18/12/2011
Théâtres londoniens au XIXe
Il y a deux ans j'ai découvert un auteur victorien que je ne connaissais pas grâce à Alice, Arthur Symons, à travers un recueil incluant le court texte Esther Kahn.
Il s'agit d'une jeune fille élevée dans une famille juive de couturiers modestes, dont les ambitions la portent vers un autre univers : le théâtre. Bâtissant un film long sur une nouvelle très courte, Desplechin dépeint l'ascension d'Esther Kahn. La première partie insiste beaucoup sur les origines sociales de la jeune fille, avec de nombreuses allusions aux relations tendues qu'elle entretient avec sa mère. Celle-ci lui dit ainsi au début indirectement qu'elle ne fait qu'imiter sa famille mais n'a rien d'humain, puis la traite de vicieuse et l'accuse de pervertir ses soeurs, avec lesquelles elle partage sa chambre. Adorant le théâtre, Esther parvient à convaincre ses parents de l'aider quelques mois le temps de réussir et d'être en mesure de les rembourser. Elle joue des rôles mineurs mais cherche à améliorer son jeu, notamment grâce à un acteur juif plus âgé qui lui donne des cours dans un théâtre vide pendant la journée. Malgré tout, tant qu'elle n'aura pas vécu et notamment, souffert pas amour, Esther ne sera pas en mesure de jouer correctement - c'est du moins ce qu'on lui dit. Elle finit par s'éprendre d'un critique, qui l'abandonne pour une jolie potiche. Brisée, Esther se trouve obligée de jouer alors que son amant vient la provoquer en compagnie de sa nouvelle conquête. Elle excellera ce soir-là en souffrant le martyre. Une étoile est définitivement née, mais à quel prix ?

L'adaptation est assez déconcertante lorsqu'on connaît la nouvelle. A partir d'une trame qui lui sert de fil conducteur, Desplechin extrapole pour nous immerger dans la vie d'Esther Kahn et nous permettre de mieux comprendre ce personnage complexe et insaisissable. L'idée est louable, l'exécution plutôt réussie, malgré des bémols me concernant. J'ai surtout apprécié la reconstitution de l'époque, Londres et ses théâtres (un milieu que je ne connais pas - s'il vous intéresse je vous recommande vivement Que le spectacle commence ! d'Ann Feathertone), certains rôles secondaires (je pense notamment à Ian Holm, jouant l'acteur de troisième zone enrôlé pour servir de caricature aux personnages juifs, et qui donne des cours à Esther).

En revanche la façon dont est traité le personnage d'Esther Kahn m'a moins convaincue. Autant la dernière partie est extrêmement bien menée, lorsque l'on voit Esther dans les coulisses et sur scène, souffrant tant qu'elle veut se blesser et partir avant d'enchaîner finalement les répliques sur scène, autant j'ai trouvé qu'Esther paraissait complètement idiote parfois, avec des réactions bizarres, des regards vides, des grimaces lorsqu'elle est petite et des attitudes étranges plus tard, tout cela donnant à penser qu'elle n'a pas toute sa tête. J'ai été un peu dérangée par cet aspect sur lequel le film insiste beaucoup : un aspect qui met mal à l'aise et qui pour moi n'apporte pas grand-chose au sujet, la façon dont se réalise l'actrice. Dernier point : l'amant d'Esther parle avec un accent français très marqué (le film a été tourné en anglais), ce qui lui ôte toute crédibilité et vient nous perturber. Un film à découvrir sans aucun doute, qui présente de nombreuses qualités mais qui m'a moins plu que la nouvelle dont il est tiré.
Dans le cadre du mois anglais organisé ici-même et avec les délicieuses Cryssilda et Titine, et du challenge Back to the Past, organisé ici aussi avec ma chère Maggie.

Esther Kahn, un film d'Arnaud Desplechin, 2000

23:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : esther kahn, desplechin, arthur symons, époque victorienne, angleterre victorienne, londres, londres victorienne, londres xixe, théâtre, théâtre xixe
10/05/2011
Will you marry him ?
Mon deuxième billet à la fois pour le challenge Back to the Past et le challenge Oscar Wilde sera consacré à l'adaptation de An Ideal Husband de 1999.
Sir Chiltern (Jeremy Northam) est un jeune membre du Parlement à qui la vie sourit : il a une épouse aimante et tout simplement parfaite (Cate Blanchett), il est riche, bien en vue et de plus en plus influent dans la sphère politique. Le couple est aux yeux de tous un modèle d'intégrité et est notamment régulièrement cité en exemple par le Comte de Caversham à son fils bien indolent, Lord Goring (Rupert Everett).

Mais, en dépit de leur respectabilité apparente, les Chiltern doivent leur fortune à un scandale financier : c'est là qu'entre en scène une bien vile créature (Julianne Moore). Détenant une preuve des malversations de Sir Chiltern, elle le fait chanter, menaçant d'informer la presse de la fraude dont il est coupable, à moins qu'il ne recommande devant le Parlement un projet dans lequel elle a investi une forte somme.

Parallèlement à la descente aux enfers du couple, leur ami Goring a d'autres soucis : son père lui demande de cesser sa vie de débauché et de se marier, enfin !

Un joli film au casting impeccable. L'humour de Wilde, des costumes soignés, des décors dans l'ensemble réussis (si l'on oublie quelques arrières plans peints qui semblent dater un peu !)... au final un costume drama rassemblant à peu près tous les éléments que j'apprécie dans ce type de film, même si je n'ai pas eu le même coup de coeur que celui que j'ai éprouvé en voyant The importance of being earnest, un poil plus abouti et surtout un peu plus fou et original. A noter parmi les cinq principaux acteurs la présence de Jeremy Northam, un acteur que j'avais déjà trouvé excellent dans un autre film d'époque, Emma.
Et la pièce a été lue par : Theoma.
Le billet recap pour laisser les liens vers vos chroniques sur les costume dramas : Back to the Past !
Et le groupe Facebook pour partager vos découvertes, commenter l'interprétation des uns et des autres et (accessoirement) parler chemise mouillée !

An Ideal Husband, un film d'Oliver Parker, 1999

Challenge Oscar Wilde :
Ecrits de Wilde :
An Ideal Husband : Theoma
Lady Windermere's Fan : Titine
The Picture of Dorian Gray : Lou
Les adaptations sur petit et grand écran :
An Ideal Husband (1999) : Lou
Lady Windermere's Fan (1925) : Titine
Et je vous propose une lecture commune coquine pour commencer l'été, avec Teleny (1er juillet)!
22:41 Publié dans Film, Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : an ideal husband, un mari idéal, oscar wilde, théâtre, époque victorienne, londres, londres xixe, angleterre, angleterre victorienne, angleterre xixe, jeremy northam, rupert everett, julianne moore, cate blanchett, minnie driver
26/09/2009
Songes et mensonges en Russie
Soyons fous mes amis, et ouvrons ici une nouvelle rubrique «théâtre» (qui me trottait dans la tête depuis un bout de temps – mais qu'un léger accès de flemmingite avait rapidement enterrée).
Jeudi soir, en compagnie de deux héroïnes toujours prêtes à vivre des expériences extrêmes en régnant sur Gotham (ou accessoirement, sur sa version francisée Paname), j'ai passé un excellent moment au théâtre, malgré une soirée pour le moins mouvementée (également intitulée « ou comment Cryssilda, Emma et Lou ont failli disparaître mystérieusement dans le bois de Vincennes en pleine nuit »).
La pièce était une adaptation par Stanislas Grassian du roman de Dostoïevski Le Songe de L'Oncle. Un vieux prince en bien piteux état arrive en ville et devient un objet de convoitise pour toutes les rombières des environs qui, bien évidemment, contemplent d'un air gourmand le pactole que l'ancêtre viendrait à laisser en mourant – ce qui, visiblement, ne devrait pas tarder. Entre complots et commérages, trois ennemies œuvrent pour leur propre intérêt, abusant outrageusement du prince, la tâche leur étant facilitée par la mémoire défaillante dudit personnage.
J'ai beaucoup aimé la mise en scène assez sobre et pourtant originale. Pour illustrer les divers problèmes de cet oncle à qui il manque une jambe, un œil et ses cheveux, le prince porte un masque et évolue tel un pantin détraqué, tenant plus de la créature fantastique que du vieillard cacochyme. Annoncé à chaque entrée en scène par un air un brin décalé au piano, l'acteur adopte une démarche chaotique qui prête à sourire ; son interprétation est à elle seule une raison suffisante pour aller voir cette pièce qui s'étoffe à chaque scène et dont la fin m'a particulièrement réjouie. Parmi les éléments que j'ai le plus appréciés, citons ceux-ci : la souillon travestie qui accompagne régulièrement les acteurs au piano, explorant univers musicaux et techniques diverses avec brio; les deux mégères évoquant dans certaines scènes les pires sorcières des contes de notre enfance (musique et effets de lumière à l'appui); enfin, le personnage du père, homme attachant, ridicule et brimé par sa femme, dont le très court passage sur scène a constitué l'un de mes moments favoris (même si l'acteur-metteur en scène apparaît également sous les traits d'un autre personnage). A l'exception de l'une des actrices, j'ai trouvé l'ensemble de la troupe vraiment très convaincante. A partir d'un sujet assez sordide, cette pièce mêle l'humour et la légèreté au cynisme d'un auteur connu pour dépeindre sans détour la noirceur de l'âme humaine, ici prête à tout pour arriver à des fins vénales. Et à mes yeux, l'effet est très réussi !
Le théâtre de l'épée de bois de Vincennes où se déroule la pièce mérite aussi d'être découvert, malgré les chaises inconfortables et le petit air frais qui commençait à se faire sentir en fin de soirée. L'endroit est absolument magnifique même si la façade ne paye pas de mine.
J'ajouterai juste que j'ai magistralement contrôlé deux accès de fous rires que je sentais imminents, à cause d'une certaine demoiselle qui a moins aimé la pièce et se bidonnait parfois à côté de moi (notamment lorsqu'on dit que la bonne travestie est une belle jeune femme – et c'est vrai que sous cet accoutrement volontairement ridicule, il était difficile de ne pas rire... ce qui n'a pas troublé la salle qui a semblé prendre ce moment très au sérieux). Tst tst tst...
Pour ceux qui habitent en région parisienne, n'hésitez pas à faire le déplacement : vous ne perdrez pas votre temps (en revanche, évitez de trop attendre la navette qui conduit soi-disant du métro au théâtre, vous risqueriez d'être surpris ; prenez le bus).
Infos pratiques :
Rte. du Champ de Manoeuvre 75012 Paris
01 48 08 39 74
Métro 1 Château de Vincennes
Programmation
Du 23 septembre 2009 au 18 octobre 2009.
Les mardi et mercredi à 19h.
Les jeudi et vendredi à 21h et à 21h30.
Le samedi à 19h et à 21h.
Le dimanche à 16h.
Entrées
réduit : 9 à 13€
normal : 18€

20:18 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dostoievski, le songe de l'oncle, roman russe, théâtre, théâtre de l'épée de bois, théâtre vincennes, stanislas grassian
11/09/2009
Nouveau plongeon dans le Londres du XIXe
Victorian special thanks
... to Malice, grâce à qui j'ai découvert récemment un auteur britannique aujourd'hui presque oublié, Arthur Symons. Le recueil que la Miss au pays des Merveilles m'a prêté est composé de deux nouvelles, Esther Kahn et Seaward Lackland, ainsi que d'un texte autobiographique, Prélude à la vie.
De tous ces textes, c'est Esther Kahn qui m'a le plus touchée. Il s'agit d'une fille élevée dans une famille juive pour le moins pauvre, puisqu'elle fait partie de ces Victoriens malchanceux qui triment nuit et jour sur des travaux de couture pour un salaire misérable. Esther a quant à elle d'autres ambitions. Passionnée par le théâtre, elle finit par obtenir un petit rôle et, de fil en aiguille, devenir la star montante de la scène londonienne. Mais pour être tout à fait convaincante, il lui faudrait comprendre les tourments par lesquels passent ses personnages et donc, tomber enfin amoureuse.
Ce texte court est un petit bijou. Portrait sans concession d'une héroïne qui n'en est pas vraiment une, ce récit puise sa force dans la
distance que le narrateur place entre son sujet d'observation et lui-même. Sans jugement, le voilà qui analyse avec précision le comportement d'Esther Kahn, se contentant d'observer et de constater, retranscrivant également les pensées de son personnage. Curieusement, certains passages m'ont fait penser à Zola, les explications naturalistes en moins. On obtient paradoxalement un texte assez froid sur ce qui devient finalement l'histoire d'une passion. Passion de l'art, passion amoureuse. Avec sans cesse cette question : la quête de l'art absolu doit-elle être forcément accompagnée de souffrance ? Enfin, la description de la société victorienne que fait Symons est à mes yeux particulièrement intéressante. On retrouve des éléments bien connus des lecteurs de Dickens, avec la description du quartier sordide où vit la famille Kahn, le métier qu'elle exerce, les bouges et les théâtres. Pourtant, l'approche est très différente ; on est loin des scènes à faire pleurer dans les chaumières alors que la réalité infecte n'est en rien adoucie par le style épuré de Symons. L'immédiat occupe une place primordiale dans ce récit, le décor étant peut-être presque un prétexte, tandis que l'analyse psychologique (et non la fresque sociale) est le réel objet du narrateur. Voilà donc un portrait complexe et finement ciselé tout à fait passionnant. Il ne me reste plus qu'à voir le film d'Arnaud Desplechin dont Malice a également parlé !
Seaward Lackland est l'histoire d'un enfant né tardivement dans une famille marquée le chagrin. Son premier fils s'était noyé en mer, le second s'était enfui de la maison et avait gagné l'Amérique (p42). Son père ayant miraculeusement échappé à une tempête meurtrière pour tous ses camarades, Seaward va être dédié au Seigneur. Il s'ensuit alors une éducation particulière pour l'enfant qui, informé des circonstances de sa naissance, accepte sa destinée et décide de se consacrer autant que possible à Dieu. Jusqu'au jour où, persuadé de devoir le renier publiquement pour devenir un paria et ainsi lui déclarer sa soumission sans condition, Seaward commet l'irréparable. Une nouvelle qui soulève des questions intéressantes sur le plan historique et culturel mais que j'ai moins appréciée, me sentant peu concernée par les questions métaphysico-religieuses que ne cesse de se poser le héros.
Quant au Prélude à la vie, il apporte un éclairage nouveau sur la nouvelle Seaward Lackland en donnant une idée de l'éducation reçue par Arthur Symons, en particulier l'éducation religieuse. Assez curieusement, Symons se présente sous les traits d'un enfant antipathique et tient des propos à mon sens provocateurs : « Nous étions très pauvres, et j'exécrais les contraintes de la pauvreté. Nous étions environnés de gens vulgaires, de classe moyenne, et je détestais la vulgarité, les classes moyennes. Parfois nous étions trop pauvres pour avoir même une servante, et j'étais censé faire mes souliers. Je ne pouvais souffrir de me salir les mains ou les manchettes ; l'idée d'avoir à faire cela me dégoûtait chaque jour. Parfois ma mère, sans rien me dire, faisait mes souliers pour moi. J'avais à peine conscience des sacrifices qu'elle et les autres accomplissaient continuellement. Je n'en faisais aucun de mon propre mouvement, et j'étais désolé si j'avais à partager la moindre de leur privation » (p 101) Certes, on peut s'arrêter là et conclure que Symons n'était pas quelqu'un d'intéressant, du moins enfant, mais je trouve cette description fascinante. C'est un portrait peu flatteur et, s'il ne se livre peut-être pas à une autocritique – rien n'est moins sûr, Symons sait pertinemment que son lecteur jugera cette description selon des codes moraux et des sentiments qui lui nuiront forcément. Il ne se cherche pas d'excuse et donne l'impression qu'il ne compte certainement pas annoncer ses regrets. Voilà un jeu d'équilibriste qui, de bout en bout, m'a beaucoup intriguée.
Un livre charnière, par un auteur au croisement entre le XIXe très victorien et le début d'une nouvelle ère littéraire, d'où son approche moderne d'une époque marquée par des auteurs plus prolixes.
Au passage, la préface nous apprend que Symons est le premier à éditer Dubliners de Joyce.
Sur ce blog, quelques auteurs influencés par la même période : E.M. Forster, Flora Mayor, Vita Sackville-West (dans une moindre mesure).

122 p
Arthur Symons, Esther Kahn, 1905
00:12 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : arthur symons, esther kahn, arnaud desplechin, époque victorienne, victorien, londres, angleterre, xixe, roman psychologique, théâtre
08/07/2009
Mozart VIP à Saoû
... et Mary Dollinger en guest star.
Ceux qui visitent régulièrement mon antre livresque ont sans doute remarqué les bons moments passés en compagnie de Mary Dollinger, avec cette drôle d’histoire de bébés réchauffés et surtout, la rencontre tragi-comique d’illustres auteurs et du très ténébreux monde de l’édition. Je poursuis tranquillement ma balade en ces douces contrées avec, modestement je vous l’accorde, une soirée en compagnie de Mozart (l’un des personnages portant d’ailleurs le vrai petit nom caché de Miss Lou, je saluerai au passage l’auteur pour cette délicate attention qui n’est pas passée inaperçue et qui me va droit au cœur, en toute simplicité).
Aujourd’hui s’ouvre le Festival de Saoû, manifestation consacrée à Mozart et sévissant depuis vingt ans pour le plus grand plaisir des mélomanes et le désespoir sans fin des fans de Justin Timberlake.
Alors que le comité composé d’admirateurs dévoués (corps et) âme à Mozart planche sur la programmation, le tonnerre gronde à chaque fois que le mot « Requiem » est prononcé. Serait-ce Dieu venu manifester sa colère ou au contraire son bonheur à l’idée de voir cette pièce magistrale devenir le clou du spectacle ? Non point. C’est tout simplement Mozart qui vient se mêler de la programmation et rappeler que franchement, ce Requiem, bu, mangé, cuisiné à toutes les sauces, que dis-je ? ce Requiem donc, lui sort par les oreilles.
Miracle ? Imposture ? Dieu (le directeur) et ses apôtres (Martial, Quentin, Marie-Laure et Cécile) sont partagés, entre
les conquis (une héroïne rougissante est née), les sceptiques (armé d’arguments scientifiques : taille, couleur des cheveux, âge du défunt fraîchement débarqué) et les diplomates.
Evidemment je ne vous en dirai pas plus, car il faut que vous alliez ce soir à Saoû pour découvrir Mozart par vous-mêmes ou, si vous êtes un brin paresseux, dans la librairie la plus proche pour commander cette petite pièce de théâtre, cette « comédie pour mélomanes ».
Voilà en tout cas une pièce légère et amusante qui ouvrira le Festival avec un esprit enjoué et beaucoup de fraîcheur. L’humour en fait une lecture agréable mais il me semble que la mise en scène et le jeu des acteurs seuls permettront à ce texte de vivre pleinement, comme cela arrive souvent (je pense notamment à Good Canary complètement emporté par la mise en scène de Malkovich et le jeu tantôt drôle et touchant, tantôt bouleversant des rôles principaux).

Et voici le coupable :
http://www.deezer.com/track/1025083
A venir bientôt, encore grâce aux bons soins de Mary Dollinger qui en plus me conseille des films et des romans victoriens (how weird !) : Au Secours Mrs Dalloway.

71 p
Mary Dollinger, Le Visiteur de Saoû, 2009
00:35 Publié dans Littérature française et francophone, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : mozart, festival de saoû, mary dollinger, le visiteur de saoû, mélomanes, pièce de théâtre, comédie, théâtre, j'aime la perruque de mozart
26/02/2009
Soyez constants !
Autant vous prévenir : j'entre dans une phase mystique où toute opposition à mon amour naissant pour Wilde (je dis bien toute rébellion, et même le moindre doigt timidement levé) se verra châtiée immédiatement à coup de projections d'Encyclopédie Universalis (et croyez-moi, une fois les multiples tomes réunis l'opération s'avère douloureuse).
Wilde est un génie.
Maintenant que j'ai dit ça je peux aller me recoucher.
Et puis non ce serait trop bête. Voilà dix raisons d'aimer à la folie Wilde et sa pièce The Importance of being earnest, dans laquelle il est question d'être constant mais pas seulement.
1- Parce que l'écriture de Wilde (à consommer de préférence en anglais) est un art en soi, parce qu'on savoure chaque tournure, chaque phrase en succombant tout autant à la musique des mots qu'à la philosophie particulière des personnages.
2- Parce que les déclarations les plus absurdes sont faites selon une logique irréprochable qui titille l'esprit du lecteur, qui est perdu entre sourire moqueur et volonté de suivre les raisonnements les plus incroyables avec une attention religieuse.
3- Parce que les personnages sont exquis, à commencer par les rôles moins importants. Une petite mention spéciale pour Cecily, à l'apogée du charme avec son esprit vif et ses remarques cultes. Mais la concurrence est rude !
4- Parce cette pièce est terriblement drôle et irrésistiblement inconvenante, et les répliques d'une efficacité surréaliste.
5- Qui devrait être numéro 1. Parce que Wilde était victorien.
6- Qui devrait être numéro 2. Parce que nul ne saurait être plus irrévérencieux que lui et que sa critique de la société victorienne est faite sur un ton si léger (voire badin) que les plus concernés l'ont eux-mêmes largement acclamé.
7- Parce que cette pièce nous fait baver d'envie avec ses cucumber sandwiches, son bread and butter et ses muffins (et je n'éprouve pas souvent une envie irrésistible de partager le repas de mes héros victoriens).
8- Parce que Ernest (Constant) et Algernon sont les héros les plus creux qui soient mais nous sont malgré tout profondément sympathiques.
9- Parce que cette pièce paraît légère tout en puisant sa source dans de nombreuses influences. Wilde est érudit, sa pièce géniale s'inspire savamment de grands classiques tout en étant divertissante et surtout, originale et véritablement moderne.
10- Parce qu'au final, tout tourne autour du langage, que Wilde maîtrise remarquablement. Parce qu'il joue avec les mots et les phrases, que c'est au final l'essence-même de la pièce mais qu'on l'oublie paradoxalement, car Wilde sait comme nul autre multiplier les (fausses) pistes pour nous égarer. Pour notre plus grand bonheur.
Et vous qui passez rapidement par ici, sans doute par hasard, vous avez peu de temps pour lire tout mon baratin et d'autres soucis en tête qu'Oscar Wilde. Pour vous je ferai court, clair et net : The Importance of being earnest est un chef-d'oeuvre unique en son genre, à découvrir impérativement. C'est mordant, intelligent, déconcertant et, cerise sur le gâteau, tout simplement brillant.
Et pour ceux qui se demandent de quoi il s'agit, j'ajouterai juste qu'il est question de mariages contrariés pour des raisons de fortune ou de rang, mais que les rebondissements sont nombreux et que mieux vaut avoir la surprise de la découverte (d'autant plus que la pièce est très bien construite).
« ALGERNON - (...) The doctors found out that Bunbury could not live, that is what I mean – so Bunbury died.
LADY BRACKNELL : He seems to have had great confidence in the opinion of his physicians. I am glad, however, that he made up his mind at last to some definite course of action, and acted under proper medical advice. »
300 p (éditions GF Flammarion, à recommander pour l'excellent dossier et la version bilingue)


Oscar Wilde, The Importance of Being Earnest (L'Importance d'être constant), 1895 (année de la première, le jour de la Saint Valentin !)
Pour l'adapter au cinéma, on a pensé à Colin Firth (Jack) et Rupert Everett (Algie). Avouez qu'il y a tout de même des castings moins heureux !
Le film est très fidèle à la pièce, hormis quelques petites variantes dont l'utilité me semble discutable. Une première scène montre une poursuite entre Algie et des policiers, son but étant essentiellement de nous faire comprendre qu'il est criblé de dettes. Si la tante d'Algie mentionne ses dettes dans la pièce, ce sont surtout celles contractées par Jack dont il est question. De même, lorsqu'Ernest doit être conduit en prison pour des factures impayées, le dénouement est différent et nous prive d'excellentes répliques. Mais je chipote car ce film rend tout à fait justice à la pièce.
Le casting est une réussite et les acteurs incarnent à la perfection leur personnage, tout en lui insufflant une vie nouvelle. Gwendolen, un peu nunuche tout de même, devient une tigresse sensuelle, déterminée et ridicule, Cecily est fraîche et pétillante, cette pauvre Miss Prism terriblement touchante... tous excellent mais, (presque) en toute objectivité, Colin Firth est peut-être le meilleur d'entre eux, avec une variété d'expressions inouïe et une capacité certaine à passer de l'attitude la plus cocasse à la plus résignée. Les décors et les costumes sont soignés, le déroulement très fluide grâce à des scènes intercalées par rapport au texte d'origine.
Un très bon film, (presque) aussi drôle et original que la pièce elle-même.
Nibelheim en a parlé ici !

The Importance of being earnest, un film d'Oliver Parker, 2002




08:57 Publié dans Littérature anglo-saxonne | Lien permanent | Commentaires (56) | Envoyer cette note | Tags : oscar wilde. l'importance d'être constant, théâtre, littérature britannique, littérature victorienne, classiques, humour






































