my dear ! est un roman différent de ce que j'avais pu imaginer en lisant le résumé de l'éditeur. Je m'attendais à un petit concentré d'humour noir, comme nos amis anglais en sont si friands. Certes, l'humour est là, mais c'est finalement davantage un roman à suspense. Les personnages ont tous un petit côté fêlé et presque tous auraient quelque chose à cacher. Chantage, menaces, mensonges, quelques bagarres, manipulation, voilà de quoi sont faites les relations entre les protagonistes. Et Al est loin d'être le seul à envisager les solutions les plus radicales à ses problèmes.

Un roman qui se lit facilement (même si je l'avais laissé traîner pendant deux semaines, j'ai lu le dernier tiers d'un trait ce matin), à la frontière entre thriller et humour British. Certes, l'intrigue s'essouffle un peu à moment donné et le texte n'est pas non plus hilarant. Malgré tout, les personnages de ce charmant petit coin anglais sont plutôt bien croqués. Les motivations des uns et des autres sont assez sordides et il est amusant de voir à la fin lequel d'entre eux l'emporte par la cruauté. Un agréablement divertissement.

Merci aux Editions Cherche Midi pour ce sympathique moment de lecture.

D'autres avis sur le site web Plume Libre.

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304 p

T.J. Middleton, Oh, my dear !, 2008

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13/07/2013

Joanna Cannan, Désillusion / Jeu concours

cannan_desillusion.jpgLes lettres anglaises regorgent de trésors inépuisables et, à peine ai-je le temps de regretter de fermer mon dernier grand roman austenien ou de ne pas trouver facilement les écrits de l'exquise Flora Mayor, de tomber sous le charme de Caroline Blackwood ou d'attaquer les Vita Sackville-West dans ma PAL qu'une nouvelle figure surgit, parfois oubliée et revenue à la vie grâce aux choix judicieux de certaines maisons d'édition (je pense surtout aux éditions Phébus, Joëlle Losfeld et Christian Bourgois à qui je dois de passionnantes rencontres !).

Joanna-Cannan.jpgC'est encore le cas cette fois-ci avec Joanna Cannan, que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a un mois encore. Joanna Cannan (1898-1961) est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, essentiellement des romans policiers et ouvrages destinés à la jeunesse - même si Désillusion ne correspond à aucune de ces deux catégories.

Le roman s'ouvre avec le trajet en train de Blanche, jeune veuve, et de ses deux enfants: Angela, une petite blonde proprette et charmante et Patricia, rouquine et garçon manqué qui est loin d'avoir les faveurs de sa mère. Leur père vient de décéder et, puisqu'il avait eu le bon goût d'engloutir la fortune de sa femme avant cela, Blanche se trouve obligée de se rendre chez son beau-père, Lord Waveney. Personne n'est vraiment ravi de cette situation jusqu'à ce que le vieil homme découvre Patricia et s'attache d'emblée à elle - ce qui dépasse l'entendement pour Blanche. Je m'attendais dès lors à suivre l'éducation des enfants, leur jeunesse passée sur la propriété, mais le narrateur préfère faire un saut dans le temps et nous présenter ensuite les jeunes femmes alors que Patricia est en âge de se marier... ce qui ne tardera pas. C'est un mariage d'amour, romantique à souhait et conforme à l'image que l'on se fait de Patricia, rebelle, indépendante, idéaliste (et semblant sortir tout droit d'un tableau de Burne-Jones). Mais le titre français est parfaitement choisi : de désillusion en désillusion, on comprend bien vite que la vie de Patricia ne sera pas celle à laquelle sa jeunesse dorée l'avait préparée.

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Burne-Jones, In Praise of Venus

Patricia va ainsi mener une vie très différente de sa soeur,  qui elle, a fait un mariage de raison ; ce n'est pas pour autant que la vie les a épargnées : Angela et (...) Victor, ces incorrigibles Edwardiens qui, à force de mener une vie oisive, sur une toile de fond de colonnes blanches et d'océan bleu indigo, avaient fini par devenir une cible idéale pour les esprits railleurs et d'élégants anachronismes mêmes pour leurs proches. Quant à Hugh et elle... un mariage d'amour, un mariage qui défiait la raison, et puis la longue route sous le joug, les lumières qui s'éteignent, les rossignols qui se taisent et les roses qui se fanent. (p155)

Désillusion est un beau roman, intelligent, très joliment écrit/traduit. Le récit n'est pas celui auquel on s'attend d'abord en découvrant la jeune et fougueuse Patricia, il devient petit à petit moins extraordinaire et s'inscrit peu à peu dans un esprit "petit bourgeois" qui ne sied guère à l'héroïne. Si la vie la domestique, son tempérament reste au fond le même : les concessions peuvent-elles se poursuivre toute une vie ou est-il indispensable de redevenir un jour soi-même ? Au final, la désillusion est aussi bien liée au comportement décevant de ses proches, qu'au fait que leurs choix sont peu conformes à l'idée qu'elle se faisait d'eux. Ce qui lui fait réaliser que finalement, ni son époux, ni ses chers enfants ne la connaissent vraiment. Un intéressant sujet de réflexion...

Je n'ai volontairement pas abordé de nombreux aspects de l'histoire (comme l'épouvantable épouse du fils aîné qui mériterait d'être citée avec son salon mauve, sa chambre rose et sa dalle en béton dans le jardin), mais je ne peux que vous recommander vivement ce roman si vous aimez la littérature anglaise, vous ne serez certainement pas déçus ! Une belle découverte !

Quelques extraits, essentiellement sur son époux Hugh (à ne pas lire pour ceux qui préfèrent découvrir ce roman sans en savoir beaucoup plus) :

Sa vieille réserve écossaise engendrait de fréquents malentendus. Au lieu de dire : "Je ne peux pas supporter que tu sois forcée de faire la cuisine et de pousser la voiture d'enfants", il disait : "Mieux aurait valu pour tout le monde que tu apprennes à cuisiner plutôt qu'à dresser des chevaux" (p51)

Hugh déplorait l'éducation de son épouse mais, quelles qu'en fussent les lacunes, Patricia savait affronter les difficultés de la vie. Le lendemain, elle se leva sans ce bâillement qui incitait Hugh à lui dire qu'elle aurait dû épouser un Lord si elle voulait prendre son petit déjeuner à neuf du matin. (p52) (sachant que lui-même ne s'est jamais préoccupé de ses enfants, de leurs bavoirs sales ni des couches à changer)

Il aimait sincèrement l'admirable compagne que la vie s'était chargée de domestiquer, mais ne l'appréciait pas à sa juste valeur. Il oubliait, pour flatter son orgueil, qu'elle était la petite-fille de Lord Waveney, habituée à des valets de pied. Guéri de son complexe d'infériorité, il devint un homme heureux. (p54)

Merci encore à Bénédicte et aux éditions Phébus !

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218 p

Joanna Cannan, Désillusion, 1938

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Jeu concours

Et comment résister au plaisir de prolonger un peu l'esprit so English du mois dernier ? J'ai donc le plaisir d'organiser un petit concours pour vous permettre de gagner un exemplaire de Désillusion, grâce aux éditions Phébus.

Pour participer, il vous suffit de répondre à cette question dans les commentaires de ce billet : quelle est la femme écrivain anglaise que vous préférez ?

Vous avez jusqu'au 19 juillet au soir pour répondre. A vos claviers et bonne chance à tous !

08/06/2013

Vita Sackville-West, Plus jamais d'invités !

sackville west_jamais invites.jpgDepuis Toute Passion abolie découvert en 2009, je projette de lire toute l'oeuvre de Vita Sackville-West, qui me séduit davantage à chaque lecture. J'ai profité de la LC autour de Dark Island (que je n'ai pas encore) pour sortir de ma PAL un des trois romans de cet auteur que j'avais encore en attente. J'ai jeté mon dévolu sur Plus Jamais d'invités !

Sans doute à cause du titre et des personnage souriants sur la couverture je m'attendais à une comédie ou une satire de la bonne société anglaise, de ses "parties" à la campagne, que je voyais déjà gâchées par la présence de quelques invités mal assortis. Certes, les invités de Rose Mortibois n'ont pas grand chose en commun, mais ce n'est pas vraiment le coeur du sujet.

Les Mortibois sont mariés depuis vingt ans. Leur vie sociale est une réussite : Mortibois est un juriste à la carrière éclatante, quant à sa femme, dont la fonction est assez décorative, elle peut se prélasser dans leur luxueuse demeure ou, le week-end, dans leur superbe domaine à la campagne, à Anstey. Mais leur couple n'est qu'une façade : conformément à un arrangement entre eux, à la demande de Walter, les Mortibois n'ont jamais consommé leur mariage et n'entretiennent qu'une relation purement amicale, sans affection aucune... bien que Rose aime Walter et ne se plie à son souhait que pour le satisfaire.

Lorsque le neveu de Rose revient en Angleterre après plusieurs années passées dans les colonies, elle décide d'inviter sa soeur, son beau-frère et son neveu à Anstey pour le week-end de Pâques. S'ajoute au petit groupe Gilbert, le frère de Walter, ainsi que Juliet une célèbre coquette amie du couple. On pourrait s'étonner du choix des invités : une soeur gentille mais un peu simplette, très pieuse, très attentive à son budget faute de moyens ; un beau-frère peu loquace, qui appelle sa femme "chouchou" ; un autre, célèbre médecin, en vogue à Londres ; une femme exubérante s'adressant avec une grande familiarité à tout le monde ; et enfin un neveu qui a tout à découvrir de la vie. Mais ces invités vont surtout être amenés à porter un regard différent sur Walter et Rose, dont le mariage laisse transparaître ses failles au cours du week-end. Celui-ci sera fait d'épreuves pour eux. Mais qui sait si cela suffira à les faire changer ?

Une fois de plus Vita Sackvile-West a su me séduire... non seulement son récit se lit d'une traite, mais elle porte comme toujours un regard perçant sur les faiblesses de ses personnages, dont elle nous dresse un portrait toujours passionnant à découvrir. Un très bon moment de lecture !

Le billet de Lilly.

Autres lectures du jour de Vita Sackville-West : Denis, George, Bentos,  Shelbylee, Adalana, Eliza, Emily et Titine

Ici, de Vita Sackville-West : Toute Passion abolie, Paola, The Edwardians (sublime).

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214 p

Vita Sackville-West, Plus Jamais d'invités !, 1953

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10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

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13/06/2012

Ouvrir une librairie en Angleterre

Fitzgerald_Bookshop.jpgJ'avais plusieurs fois hésité à me procurer les livres de Penelope Fitzgerald, alléchée par leur résumé et la maison d'édition dont j'aime beaucoup les choix éditoriaux (Quai Voltaire), mais c'est surtout The Bookshop qui me faisait furieusement envie depuis que je l'avais repéré dans une librairie barcelonaise... en espagnol. Bref, lorsqu'après avoir savouré une journée ensoleillée à Highgate et Hampstead et après avoir découvert la maison de Keats, j'ai eu la chance de tomber sur une librairie indépendante dont la moitié des livres mis en avant correspondait à mes goûts, je n'ai même pas tenté de résister à The Bookshop lorsque mon oeil s'est arrêté sur sa jolie couverture.

Florence Green, qui vit depuis huit ans sur une petite somme versée suite au décès de son mari, envisage d'accomplir quelque chose de sa vie et décide d'ouvrir une librairie dans The Old House, très vieille bâtisse délabrée et hantée par un esprit-frappeur peu discret. Curieusement, son projet se heurte à la mauvaise volonté, voire à l'hostilité de certains habitants du village. Le notaire fait preuve de mauvaise volonté, le banquier se montre peu encourageant, quant à Mrs Gamart, la dame patronnesse du coin (vous savez, ces horribles femmes qui dans la plupart des romans se déroulant dans la campagne anglaise jouent les bons samaritains en pourrissant la vie de leurs voisins – prenons par exemple La Dernière Conquête du Major Pettigrew), bref, Mrs Gamart choisit ce moment pour vouloir installer un centre artistique dans le bâtiment choisi par Mrs Green pour sa librairie, n'hésitant pas à lui recommander la poissonnerie du coin dont le propriétaire souhaite se défaire. Malgré tout, Florence parvient à ouvrir sa librairie, reçoit quelques témoignages d'amitié et obtient un certain succès... ce qui n'est pas pour plaire à Mrs Gamart, bien décidée à remporter ce duel.

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Si vous voulez ouvrir une librairie, je vous déconseille ce roman qui montre comment vous pouvez être attaquée par à peu près tout (n'oublions pas notre esprit-frappeur), trahie et finalement laissée sans le sou. Ceci dit, The Bookshop est empreint d'un certain charme et ne manque pas d'humour, il séduira les amoureux de littérature anglaise qui n'ont pas encore croisé son chemin. On y parle curieusement assez peu de livres, mais bien plus de relations entre villageois... un texte plein de fraîcheur, parfois doux amer mais dans tous les cas, une immersion follement téméraire en zone à risque.

Un très bon article sur Open Letters Monthly vous donnera très envie de le découvrir, et j'ai découvert depuis ce billet également chez I prefer reading (ces deux articles sont en anglais).

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156 p

Penelope Fitzgerald, The Bookshop, 1978 (shortlisted for the Booker Prize)

07/05/2011

Le 500e billet sera britannique...

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What a surprise ! Avec en prime un petit coup de coeur pour Paola de Vita Sackville-West !

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeEn matière de littérature anglaise, j'affectionne tout particulièrement les écrivains de la première moitié du XXe siècle qui pour certains incarnent la modernité après la longue période victorienne. J'aime les récits mettant en scène cette époque et l'esprit souvent plus léger qui caractérise ces écrits. Vita Sackville-West est un bon exemple en la matière... mais c'est une nouvelle fois avec un décès qu'elle choisit d'ouvrir ce roman (c'était également le cas dans Toute Passion abolie).

Suite au décès de son oncle, le chef de famille Noble Godavary, Gervase se rend pour quelques jours dans le Nord afin d'assister à l'enterrement. C'est une région qu'il exècre : c'est ainsi au bout de 35 ans qu'il revient chez lui.

Il rencontre pour la première fois la seconde épouse de son oncle et leur fille, Paola, qui tient davantage de sa mère italienne et détonne dans la famille extrêmement britannique et flegmatique de Gervase. La réunion de famille s'annonce effroyable à souhait : le fils aîné de l'oncle (futur héritier du domaine) attend l'arrivée de leur cousine Rachel, avec qui il entretient une liaison honteuse ; Michael, le frère de Gervase, suit Paola partout et la dévore des yeux dans la plus totale indifférence ; Gervase, quant à lui, attire sans le vouloir les confidences de Paola et de sa mère tout en étant toléré par les Godavary : passif, c'est un témoin occupant une place centrale.

vita sackville-west,paola,littérature,littérature anglaise,roman anglais,roman anglais xxe,bloomsbury,angleterre,angleterre xxeLes liens de famille sont l'un des principaux sujets abordés dans ce récit : les Godavary ne s'apprécient guère mais sont tous semblables et se comprennent, tandis que Paola reste une étrangère qui fascine mais détonne dans cette demeure anglaise isolée. Séduisante, vive, lucide, directe, elle est aussi entourée d'une sorte d'aura maléfique : à l'écart du reste de la famille (de fait, mais aussi par choix), elle représente une menace confuse qui se concrétisera au cours du récit.

Voilà un court roman plutôt sombre que je vous invite à lire pour découvrir une nouvelle facette de l'oeuvre de Vita Sackville-West : loin des salons mondains, au sein d'une vallée sauvage et lugubre, ce huis clos  saura vous séduire (et n'est pas sans évoquer les tensions familiales exploitées par une certaine Agatha Christie...).

Et puisque la pluie tombe sans discontinuer et qu'il n'y a pas un seul voisin à la ronde pour vous secourir, pourquoi ne pas tout simplement pousser la porte de la demeure des Godavary ?

Sur ce blog également : Toute Passion abolie

D'autres avis sur PaolaClarabelSmithereens (en anglais)

 

Et si cette époque vous plaît, vous aimerez peut-être également :

Brennan Maeve, La visiteuseGoudge Elizabeth, Le Secret de MoonacreJames Henry, Les Dépouilles de Poynton,  Mayor Flora M., La troisième Miss SymonsMitford Nancy, La poursuite de l'amourMitford Nancy, L'amour dans un climat froidPym Barbara, Crampton HodnetPym Barbara, Adam et CassandraRice Eva, L'Amour comme par hasardStrachey Julia, Drôle de temps pour un mariage (d'autres textes que j'ai aimés et serais ravie de faire découvrir à ceux qui, peut-être, ne les connaissent pas déjà).

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123 p

Vita Sackville-West, Paola, 1932

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Challente God Save the Livre : 5 livres lus (Prince Charles' category)

Dont 2 en anglais (Queen Mum's category)

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2e lecture dans le cadre du challenge Vintage Novels