26/09/2010

Have you ever seen the rain ?

coe-La-pluie--avant-qu-elle-tombe.jpgJ'ai rencontré Jonathan Coe en début d'année lors d'une interview organisée pour la sortie de sa biographie de B.S. Johnson, écrivain oublié voire inconnu en France. Jusque là je projetais de lire les romans de Coe, sans me presser. L'auteur que j'ai vu ce soir-là m'a intriguée : sa façon de raconter le projet littéraire que constituait cette biographie rédigée de façon originale, ses commentaires sur ce qui l'avait amené à découvrir Johnson, sa façon de présenter cet écrivain et son influence sur ses propres romans, tout cela m'a captivée ce soir-là et c'est en entendant Coe parler d'un autre que j'ai eu envie de le découvrir lui-même en tant qu'écrivain.

J'ai ainsi lu Bienvenue au Club, bon roman agréable à lire, multipliant les histoires parallèles, avec pour toile de fond l'Angleterre des années 70. Puis La Femme de Hasard, sur une femme assez commune dont la vie fade sert de prétexte à une histoire encore une fois très bien racontée. Je viens de lire en quelques jours La Pluie avant qu'elle tombe, roman une fois de plus très différent de mes précédentes lectures et jusqu'ici, de loin mon favori. Je n'avais pas prévu d'en parler aujourd'hui et je crains de le faire bien maladroitement, d'autant plus qu'il m'a laissée dans un état de mélancolie certain, mais je me sens incapable de parler d'autre chose.

Comment résumer cette histoire ? Devrais-je dire qu'il s'agit d'Imogen, une jeune femme dont l'histoire familiale est peu à peu retracée par un membre de sa famille à travers des cassettes enregistrées ? De Gil et de ses filles, qui écoutent ces cassettes suite au décès d'une parente et découvrent l'histoire d'une des branches de leur famille ainsi que les liens qui les relient à elle ? De Rosamond, qui raconte cette histoire en commentant une série de photos avant de mourir, et dont la voix nous accompagne tout au long du récit ? Ou bien de Béatrix et de Théa, les chaînons manquants de l'histoire qui fait d'Imogen et de Gil, deux inconnues, les héritières de Rosamond ?

Le récit débute lorsque Gil, la cinquantaine, apprend le décès de sa tante Rosamond par téléphone. S'ensuit l'enterrement et quelques semaines plus tard, Gil se rend dans la maison de sa tante et découvre des cassettes enregistrées à l'attention d'une certaine Imogen. Ne retrouvant pas cette inconnue, Gil décide d'écouter les cassettes aves ses filles. L'histoire s'achève lorsqu'après avoir découvert leur contenu, Gil reçoit enfin une lettre lui faisant part de ce qu'est devenue Imogen. L'essentiel du roman correspond au récit de Rosamond, qui choisit une vingtaine de photos pour raconter petit à petit à Imogen leur histoire. D'abord l'amitié entre Rosamond et la grand-mère d'Imogen, puis ses relations avec sa mère et, enfin, la façon dont la destinaire des enregistrements a été éloignée d'elle et de sa famille.

La pluie, avant qu'elle tombe est un roman touchant et complexe. La relation entre mères et filles occupe une place importante, à travers les erreurs répétées de génération en génération dans la même famille. Les époques se succèdent et, avec habileté, Coe dresse le portrait d'une famille sur quatre générations, en choisissant un mode de narration original : ces photos espacées de quelques années et dont la description amène la narratrice à raconter une tranche de vie qui s'emboîte parfaitement à la suivante, sans laisser une impression d'inachevé au lecteur ni lasser par une approche un peu répétitive (puisque Rosamond décrit une vingtaine de photos et les scènes qu'elles évoquent pour elle). C'est une histoire poignante, nostalgique et souvent cruelle qui a touché en moi une corde sensible - la beauté désenchantée de ce récit sans doute appuyée par la pluie qui tombe dehors me laisse songeuse et un peu triste.

La Pluie avant qu'elle tombe est celle que préfère la petite Théa, car qu'elle n'existe pas vraiment. "Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heurex, pas vrai ?"

Petit à petit, Rosamond parvient à prendre conscience d'une réalité difficile à saisir : "deux idées absolument contradictoires peuvent être vraies en même temps. Tout ce qui a abouti à toi était injuste. Donc, tu n'aurais pas dû naître. Mais tout chez toi est absolument juste : il fallait que tu naisses. Tu étais inévitable".

Jonathan Coe m'apparaît de plus en plus comme un écrivain anglais essentiel aujourd'hui. Un bon écrivain, à la plume agréable, qui surtout me frappe par son art de la narration et la manière dont il parvient à entraîner le lecteur à sa suite, jusqu'à parfois le laisser un peu perdu sur la route une fois le livre achevé, comme c'est le cas pour moi ici. En tout cas ma découverte de l'univers de Jonathan Coe cette année s'apparente à une révélation et je n'envisage pas une seconde de ne pas lire l'ensemble de ses romans, une fois que cette dernière lecture aura cessé de me hanter.

D'autres avis : Abeille, Alex-Mot-à-Mots, Aproposdelivres, Bambi SlaughterBellesahi, Betty, Bookomaton, Brume, Cachou, Cathulu, Chaplum, Clara, Dasola, Dominique, Emilie, George Sand et moi, Hathaway, Karine:), Kathel, Keisha, Lapinoursinette, Lily, LN, Marie, Nickie, Plaisirsàcultiver, Restling, SD49, Sentinelle, Soie, Thracinée, Voyelle et Consonne...

Lu dans le cadre du challenge Jonathan Coe de June et Myrddin. Au fait, on parle même de Sheffield où je suis allée en juillet (ce qui m'a immédiatement rappelé de très bons souvenirs).

Merci aux éditions Folio pour ce très beau moment de lecture !

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268 p

Jonathan Coe, La pluie, avant qu'elle tombe, 2007

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