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14/06/2015

Katherine Webb, Pressentiments

webb_pressentiments.JPGUne fois de plus j'ai succombé à une jolie couverture. Depuis longtemps je croisais le nom de Katherine Webb et, malgré le titre français un peu racoleur, j'ai finalement tenté ma chance avec son roman Pressentiments

L'histoire débute par la découverte d'un cadavre de la première guerre mondiale parfaitement conservé. Dans ses effets personnels, des lettres suscitent la curiosité. Informée de leur existence par son ex petit-ami, la journaliste Leah va tenter de remonter leur piste pour identifier le corps et tenter de percer le mystère qui semble l'entourer. Une enquête qui la plongera au début du XXe, dans un presbytère où s'est noué un drame à huis-clos.

En lisant les premières pages, j'avoue avoir eu une petite frayeur : la journaliste ne se remettant pas de sa rupture, je voyais poindre de loin la romance facile et totalement superflue. Heureusement, Leah occupe une place assez mineure dans le récit, qui se déroule pour l'essentiel avant-guerre. On croise ainsi Canning, un prêtre fanatique pour des raisons finalement peu liées au caractère divin de sa mission ; un opportuniste qui s'installe chez les Canning en prétendant avoir une aura particulière lui permettant de voir des êtres supérieurs, à commencer par des fées ; une femme malheureuse qui cherche des conseils auprès de sa soeur, déjà mère plusieurs fois et sans doute à même de lui expliquer pourquoi son propre mariage n'a toujours pas été consommé ; enfin, une domestique accueillie par charité après un passage en prison en raison de ses activités de suffragette. C'est cette dernière qui apporte une dimension historique supplémentaire au livre. En raison de ses convictions et de son engagement peu conformes à sa condition, elle incarne cette époque charnière où le sort des femmes a commencé à basculer en Angleterre.

Si ce roman est assez léger, cela reste un page-turner historique très honorable. Je n'hésiterai pas à lire de nouveau Katherine Webb quand je serai en panne de lecture !

Aujourd'hui on parlait Rois et Reines pour le Mois anglais, mais je n'ai pas eu le temps de faire mon billet avant de partir à Londres, où je me trouve au moment où s'affichera cet article. 

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502 p

Katherine Webb, Pressentiments, 2011

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10/06/2015

Barbara Comyns, The Vet's Daughter

comyns_vets daughter.jpgAujourd'hui j'avais prévu de participer à la lecture commune autour de Terry Pratchett, mais je peine à terminer mon roman. Je l'ai donc un peu mis de côté en espérant vous en parler avant la fin du Mois anglais. A la place, je vous présenterai The Vet's Daughter de Barbara Comyns. J'ai découvert cet écrivain au cours d'un de mes séjours en Angleterre. J'ai toujours l'habitude de prévoir du temps pour explorer tranquillement les rayons d'une librairie ou deux quand je m'y rends. Je fais systématiquement un tour du côté des Modern classics ou des Vintage classics qui sont souvent rassemblés sur quelques étagères et parfois mis en avant sur une table. J'ai fait pas mal de trouvailles comme ça et eu de très bonnes surprises. Ce roman en fait partie (si bien que je compte chercher d'autres titres de Barbara Comyns lors de mon escapade à Londres cette semaine). Mais trêve de bavardages, parlons donc plutôt du roman !

The Vet's Daughter est un curieux roman, peut-être un brin dérangeant ; il dégage en tout cas une ambiance très particulière qui en fait un livre à part. La narratrice Alice Rowlands vit dans une quartier assez populaire de Londres. Son père est vétérinaire, c'est aussi un homme d'humeur sombre, qui n'aime ni sa femme ni sa fille et se montre souvent distant avec elles et parfois même brutal. Alice a une bien triste vie dans cette maison peu ensoleillée où elle a l'habitude de nettoyer les cages et de nourrir les animaux laissés en pension. Le métier de son père ne se limite pas aux soins ; il couvre ainsi le gardiennage mais aussi l'euthanasie pour les animaux dont on ne veut plus. Pour gagner davantage, le père vend les malheureuses bêtes concernées à un homme qui fait des vivisections. Alice n'a qu'une amie sourde muette, qui s'apprête à rejoindre l'atelier d'une modiste et sera ainsi moins présente. Heureusement elle compte deux autres alliés dont un futur vétérinaire amoureux d'elle mais pas assez séduisant à son goût, qu'elle surnomme Blinkers. Au cours du roman, de nombreuses péripéties vont bouleverser le quotidien d'Alice, dont une en particulier, puisqu'elle découvre qu'elle est capable de léviter. 

Sarah Waters parle de "Gothic masterpiece" sur la 4e de couverture, mais je trouve que l'atmosphère qui se dégage de ce roman est plus subtile (n'y voyez pas là une critique contre les romans gothiques ou d'inspiration gothique car j'en raffole). Nous suivons pendant quelque temps le quotidien d'une jeune fille anglaise de classe moyenne, qui mène une vie peu commune du fait du métier de son père. Elle s'exprime de façon très factuelle, raconte les faits marquants de cette période en allant droit au but. Très observatrice, elle intègre soudain la lévitation à son récit sans faire grand cas de l'évènement, donnant ainsi au lecteur une impression peu confortable : le récit est on ne peut plus factuel et terre-à-terre ; pourtant, soudain, un évènement hors normes se produit. La rupture d'équilibre qui en découle est pour le moins déstabilisante.

[Quelques spoilers dans ce paragraphe] Le récit est par ailleurs porté par des personnages très intéressants, bien que peu attachants. Le père est détestable dès le début, il le deviendra plus encore par la suite mais il perd de son autorité lorsqu'on le voit parler seul ou manifester un penchant certain pour la boisson à moment donné. Alice a eu une enfance peu heureuse et a toujours dû se plier en quatre pour assurer le confort de son père, mais lorsqu'elle aura l'occasion de s'éloigner de la maison paternelle, elle profitera de la gentillesse de son employeuse et se montrera subitement remarquablement égoïste. Son manque de clairvoyance en matière d'hommes est par ailleurs étonnant pour quelqu'un qui a été aussi mal aimée qu'elle. On pourrait l'imaginer capable d'aller vers le gentil Blinkers pour s'éloigner de son père et contracter un mariage basé sur le respect et la bonne entente - ce qui, à l'époque, était déjà une belle perspective. Pourtant, elle préfère prendre le risque de s'aliéner son prétendant en fréquentant un jeune homme riche et séduisant qu'elle croise à moment donné. La complexité des personnages est ainsi l'un des points forts de ce court roman étonnant et très bien mené que j'ai pris grand plaisir à découvrir.

Pour terminer, j'ajouterai ici l'avis de Graham Greene : "The strange offbeat talent of Miss Comyns and that innocent eye which observes with childlike simplicity the most fantastic or the most ominous occurrence, these have never, I think, been more impressively exercised than in The Vet's Daughter".

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159 p

Barbara Comyns, The Vet's Daughter, 1959

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29/06/2014

Julian Barnes, Une Fille, qui danse

julian barnes,une fille qui danse,challenge bbc 2014,mois anglais,mois anglais 2014,challenge i love london,angleterre,angleterre xxe,roman anglaisA 22h passées je vais tenter de me joindre à la LC autour de Julian Barnes en cette fin de Mois anglais ! Voici donc quelques impressions de lecture au sujet d'Une Fille, qui danse, roman qui me laisse plutôt songeuse...

Tony, le narrateur, revient sur ses années de lycéen et d'étudiant, époque où il fréquentait Adrian, étudiant brillant qui s'est donné la mort. Tony et Adrian font partie du même petit cercle, puis tomberont amoureux de la même fille. Des années plus tard, Tony s'interroge sur les raisons qui ont poussé Adrian à se suicider.

S'ensuit une longue réflexion sur le rapport au temps, à la mémoire et sur la perception des événements passés. L'Histoire, ce ne sont pas les mensonges des vainqueurs, comme je l'ai trop facilement affirmé au vieux Joe Hunt autrefois ; je le sais maintenant. Ce sont plutôt les souvenirs des survivants, dont la plupart ne sont ni victorieux, ni vaincus (p 86). Le cheminement intellectuel de Tony est intéressant, son analyse pertinente et extrêmement lucide même si j'ai trouvé ses remarques sur la jeunesse et le temps qui file à toute allure démoralisantes.

Tony fait souvent référence à un évènement naturel étonnant, un fleuve qui inverserait sa trajectoire subitement. Et ce temps personnel, qui est le vrai temps, se mesure dans notre relation à la mémoire. Alors, quand cette chose étrange est arrivée - quand ces nouveaux souvenirs me sont soudain revenus -, ç'a été comme si, pendant ce moment-là, le temps avait été inversé. Comme si, pendant ce moment-là, le fleuve avait coulé vers l'amont (p 174).

J'ai été moins convaincue par l'aspect narratif. Les interrogations concernant Adrian poussent Tony à renouer avec leur petite amie commune, qui m'a paru être une fille hystérique, dérangée et insupportable. Les échanges entre les anciens amants m'ont paru assez artificiels en raison du personnage féminin, si survolté qu'il en devient caricatural et peu crédible. Enfin je reste dubitative quant aux raisons qui ont poussé Adrian à mettre fin à ses jours et surtout, pourquoi Tony s'en veut tellement et pourquoi son ex petite amie le hait. J'ai d'abord pensé que Tony se reprochait l'envoi d'une lettre horrible à son ami et s'en voulait d'autant plus que ses menaces ont finalement correspondu à la réalité ; son ancienne petite amie lui en aurait voulu pour les mêmes raisons. Néanmoins ce n'est pas franchement vraisembable, et la raison de la mort d'Adrian pourrait être celle-ci : Il n'avait pas noblement refusé un don existentiel : il avait peur du landau dans le vestibule (p 201), auquel cas ma première théorie ne tient pas debout. Pour l'instant aucune hypothèse ne m'a vraiment convaincue. Bref, je ressors un peu perplexe des dernières pages de ce roman.

Un Fille, qui danse est indéniablement écrit par un bel auteur et ne manque pas de qualités mais malgré tout l'intérêt que je lui ai porté mon plaisir de lecture a été variable, sans doute également car je ne me suis attachée à aucun personnage. C'est peut-être un beau texte mais il en émane une certaine froideur.

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212 p

Julian Barnes, Une Fille, qui danse, 2011

mois anglais 2014_2.jpgLogo Lou.jpgBBC 2014small.jpg 

28/06/2014

Philippa Boston, Blitz Britain

boston_BlitzBritain.jpgPendant ce Mois Anglais je vous ai parlé de la collection Paper Planes Teens* destinée aux personnes apprenant la langue de Shakespeare et cherchant des lectures à leur portée... et fun ! J'ai d'abord lu What is Brian ?, histoire de zombies pour les débutants en anglais, livre qui m'a vraiment amusée malgré la syntaxe simple et le vocabulaire réduit inhérents au niveau.

Aujourd'hui je vous présente Blitz Britain de Philippa Boston, autre livre de la collection, cette fois-ci de niveau intermédiaire. Avis aux amateurs de Terry Deary (auteur de Vile Victorians, Terrible Tudors, Slimy Stuarts...), ce livre est fait pour vous !

Blitz Britain est composé de deux parties, la première informative, la seconde mettant un scène un jeune garçon à qui il arrive une folle aventure alors qu'il tente de rentrer chez lui à vélo sous les bombes. La nouvelle se lit avec plaisir et m'a fait penser à mes lectures d'enfance favorites en raison des illustrations de Mark Beech qui rappellent le travail de Quentin Blake (pour les livres de Roald Dahl).

J'avoue un faible pour la première partie décrivant le Blitz et ses incidences en abordant différents thèmes : l'évacuation des enfants, le début et la fin du Blitz, les différents types de bombes, les abris plus ou moins sophistiqués (du kit de survie pour jardin au métro), la façon dont on cachait les cibles potentielles de nuit, le Zoo de Londres (eh oui ? que faire des fauves et autres bestioles ?), Buckingham Palace ou encore les différentes options pour participer à l'effort de guerre pendant le Blitz. Cette partie est à la fois bien documentée, pleine d'anecdotes concrètes permettant de mieux comprendre ce que vivaient les Anglais au quotidien, le tout accompagné de dessins humoristiques très réussis.

Une nouvelle fois j'ai trouvé ce livre de la collection Paper Planes Teens très malin : s'il a des visées pédagogiques, il est avant tout intéressant et drôle. Le lecteur s'amuse, passe un excellent moment et travaille son anglais sans s'en rendre compte. Et même lorsqu'on ne lit pas Blitz Britain pour apprendre l'anglais on se régale tout simplement ! J'ai tellement adoré la façon dont l'Histoire était abordée dans cet ouvrage que j'ai eu très envie de découvrir les autres titres de Philippa Boston... rendez-vous bientôt pour d'autres horribles histoires (car m'attendent Deadly Jobs et Bubonic Britain !).

Vous pouvez lire ou écouter un extrait par là.

* Collection lancée il y a un peu plus d'un an.

De nouveau merci à Héloïse des Editions Didier !

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48 p

Philippa Boston, Blitz Britain, 2014

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26/06/2014

Vita Sackville-West, Le Diable à Westease

sackville west_diable-a-westease.jpg1946. Dans la Royal Air Force pendant la guerre, Roger Lilliard est l'auteur d'un roman à succès et cherche à s'établir à la campagne pour se consacrer à l'écriture et éloigner les souvenirs du récent conflit. Il découvre l'endroit idéal à Westease, paisible village au charme fou. Pourtant, peu après l'arrivée de Roger, un meurtre va bouleverser les habitants du village. La piste d'un meurtrier extérieur est rapidement écartée. Le diable habiterait-il à Westease ?

Le Diable à Westease est un roman très différent de ce à quoi je m'attendais. Malgré le sujet relevant du genre policier, je pensais retrouver la patte de la brillante Vita Sackville-West avec toute son originalité et sa fraîcheur. En réalité ce roman est un whodunnit malheureusement classique, à mon avis assez convenu. Pour la première fois je me suis presque ennuyée avec cet auteur que j'adore, le récit manquant de dynamisme malgré le format relativement court. Passons sur Roger qui veut voguer « sur le navire de l'amour » (j'ai pris cette remarque pour un trait d'esprit moqueur). L'intrigue reste sympathique sans bouleverser les codes du genre. Les personnages sont pour certains inconsistants (par exemple Mary qui aurait pu incarner une héroïne moderne), tandis que d'autres sont assez artificiels et auraient mérité d'être davantage développés. Je n'irais pas jusqu'à dire que l'intrigue est cousue de fil blanc mais elle manque cruellement de profondeur. Le dernier renversement de situation m'a fait penser qu'au fond, Vita Sackville-West doutait elle aussi de la crédibilité de son histoire.

L'intérêt du récit réside à mon avis dans cette interrogation éthique soulevée à la fin : la vie d'un seul homme vaut-elle davantage que celle de la multitude ? Le meurtre d'un simple pasteur de campagne peut-il rester impuni si son auteur est un génie ?

Je déconseille ce roman à ceux qui n'auraient pas encore découvert Vita Sackville-West car il n'est pas du tout représentatif de son oeuvre, aussi bien par le genre que par la qualité. Toute Passion abolie est par exemple bien plus abouti ; The Edwardians (Au Temps du Roi Edouard) est pour moi un petit chef-d’œuvre. Ici de meilleurs romans :

205 p

Vita Sakville-West, Le Diable à Westease (The Devil at Westease), 1947

 mois anglais 2014_6.jpgBritish Mysteries01.jpgBBC 2014small.jpg

17/04/2014

Alan Bennett, La Dame à la Camionnette

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Je connaissais d'Alan Bennett quelques courts récits et nouvelles humoristiques très British, le meilleur restant pour moi La Reine des Lectrices - avant tout pour les pistes de lecture qu'il offrait. Si Alan Bennett n'est pas mon auteur anglais préféré, il reste une valeur sûre lorsque je cherche une lecture un peu légère. Je l'ai découvert dans un autre registre avec La Dame à la Camionnette, où il relate ses échanges avec une vieille femme excentrique de Camden Town. Ce récit est basé sur le journal d'Alan Bennett qui y a consigné au fil des années les faits marquants de sa cohabitation avec Miss Sheperd.

A travers ce livre, l'auteur nous invite à découvrir Londres dans les années 1970-80, et un quartier, Camden Town, progressivement envahi par une classe moyenne intello progressiste, qui cherche à concilier aisance financière et préoccupations d'ordre social. Alan Bennett fait la connaissance de Miss Sheperd alors qu'elle cherche quelqu'un pour pousser sa camionnette vers un nouvel emplacement. Car Miss Sheperd vit dans sa camionnette jaune, remplie d'affaires sales, de cochoneries accumulées au fil des ans mais aussi d'objets on ne peut plus "classe moyenne" (articles de cuisine notamment), assez incongrus dans cet environnement. Le temps passant, Miss Sheperd se fait agresser à plusieurs reprises et Alan Bennett lui propose de stationner dans son jardin. La situation s'éternisera. Loin de remercier l'auteur, la vieille dame ne le ménagera pas et conservera jusqu'au bout toute son autorité... et ses manières originales.

Je n'ai pas trouvé ce texte très humoristique contrairement à l'idée que je m'en faisais. En revanche, j'ai apprécié cette plongée dans un quartier de Londres qui s'embourgeoise, avec sa classe montante et ses laissés-pour-compte, dont Miss Sheperd constitue un exemple haut en couleur. Beaucoup d'anecdotes sont savoureuses mais le fond reste grave malgré tout.

Nous contournons Hampstead Heath à une allure assez peu mortuaire, descendons Bishop's Avenue et remontons ensuite jusqu'au cimetière de St Pancras, ensoleillé et verdoyant par cette belle journée. Nous traversons les allées abritées par des arbres clairsemés et rejoignons l'extrêmité du cimetière, où s'étendent de longues rangées de tombes nouvellement creusées, recouvertes pour la plupart d'une dalle de granit noir. Par un heureux concours de circonstances - si l'on considère l'amour qu'elle aura voué aux voitures sa vie durant - Miss S. est enterrée à un jet de pierre de la rocade nord, qui passe juste derrière le mur d'enceinte et dont le brouhaha couvre le discours du prêtre chargé de confier son corps à la terre (p 90).

Les avis de Cathulu et Mrs Pepys que j'ai toujours plaisir à retrouver mais aussi d'autres blogueurs que je découvre, Littéraventures, Suspends ton vol, Quel Bookan, La XXVe Heure et Des flâneries et des mots.

Mes autres billets sur Alan Bennett :

Merci aux éditions Buchet-Chastel !

114 p

Alan Bennett, La Dame à la Camionnette (The Lady in the Van), 1989

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15/09/2013

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères Inapprivoisées

sharpe_gang des megeres.jpgDe temps en temps, en ouvrant un roman, le lecteur innocent peut être amené à penser que vraiment, l'auteur est un peu fou. C'est ce qui m'est arrivé lorsque j'ai commencé à lire Le Gang des Mégères Inapprivoisées de Tom Sharpe... et j'ai été complètement conquise par le petit univers loufoque qui se mettait en place sous mes yeux !

Avant de revenir au vif du sujet et à une histoire bien contemporaine, le narrateur prend le temps de préciser le contexte... pour le moins original ! Nous découvrons ainsi l'histoire d'une dynastie, celle des Grope, qui vivent dans une espèce de ferme-forteresse gardée par deux taureaux se baladant en toute liberté sur la propriété.

Nous voilà d'abord partis à l'époque des Vikings, avec l'arrivée d'un certain Awgard le Pâle, malade comme un chien lors de la traversée en mer. Mais laissons Tom Sharpe vous conter lui-même la naissance de la maison Grope.

Au lieu de violer quelques nonnes, comme c'était la règle, il se jeta aux pieds de la soeur servante, qu'il avait croisée dans le fournil et qui se demandait si elle avait envie ou non de se faire violer. Pas belle pour un sou et ayant déjà été laissée pour compte lors de deux précédents raids vikings, Ursula Grope fut ravie d'être choisie par le bel Awgard ; elle l'emmena loin de l'orgie dégoûtante qui se déroulait dans le couvent et le conduisit dans la vallée solitaire de Mosedale, à la cabane en tourbe dans laquelle elle était née. Le retour de sa fille, dont il espérait être débarrassé à jamais - et en compagnie de l'immense Awgard le Pâle -, terrifia si fort son simple porcher de père qu'il n'attendit pas de vérifier les intentions réelles du Viking et prit ses jambes à son cou. (...) Forte d'avoir épargné à Awgard les horreurs d'une traversée du retour, Ursula insista pour qu'il sauve son honneur de religieuse inviolée et fasse son devoir. C'est là, dit-on, l'origine de la maison Grope (p 10).

Les Grope ont créé leurs propres traditions, en rupture totale avec les codes d'une société très patriarcale. Les femmes sont chefs de famille et les maris sont choisis pour leur effacement et leur capacité à produire des filles. Les garçons sont rapidement écartés, envoyés en mer par exemple, ou confiés à l'Eglise pour pouvoir ensuite notamment procéder à des mariages plus ou moins douteux au sein de la famille. Certains garçons seraient tout simplement supprimés à la naissance. Quant aux maris, on se préoccupe peu de savoir s'ils sont consentants parfois. Certains sont défiés sur la place du village et contraints d'épouser la fille Grope qui a réussi à les terrasser ; d'autres sont plus simplement kidnappés. La réputation des Grope devenant de plus en plus sinistre avec les siècles, on se réjouit de l'arrivée du chemin de fer qui permet de trouver des mâles innocents facilement.

Retour au présent. Le jeune Esmond Burnes vit avec ses parents, qui, appelons un chat un chat, en tiennent une sacrée couche ! Sa mère vit dans un roman de Barbara Cartland, a choisi le prénom de son fils en fonction de ses lectures et raconte à tout le monde que c'est "un enfant de l'amour" sans réaliser qu'elle crie haut et fort que c'est un fils illégitime (ce qui n'est d'ailleurs pas le cas). Le père, banquier, très discret, se demande comment il a pu se décider à épouser sa femme et est tellement effaré par la ressemblance qu'il constate entre Esmond et lui qu'il finit par craquer suite à une soirée arrosée au pub et essaie d'attaquer son fils avec un couteau. Pour protéger son enfant de l'amour, Mrs Burnes demande à son frère mafieux de l'accueillir chez lui quelque temps. Sans se douter qu'une implacable mécanique vient de se mettre en marche et va bouleverser tout leur univers. C'est là qu'intervient une femme de la maison Grope. Je vous laisse imaginer la suite...

J'ai adoré le principe de départ, cette dynastie matriarcale qui, dans son extrêmisme, est forcément effrayante, mais qui s'amuse à prendre le contrepied de nombreux clichés de notre société avec beaucoup d'humour. Ces Grope sont assez terrifiantes mais il est plaisant d'imaginer cette dynastie vivant en marge de la société, avec ses propres règles, en quasi autarcie. La première partie mettant cette famille à l'honneur est très réussie, de même que la rencontre avec la famille Burnes, en apparence bien plus conventionnelle mais finalement non exempte de sérieux dysfonctionnements. Malheureusement, l'histoire prend un drôle de tour ensuite et perd un peu l'originalité qui faisait la force des premiers chapitres ; la fin est un brin décevante, un peu trop conventionnelle pour un récit si bien parti. Malgré tout, le roman se lit avec grand plaisir et mérite vraiment le détour pour les excellents premiers chapitres.

Par ici, un autre roman de Tom Sharpe que j'avais adoré - je me marre en relisant ma chronique et en me remémorant les personnages (quoi ? il y a quatre ans déjà ?) : La route sanglante du jardinier Blott. Et je viens de découvrir la présence de Sharpe sur ma liseuse... eh bien cette fois-ci je ne tarderai pas à le retrouver j'espère !

Une lecture commune autour de Tom Sharpe : (liens ajoutés quelques jours plus tard car j'étais en Angleterre au moment de la publication de nos billets)

- Wilt 1CléantheMartineValentyne

- Wilt 2Adalana

- Wilt 3Delphine

- Le gang des mégères inapprivoisées : Denis, Lou et Noctembule

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219 p

Tom Sharpe, Le Gang des Mégères inapprivoisées, 2009 (en anglais : The Gropes)

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17/06/2013

Downton Abbey saison 2

downton-abbey2_01.jpgJ'ai profité du Mois anglais pour plonger de nouveau dans l'univers de Downton Abbey. Au mois de mai j'ai donc revu la saison 1 et découvert tous les autres épisodes. Aujourd'hui parlons un peu de la saison 2 !

[Tout plein de spoilers dans mon billet]

Après la saison 1 qui couvrait le nauffrage du Titanic en 1912 jusqu'à l'annonce de la 1ère guerre mondiale, la saison 2 traite de la période de la 1ère guerre mondiale, avec tous les bouleversements que l'on peut imaginer. Downton n'est évidemment pas à l'abri du conflit. Parmi les serviteurs, Thomas s'enrôle en espérant qu'un sort plus clément le récompensera du fait de s'être porté volontaire tôt. William ne reçoit jamais son affectation et vit mal le fait de passer pour un planqué. Lord Grantham espère pouvoir intervenir mais n'obtient qu'un poste honorifique. Bien évidemment, Matthew part à la guerre : que va-t-il advenir de l'héritier ? De façon générale, la vie du domaine se trouve bouleversée : effectifs réduits puis transformation de plusieurs pièces en hôpital de convalescence.

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J'ai dévoré cette saison comme toutes les autres, mais il y a du bon et du mauvais dans ces épisodes. Rien à dire du côté des costumes, de l'aspect historique, du casting. L'évolution de certains personnages m'a paru intéressante, comme Lady Edith qui apprend à conduire, donne un coup de main à la ferme puis s'investit pleinement auprès des soldats convalescents résidant à Downton. Son engagement est peut-être plus surprenant que celui de Lady Sybil, qui devient infirmière et reste conforme à son personnage : généreuse, sympathique, attachante, bien que moins complexe que sa soeur (malgré tout j'ai toujours adoré Lady Sybil et la saison 3 m'a traumatisée). Lady Violet est de plus en plus délicieuse au fil des saisons ; ce personnage garde sa langue acérée tout en paraissant plus humaine et moins distante, devenant même très attachante. Certains n'évoluent pas favorablement : je pense surtout à Cousin Isobel qui devient un peu moins sympathique qu'auparavant. Alors qu'elle incarnait une femme ouverte d'esprit et généreuse dans la saison 1, son comportement devient plus équivoque dans la saison 2. Elle oublie sa place en croyant pouvoir imposer des changements brutaux à ses cousins propriétaires de Downton. Elle se rengorge à l'idée de gérer seule la maison de convalescence, ce qui ne sera pas le cas, et se satisfait de ses mérites, au point d'être un peu décontenancée et déçue lorsque c'est Edith qui est félicitée pour son investissement désintéressé. Enfin elle se mêle de l'enrôlemement de certains hommes de son entourage que Violet avait essayé de protéger par égard pour leur famille (derniers fils de la fratrie).

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Une grande partie de la saison 2 tourne autour des relations de Matthew et de Mary. Evidemment, on sait bien qu'ils vont finir ensemble, mais dans cette saison nous avons droit à la jeune fiancée amoureuse  et innocente pour l'un et au promis arriviste et intraitable pour l'autre. En sachant pertinemment que d'une façon ou d'une autre ces personnages auront fait leur temps à la fin de la saison, on voit Matthew et Mary échanger des conversations privilégiées, taire leurs sentiments etc etc. L'issue est pleine de trémolos, mais le point final prévisible : les deux cousins se déclarent leur amour. Oh, quelle surprise.

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Dans les petites péripéties incongrues, notons l'arrivée d'une nouvelle servante qui va s'intéresser de trop près à Lord Grantham, à deux doigts de tromper sa femme. La servante en question n'apporte rien à la série, rien dans sa personnalité ne pourrait rendre crédible une histoire d'amour, quant à une simple infidélité c'est assez peu probable quand on considère les principes moraux stricts de Lord Grantham et sa réaction peu clémente à l'annonce de Lady Sybil, lorsque celle-ci lui annonce son intention d'épouser Tom, le chauffeur irlandais révolutionnaire. Lord Grantham méritait mieux que ces quelques scènes sans intérêt s'il devait avoir une aventure ! Au niveau des domestiques, l'histoire entre Bates et Anna s'enlise et tourne au mélodrame avec l'arrivée de la méchante Mrs Bates, si bien qu'entre la fin de la deuxième saison et le début de la troisième saison je n'éprouvais plus beaucoup d'intérêt pour cette partie de l'intrige. Enfin, un événement m'a paru trop rapidement traité : l'ancien héritier en titre, Patrick, qui était censé avoir péri dans le naufrage du Titanic, revient complètement défiguré. Lord Grantham refuse de croire à sa version des faits, seule Edith pense le reconnaître. Il partira en laissant planner le doute ; on peut supposer qu'il est parti car ce n'était qu'une tentative de fraude et que, s'il avait réellement été Patrick, il aurait tenté de rester un peu plus longtemps. Malgré tout la parenthèse est fermée bien rapidement sur cette péripétie.

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Malgré cela, cette série reste complètement addictive, ne serait-ce que pour certains personnages qui jamais ne nous déçoivent (à commencer par Violet). Et puis, on s'attache si facilement à cette famille qu'il est impossible de les quitter en route... et même si l'histoire d'amour de Sybil et de Tom reste dans l'ombre de celle de Mary et Matthew, j'ai pris un immense plaisir à suivre son évolution. De même que les personnalités des domestiques qui nous sont progressivement révélées nous donnent envie de descendre plus souvent à l'office pour assister à leurs échanges et fréquentes prises de bec.

Mon billet sur la saison 1.

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Downton Abbey, saison 2, 2011

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13/06/2013

From Time to Time

film_From_Time_to_Time.jpgCes derniers temps j'ai beaucoup croisé Julian Fellowes : avec toute la série Downton Abbey mais aussi ce film, From Time to Time, découvert un peu par hasard alors que je me livrais à quelques achats compulsifs de DVD anglais.

Ce film avait tout pour m'attirer : film d'époque, casting de rêve (retrouvons donc encore une fois Maggie Smith et Hugh Bonneville), histoire de fantômes et de maison mystérieuse, scénario de Julian Fellowes... je ne pouvais que pousser des glapissements ridicules tant ma joie était à son comble !

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The plot : Fin de la seconde guerre mondiale. Le jeune Tolly est envoyé chez sa grand-mère tandis que sa mère reste à attendre des nouvelles de son père soldat. Il connaît peu sa grand-mère, qui s'était fâchée avec la famille, et découvre la merveilleuse propriété qui avait servi de terrain de jeu à son père. La demeure est malgré tout en mauvaise posture : après le départ des soldats qui l'ont occupée, il apparaît que les frais d'entretien sont trop importants et qu'il faudra bientôt vendre, après des siècles passés entre ses murs. Le jeune Tolly s'intéresse immédiatement à ses ancêtres, dont les portraits figurent en bonne place dans toute la maison. Peu à peu, il va voir leurs fantômes et revivre ainsi une partie tragique de l'histoire de la maison, au début du XIXe siècle. Dès lors les deux périodes s'entremêlent, les fantômes servant de lien entre les deux époques et les passages entre les siècles se multipliant pour qui sait voir autrement.

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C'est un film très agréable, même s'il n'a pas été pour moi le coup de foudre absolu auquel je m'attendais. Le point fort tient à la co-existence et l'entrecroisement des deux périodes, très contrastées. D'une part la fin de la guerre avec les tickets de rationnement, les couleurs ternes, une vie assez simple et austère sur laquelle planne la menace de la mort du père ; de l'autre côté, l'époque napoléonienne avec le faste, les fêtes, les costumes, les bijoux. Le casting est bien choisi, avec l'intervention d'acteurs que Julian Fellowes semble apprécier, puisque, outre Lord Grantham et sa mère, nous retrouvons la cuisinière de Mrs Crawley, Tom Branson et le docteur Clarkson dans ce film (clins d'oeil très appréciés, d'autant plus que je sors d'une immersion prolongée dans le monde de Downton Abbey).

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Malgré tout, je reste plus dubitative quant à certains aspects. J'ai été étonnée par les couleurs : on aurait dit qu'une sorte de brume planait sur plusieurs scènes, j'ai eu l'impression que cela venait du DVD mais il était tout neuf et je vois sur Internet que les photos issues du film n'ont pas beaucoup plus d'intensité. Sur le plan du scénario, j'ai trouvé les personnages trop manichéens; hormis peut-être la mère au début du XIXe, tous sont d'une transparence à faire peur, qu'ils soient bons ou mauvais. Le scénario lui-même est un peu léger et même si les sauts dans le passé permettent de découvrir l'histoire du domaine, il ne se passe pas grand-chose de bien surprenant. Jusqu'à la fin, qui lie habilement le passé et le présent, les vivants et les morts, mais qui n'étonne pas non plus énormément. Malgré tout je le recommande aux amateurs de films d'époque, qui ne pourront manquer de tomber sous le charme des lieux.

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D'autres avis : Perséphone, plus enthousiaste (pendant le précédent Mois anglais) et en anglais Vicki, The Blurb...

Vu dans le cadre du Mois Anglais, co-organisé avec Titine, pour le challenge British Mysteries, une aventure partagée avec Hilde, et  pour le challenge Back to the Past, également organisé ici avec Maggie

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From Time to Time, un film de Julian Fellowes, 2009

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08/06/2013

Vita Sackville-West, Plus jamais d'invités !

sackville west_jamais invites.jpgDepuis Toute Passion abolie découvert en 2009, je projette de lire toute l'oeuvre de Vita Sackville-West, qui me séduit davantage à chaque lecture. J'ai profité de la LC autour de Dark Island (que je n'ai pas encore) pour sortir de ma PAL un des trois romans de cet auteur que j'avais encore en attente. J'ai jeté mon dévolu sur Plus Jamais d'invités !

Sans doute à cause du titre et des personnage souriants sur la couverture je m'attendais à une comédie ou une satire de la bonne société anglaise, de ses "parties" à la campagne, que je voyais déjà gâchées par la présence de quelques invités mal assortis. Certes, les invités de Rose Mortibois n'ont pas grand chose en commun, mais ce n'est pas vraiment le coeur du sujet.

Les Mortibois sont mariés depuis vingt ans. Leur vie sociale est une réussite : Mortibois est un juriste à la carrière éclatante, quant à sa femme, dont la fonction est assez décorative, elle peut se prélasser dans leur luxueuse demeure ou, le week-end, dans leur superbe domaine à la campagne, à Anstey. Mais leur couple n'est qu'une façade : conformément à un arrangement entre eux, à la demande de Walter, les Mortibois n'ont jamais consommé leur mariage et n'entretiennent qu'une relation purement amicale, sans affection aucune... bien que Rose aime Walter et ne se plie à son souhait que pour le satisfaire.

Lorsque le neveu de Rose revient en Angleterre après plusieurs années passées dans les colonies, elle décide d'inviter sa soeur, son beau-frère et son neveu à Anstey pour le week-end de Pâques. S'ajoute au petit groupe Gilbert, le frère de Walter, ainsi que Juliet une célèbre coquette amie du couple. On pourrait s'étonner du choix des invités : une soeur gentille mais un peu simplette, très pieuse, très attentive à son budget faute de moyens ; un beau-frère peu loquace, qui appelle sa femme "chouchou" ; un autre, célèbre médecin, en vogue à Londres ; une femme exubérante s'adressant avec une grande familiarité à tout le monde ; et enfin un neveu qui a tout à découvrir de la vie. Mais ces invités vont surtout être amenés à porter un regard différent sur Walter et Rose, dont le mariage laisse transparaître ses failles au cours du week-end. Celui-ci sera fait d'épreuves pour eux. Mais qui sait si cela suffira à les faire changer ?

Une fois de plus Vita Sackvile-West a su me séduire... non seulement son récit se lit d'une traite, mais elle porte comme toujours un regard perçant sur les faiblesses de ses personnages, dont elle nous dresse un portrait toujours passionnant à découvrir. Un très bon moment de lecture !

Le billet de Lilly.

Autres lectures du jour de Vita Sackville-West : Denis, George, Bentos,  Shelbylee, Adalana, Eliza, Emily et Titine

Ici, de Vita Sackville-West : Toute Passion abolie, Paola, The Edwardians (sublime).

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214 p

Vita Sackville-West, Plus Jamais d'invités !, 1953

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09/04/2013

Linda Newbery, Graveney Hall

newbery_graveney_hall.jpgGrâce au jetlag, un premier billet très matinal...

Avant de partir vers de lointaines contrées, j'ai posé ma valise pendant quelques jours à Graveney Hall ; une nouvelle escapade anglaise (how suprising!) et une deuxième rencontre avec Linda Newbery, l'auteur de Set in Stone (traduit en français sous le titre De Pierre et de Cendre).

Ce nouveau roman couvre deux époques : de nos jours, mais aussi la première guerre mondiale.

Aujourd'hui, nous faisons la connaissance de Greg, adolescent amateur de photographie. Lors d'une balade à bicyclette, il découvre par hasard un domaine ancien abandonné. La façade est splendide et suggère la splendeur des temps anciens, mais elle n'est qu'une coquille vide qui cache un fatras de poutres et de ruines calcinées. Immense domaine doté de plusieurs annexes, d'un lac et d'une curieuse grotte artificielle, Graveney Hall va fasciner Greg qui décide d'en savoir plus sur Edmund, le fils de la maison, soldat à l'époque mais présumé disparu pendant l'incendie. Il mène l'enquête avec Faith, la fille d'un couple de bénévoles travaillant à réhabiliter le site pour l'ouvrir au public. C'est une période compliquée pour cet adolescent qui se lie d'amitié avec Jordan, un garçon discret et nageur de compétition, la relation entre les deux garçons devenant bientôt plus ambiguë.

En parallèle, Graveney Hall nous ouvre ses porte alors que sa fin approche. Alors que sa famille discute de façon toute théorique sur l'issue de la guerre, Edmund se sent en profond décalage avec le monde dont il est issu alors qu'il revient en permission. Au front, il est tombé fou amoureux d'un autre soldat, Alex. Tous deux forment le projet de s'installer dans une petite ferme en France à la fin de la guerre, afin d'échapper à la tyrannie des convenances qui, en Angleterre, veut que le jeune Edmund se marie et produise un héritier. 

Graveney Hall est loin d'être inintéressant et se lit d'une traite. Les deux histoires parallèles se font judicieusement écho et l'on s'aperçoit que la découverte de sa possible homosexualité trouble fortement Greg, en dépit des années qui ont passé. Au début du XXe, Edmund est sûr de l'authenticité de ses sentiments pour Alex, mais il ne peut concevoir leur histoire dans le cadre de sa vie passée car il est bien conscient de l'impossibilité pour lui de conserver Graveney Hall en choisissant Alex. 

J'ai particulièrement apprécié les parties concernant le jeune Edmund. Pour les passages consacrés à Greg, quelques points ont un peu gêné ma lecture. En premier lieu, certains échanges entre Greg et son entourage m'ont paru manquer de crédibilité en raison essentiellement d'une difficulté à retraduire le langage adolescent (ayant lu la traduction je ne sais pas si le problème se pose en anglais). Par exemple Greg pensant « Minute papillon » (p103), mais surtout ces phrases : « quelle mouche t'a piqué samedi soir, espèce de lombric ? » (p104) ou « on n'est pas des sex machines » (p109). En relisant mes notes je vois aussi une tournure un peu étrange en français : « on a visité un malade » (p188). J'ai aussi été refroidie par les débats religieux entre Greg et Faith qui discutent se savoir si Dieu existe ou non en avançant des arguments très plats, déjà mille fois entendus et qui par conséquent ne méritaient pas à mon sens qu'on leur accorde une si grande importance. Ceci dit, malgré ces quelques bémols, Graveney Hall est une lecture qui m'a dans l'ensemble beaucoup séduite en raison de ses personnages attachants, de sa dimension historique, du mystère associé aux ruines et au nom d'Edmund. Amateurs de romans anglais, ne passez pas à côté ! 

Un grand merci aux Editions Phébus pour ce très agréable moment de lecture.

Le billet de Manu, (n'hésitez à m'indiquer vos billets je me ferai un plaisir de les ajouter, mais là je dois songer à me préparer pour ma journée de travail :)) 

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296 p

Linda Newbery, Graveney Hall (Titre anglais : The Shell House), 2002 (2013 pour la traduction)

10/03/2013

Vita Sackville West, The Edwardians

sackvillewest_The_Edwardians.jpgAmong the many problems which beset the novelist, not the least weighty is the choice of the moment at which to begin his novel. It is necessary, it is indeed unavoidable, that he should intersect the lives of his dramatis personae at a given hour ; all that remains is to decide which hour it shall be, and in what situation they shall be discovered. (p9) En l’occurrence, après ces quelques lignes d'ouverture, nous découvrons Sebastian alors qu'il vient de se réfugier sur les toits de Chevron pour fuir les invités de sa mère et les mondanités qui les accompagnent.

Sebastian enjoyed all the charm of patrician adolescence (p13). The Edwardians fait pénétrer le lecteur dans un monde clos, sur le point de disparaître, cette aristocratie anglaise qui jouit d'une vie privilégiée, aveugle à l'évolution de la société, en équilibre précaire entre une époque victorienne un peu poussiéreuse et un nouveau siècle symbole de modernité. Malgré les progrès de la science, l'arrivée des automobiles, les suffragettes, ce monde suranné stagne et se caractérise par un mode de vie oisif, que commence toutefois à mettre en question dès les premières pages un observateur extérieur, Leonard Anquetil. Invité à Chevron par la duchesse, la mère de Sebastian – duc et propriétaire de Chevron, Anquetil est un aventurier, un explorateur dont les exploits ont été relatés dans les journaux, ce qui lui vaut une invitation à l'une de ces prestigieuses sauteries entre nobles anglais. Il y vient avec un regard critique, prêt à observer ces rites médiévaux comme il pourrait le faire lors de ses voyages avec une tribu méconnue.

The members of the house-paty, though surely spoilt by the surfeits of entertainment that life had always offered them, showed no disposition to be bored by each other's familiar company, and no inclination to vary the programme which they must have followed on inumerable Sunday afternoons since they first emerged from the narrowness of school or schoolroom, to take their place in a world where pleasure fell like a ripened peach for the outstretching of a hand. Leonard Anquetil, watching them from outside, marvelled to see them so easily pleased. (p15)

Autre signe des failles qui peu à peu viennent troubler le fondement de cette société, certaines libertés sont prises avec la morale stricte qui pouvait encadrer ces rencontres quelques années auparavant. Ainsi la duchesse Lucy compte parmi ses amis des gens peu respectables selon les critères de quelques Anciennes ; à commencer par Sir Adam, qui a le malheur d'être juif mais que l'on tolère depuis quelque temps parce qu'il est bien vu du roi. A la fin du roman, il tombe en disgrâce après la mort d'Edward VII ; son argent ne suffit pas à lui ouvrir toutes les portes, alors que Lucy envisageait plus tôt de l'épouser. Ce qu'elle ne fera pas pour une raison bien simple : If only Sir Adam were not physically in love with her, she might really consider it (p35).

C'est un monde fascinant mais superficiel et assez antipathique que nous décrit Vita Sackville-West. Lucy se plaint de devoir remettre aux enfants des domestiques leur cadeau de Noël, alors que c'est une cérémonie qu'ils attendent tous avec impatience chaque année. Elle dit ainsi : In a few moments, we must go and give the children their presents (…). You will have to make up the bridge tables without me. I can cut in when I come back. What a nuisance these entertainments are, but I suppose one must put up with them. (p280) Une cérémonie qui elle aussi est très pointilleuse lorsqu'il s'agit de classes sociales, puisqu'on ne donne pas leurs cadeaux aux enfants de façon aléatoire ; il est très important de rappeler à chacun la place qui lui revient. They were listed in families, from the eldest to the youngest, and the families were arranged in strict order, the butler's children coming first (…) and so down to the children of the man who swept up the leaves in the park (p284) Puis le protocole prévoit de demander aux enfants d'acclamer la duchesse, le duc et Lady Viola. Vigeon rose very stately in the body of the hall: « Three cheers for her Grace, children ! Hip, Hip... (…) and for his Grace (…) and for Lady Viola » (p287)

sackville_misstress edward AliceKeppel-medium.jpgOutre le choix de ses tenues et la crainte de voir son postiche apparaître sous sa coiffure en cours  de soirée, le pire des soucis pour une maîtresse de maison est de distribuer convenablement les chambres à ses invités lors des fêtes : ne pas installer côte à côte deux ennemies de longue date mais aussi, ne pas trop éloigner deux amants (qu'ils soient mariés ou non). Cette société est ainsi foncièrement hypocrite, comme on pouvait s'y attendre : Within the closed circle of their own set, anybody might do as they pleased, but no scandal must leak out to the uninitiated. Appearances must be respected, though morals might be neglected. (p100)

Nous suivrons ainsi ce cercle restreint pendant quelques années, jusqu'à la mort du roi. Ces édouardiens profitent avec insouciance de leur vie de plaisirs, mais Sebastian, le héros du roman, incarne son époque et sa génération. Ainsi il doute, il est tenté de partir explorer le monde, tombe amoureux, découvre d'autres classes sociales qui finalement le ramènent à Chevron et à ce destin qui s'impose à lui, auquel il ne pourra peut-être pas échapper (ce qui est symbolisé par une scène où, dans la voiture ancestrale de Chevron, il souhaite s'échapper mais découvre qu'il n'y pas de poignée intérieure). La fin laisse légèrement planer le doute sur ce point et nous l'abandonnons à un moment crucial de sa vie. Sa soeur Viola, elle, semblait effacée, était peu mise en avant par une mère très critique à son égard et toujours prête à manifester ouvertement sa préférence pour Sebastian. Pourtant Viola se rebelle d'abord secrètement puis plus ouvertement : elle entretient une correspondance régulière avec Anquetil au cours de toutes ces années et choisit l'indépendance en annonçant brusquement qu'elle prend un appartement à Londres. Une petite révolution.

A la fin du récit, le roi meurt et s'ouvre une nouvelle époque, faite d'incertitudes. Possibly he had been affected by the opening of the new régime, feeling, like everybody else, that with the death of the King a definite era had closed down and that the future was big with excitement and uncertainty. (p329)

vita sackville-west, paola, littérature, littérature anglaise, roman anglais, roman anglais xxe, bloomsbury, angleterre, angleterre xxe, the edwardians, au temps du roi edouardJ'ai passionnément aimé ce roman, qui fait désormais pour moi partie de ces livres  précieux qui vous suivent tout au long d'une vie. J'avais déjà beaucoup apprécié Paola et plus encore, Toute passion abolie, mais The Edwardians est un roman moderne, d'une grande puissance, particulièrement fin, ; il parvient à faire revivre sous nos yeux une époque disparue en y portant un regard nostalgique et critique à la fois. Dans cette chronique très personnelle je me suis surtout attachée à donner quelques impressions de lecture quant à la toile de fond de ce récit, mais c'est aussi un très beau roman d'initiation, Sebastian étant un merveilleux héros, séduisant, jeune, fougueux, sombre, orageux, torturé. Sa soeur incarne la femme moderne et m'a fait penser au très beau roman Nuit et Jour de Virginia Woolf, qui m'avait également complètement emportée. Un grand roman (qui me donne d'ailleurs envie de retrouver Downton Abbey, Gosford Park et quelques autres, sans parler bien entendu des trois autres romans de Vita Sackville-West dans ma bibliothèque). Quel dommage que cet auteur soit si peu connu en France !

Une lecture commune avec ma fidèle comparse Titine, et une nouvelle participation de pom pom girl officielle au challenge I Love London, organisé par Titine et Maggie.

En illustration, Alice Keppel, une des innombrables maîtresses d'Edward VII (ancêtre de Camilla), et Vita Sackville-West.

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349 p

Vita Sackville-West, The Edwardians, 1930

(En français : Au Temps du Roi Edouard)

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18/02/2013

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford

solomons-le-manoir-de-tyneford.gifUn premier coup de coeur en cette année 2013 grâce à Titine qui connaissant bien mon goût pour ce genre de romans a eu la gentillesse et l'excellente idée de me faire découvrir Le Manoir de Tyneford de Natasha Salomons. De cette jeune femme écrivain j'avais déjà dans ma PAL Jack Rosenblum rêve en anglais, que je compte désormais lire bientôt après une si bonne surprise ! Mais entrons dans le vif du sujet... 

1938. Jeune juive de la bourgeoisie viennoise, Elise Landau vient de publier une annonce afin de proposer ses services pour devenir domestique en Angleterre. C'est bien contre son gré qu'elle envisage de chercher du travail en Angleterre car, même si les rumeurs se multiplient à Vienne, elle n'a pas pleinement conscience de l'imminence du danger qui planne sur elle et ses proches. Dans le grand appartement familial, elle partage quelques moments privilégiés avec son père, écrivain, sa mère, cantatrice et sa soeur, également musicienne et sur le point de partir aux Etats-Unis avec son époux. Lorsqu'un travail lui est proposé en Angleterre, Elise est surprise compte tenu de son manque d'expérience et part à contre-coeur, persuadée que cette étape ne fait que retarder son départ pour les Etats-Unis où elle pourra rejoindre toute sa famille.

La voilà qui arrive en Angleterre et qui, après un très court arrêt à Londres et une expérience humiliante à l'agence de placement – où on lui demande de ressortir pour entrer par la petite porte, Elise arrive à Tyneford. Près de la mer, le domaine a des allures romanesques et un charme historique indéniable. Mais après une jeunesse dorée en Autriche, où elle avait elle aussi une domestique, Elise est brutalement confrontée à son changement de statut : outre ses horaires chargés auxquels l'ont mal préparée des années d'oisiveté, elle doit apprendre à s'effacer complètement, devant quitter discrètement une pièce si les maîtres y entrent et apprendre à voir ses désirs toujours considérés en dernier, lorsqu'on leur accorde une quelconque attention. Sa situation personnelle ne lui vaut pas un traitement de faveur, bien au contraire, puisqu'elle ne peut s'intégrer ni aux domestiques, ni aux maîtres, car venant d'un autre milieu social que les premiers et n'étant qu'une domestique pour les autres.

Mais la position d'Elise est ambiguë : elle se lie rapidement d'amitié avec Kit, l'héritier du domaine, tandis que le maître des lieux, Mr Rivers, rompt à plusieurs reprises le protocole pour adresser la parole à cette fille dont le père n'est autre qu'un de ses écrivains favoris. Au fil des années, nous suivons le parcours d'Elise tandis qu'autour d'elle Tyneford est menacé par la guerre et que les retrouvailles avec sa famille semblent de plus en plus improbables.

Je me suis régalée avec ce roman que j'ai littéralement dévoré. Nathasa Solomons recrée une atmosphère nostalgique en choisissant d'ancrer son récit dans une période charnière de l'histoire de Tyneford, et l'on pressent dès les premiers chapitres que c'est un monde en voie de disparition qui s'offre à nos yeux. C'est aussi un récit dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon : dense, imaginatif, porté par des personnages dotés d'un vrai relief et qu'il est bien difficile de quitter une fois la dernière page tournée. Ce roman est également assez visuel je trouve, dans la mesure où il est aisé de s'imaginer aussi bien les personnages que les lieux-mêmes, qui se sont immédiatement imposés à moi. Cela pourrait faire également un merveilleux film...

J'espère que vous vous laisserez tenter, je doute que vous le regrettiez ! Merci encore Titine (j'en profite pour utiliser mon logo sur mesure de pompom girl de votre challenge I Love London, puisqu'un passage s'y déroule) !

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451 p

Natasha Solomons, Le Manoir de Tyneford, 2011

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29/04/2012

Harry Potter ne peut rien contre les fantômes anglais

james watkins,la dame en noir,daniel radcliffe,susan hill,fantômes,fantômes anglais,angleterre,angleterre xxeAprès avoir lu le roman de Susan Hill, j'avais très envie de découvrir l'adaptation cinématographique et voir ce que pouvait donner Harry Potter lorsqu'il ne s'agissait pas de sorcellerie. En compagnie de Titine, bien plus résistante que moi à l'épreuve des maisons hantées, j'ai fait la connaissance d'un Arthur Kipps dépressif, dont l'histoire est assez différente de celle que je connaissais déjà.

Contrairement au roman qui fait de Kipps un homme plus âgé et respectable, brusquement rappelé à d'effroyables souvenirs lorsque les enfants du foyer réclament une histoire de fantômes, e film ne nous présente pas Kipps une fois plus âgé... et pour cause.

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Dans le roman, Kipps est un jeune notaire ambitieux et apprécié de ses supérieurs, fiancé à une charmante jeune femme. C'est alors que la vie lui sourit qu'il part régler la succession d'une vieille femme excentrique au fin fond des marais. Dans la plus pure tradition du roman du XIXe, c'est un homme éclairé, qui fait peu de cas des superstitions qui l'accueillent, et qui sera contraint bien malgré lui de reconnaître l'existence des fantômes et du surnaturel. Dans le film, Kipps a perdu sa femme à la naissance de leur fils. Kipps est donc dépressif, prend une flasque d'alcool en prévision du voyage et au lieu de partir en conquérant, c'est menacé d'être renvoyé par ses supérieurs si son travail laisse encore à désirer que Kipps doit régler la succession. Autre version de l'histoire, qui ceci dit ne gêne pas vraiment et tient la route.

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Les petites variantes par rapport au roman continuent ensuite, certaines scènes sont supprimées au profit d'autres, plus spectaculaires, dont l'une des toutes premières : des soeurs, enfants, jouent à l'étage lorsque leur attention est attirée par quelqu'un que nous ne voyons pas. Main dans la main, elles se dirigent vers la fenêtre et se suicident. Et en effet, les cas de morts brutales d'enfants se sont multipliés : elles surviennent lorsque l'on a vu La Dame en Noir, qui rôde autour de la maison dans laquelle Kipps doit se rendre.

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Comme le héros du roman, le Kipps du film est intrépide. Lorsqu'il entend des bruits inquiétants dans la maison, lorsqu'alors que la maison est isolée par la marée des coups brutaux retentissent à la porte d'entrée, le voilà qui sort dehors. Il cherche sous les lits, ouvre les portes de pièces condamnées et n'hésite pas à entrer dans une pièce dans laquelle il entend un bruit retentissant (un fauteuil à bascule se balançant violemment tout seul).

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Le réalisateur a misé sur une ambiance de film d'horreur et est certainement bien parvenu à créer une atmosphère angoissante déjà présente dans le livre, en y ajoutant nombreuses scènes visant à nous faire sursauter (j'étais crispée toutes les deux minutes dans la salle de cinéma). Le fait d'avoir choisi la chambre de l'enfant et ses horribles jouets était tout indiqué pour moi qui, petite, avais une peur bleue des automates.

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Dans l'ensemble ce film est plutôt réussi à mon avis, en raison de cette angoisse permanente que l'on ressent (j'avoue être particulièrement sensible aux histoires de fantômes) mais aussi des décors et costumes très travaillés, un régal pour ceux qui est aiment les films d'époque (période comparable à celle de Downton Abbey).

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Malheureusement, James Watkins s'enflamme un peu et finit son film dans une ambiance hollywoodienne assez grotesque : le fantôme est largement mis en scène au lieu de rester présent et invisible ; un cadavre retrouvé dans la boue après cinquante ans est parfaitement conservé et à la fin, nous avons droit à la suite de Ring ; même si Kipps enterre le fils mort dans les sables mouvants avec sa mère (le fantôme), la terrible Dame en Noir n'est toujours pas satisfaite et ne pardonnera jamais. C'est ainsi que, comme on le voyait arriver depuis le début (et plus encore en ayant lu le roman qui annonce la triste fin de la première famille de Kipps), c'est au fils du notaire que la Dame en Noir décide de s'en prendre. Heureusement pour la famille Kipps, passer sous un train leur permettra de retrouver épouse et mère. Finalement, tout va pour le mieux.

Autres avis : Titine, Le passeur critique, Legolegitislegimus, Kecha...

Le roman de Susan Hill dont est tiré le film.

Un film Back to the Past, challenge lancé avec ma chère Maggie.

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The Woman in Black, un film de James Watkins, 2011

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09/04/2012

Ah, ce major Pettigrew !

simonson_major pettigrew2.jpgCe week-end, je pensais vous laisser en bonne compagnie, en organisant un petit thé dansant avec le major Pettigrew mais le temps m'a manqué et je suis partie en week-end sans avoir rédigé la moindre chronique. Je me suis échappée dans une région où les collines vertes, les nuages bas et les petits villages plein de charme ne m'ont pas trop dépaysée après cette ambiance si cup of tea dans laquelle j'ai baigné le temps de lire avec grand plaisir La Dernière Conquête du Major Pettigrew d'Helen Simonson.

Un peu dans l'esprit cosy et doudou du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patatesmais à mon avis plus intéressant, ce roman a pour personnage le major Pettigrew, retraité vivant dans une charmante maison à Edgecombe St Mary. Lorsque le récit débute, le major vient de perdre son frère ; à la suite de ce décès, une première contrariété vient perturber le pauvre major, qui apprend que contrairement à ce qu'il avait imaginé, son frère ne lui a pas légué dans des termes explicites le fusil qu'il avait reçu à la mort de leur père, fusil jumeau de celui que possède le major. Fils aîné, le major n'a jamais complètement accepté cette séparation des fusils paternels qui dépare son étui, et voilà que les commentaires hargneux de sa nièce lui font voir que ses relations avec son frère était finalement bien plus compliquées qu'il ne l'imaginait. A côté de ça, on voit débarquer son fils, stéréotype du loup de la City, arriviste, matérialiste, imbu de soi-même, obsédé par le choix de ses relations sociales, à l'antipode des valeurs du major Pettrigrew, un brin conservateur mais intègre, très humain et surtout délicieusement pince-sans-rire. Heureusement pour lui, le major est amené à faire plus ample connaissance avec Mme Ali, qui tient la petite boutique du village. Veuve, d'origine pakistanaise, Mme Ali fait partie de ces invisibles auxquels personne ne prête trop attention. Et pourtant, tout comme le major, Mme Ali apprécie la littérature, en particulier Kipling, une première raison de sympathiser. Mais les âmes charitables du coin ne voient pas d'un bon oeil cette nouvelle relation : entre le major, membre du club local, et Mme Ali, épicière d'origine pakistanaise, il existe un fossé infranchissable à leurs yeux généreux.


bisDSC07520.jpgCe roman est un vrai régal, certes léger mais dense malgré tout ; un page-turner plein de rebondissements, parfois triste, souvent amusant, qui traite aussi de mixité sociale, pour reprendre un terme en vogue. Entre les origines de Mme Ali (née en Angleterre pourtant) ou son métier d'épicière, les bonnes gens du village ont du mal à déterminer quelle est la pire des tares. Lorsqu'un médecin d'origine pakistanaise cherche à faire partie du club local, on lui explique que malheureusement la profession est trop représentée et que le club prône une plus grande mixité...

simonson_major pettigrew1.jpgBref, si vous aimez la littérature britannique, ne passez pas à côté du major Pettigrew... une fois que vous l'aurez invité à partager une tasse de thé chez vous, vous aurez bien du mal à le laisser repartir, à moins d'avoir reçu une invitation à passer vos prochaines vacances à Edgecombe St Mary.

Un grand merci à Christelle et aux éditions du Nil pour la découverte en avant-première de ce roman et le thé à déguster !

D'autres avis : JainaXF, Fée Bourbonnaise, Cosy Corner, Lili Galipette, Dominique, Titine...

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492 p

Helen Simonson, La Dernière Conquête du Major Pettigrew, 2010 (édition française avril 2012)

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