04/02/2010

Lire, c'est mortel !

flipo_commissaire.jpgAujourd'hui sort un roman policier du genre poilant et absurde, La Commissaire n'aime point les vers, dernier rejeton de Georges Flipo (dont j'ai déjà lu Qui comme Ulysse et Le film va faire un malheur).

Malgré un enthousiasme vacillant pour les polars (frôlant même la récession), j'ai été attirée par le sujet plutôt atypique, aux légers accents ffordiens. Un sonnet inédit de Baudelaire sème un vent de panique sur Paris, car tous ceux qui le tiennent entre leurs mains sont bientôt victimes de tentatives d'assassinat (ou d'assassinats réussis, le cas échéant). Plutôt sulfureux pour le XIXe, le poème divise les experts et suscite l'enthousiasme de la presse, par l'odeur du sang alléchée. Ni une ni deux, l'affaire sera résolue par la commissaire Viviane Lancier qui, pour faire court : a quelques kilos en trop et change de régime tous les jours ; porte un tailleur rose quand elle veut bien s'habiller ; s'inflige des CD de Bach, qu'elle n'apprécie pas spécialement mais dont elle possède un coffret ; lit des polars, et seulement des polars ; regarde des polars à la télé ; et, chose primordiale s'il en est une, sait que chaque gant en pécari a son propre ADN. Comme il se doit, Viviane est flanqué d'un lieutenant jeune, beau, intelligent et débrouillard (en bref, un héros en puissance, comme son nom ne l'indique pas).

Je ne suis pas spécialement friande de ce genre d'histoire mais il faut bien avouer que j'ai passé un bon moment en compagnie des tailleurs de Viviane et des airs de premier de la classe de Monot. L'intrigue m'a amusée, j'ai beaucoup aimé le contexte hugolien et baudelairien (rien que ça !). On retrouve l'humour de Flipo et, malgré le côté un peu franchouillard de la commissaire qui semble déteindre sur l'ensemble du roman, je ne peux que vous recommander ce livre pour vos moments de détente à venir. Pour ma part, je suis déjà partante pour la suite des aventures de la 3e DPJ !

J'en profite pour vous inviter à aller faire un tour chez Emma, qui vient de lancer un swap Sherlock Holmes avec Fashion. Attention, peu de places sont ouvertes : ne laissez pas Watson vous passer sous le nez (et avec un Jude Law-Watson, ce serait vraiment dommage !).

297 p

Georges Flipo, La commissaire n'aime point les vers, 2010

3coeurs.jpg

09/04/2009

Momo à l'écran

flipo_film va faire un malheur.jpgLe film va faire un malheur. Tout un programme. Généralement je ne succombe pas à la vue de ce genre de titre un peu racoleur et pragmatique. Eh oui, ma préférence va plus souvent aux romans qu’entoure une aura de mystère, à l’exemple de ces quelques titres pris (presque !) au hasard dans la pile qui est devant moi : L’Ecueil, Amours en marge, Prodige, Inversion (mais je ne citerai surtout pas Le Grand Livre des Gnomes). Bref, tout ça pour dire que le dernier livre de Georges Flipo m’attirait peut-être moins que sa Diablada et que, sans le livre voyageur lancé dans la nature par l’auteur, je ne l’aurais sans doute pas lu avant des mois – au mieux.

 

Jeune réalisateur vaguement prometteur espérant décrocher une récompense à un festival, Alexis est plus ou moins contraint de projeter son film (« Zoubeida l’Africaine » !) à la prison centrale de Caen. Il y rencontre Sammy, taulard sur le point de recouvrer sa liberté et cinéphile rêvant d’être le sujet du prochain film d’Alexis. S’ensuit une relation étrange entre les deux hommes et sans en dire trop, laissons juste entrevoir quelques aspects de l’histoire : des dîners « littéraires » au cours desquels un Alexis orgueilleux doit partager sa maigre culture avec un Sammy tout ouïe ; un scénario à étoffer qui finit par influencer la vie du truand ; une femme entre les deux hommes ; des bides, de la rivalité, des spots publicitaires, des braquages, des meurtres, du jus de tomate et des olives farcies.

 

Si j’ai quelques réserves, j’ai globalement passé un très bon moment avec ce page-turner lu en quelques heures. Plutôt compliquée dans ses rebondissements, son développement et le rapport instauré entre réalité et cinéma, l’histoire est peut-être un peu trop bien ficelée et donc un peu lisse, ce qui ne l’empêche pas d’être assez originale. Plus encore, je me suis amusée en songeant à l’imagination débordante de l’auteur qui multiplie les rencontres et relations plus ou moins probables en suivant une logique que l’on sent implacable. Au final, cette impression d’orchestration parfaite et de détachement est plutôt positive, permettant à mon avis une certaine connivence entre narrateur et lecteur. J’ai été progressivement happée par l’histoire, car autant je n’éprouvais aucune empathie pour les personnages au début, autant Sammy m’a tout de suite été sympathique avec ses influences corse, juive et arabe, son côté killer-nounours, truand ultra dangereux et brave type. Sans parler de sa curiosité intellectuelle et de son honnêteté (contrairement à Alexis qui place ses quelques pauvres références dans des phrases d’une vacuité insoupçonnée - quoique).

 

Alors oui, c’est gentiment grinçant : le milieu de la pub et celui du cinéma en prennent pour leur grade mais finalement, le roman est surtout léger et drôle - ce n’est pas une critique au vitriol de milieux qui, c’est vrai, aiment se prendre au sérieux et faire preuve d’une fausse autodérision (à moitié convaincus, en pensant plutôt au collègue ou au concurrent). Comme l’ont dit d’autres avant moi, on imagine bien une adaptation au cinéma… et pour rester dans le décalage, aurons-nous un film exact, un film hyperexpressionniste ou un nouveau Bal des Actrices (après le Vertige des Auteurs) ?

 

314 p

 

Georges Flipo, Le film va faire un malheur, 2009