11/11/2010
L'éclosion des fleurs couleur d'orage
En ce week-end pluvieux du mois de novembre, j'ai décidé de profiter du temps que j'avais devant moi pour rattraper un peu mon monstrueux retard chroniquesque - au détriment d'un week-end dans une capitale européenne, quelle abnégation (suspecte, je l'avoue) !
Commençons par Divines Amours de Michael Bracewell, excellent cru de cette rentrée littéraire 2010.
"Au cynique désenchanté - c'est-à-dire, à celui qui porte sur le monde un regard endurci par une posture intellectuelle sagace -, il serait vain de recommander la vie d'un jeune homme de vingt-huit ans comme sujet d'étude approfondie" (p43).
Dans Un Eternel Jeune Homme, Bracewell avait choisi pour cadre l'Angleterre des années Thatcher. Nous voilà cette fois-ci plongés à la fin des années 70, en compagnie de jeunes passant de l'adolescence à l'âge adulte, pendant cette période de transition délicate où les promesses d'avenir ne se concrétisent pas toujours, où les projets idéaux sont confrontés à la réalité et où soudain se dessine un avenir beaucoup clair une fois que sont faits ces premiers choix nécessaires à cet âge - mais qui, inévitablement, réduisent progressivement le champ des possibilités qui s'offraient à vous à l'adolescence.
Dans des chapitres alternant entre les destins de personnages qui ne font parfois que se croiser, Bracewell raconte les premières amours sérieuses de Miles, élève d'Eton au sang bleu promis à un brillant avenir. Apparaissent ainsi ses amis d'enfance James, Stella et Lucinda - dont l'une mourra tragiquement avant d'être éclipsée par l'autre - sa meilleure amie - quelques mois plus tard. S'ajoute à ce "Gang de la main noire" Kelly O' Kelly, l'héroïne torturée du premier chapitre qui pratique activement le bondage depuis l'enfance et se rend innacessible, ôtant (par erreur) sa carapace le jour où elle rencontre Miles. Enfin, les péripéties d'un couple croisé par hasard dans un café finissent par recouper l'histoire de ce "parfait" gentleman.
Outre l'écriture délectable qui n'est pas le plus faible atout de ce très beau roman (et que l'on doit aussi au traducteur), Divines Amours m'a vraiment conquise par la façon dont il parvient à recréer l'ambiance d'une époque tout en dépeignant avec beaucoup de justesse cet "entre-deux" si particulier au cours d'une vie, où en l'espace de peu d'années le mode de vie change radicalement, les histoires sentimentales impliquent beaucoup plus de choix et de bouleversements pour peu qu'elles soient un brin sérieuses, tandis que l'avenir professionnel se dessine avec plus de netteté et prend soudain un tour beaucoup plus concret. Une période fascinante mais qui comporte sa part d'angoisse, ce qui est parfaitement retraduit par la façon dont chacun des jeunes personnages saisit les occasions qui lui sont offertes. Un livre où l'art occupe également une place importante, entre Kelly l'artiste maudite et Douglas, producteur de disques. On l'abandonne à grand regret une fois la dernière page tournée.
Encore merci à Denis des éditions Phébus à qui je dois cette belle escapade (et d'autres !), parfaite pour une rêveuse de mon espèce.

281 p
Michael Bracewell, Divines Amours*, 1989 (2010 en France)
* A noter qu'en anglais le titre est Divine Concepts of Physical Beauty (qui à mon sens retraduit davantage l'atmosphère de ce récit).

13:05 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, angleterre années 70, londres, londres années 70, michael bracewell, divines amours, éditions phébus, art
30/09/2009
De Giorgione à Tiffany
J'ai reçu récemment Les Mémoires de Giorgione dans le cadre de l'opération du Livre de Poche. Je l'ai curieusement reçu beaucoup plus tard que d'habitude, ce qui ne m'a pas permis de le lire aussi attentivement que je l'aurais voulu, d'où ce billet particulièrement court qui me permet juste de faire un clin d'œil au livre.
Cette biographie romancée revient sur le parcours du peintre du XVe-XVIe siècle Giorgio de Castelfranco. Voilà un artiste un peu oublié remis au goût du jour par Claude Chevreuil. Là où les détails manquent, l'auteur n'hésite pas à gommer les zones d'ombre en offrant au lecteur un roman historique qui intéressera les amateurs de peinture et de récits riches en anecdotes. Le texte est aussi l'occasion de s'arrêter sur des toiles et de les livrer à l'interprétation. Je pense en reparler sur mon blog.
L'avis de Claudia Lucia, avec des illustrations.
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Je profite de ce billet pour vous inviter à aller voir la très belle exposition Tiffany au Palais du Luxembourg à Paris. Beaucoup d'objets magnifiques et de superbes vitraux, dans une exposition plutôt bien agencée et bien documentée. Attention, l'exposition occupe deux grandes salles mais les jours d'affluence, il faudra sans doute s'armer de patience pour profiter des plus petites vitrines. Le guide officiel de l'exposition de Paris Match comprend de superbes photos, mais le Hors-Série de L'Objet d'art est beaucoup plus complet. Ce sont les deux guides qui m'ont le plus plu.
On en parle sur ce site assez génial sur les expos à Paris.





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