26/09/2009
Songes et mensonges en Russie
Soyons fous mes amis, et ouvrons ici une nouvelle rubrique «théâtre» (qui me trottait dans la tête depuis un bout de temps – mais qu'un léger accès de flemmingite avait rapidement enterrée).
Jeudi soir, en compagnie de deux héroïnes toujours prêtes à vivre des expériences extrêmes en régnant sur Gotham (ou accessoirement, sur sa version francisée Paname), j'ai passé un excellent moment au théâtre, malgré une soirée pour le moins mouvementée (également intitulée « ou comment Cryssilda, Emma et Lou ont failli disparaître mystérieusement dans le bois de Vincennes en pleine nuit »).
La pièce était une adaptation par Stanislas Grassian du roman de Dostoïevski Le Songe de L'Oncle. Un vieux prince en bien piteux état arrive en ville et devient un objet de convoitise pour toutes les rombières des environs qui, bien évidemment, contemplent d'un air gourmand le pactole que l'ancêtre viendrait à laisser en mourant – ce qui, visiblement, ne devrait pas tarder. Entre complots et commérages, trois ennemies œuvrent pour leur propre intérêt, abusant outrageusement du prince, la tâche leur étant facilitée par la mémoire défaillante dudit personnage.
J'ai beaucoup aimé la mise en scène assez sobre et pourtant originale. Pour illustrer les divers problèmes de cet oncle à qui il manque une jambe, un œil et ses cheveux, le prince porte un masque et évolue tel un pantin détraqué, tenant plus de la créature fantastique que du vieillard cacochyme. Annoncé à chaque entrée en scène par un air un brin décalé au piano, l'acteur adopte une démarche chaotique qui prête à sourire ; son interprétation est à elle seule une raison suffisante pour aller voir cette pièce qui s'étoffe à chaque scène et dont la fin m'a particulièrement réjouie. Parmi les éléments que j'ai le plus appréciés, citons ceux-ci : la souillon travestie qui accompagne régulièrement les acteurs au piano, explorant univers musicaux et techniques diverses avec brio; les deux mégères évoquant dans certaines scènes les pires sorcières des contes de notre enfance (musique et effets de lumière à l'appui); enfin, le personnage du père, homme attachant, ridicule et brimé par sa femme, dont le très court passage sur scène a constitué l'un de mes moments favoris (même si l'acteur-metteur en scène apparaît également sous les traits d'un autre personnage). A l'exception de l'une des actrices, j'ai trouvé l'ensemble de la troupe vraiment très convaincante. A partir d'un sujet assez sordide, cette pièce mêle l'humour et la légèreté au cynisme d'un auteur connu pour dépeindre sans détour la noirceur de l'âme humaine, ici prête à tout pour arriver à des fins vénales. Et à mes yeux, l'effet est très réussi !
Le théâtre de l'épée de bois de Vincennes où se déroule la pièce mérite aussi d'être découvert, malgré les chaises inconfortables et le petit air frais qui commençait à se faire sentir en fin de soirée. L'endroit est absolument magnifique même si la façade ne paye pas de mine.
J'ajouterai juste que j'ai magistralement contrôlé deux accès de fous rires que je sentais imminents, à cause d'une certaine demoiselle qui a moins aimé la pièce et se bidonnait parfois à côté de moi (notamment lorsqu'on dit que la bonne travestie est une belle jeune femme – et c'est vrai que sous cet accoutrement volontairement ridicule, il était difficile de ne pas rire... ce qui n'a pas troublé la salle qui a semblé prendre ce moment très au sérieux). Tst tst tst...
Pour ceux qui habitent en région parisienne, n'hésitez pas à faire le déplacement : vous ne perdrez pas votre temps (en revanche, évitez de trop attendre la navette qui conduit soi-disant du métro au théâtre, vous risqueriez d'être surpris ; prenez le bus).
Infos pratiques :
Rte. du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
01 48 08 39 74
Métro 1 Château de Vincennes
Programmation
Du 23 septembre 2009 au 18 octobre 2009.
Les mardi et mercredi à 19h.
Les jeudi et vendredi à 21h et à 21h30.
Le samedi à 19h et à 21h.
Le dimanche à 16h.
Entrées
réduit : 9 à 13€
normal : 18€

20:18 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dostoievski, le songe de l'oncle, roman russe, théâtre, théâtre de l'épée de bois, théâtre vincennes, stanislas grassian







































